samedi 28 novembre 2009 Dernière mise à jour 23h41


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Harper maintient la pression

Manon Cornellier   31 octobre 2007  Canada
Le chef libéral Stéphane Dion doit avoir hâte au congé des Fêtes, ne serait-ce que pour avoir un moment de répit loin des manoeuvres de son adversaire conservateur Stephen Harper. Depuis le retour des Communes, le premier ministre a décidé de garder l'opposition sur le qui-vive en prenant l'initiative, semaine après semaine.

Stephen Harper a repris le contrôle qui lui avait échappé le printemps dernier et il n'a visiblement pas l'intention de le perdre. Encore moins quand cela lui permet de mettre le chef libéral sur la sellette. Le discours du Trône servait cet objectif. Comme les mesures en matière de justice et de sécurité présentées dès les premiers jours de session. L'énoncé économique d'hier allait dans le même sens avec sa cascade de bonbons fiscaux.

Les conservateurs ont fait fi de l'avis des experts pour aller de l'avant avec la réduction de la TPS d'un point supplémentaire dès le 1er janvier. Cette décision renforce l'image d'un gouvernement qui tient ses promesses, surtout les plus populaires et les plus marquantes des dernières élections. Hier, les conservateurs arboraient déjà des collants reproduisant le petit cercle bleu estampillé d'un gros «5 %» qu'on a tant vu durant la dernière campagne. Le moment de l'annonce a en plus l'avantage d'éclipser une autre promesse plus obscure que les conservateurs n'ont pas tenue il y a exactement un an aujourd'hui, à savoir l'imposition accrue des fiducies de revenus.

Plus personne ne se souviendra de cette dernière à la lecture des réductions d'impôt accordées aux particuliers et aux entreprises. C'est Noël le jour de l'Halloween! Qui peut être contre un fardeau fiscal allégé? Pour les libéraux, voilà un autre casse-tête. Ils sont contre la réduction de la TPS, une mesure coûteuse qui a peu d'effets économiques positifs et qui n'est pas dans l'intérêt public à long terme. Mais ils peuvent difficilement s'opposer au reste. Leur chef défendait, pas plus tard que lundi de cette semaine, à London, Ontario, une réduction générale des impôts des particuliers et des entreprises. M. Dion a dénoncé l'énoncé, mais pour ajouter du même souffle que ça ne justifiait pas de provoquer des élections dont les Canadiens ne veulent pas. Il aurait peut-être fallu dire: dont les libéraux ne veulent pas.

***

Mais pour ajouter aux maux de tête de ces mêmes libéraux, il faut voir comment ces mesures ont été conçues. La réduction de la TPS entrera en vigueur dès le 1er janvier, alors que les réductions d'impôt des particuliers sont rétroactives au 1er janvier 2007. Ça veut dire que bien des citoyens ont déjà payé plus d'impôt qu'ils n'auraient dû cette année et qu'ils auront droit à un juteux remboursement d'impôt au printemps prochain. Peut-être au beau milieu d'une campagne électorale.

Bref, ces réductions d'impôt sont un immense coussin de velours pour absorber le choc d'une défaite prématurée du gouvernement... si elle survenait au début de 2007. Lors d'un vote sur la mission en Afghanistan, par exemple. Les conservateurs pourraient aller en campagne avec des allégements fiscaux déjà en vigueur. De coussin, ces derniers pourraient devenir tremplin.

Même si les conservateurs devaient se rendre jusqu'au prochain budget, ces réductions seraient encore rentables électoralement, car tous les citoyens verront la différence en complétant leur déclaration de revenu. Il faudra cependant que le gouvernement trouve autre chose à mettre dans ce budget. Il pourrait y insérer ce qui manquait cruellement à l'énoncé du ministre des Finances, Jim Flaherty, hier: une vision ou un projet mobilisateur que la richesse du fédéral permettrait d'envisager.

Ottawa nage dans l'argent et, si ça continue, c'est la noyade qui menace. Voici des chiffres à donner le tournis. Sur les six ans visés par ce plan, le gouvernement prévoit accorder 59,4 milliards en allégements fiscaux, rembourser au moins 25 milliards de dettes et afficher un surplus accumulé d'au moins 26 milliards. Ça veut dire que le ministre des Finances, en écrivant son énoncé, savait avoir à sa disposition une marge de manoeuvre d'au moins 110,4 milliards sur six ans.

