lundi 23 novembre 2009 Dernière mise à jour 12h12


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Prudent, Dion suivra Harper

Stéphane Dion
Photo : Agence Reuters
Stéphane Dion
Ottawa — Affaibli par les divisions internes au sein de son parti et visiblement écrasé par le pouvoir de vie ou de mort qu'il détient sur le gouvernement conservateur, le chef libéral Stéphane Dion a préféré jouer de prudence hier en sauvant Stephen Harper. Il n'y aura donc pas d'élections fédérales à court terme. Stéphane Dion et Gilles Duceppe ont toutefois vertement critiqué les intentions du gouvernement, soulignant à l'unisson les dangers de voir les conservateurs devenir un jour majoritaires.

Le chef libéral a gardé la colline parlementaire sur le qui-vive toute la journée hier, refusant de dévoiler ses intentions jusque tard en après-midi, lors de sa réplique au discours du Trône aux Communes. Même ses propres députés, qui s'étaient tous exprimés lors d'une réunion du caucus en matinée, ne savaient pas de quel côté pencherait leur leader. Plusieurs sources ont mentionné au Devoir que Stéphane Dion était le plus enclin à se lancer en campagne électorale, exaspéré de se faire accuser de manquer de leadership. «C'est aussi un gars de contenu, et il n'a pas aimé ce qu'il a entendu dans le discours du Trône», a soutenu un élu qui a tenu à conserver l'anonymat. Le passage sur l'abandon des objectifs du protocole de Kyoto a fait mal au chef libéral, a-t-on confié.

N'empêche, quelques heures plus tard, M. Dion se rangeait à la volonté de la majorité de son caucus. «Les faiblesses de ce discours doivent toutefois être évaluées à la lumière du fait que les Canadiens ne veulent pas d'autres élections tout de suite, a dit Stéphane Dion. Ils veulent que le Parlement fasse son travail. Trois élections en trois ans et demi, ce serait trop aux yeux des Canadiens. Le gouvernement est sans doute de plus en plus frustré par une opposition qui l'empêche de mettre en oeuvre son programme hyper-conservateur, mais nous sommes déterminés à faire fonctionner le Parlement.»

Au chapitre des points relativement positifs contenus dans le discours du Trône, M. Dion a noté le plan proposé pour les langues officielles (dont il a revendiqué la paternité), l'attention portée par le gouvernement à la souveraineté nordique et l'hommage rendu à Aung San Suu Kyi, leader de l'opposition birmane, qui devient ainsi citoyenne d'honneur du Canada. Mais il a critiqué presque tous les points importants du discours.

«Le discours est [...] vague, plein de trous, et soulève [beaucoup] de préoccupations», a-t-il dit avant d'ajouter qu'il se console en voyant que le discours du Trône «n'est pas aussi mauvais que s'il avait été écrit par un Parti conservateur majoritaire».

Le chef libéral a longuement parlé de «l'ambiguïté» du gouvernement en ce qui concerne la mission canadienne en Afghanistan. «Pourquoi avoir demandé à un comité d'analyser quatre options alors que le discours du Trône annonce déjà que le gouvernement a choisi une des quatre options?», a-t-il lancé dans un long discours au ton scolaire.

Stéphane Dion juge que la faiblesse des initiatives en matière de protection de l'environnement constitue la partie la plus décevante du discours du Trône. Il a rappelé que le nouveau Prix Nobel de la paix, Al Gore, avait comparé le plan vert des conservateurs à «un attrape-nigauds».

Dans le domaine de la justice, Stéphane Dion se montre conciliant. Les libéraux calculent avoir déjà donné leur accord à cinq des six lois envisagées. «C'est le gouvernement qui a fait de l'obstruction à l'adoption de ces lois, ce qui a été fait au détriment de la sécurité des Canadiens.»

Le chef libéral propose tout de même un long amendement au discours du Trône, mélange de critiques et de vantardises libérales. Stéphane Dion a précisé que si l'amendement qu'il soumet n'est pas accepté — comme ce sera vraisemblablement le cas —, il fera comme le NPD en octobre 2006 (lors de l'accord sur le bois d'oeuvre) et le Parti conservateur en mars 2005, c'est-à-dire qu'il s'abstiendra de voter pour éviter le déclenchement d'élections. «Si c'est bon pour lui, c'est bon pour moi», a lâché M. Dion à propos de Stephen Harper.

