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Certificats de sécurité: effort minimal

Alec Castonguay   23 octobre 2007  Canada
Ottawa — Le gouvernement fédéral a fait le strict minimum hier pour se conformer à un jugement de la Cour suprême qui l'oblige à modifier la procédure d'application des certificats de sécurité. Le ministre de la Sécurité publique, Stockwell Day, a déposé un projet de loi qui permet à la personne frappée d'un tel certificat d'être mieux représentée pour défendre ses droits. Par contre, il n'est toujours pas question de dévoiler à l'accusé les charges qui justifient son expulsion du pays, ce qui a immédiatement soulevé des critiques. Le certificat de sécurité existe depuis 1978 et s'applique uniquement à ceux qui ne possèdent pas la citoyenneté canadienne. Il est activé en tandem par les ministres de la Sécurité publique et de la Justice sur les recommandations de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS).

Un magistrat de la Cour fédérale détermine le caractère «raisonnable» de la preuve avant d'autoriser la procédure d'expulsion du pays de cette personne jugée dangereuse pour le Canada.

Lors des audiences à huis clos, la personne visée par le certificat n'a pas le droit d'être représentée, ce qui l'empêche de connaître les soupçons qui pèsent sur elle.

Actuellement, cinq personnes sont sous le coup d'un certificat de sécurité et contestent leur expulsion, y compris les cas plus médiatiques d'Adil Charkaoui, de Mohamed Harkat et d'Hassan Almrei, à l'origine du jugement de la Cour suprême.

Le 23 février dernier, les neuf juges de la plus haute cour du pays ont confirmé la validité des certificats de sécurité, mais ont affirmé qu'il était «inconstitutionnel» d'empêcher une défense raisonnable de la part de l'accusé. Les juges ont donc accordé 12 mois au gouvernement pour trouver un nouveau mécanisme. «Il faut soit communiquer les renseignements nécessaires à la personne visée, soit trouver une autre façon de l'informer pour l'essentiel», écrivait la juge en chef, Beverley McLachlin.

Stockwell Day a donc annoncé hier la création d'une liste d'avocats spéciaux qui posséderont une cote de sécurité — accordée par la GRC et le SCRS — leur permettant de consulter les charges qui pèsent sur la personne menacée d'expulsion. Le juge choisira dans la liste un avocat pour représenter l'accusé lors des audiences à huis clos.

Mais là s'arrête l'ouverture du gouvernement. L'avocat spécial, que le ministre a appelé le «défenseur», ne pourra pas divulguer à la personne visée les preuves retenues contre elle. Un résumé des charges sera disponible pour discussion avec l'accusé, mais dès que l'avocat aura pris connaissance de la preuve complète, il ne pourra plus en parler à la personne visée par le certificat, ce qui lui garantit de rester dans le noir.

La Cour suprême avait d'ailleurs soutenu que «le droit d'une partie de connaître la preuve qui pèse contre elle n'est pas absolu». Elle ajoutait que «la cour a reconnu à de nombreuses reprises que des considérations relatives à la sécurité nationale peuvent limiter l'étendue de la divulgation de renseignements à l'intéressé».

L'accusé peut engager son propre avocat, mais ce dernier ne pourra pas être mis au courant de la preuve par l'avocat spécial. D'ailleurs, selon l'article 85.1 du projet de loi, l'avocat spécial n'aura pas à conserver le secret professionnel avec l'accusé menacé d'expulsion du pays, puisque le gouvernement précise que l'avocat spécial «n'est pas partie» et que «les rapports entre lui et l'intéressé ne sont pas ceux qui existent entre un avocat et son client». Comment l'accusé pourra-t-il alors faire confiance à cet avocat spécial pour le défendre s'il ne peut pas tout lui dire, s'est demandé le critique du Bloc québécois en matière de sécurité publique, Serge Ménard.

Le projet de loi précise aussi que le juge peut admettre en preuve «tout élément, même inadmissible en justice, qu'il estime digne de foi et utile». Devant cette phrase qui ouvre la porte bien grande, le Bloc québécois aimerait que le projet de loi spécifie que les éléments de preuve obtenus sous la torture ne sont pas admissibles.

Un droit d'appel limité

Toujours à la demande de la Cour suprême, le gouvernement devait également clarifier le droit d'appel. Ainsi, une personne visée par un certificat de sécurité «aura droit à un examen initial des motifs de détention par un juge de la Cour fédérale dans les 48 heures suivant son arrestation, et cela peut être suivi par un nouvel examen tous les six mois», peut-on lire dans les documents du ministère de la Sécurité publique.