Il en a remis la moitié dans nos poches et celles des entreprises — on ne s'en plaindra pas —, mais les Canadiens ne sont pas que des payeurs de taxes. Ils sont aussi des citoyens qui rêvent d'une société compatissante, solidaire, généreuse et soucieuse de l'héritage laissé aux générations futures. Ça veut dire lutter contre la pauvreté, améliorer le sort des autochtones, soutenir les plus vulnérables, protéger l'environnement. Les ministres Lawrence Cannon et Jim Flaherty ont indiqué en conférence de presse qu'il ne s'agissait que d'un énoncé économique et que des mesures plus ciblées viendraient plus tard. Il vaut mieux pour eux qu'ils livrent la marchandise, car ils ne pourront jamais prétendre ne pas avoir eu les moyens d'agir.

Ce sera le test de leur vraie volonté dans des dossiers où les conservateurs ont encore à faire leurs preuves. S'ils devaient le passer, ce serait un casse-tête encore plus gros pour Stéphane Dion.

En aparté

Et on n'a rien dit du déséquilibre fiscal... De toute façon, c'est réglé, qu'ils disaient... Il est bien difficile de le croire à la lecture de l'énoncé d'hier. Le déséquilibre fiscal n'est pas qu'affaire de surplus. C'est avant tout un déséquilibre entre les besoins d'un gouvernement et l'espace fiscal qu'il occupe. Un gouvernement fédéral qui récolte plus de revenus que nécessaire pige trop dans la seule assiette fiscale qui existe, nos portefeuilles. En agissant de la sorte, Ottawa limite la capacité des provinces d'accroître leurs revenus sans alourdir le fardeau fiscal global du contribuable. Pour s'en sortir, elles sont souvent réduites à demander des fonds fédéraux.

La solution à long terme n'a pourtant rien de sorcier. Les gouvernements québécois l'ont défendue avec constance depuis les années 1950. Il s'agit de convaincre Ottawa de libérer l'espace fiscal dont le Québec a besoin mais que le fédéral accapare inutilement. Ça veut dire, idéalement, transférer des points d'impôt. À Ottawa, on aime trop se vanter de ces réductions de taxes pour procéder à ce genre de transferts et aucun gouvernement provincial, comme on l'a vu à Québec hier, n'ose réoccuper l'espace fiscal libéré par Ottawa, de peur de payer un prix politique trop lourd. Pour être politiquement faisable, pareil transfert doit être ordonné et coordonné, comme l'avaient fait Lester B. Pearson dans les années 1960 et Pierre Elliott Trudeau en 1977. Pourtant, même en cette ère de fédéralisme «d'ouverture», on n'y songe pas à Ottawa.

***

mcornellier@ledevoir.com






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Gabriel RACLE
    Inscrit
    mercredi 31 octobre 2007 07h58
    De l'électoralisme sans vision
    « Comme le souligne fort justement Manon Cornelierr dans son article, quelque chose « manquait cruellement à l'énoncé du ministre des Finances, Jim Flaherty, hier: une vision ou un projet mobilisateur que la richesse du fédéral permettrait d'envisager ». En effet, il y a bien d'autres choses que le gouvernement pourrait faire dans l'intérêt du Canada, dans l'intérêt des Canadiennes et des Canadiens, et qui devraient primer en politique.

    Mais, comme on ne peut que le répéter chaque fois que l'on découvre les manoeuvres du Premier ministre, l'intérêt premier est pour lui, lui-même et son parti. Il faut bien reconnaître qu'il est passé maître dans l'art de placer l'opposition libérale dans une situation quasiment intenable et de mettre son chef dans l'embarras, à chaque coin de rue, si l'om peut dire. Mais derrière ces annonces spectaculaires de reforme fiscale, d'abolition inutile d'un point de la TPS, on ne trouve rien pour donner au pays une vision d'avenir. Les citoyens du Canada « rêvent d'une société compatissante, solidaire, généreuse et soucieuse de l'héritage laissé aux générations futures. Ça veut dire lutter contre la pauvreté, améliorer le sort des autochtones, soutenir les plus vulnérables, protéger l'environnement », fait remarquer la journaliste. Mais voilà, pour ce faire, il faudrait que S. Harper finisse par sortir de la politique politicienne pour faire de la vraie politique.