Harper se réjouit

Le premier ministre Harper a saisi la balle au bond. «Je suis heureux de voir que le chef de l'opposition me prend maintenant comme modèle», a répliqué M. Harper, sourire aux lèvres. Le premier ministre a enchaîné avec une anecdote. «Quand j'ai entendu les critiques du leader de l'opposition à propos du discours du Trône, je me suis souvenu d'un professeur que j'ai eu. Il disait que tout était mauvais dans mes travaux, mais il me faisait passer quand même.»

Stephen Harper, comme il l'avait annoncé il y a deux semaines, a soutenu qu'il interpréterait le passage du discours du Trône comme un «mandat clair» pour gouverner. Son projet de loi-cadre pour durcir le système de justice sera d'ailleurs un vote de confiance, a-t-il prévenu.

Hier, le premier ministre a de nouveau longuement abordé la question de la souveraineté du Canada dans l'Arctique, «le défi le plus important pour la souveraineté du pays», a-t-il affirmé.

Rappelant que le gouvernement conservateur a promis un port en eau profonde, de nouveaux navires militaires et une présence accrue de l'armée dans le Grand Nord ainsi qu'un nouveau centre de recherche à la fine pointe de la technologie, Stephen Harper a soutenu que la seule façon d'exercer la souveraineté canadienne dans ce vaste territoire consiste à «l'occuper». «On ne peut pas simplement pointer une carte et dire: "C'est à nous.» Il faut faire des efforts, engager des dépenses et être prêt à des sacrifices», a-t-il affirmé.

De manière plus générale, le premier ministre a soutenu que le discours du Trône, qui met largement en lumière des priorités déjà connues du gouvernement, contient tout ce dont les Canadiens ont besoin. «Les citoyens s'attendent à un leadership efficace, ciblé et fondé sur des principes pour qu'ils puissent planifier leur avenir en toute confiance», a lancé le premier ministre.

Duceppe à l'attaque

Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, n'a pas tardé à répliquer à Stephen Harper. «Ce discours [du Trône] fait la preuve que l'ouverture du premier ministre n'était pas sincère», a-t-il dit en qualifiant le fédéralisme d'ouverture des conservateurs «d'entreprise de marketing politique qui prend toutes les apparences d'une arnaque envers la nation québécoise».

Gilles Duceppe a insisté à plusieurs reprises sur l'approche des conservateurs en ce qui concerne l'encadrement du pouvoir fédéral de dépenser, identique selon lui aux promesses de Jean Chrétien dans le cas de l'Accord sur l'union sociale, une entente conclue en 1999 mais rejetée par le Québec car jugée trop contraignante. «Le gouvernement conservateur propose le même fédéralisme dominateur et paternaliste que Jean Chrétien», a dit le chef du Bloc. «Le gouvernement persiste à vouloir imposer des conditions au Québec, ce qui est inacceptable.»

Tout comme Stéphane Dion, Gilles Duceppe a affirmé que le Canada est chanceux de ne pas avoir un gouvernement conservateur majoritaire. «Alors qu'il était encore dans l'opposition, le premier ministre voulait que le Canada participe à la guerre en Irak. [...] C'est une chance qu'il n'ait pas été premier ministre d'un gouvernement majoritaire», a-t-il dit.

Selon le chef du Bloc, «le gouvernement va à l'encontre de la volonté de l'Assemblée nationale du Québec sur la question des valeurs mobilières, de Kyoto, de la crise forestière, des jeunes contrevenants, du registre des armes à feu et du Sénat. La liste est longue», a-t-il dit.

Le chef du NPD, Jack Layton, est quant à lui demeuré sur ses positions exprimées la veille, affirmant que ce discours du Trône entraîne le Canada dans la mauvaise direction. Il a mis le chef libéral au défi, s'il a des principes, de renverser le gouvernement.