Mais à la lecture du projet de loi, on constate que ce droit est très limité. À l'article 79, on peut lire que l'appel est possible uniquement «si le juge certifie que l'affaire soulève une question grave de portée générale et énonce celle-ci». Cette contrainte a fait bondir Serge Ménard. «C'est quoi une question grave? Pour une personne qui risque une incarcération indéfinie, ce n'est pas très rassurant», dit-il.

Malgré les critiques, Stockwell Day estime que le gouvernement se conforme au jugement de la plus haute cour du pays. «La Cour suprême a donné son appui au principe du certificat de sécurité, mais elle a demandé deux changements. C'est ce que nous aurons en place [grâce] à un avocat spécial pour défendre et protéger les intérêts des gens qui sont accusés, et avec un processus d'appel tous les six mois», a-t-il dit après la période de questions.

Selon le ministre, plusieurs pays ont mis en place des avocats spéciaux, et cela ne devrait pas «affaiblir» les certificats de sécurité. «Je ne vois pas de problème», a dit Stockwell Day. Ce processus est effectivement en place en Grande-Bretagne, où il est toutefois contesté parce que l'accusé doit s'en remettre entièrement à un tiers pour le défendre, sans possibilité d'intervenir.

Le projet de loi ira de l'avant

Le porte-parole libéral en matière de sécurité publique, Ujjal Dosanjh, a d'ailleurs évoqué l'exemple britannique pour critiquer le gouvernement, mais a rapidement affirmé que son parti allait assurer l'adoption du projet de loi. «Je pense que ça répond aux demandes de la Cour suprême et c'est satisfaisant», a dit M. Dosanjh.

Le NPD était plus critique hier. Son porte-parole, Joe Comartin, a soutenu que ce n'était «vraiment pas assez» pour se conformer à la Cour suprême. «Le gouvernement a encore le contrôle sur ce qui est divulgué et empêche toujours l'accusé de prendre des actions pour se défendre. Il y a encore trop de limites», dit-il.

Le NPD, tout comme le Bloc québécois, espère pouvoir modifier certaines choses en comité parlementaire avant la version définitive du projet de loi. Serge Ménard estime que le projet de loi est «incomplet» et «imparfait».

Dans un communiqué, la Coalition justice pour Adil Charkaoui s'est dite déçue de la décision des conservateurs de ne pas faire disparaître les certificats de sécurité. «En vertu des lois sur l'immigration, le gouvernement est obligé de faire un choix entre deux alternatives inacceptables: la détention pendant un temps indéterminé ou la déportation vers la torture», a affirmé Mary Foster, porte-parole de la Coalition.






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  • Serge Charbonneau
    Abonné
    mardi 23 octobre 2007 02h28
    Le secret démocratique!
    « Le secret est-il démocratique?
    Vous rendez-vous compte: vous êtes arrêté, détenu, interrogé, accusé et même condamné et vous ne pouvez pas savoir pourquoi! Un secret!
    Le secret est-il juste? Où est la justice? Je croyais qu'ici, nous étions innocents jusqu'à preuve du contraire!

    On parle constamment de "démocratie". On parle aussi beaucoup de dictature. Arrêter une personne sans lui signifier le pourquoi de son arrestation, vous semble-t-il une méthode démocratique ou dictatoriale ?

    Pour protéger la société, nous dira-t-on! Je crois plutôt que ces grands secrets protègent plutôt des magouilles louches et totalement antidémocratiques.
    En démocratie, le secret devrait être interdit.

    Pour l'instant, le certificat de sécurité ne s'applique uniquement qu'à ceux qui ne possèdent pas la citoyenneté canadienne. Avec un gouvernement comme celui de M. Harper et avec un ministre de la grande justice comme M. Day, combien de temps encore pourrons-nous en être "officiellement" exclu de cette loi abusive et dictatoriale?
    Les dictatures agissent-elles autrement? Vous rendez-vous compte, votre audience est derrière des portes closes, personne ne peut assister à votre procès et vous n'avez pas le droit élémentaire d'être représenté. On discute de vous sans que vous sachiez de quoi on vous accuse, vous ne pouvez même pas vous défendre vous-même! Une dictature ne fait pas mieux. On croit vivre en démocratie. Il faut se rendre compte que cette fameuse démocratie nous échappe de plus en plus.

    Notre opinion est manipulée, les commandites ont été efficaces, les gouvernements "démocratiques" gouvernent de plus en plus sans que le citoyen n'est un mot à dire. Les rencontres du genre Davos ou Montebello, deviennent de plus en plus régulière. nos gouvernants s'entourent de silence et de secrets. Nous sommes scrutés de plus en plus dans notre vie, jadis, personnelle, et nous sommes maintenus dans l'ignorance de ce que les services secrets découvrent, savent et planifient. Le secret, de plus en plus, le secret.
    Est-ce acceptable? Que pouvons-nous faire?