    Devant une telle situation, je ne peux que rappeler une fois encore ce que j'ai déjà écrit précédemment, quelques principes de base concernant les rôles et responsabilités des dirigeants politiques. On peut en effet se demander ce qu'il en est de l'avenir de notre pays et de ses citoyens, s'il repose sur des calculs électoralistes - bien mis en évidence par Manon Cornelierr - et non sur de nouveaux horizons capables de dynamiser le Canada et ses ressortissants. Il serait bon de se souvenir de ce que la politique est ou doit être.

    On trouve justement chez Platon quelques éléments intéressants et toujours d'actualité. Dans «Pouvoir et Justice (République, Livre I): le politique ne doit pas gouverner selon son intérêt mais selon la justice», on peut lire cette réponse de Socrate à une question d'un certain Thrasymaque, qui pense que l'on commande toujours à son profit: ««L'art du berger a pour essence le bien des moutons; c'est par accident que s'y ajoute l'art d'en tirer profit; l'art du berger n'est pas transformé par le fait qu'il en tire profit ou pas. De même, l'art politique est par essence service pour les gouvernés, et par accident profit pour les gouvernants.» Et Platon de montrer que l'on a toujours intérêt à la justice et que le pouvoir ne peut s'exercer sans justice. Celui qui exerce le pouvoir ne le fait pas en vue de son intérêt, car il ne peut l'exercer de façon stable que s'il respecte la justice, et même s'il l'instaure.

    Il s'agit certes d'un idéal. Mais, «Faire de la politique, c'est justement défendre un idéal en l'adaptant à la réalité du monde.... L'idéal doit évidemment être actualisé, adapté aux réalités du temps mais il n'en reste pas moins essentiel et premier dans la détermination de la politique. » (Raphaël Dargent, «La politique, un réalisme de l'imaginaire», Les Cahiers, no 14) «La politique, disait Charles de Gaulle, un véritable homme d'État, quand elle est un art et un service, non point une exploitation, c'est une action pour un idéal à travers des réalités.» (Conférence de presse, 30 juin 1955).

    Cette idée de base a été justement reprise et développée dans un livre qui ne peut qu'intéresser toute la classe politique: Désir d'humanité, Le droit de rêver, de Riccardo Petrella (Éditions Écosociété). Il ne saurait être question ici de résumer tout ce livre très dense. Mais R. Petrella donne l'aperçu suivant de son exposé: «Le rêve aujourd'hui joue un rôle extrêmement important sur le plan du comportement politique individuel et collectif... Le rêve exprime une capacité d'imaginer un autre monde... et on l'imagine parce qu'on peut le faire. En fait il y a toujours trois éléments dans le rêve: il y a l'imaginaire, quand par exemple on imagine que tout le monde a le droit à la vie, à la paix, etc. Puis il y a le désir qui en découle, comme le désir de paix. Enfin, il y a la possibilité effective de se procurer cette paix ou ce droit à la vie. Le rêve est une force politique extraordinaire. Les gens pensent que c'est de plus en plus possible. Et cela donne force au rêve de paix, au rêve de droit, au rêve de la vie pour tous, au rêve de démocratie, etc.» (À bâbord, octobre-novembre 2004, Débats politiques) Autrement dit, le rêve suscite le désir qui se transforme en force en vue de sa réalisation.

    «Il est important de considérer le rôle du politique comme un dépositaire du devenir d'un peuple. Lourde responsabilité... », indique Irma Ly Tang dans ses «Réflexions sur le rôle de la politique». Ce qui veut dire que le politique a la responsabilité de proposer une vision, un rêve réalisable parce qu'il suscite dans la population le désir de le voir se réaliser. Il n'y avait rien de tel dans les propos tenus hier et dans les perspectives de ce mini-budget. »

  • Pierre-Yves Pau
    Inscrit
    mercredi 31 octobre 2007 08h19
    Occasion ratée
    « Le Québec avait une occasion en or de "récupérer" des points d'impots, comme vous dite: s'approprier le 1% de TPS (2% au total depuis 2005) abandonné par le fédéral. Il ne l'a pas fait... une belle occasion ratée. Suffit pas de chiâler, faudrait aussi agir quand la balle est dans le camp. »

