Création d'un marché international du carbone
L'entente de Lisbonne scelle un «partenariat» entre l'Europe et des gouvernements nord-américains
Photo : Agence France-Presse
Deux des instigateurs de l’entente de Lisbonne signée hier, le président français Nicolas Sarkozy et le gouverneur de la Californie, Arnold Schwarzenegger, s’étaient rencontrés à Paris en juin pour jeter les bases d’une coopération en enviro
Quinze pays, États nord-américains et provinces canadiennes ont signé hier à Lisbonne au Portugal une entente en vue de créer un Partenariat pour une stratégie internationale sur le carbone (International Carbon Action Partnership). Ce partenariat, contrairement au Partenariat Asie-Pacifique du tandem Bush-Harper, vise explicitement à mettre en place à l'échelle internationale un marché de crédits d'émissions de gaz à effet de serre (GES) qui regrouperait les trois principaux marchés existants ou en préparation.
L'entente de Lisbonne, signée hier notamment par le premier ministre de Colombie-Britannique, Gordon Campbell, regroupe quatre des huit États de la côte est des États-Unis regroupés au sein de la Regional Greenhouse Gas Initiative (RGGI) et sept des membres de la Western Climate Initiative (WCI), lancée par le gouverneur de la Californie, Arnold Schwarzenegger.
Le Québec, qui pourrait facilement devenir le premier territoire nord-américain à atteindre les objectifs de Kyoto s'il renforce son plan de réduction de ses émissions, brillait par son absence à cette rencontre.
Son absence a été d'autant plus remarquée qu'il souhaite voir naître à Montréal la première bourse canadienne du carbone, ce qui exigerait de sa part un plafonnement de ses émissions pour donner une base à un marché d'échanges de crédits sur son territoire. Le responsable du Plan québécois de lutte contre les changements climatiques, Michel-Noël de Tilly, n'a pas assisté à cette rencontre où, en plus de la Colombie-Britannique, le Manitoba était représenté.
Tous les États signataires européens, comme la France, l'Allemagne et la Grande-Bretagne, ainsi que la Norvège et la Nouvelle-Zélande, ont convenu avec les membres états-uniens du RGGI et du WCI d'imposer à leurs principaux émetteurs une réduction réglementaire de leurs émissions de GES en même temps qu'ils vont mettre à leur disposition un marché réglementé de crédits d'émissions afin de favoriser l'atteinte des objectifs au meilleur coût pour leurs entreprises.
Le Québec, dont le plan de lutte contre les changements climatiques s'en tient à des mesures volontaires pour l'instant, «examine la possibilité d'adhérer» au WCI du gouverneur Schwarzenegger d'autant plus «que les entreprises d'ici le réclament», a déclaré hier au Devoir Philippe Cannon, l'attaché de presse de la ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Line Beauchamp. Cette dernière est responsable de l'atteinte des objectifs de Kyoto par le Québec, ce qui sera possible uniquement si Québec étoffe son plan actuel, a déjà admis la ministre. Mais son porte-parole ne pouvait pas préciser hier quel était l'échéancier du gouvernement Charest quant au renforcement du plan québécois ou de son adhésion éventuelle au WCI.
Les leaders se coordonnent
Les signataires de l'entente de l'entente de Lisbonne veulent instituer chez eux des mesures très précises des émissions, mettre en place des règles communes sur le suivi et la vérification des émissions et des crédits qui rendent les échanges rigoureux et compatibles.
Ils entendent par ailleurs — surtout les États américains qui ne veulent pas rater ce train en marche — jeter conjointement les bases du système international d'échanges de crédits, prévu par le protocole de Kyoto, par des approches communes et basées sur les règles du marché. Cette approche, disent-ils, stimulera par une incitation financière concrète et permanente la recherche et la mise en place de technologies moins dommageables pour le climat.
Un tel marché, indique la déclaration signée hier par les participants à la conférence de Lisbonne, entend aussi encourager les investisseurs par un très fort signal donné aux marchés pour leur signifier qu'ils doivent désormais miser sur des technologies moins riches en carbone, expliquait au Devoir Bill Maile, l'attaché de presse du gouverneur Schwarzenegger.