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    jeudi 18 octobre 2007 08h02
    Le fond du baril s'en vient pour le PLC
    « Stéphane "Don Quichotte de la sacoche" Dion, le nez un peu plus par terre depuis hier, pourrait commencer à remonter dans les sondages quand il va toucher le fond du baril, ce qui pourrait commencer à attirer enfin notre pitié pour celui qui, comme le fils Trudeau de Papineau, nie que le Québec forme une nation parce qu'ils sont "full Canadian". »

  • andré michaud
    Inscrit
    jeudi 18 octobre 2007 09h49
    Bonne décision
    « Si M.Dion évite des élections hâtive c'est certe que son parti est faible et que M.Harper serait réélu.
    Cependant il est tout à fait vrai de dire aussi que les canadiens ne veulent pas d'une élection coûteuse et INUTILE. »

  • Mario Boisvert
    Abonné
    jeudi 18 octobre 2007 10h39
    Pauvre Stéphane!
    « Je crois que nous aimons plus les fins stratèges que les personnes à l'écoute du gros bon sens. Mon opinion est que nous sommes engagés dans une (game) stratégique et que Stephen a la donne et l'avantage du jeu...tant pis...il gouvernera rapidement et nous aurons à nous débourber du marasme dans quelques années.Mon gros bon sens me dit qu'il faut aller en élection sur des questions de fond...trop longtemps repoussées pour jouer la game. »

  • Gerry Pagé
    Inscrit
    jeudi 18 octobre 2007 10h48
    L'héritier du vide.
    « À l'instar de Duceppe qui gigote, piaffe et trépigne, chiâle, jaspine, rouspète, hurle, crachote et couvre toutes les tribunes des fientes corrosives libérant sa haine du Canada, Stéphane Dion, «rappelez-vous de mille façons», joue de prudence, critique vertement et garde la colline parlementaire sur le qui-vive. Dion refuse de dévoiler ses (in)tensions, affirme que, a noté que et propose que. Dion se montre conciliant, précise qu'il s'abstiendra et résume la volonté canadienne de ne pas se taper les urnes pour une 3e fois en autant d'années.

    Le lectorat, l'électorat et l'agglomérat des abusés et désabusés de la piquette fédéraliste, se foutent éperdument de ce que pète, rouspète et répète Dion ainsi que de tout ce qu'exècre, pigeonne et fiente Duceppe sur tout ce qui bouge d'Ottawa à Radio-Canada.

    L'épave d'un clan politique que hantera pour toujours le Scandale des Commandites; le toléré au sein d'une formation en tensions, en pleine déroute et rendu aux portes de l'enfer, là où très exactement Jean Charest avait conduit le Parti Progressiste-Conservateur du Canada, en 1998; l'objet de l'indifférence canadienne et ce spécimen rare qui «jouit, persiste et signe» sa propre revendication d'être devenu et de demeurer le plus mal-aimé du Québec, cet amalgame humain haut-parleur de toutes les clartés (pour les autres), vit d'ambiguïtés doctorales, d'ambivalences professorales, d'énigmes doctrinaires et de quiproquos pontifiants, le tout s'exerçant dans les pénombres d'un obscurantisme ténébreux qui en fait prématurément l'épitaphe d'un fédéralisme centralisateur et déstabilisateur, aveuglément obstiné, non rentable, si ce n'est que pour quelques pauvres provinciales régions et qui, de toute façon, s'érode sévèrement de l'intérieur.

    Alors que le marabout Duceppe jaspine, rouspète, hurle, crachote les postillons de ses frustrations et n'agit d'aucune façon, alors qu'il revendique sa paye de paria, le pacha misanthrope Dion déplace de l'air, jacasse et couvre de brillantines sa jactance de hautain parvenu, en oubliant que tous les canadiens en payent le trop fort prix, en feignant d'ignorer que les Québécois, au surplus, en payent la surtaxe du malaise, ces scandaleux enrobages d'un taxage auquel se livrent impunément les trafiquants de politicailleries aux crochets desquelles ils suçotent jusqu'aux miettes la bombance de leur bien-être, derrière les portes closes de l'immunité, de l'impunité et de l'imputabilité blindée et reléguée au calendres grecques.