  • Claude Archambault
    Inscrit
    mercredi 31 octobre 2007 08h58
    Le fédéral montre l'exemple
    « Quand on paye ses dettes, on paye moins d'interet, alors on peu baisser les impôts. Alors qu'attend Québec pour couper dans les programmes et payer la dette? »

  • Roland Berger
    Abonné
    mercredi 31 octobre 2007 10h07
    Pauvreté des enfants et des aînés
    « Des aînés vivant dans la pauvreté ne reçoivent pas automatiquement le supplément au revenu garanti auquel ils ont droit et le Canada compte de plus en plus d'enfants vivant aussi dans la pauvreté. On dit que le Canada est un pays profondément chrétien. Seul le NPD a soulevé l'iniquité que soulignent les baisses d'impôt annoncées.
    Roland Berger
    London, Ontario »

  • Jean-Pierre Aubry
    Inscrit
    mercredi 31 octobre 2007 10h14
    Les provinces n'ont pas le choix
    « Si les provinces veulent vraiment fonctionner de la façon la plus autonome possible dans leurs propres champs de compétence, elles doivent occuper l'espace fiscal libéré par Ottawa. Ne pas le faire, c'est accepter de dépendre de plus en plus des transferts d'Ottawa pour offrir des services adéquats dans ses propres champs de compétence.


    Jean-Pierre Aubry
    Président du Comité des politiques publiques
    Association des économistes québécois »

  • Pierre-Yves Pau
    Inscrit
    mercredi 31 octobre 2007 12h03
    @JP Aubry
    « "Si les provinces veulent vraiment fonctionner de la façon la plus autonome possible dans leurs propres champs de compétence, elles doivent occuper l'espace fiscal libéré par Ottawa."

    Absolument d'accord avec vous. Pourquoi dans ce cas le gouvernement Charest choisit-il de dire "non" à 1.2 beaux milliards que lui aurait rapporté la récupération du point de TPS abandonné par Ottawa? Pourquoi passer à côté d'une occasion pareille? La baisse de TPS ne profite qu'au riches (ex. maisons, autos neuves, produits de luxe), tout le monde sait bien que pour un ménage modeste la différence sera à peine perceptible. »

  • Jean-Louis Tanguay
    Abonné
    mercredi 31 octobre 2007 21h42
    Pour qui sait voir... ça fait peur!
    « Harper est un politicien de d'extrême-droite qui rêêêve du pouvoir conféré à un gouvernement majoritaire.

    Il est en train de dilapider la marge de manoeuvre confortable légué par les Libéraux. Ces derniers doivent regretter de ne pas avoir ré-équilibré plus rapidement la ponction fiscale des Canadiens. C'est Harper qui le fait maintenant, mais en gaspillant cette marge de manoeuvre unique pour un pays faisant partie du G8.

    Ce supposé économiste fait fi de la recommandation de la plupart des experts en réduisant la TPS plutôt qu'en accélérant les baisses d'impôts sur le revenu. Sans parler de l'environnement -- la priorité absolue --, de la pauvreté, du logement social, etc.

    Il est à espérer que les contribuables vont flairer l'erreur! Ceux du Québec, surtout, qui gaspillent avec légèreté leur vote en élisant des indépendantistes qui qui sont bien fiers d'être financés par l'ensemble des Canadiens pour dénigrer le régime fédéral. En attendant le grand jour de la victoire à l'arraché lors d'un xième référendum québécois, ils se consolent en pensant au généreux régime de retraite d'un parlementaire fédéral!

    S'il fallait que Harper devienne majoritaire, préparons-nous à la version canadienne d'un gouvernement Bush, y inclus la guerre pour plusieurs années.

    C'est la mentalité reformiste qui dominerait sans entraves. Qui prévaut déjà dans la situtation actuelle, mais avec l'épée de Damoclès d'une élection aboutissant à un autre gouvernement minoritaire.

    Pour qui sait voir... ça fait peur! »

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
7 réactions
0 votes
 
Pour en savoir plus
Article
Article
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009