    Vous rendez-vous compte que la nouvelle loi qui propose un simili avocat pour vous défendre, dit que cet avocat ne peut rien vous révéler de la preuve qui pèse contre vous et "cerise sur le sunday", votre avocat peut vous "stooler" (moucharder) aux autorités. Ce type qu'on appelle votre avocat peut révéler à vos accusateurs tout secrets que vous lui confiez, il n'est pas tenu au secret professionnel. Une méthode totalement démocratique, deux poids, deux mesures, dans un sens, le secret absolu et dans l'autre, vos sentiments intimes pouvant être révélé par votre avocat (sic) pour faire reculer votre cause, si besoin il y a. Démocratie ou dictature?

    Une ouverture vers la torture à huis clos et vers l'accusation fondée sur la rumeur (c'est un Arabe et il aime Al Qaeda... Bang! Il va parler!).

    Je ne crois pas qu'on soit mieux protégé si les services secrets doivent limiter leurs secrets. Il y a peu de secrets pour les services secrets internationaux ainsi que pour les organisations terroristes bien articulées. Le secret ne nous protège pas, il ne protège que la liberté d'action des personnes aux pouvoirs.

    Le gouvernement Harper, avec l'appui des libéraux de Stéphane Dion, nous fait glisser de plus en plus vers un régime dictatorial, où seuls les riches pourront jouir de la liberté, des ressources et des secrets.


    Serge Charbonneau
    Québec »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    mardi 23 octobre 2007 07h31
    @ Serge Charbonneau
    « Bravo Serge Charbonneau ! Tout à fait d'accord avec vous. Vous avez tout écrit sur ce sujet qui place notre gouvernement fédéral pas trop loin de celui des Américains sur nos démocraties qui ont la couche bien mince ces temps-ci. »

  • Claude Archambault
    Inscrit
    mardi 23 octobre 2007 09h06
    Qui sont visés?
    « Il ne faut pas oublier qui sont visés par ces certificats. Seuls les NON CANADIEN sont visés, des personnes qui sont ici en qualité de visiteurs ou qui ont la prétention d'être des réfugiés. Comme nos lois sont excessivement libérales en ce domaine, on a besoins de mesures très draconiennes pour nous protéger.

    Pour ce qui est du secret, encore là, pour quelque raisons que ce soit, c'est personnes sont des indésirables pourquoi leurs donner des droits qui éventuellement nous affaibliront comme pays et pourrait menacer notre sécurité ou celle de nos alliés.

    On a qu'à penser à ce fameux Imam Jaziri qui prétendait qu'il serait torturé à son retour en Tunisie et tous ceux qui s'opposait à son expulsion, que fait il maintenant? Il prétend à qui veut l'entendre qu'il a été torturé au Canada.

    Si au contraire tous les prétendants au statut de réfugié sans exception étaient placés dans un camp pour réfugié dès leur arrivés, une enquête sur leur cas pourrait être faite dans des délais raisonnables et le cas échéant l'extradition ou l'acceptation serait faites avant que cette personne ne puisse prendre racine. Et encore là le secret serait de vigueur pour 1. protéger la sécurité du pays, et 2 empêcher des pseudo groupe de défense de causer des problèmes. Car encore là, il ne faut pas oublier que ces gens ne sont pas des Canadien et ne devrait pas jouir des même droit et privilège très généreux que la citoyenneté Canadienne nous accorde. »

  • ethan solal
    Inscrit
    mardi 23 octobre 2007 13h38
    Oui... Qui est visé?
    « Lorsque la première bombe explosera dans le métro de Montréal, tuant quelques dizaines de Québecois "pur laine", on saura alors effectivement QUI était visé par les certificats de sécurité.

    À bon entendeur!

    Signé : un Français et Européen qui a vu l'effondrement d'un pays et qui, sans vouloir jouer les oiseaux de mauvaise augure, apprécierait si les Québecois se réveillaient un petit peu... »

  • Raoul Larocque
    Abonné
    mardi 23 octobre 2007 14h33
    Ceertificats de sécurité
    « Je vous trouve particulièrement gentil quand vous dites que le gf a fait le minimum: le minimum de quoi??? Toute l'idée de pouvoir porter des accusations contre qui que ce soit, sans que cette personne soit en mesure de savoir quelles sont ces accusations, donc en mesure de se défendre, est absolument odieuse et va à l'encontre de tout ce que nous avons accompli, à tout le moins dans un monde civilisé et démocratique, depuis 2 mille ans. Et, à la lecture de ce que disait Stockwell, il n'y a absolument rien de changé à la situation. Donc, le minimum n,est pas là même pour notre illustre Cour Suprême.

    Raoul Larocque »

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