Ce dernier, retenu en Californie en raison de l'état d'urgence institué à la suite des grands incendies qui ravagent cette région, a déclaré par téléconférence aux participants que cette initiative internationale, qui réunit des pays, des États et des provinces, constituait «un engagement révolutionnaire».
«Nous avons la responsabilité, a-t-il dit, d'assumer l'intendance de notre environnement et de mettre au point des solutions qui nous unissent et non des engagements en forme de demi-mesures. Mais soyons clairs: en laissant au marché le pouvoir d'amorcer les véritables réductions de GES, il y aura des gagnants et des perdants. Certaines entreprises vont en profiter pour prospérer alors que d'autres vont devoir payer pour leur production excédentaire de GES. Mais nous savons qu'au bout du compte le plus grand gagnant, ce sera notre planète.»
Quant au premier ministre Campbell de Colombie-Britannique, nommément remercié par le gouverneur Schwarzenegger dans son discours transmis par satellite, il a déclaré: «S'attaquer aux changements climatiques exige une coopération internationale et une collaboration comme nous n'en avons jamais vu dans le passé. Il est vital, au moment où nous structurons nos propres marchés, de nous synchroniser avec d'autres provinces, États, nations et continents. Le partenariat dont nous avons convenu aujourd'hui ouvre la porte, pour la première fois, à toute forme de gouvernements dans le monde pour partager des idées, de nouvelles technologies, et finalement pour participer à la création du premier marché d'échanges de crédits d'émissions mondial jamais mis sur pied.»
Les signataires de l'entente de Lisbonne ont reconnu dans leur Déclaration, adoptée durant la journée d'hier, que le récent rapport du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC) constituait un constat qui commande des actions immédiates et énergiques à l'échelle planétaire. Ils précisent même qu'ils appuient les efforts de l'ONU pour favoriser un engagement élargi de tous les pays de la planète dans le cadre du protocole de Kyoto, une première de façon officielle pour des États américains et un pied de nez majeur à la Maison-Blanche.
La rencontre de Lisbonne fait suite à une autre rencontre qui a réuni, la semaine dernière à Bali, en Indonésie, une quarantaine de pays prêts à négocier un prolongement du protocole de Kyoto après 2012. La réunion informelle, qui regroupait des partenaires du protocole, visait à préparer la négociation officielle qui va réunir à Bali au début de décembre les 191 pays membres, soit du protocole ou de la Convention de Rio sur les changements climatiques, pour tracer la feuille de route des négociations qui devraient permettre d'élargir la lutte internationale contre le réchauffement du climat.
L'entente de Lisbonne, signée hier notamment par le premier ministre de Colombie-Britannique, Gordon Campbell, regroupe quatre des huit États de la côte est des États-Unis regroupés au sein de la Regional Greenhouse Gas Initiative (RGGI) et sept des membres de la Western Climate Initiative (WCI), lancée par le gouverneur de la Californie, Arnold Schwarzenegger.
Le Québec, qui pourrait facilement devenir le premier territoire nord-américain à atteindre les objectifs de Kyoto s'il renforce son plan de réduction de ses émissions, brillait par son absence à cette rencontre.
Son absence a été d'autant plus remarquée qu'il souhaite voir naître à Montréal la première bourse canadienne du carbone, ce qui exigerait de sa part un plafonnement de ses émissions pour donner une base à un marché d'échanges de crédits sur son territoire. Le responsable du Plan québécois de lutte contre les changements climatiques, Michel-Noël de Tilly, n'a pas assisté à cette rencontre où, en plus de la Colombie-Britannique, le Manitoba était représenté.
Tous les États signataires européens, comme la France, l'Allemagne et la Grande-Bretagne, ainsi que la Norvège et la Nouvelle-Zélande, ont convenu avec les membres états-uniens du RGGI et du WCI d'imposer à leurs principaux émetteurs une réduction réglementaire de leurs émissions de GES en même temps qu'ils vont mettre à leur disposition un marché réglementé de crédits d'émissions afin de favoriser l'atteinte des objectifs au meilleur coût pour leurs entreprises.