    Gerry Pagé
    Ville de Québec »

  • Sean Bertrand
    Inscrit
    jeudi 18 octobre 2007 13h40
    Douleur
    « Ce n'est pas sans plaisir que je vois Stéphane Dion souffrir. Il s'agit d'un intellectuel peu respectable qui partage avec les intégristes religieux la certitude d'une vérité. Sa profonde et inébranlable foi au fédéralisme canadien l'a propulsé vers l'autre rive de l'Outaouais.
    Sa dérive dogmatique l'a amené à créér la loi sur la clarté au mépris des règles fondamentales de la démocratie dont la volonté d'une majorité.
    Tellement canadien et fier de l'être qu'il a autant peur de prononcer les mots "nation québécoise", qu'un vampire de la lumière du soleil.
    Mais ce fier fédéraliste qui donne l'image de quelqu'un qui n'hésiterait pas à s'essuyer les pieds sur le drapeau du Québec, possède la nationalité française et ne veut pas s'en séparer. Par respect pour sa mère dit-il. Mais monsieur Dion quand les québécois s'accrochent à un projet de nation, c'est aussi par respect pour une filiation française. Certes, elle est plus lointaine mais elle demeure au coeur d'une différence évidente dans la grande et très plurielle nation canadienne.

    Le Québec n'est pas parfait et je soupçonne fortement qu'il vous décoit ou vous a déçu et que finalement vous le méprisez.

    Maintenant Monsieur Dion souffrez de voir le retour du balancier avec la désertification de vous appuis dans la belle province ou comme a dit le Comte de Monte Crisco souffrez tout court. »

  • Normand Chaput
    Abonné
    jeudi 18 octobre 2007 14h04
    je propose Gerry comme prochain poete officiel
    « Tu devrais appliquer mon Page, ils sont assez cons pour t engager »

  • Pierre-S Lefebvre
    Inscrit
    jeudi 18 octobre 2007 14h52
    Les caméléons on le courage de leur déguisement
    « Dion n`a plus de munitions pour attaquer Harper. Le PLC est sans infrastructure pour déclencher des élections. Dion fanfaronne, car les Conservateurs le regretteront disait-il, il n`a pas même une semaine. Grande guelle de Professeur de Sciences Politiques bien que soumis sous la pression. Il ne possède pas les qualités intuitives nécessaires pour rayonner dû a une intelligence émotive déficiente. Les bases de connaissances en sciences politiques 101 sont bafouées à chaque fois qu`il prend une décision au nom de son parti. Son avenir sera fixé plus tôt que plus tard. Ciao Stéphane! »

  • Serge Charbonneau
    Abonné
    jeudi 18 octobre 2007 18h38
    Prudence, est-ce le bon terme?
    « Prudence. Est-ce le terme le plus adéquat pour décrire l'attitude de Stéphane Dion?

    À mon sens, absolument pas. Lucidité serait plus juste. Manque de courage politique, serait la meilleure description. Prostitution idéologique. Comment accepter un discours du trône prônant une politique plus que conservatrice pour un parti qui se dit "libéral"?

    Stéphane Dion est d'une nullité surprenante et fait preuve d'un manque total de conviction et d'idéologie. Définitivement, le courage en politique n'existe plus.

    Oui, je suis dur, intraitable, mais le courage, c'est parfois se suicider pour ses idées. Bien sûr que de déclencher des élections était un suicide politique pour Stéphane Dion. Mais il aurait mieux valu pour lui, de mourir en héros plutôt que de disparaître à petits feux sous une montagne d'honteuses maladresses.

    Serge Charbonneau
    Québec »

  • Serge Charbonneau
    Abonné
    jeudi 18 octobre 2007 18h47
    Bravo Gerry Pagé
    « Quel beau texte!
    En plus d'être franchement divertissant, il décrit de façon très juste nos braves politiciens québécois (sic pour certains) à Ottawa.

    Félicitations M. Pagé. »

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
9 réactions
0 votes
 
Pour en savoir plus
Idées
Article
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009