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Revue de presse - Dion dans la tourmente

Manon Cornellier   20 octobre 2007  Canada
La présentation du discours du Trône, cette semaine, a accaparé pratiquement toute l'attention. Deux questions ont guidé l'évaluation de son contenu. Justifiait-il des élections? Comment le chef libéral Stéphane Dion pouvait-il s'en tirer?

Pour les éditorialistes, le verdict était unanime mercredi. Ce discours a des défauts, mais rien qui mérite de provoquer des élections précipitées. Selon le Globe and Mail, ce discours «met en avant un programme réaliste et faisable, un signal apprécié que le premier ministre Stephen Harper est plus intéressé à gouverner qu'à envoyer les Canadiens aux urnes». Et, étant donné l'état de santé du Parti libéral en ce moment, ce serait pure folie que de le défaire. Le Halifax Daily News, le Edmonton Journal, le Calgary Herald, le Ottawa Citizen et le StarPhoenix, de Saskatoon, allaient dans le même sens.

Les chroniqueurs, par contre, n'ont pas ménagé le chef libéral et largement épargné Stephen Harper. Sauf James McNulty, du quotidien The Province, de Vancouver. Selon lui, Harper doit cesser de multiplier les ultimatums et commencer à rendre des comptes. McNaulty invite d'ailleurs l'opposition à faire fi des menaces de vote de confiance à répétition. «Retounez au travail et commencez à étudier un à un les projets de loi, comme il se doit lorsque le gouvernement est minoritaire.» Dion a une chance de remettre son parti sur pied, mais celle-ci a ses limites. S'il perdait les quatre élections partielles qui devront avoir lieu d'ici la fin de l'année, tranche McNaulty, il devrait démissionner.

Greg Weston, du Ottawa Sun, relève l'insistance mise par les conservateurs sur la notion de leadership fort. S'ils veulent en faire un enjeu, explique-t-il, c'est parce qu'ils sont persuadés de pouvoir éclipser Dion. «Et si Harper impose sa façon de faire, le plaisir ne fait que commencer pour Dion.» De l'avis de Weston, ce discours du Trône offre avant tout la carte du «champ de mines qui attend les libéraux».

Don Martin, du National Post et du Calgary Herald, pense que seul l'instinct de survie des libéraux les incite à mettre de côté leurs principes et à éviter des élections. Mais abdiquer sur l'environnement, par exemple, coûtera à Dion sa crédibilité, prédit-il, et minera son principal avantage: son honnêteté intellectuelle. La vérité, disait-il, est que «M. Dion doit décider entre voter pour sauver la planète et voter pour sauver son derrière».

24 heures plus tard

Quand Dion a finalement fait savoir que les libéraux ne feraient pas tomber le gouvernement, les éditorialistes ont évidemment applaudi. «C'était la chose à faire pour Dion. Pour lui, son parti et le pays», a résumé Lorrie Goldstein, pour la chaîne SunMedia. «En faisant connaître ses intentions, Dion n'a été ni un lâche ni une mauviette, mais un politicien pragmatique.»

Même son de cloche au Vancouver Sun et au Globe and Mail. Ce dernier a toutefois averti les conservateurs qu'il leur revenait d'agir de bonne foi à l'avenir. Ce qui veut dire laisser chaque projet de loi être jugé selon son mérite et même amendé par l'opposition. Minorité oblige, rappelle le Globe. «Faire fonctionner un gouvernement minoritaire exige une certaine dose de compromis.»

Les chroniqueurs, eux, n'en avaient encore que pour Dion. À part Lawrence Martin, du Globe and Mail, qui trouve que le chef libéral a réussi à se sortir d'affaire sans s'humilier, plusieurs autres l'ont taillé en pièces. D'abord James Travers, du Toronto Star. «Un chef douteux et un parti trop désorganisé pour faire campagne — au point de devoir se mettre à genoux malgré les humiliations — sont en bien piètre position pour mettre en évidence les lignes de fracture des politiques gouvernementales ou pour promouvoir des solutions de rechange.»

Selon Don Martin, du Post, Dion a battu en retraite sans honneur et le gouvernement conservateur peut pratiquement faire comme s'il était majoritaire. De son côté, Greg Weston, du Ottawa Sun, a relevé sans pitié les erreurs de prononciation anglaise faites par le chef libéral lors de sa réponse au discours du Trône. Weston y a vu un symbole du désastre qui attend les libéraux.

Au bout du compte, c'est peut-être le Halifax Chronicle Herald qui a le mieux résumé la situation. «Masochisme d'un côté, machisme de l'autre.»

Le quotidien prévient toutefois que la stratégie de Dion comporte un danger à long terme. «Plus il sera forcé de maintenir le gouvernement en place longtemps, plus faible il apparaîtra et plus la caricature que les conservateurs font de lui s'incrustera.»

L'écho de Chrétien

Comme si ce n'était pas assez, l'ancien chef Jean Chrétien est venu ajouter aux tourments libéraux avec son autobiographie publiée cette semaine. Lawrence Martin, du Globe, remarque que Jean Chrétien a épargné Stephen Harper et n'a égratigné que son propre parti et ses successeurs, parfois férocement, au grand plaisir des conservateurs. Le chroniqueur trouve dommage que Chrétien ait ainsi noyé une histoire et des leçons autrement intéressantes.

L'équipe éditoriale du Globe déplore pour sa part que Chrétien tente de faire porter le blâme à Paul Martin pour les retombées du scandale des commandites. Le Globe convient que Martin a fait bien des erreurs, mais sa gestion du scandale des commandites ne figure pas sur la liste. «Il est décevant qu'après avoir eu le temps de réfléchir à la question depuis sa retraite forcée, M. Chrétien pense encore qu'il s'agit d'un dossier qu'on aurait dû faire disparaître.»

The Province juge aussi que Chrétien «frappe en bas de la ceinture» en affirmant cette fois que les soldats canadiens se retrouvent dans une zone dangereuse de l'Afghanistan à cause des hésitations de Paul Martin, ce qui laisse entendre qu'il «a du sang sur les mains». «Chrétien s'est abaissé à un niveau indécent d'invectives personnelles qui n'a pas sa place en politique.»

mcornellier@ledevoir.com
 
 
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