Le Québec, dont le plan de lutte contre les changements climatiques s'en tient à des mesures volontaires pour l'instant, «examine la possibilité d'adhérer» au WCI du gouverneur Schwarzenegger d'autant plus «que les entreprises d'ici le réclament», a déclaré hier au Devoir Philippe Cannon, l'attaché de presse de la ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Line Beauchamp. Cette dernière est responsable de l'atteinte des objectifs de Kyoto par le Québec, ce qui sera possible uniquement si Québec étoffe son plan actuel, a déjà admis la ministre. Mais son porte-parole ne pouvait pas préciser hier quel était l'échéancier du gouvernement Charest quant au renforcement du plan québécois ou de son adhésion éventuelle au WCI.
Les leaders se coordonnent
Les signataires de l'entente de l'entente de Lisbonne veulent instituer chez eux des mesures très précises des émissions, mettre en place des règles communes sur le suivi et la vérification des émissions et des crédits qui rendent les échanges rigoureux et compatibles.
Ils entendent par ailleurs — surtout les États américains qui ne veulent pas rater ce train en marche — jeter conjointement les bases du système international d'échanges de crédits, prévu par le protocole de Kyoto, par des approches communes et basées sur les règles du marché. Cette approche, disent-ils, stimulera par une incitation financière concrète et permanente la recherche et la mise en place de technologies moins dommageables pour le climat.
Un tel marché, indique la déclaration signée hier par les participants à la conférence de Lisbonne, entend aussi encourager les investisseurs par un très fort signal donné aux marchés pour leur signifier qu'ils doivent désormais miser sur des technologies moins riches en carbone, expliquait au Devoir Bill Maile, l'attaché de presse du gouverneur Schwarzenegger.
Ce dernier, retenu en Californie en raison de l'état d'urgence institué à la suite des grands incendies qui ravagent cette région, a déclaré par téléconférence aux participants que cette initiative internationale, qui réunit des pays, des États et des provinces, constituait «un engagement révolutionnaire».
«Nous avons la responsabilité, a-t-il dit, d'assumer l'intendance de notre environnement et de mettre au point des solutions qui nous unissent et non des engagements en forme de demi-mesures. Mais soyons clairs: en laissant au marché le pouvoir d'amorcer les véritables réductions de GES, il y aura des gagnants et des perdants. Certaines entreprises vont en profiter pour prospérer alors que d'autres vont devoir payer pour leur production excédentaire de GES. Mais nous savons qu'au bout du compte le plus grand gagnant, ce sera notre planète.»
Quant au premier ministre Campbell de Colombie-Britannique, nommément remercié par le gouverneur Schwarzenegger dans son discours transmis par satellite, il a déclaré: «S'attaquer aux changements climatiques exige une coopération internationale et une collaboration comme nous n'en avons jamais vu dans le passé. Il est vital, au moment où nous structurons nos propres marchés, de nous synchroniser avec d'autres provinces, États, nations et continents. Le partenariat dont nous avons convenu aujourd'hui ouvre la porte, pour la première fois, à toute forme de gouvernements dans le monde pour partager des idées, de nouvelles technologies, et finalement pour participer à la création du premier marché d'échanges de crédits d'émissions mondial jamais mis sur pied.»
Les signataires de l'entente de Lisbonne ont reconnu dans leur Déclaration, adoptée durant la journée d'hier, que le récent rapport du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC) constituait un constat qui commande des actions immédiates et énergiques à l'échelle planétaire. Ils précisent même qu'ils appuient les efforts de l'ONU pour favoriser un engagement élargi de tous les pays de la planète dans le cadre du protocole de Kyoto, une première de façon officielle pour des États américains et un pied de nez majeur à la Maison-Blanche.
La rencontre de Lisbonne fait suite à une autre rencontre qui a réuni, la semaine dernière à Bali, en Indonésie, une quarantaine de pays prêts à négocier un prolongement du protocole de Kyoto après 2012. La réunion informelle, qui regroupait des partenaires du protocole, visait à préparer la négociation officielle qui va réunir à Bali au début de décembre les 191 pays membres, soit du protocole ou de la Convention de Rio sur les changements climatiques, pour tracer la feuille de route des négociations qui devraient permettre d'élargir la lutte internationale contre le réchauffement du climat.
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