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Trop peu

Bernard Descôteaux   18 octobre 2007  Canada
Le gouvernement Charest a accueilli avec une certaine ouverture les engagements pris par le premier ministre Stephen Harper dans le discours du Trône qui a présidé mardi à la reprise des travaux parlementaires à Ottawa. Le dépôt d'un projet de loi pour encadrer le pouvoir fédéral de dépenser est vu comme un pas dans la bonne direction. Pourtant, la circonspection s'impose, car beaucoup d'éléments de ce discours du Trône ne vont pas dans le bon sens.

L'élément premier qu'a retenu le premier ministre Jean Charest est cette intention du gouvernement conservateur de déposer ce projet de loi sur le pouvoir de dépenser qu'il attendait depuis longtemps. Ce projet est pourtant reçu par un concert quasi unanime de critiques en raison de sa portée limitée, concert auquel s'est même joint Stéphane Dion dans sa réplique au discours du Trône à titre de chef de l'opposition officielle à la Chambre des communes.

L'intention que poursuit Stephen Harper avec cet engagement est limpide. Il s'agit d'une autre étape de son opération de charme auprès des Québécois, entreprise lors de la campagne électorale de 2006. Il a certes fait des gestes depuis, dont la portée a surtout été symbolique. Le siège à l'UNESCO promis pour le Québec s'est révélé un strapontin. Le déséquilibre fiscal n'a pas trouvé de solution à la hauteur des attentes du gouvernement québécois. Quant à la reconnaissance par une motion des Communes des Québécois formant une nation, cela ne reste toujours que des mots.

L'encadrement du pouvoir fédéral de dépenser est une revendication qu'ont partagée tous les gouvernements québécois depuis 60 ans. Afin de contrer la capacité d'Ottawa d'intervenir dans les champs de compétence des provinces, on a constamment demandé de pouvoir exercer un droit de retrait avec pleine compensation financière, ce qui permettrait au Québec de garder la pleine maîtrise de ses compétences et de son développement.

Stéphane Dion observe ainsi que le premier ministre Harper en propose moins que ce qu'avait soumis le gouvernement Chrétien en 1996 alors qu'il cherchait à manifester de l'ouverture au Québec au lendemain du référendum de 1995. En 1999, ses efforts avaient abouti à l'accord sur l'Union sociale, qui prévoit un droit de retrait implicite pour les provinces lorsque Ottawa intervient dans le domaine des politiques sociales. Sur ce plan, il rejoint presque la critique du chef du Bloc québécois, qui reproche à la proposition Harper de ne pas aller plus loin que ce que prévoit l'accord sur l'Union sociale. Rappelons que le Québec ne l'a jamais signé justement parce que le droit de retrait qui s'y trouve est trop limité. Jean Charest était alors chef de l'opposition officielle à l'Assemblée nationale et avait appuyé le premier ministre Lucien Bouchard.

L'intérêt que présente la proposition du premier ministre Harper est mineur. Tout d'abord, il n'entend limiter le pouvoir de dépenser que pour les programmes à frais partagés. Depuis quelques années, le gouvernement fédéral privilégie les interventions directes auprès des particuliers, des sociétés ou des universités. Bref, on ne limiterait que symboliquement le pouvoir de dépenser, et cette limitation aurait d'autant moins de portée qu'elle ne serait pas enchâssée dans la Constitution. Au surplus, il faudrait pour obtenir une compensation financière que le Québec offre un programme similaire à celui proposé par Ottawa.

Le Québec ne pourra pas se contenter de si peu. Il appartient au gouvernement Charest de définir des attentes qui feront consensus et de les exposer clairement. Les intentions de Stephen Harper ne sont pas pures. Il ne faut pas que cette question de l'encadrement du pouvoir de dépenser devienne l'objet d'un trivial marchandage électoral. Il faut se méfier, car il y a dans ce discours du Trône préélectoral d'autres mesures qui, de toute évidence, ne vont pas dans le sens des intérêts du Québec, qu'il s'agisse de la réforme du Sénat, de l'abandon du protocole de Kyoto ou encore du retour de projets de loi sur la criminalité. Le gouvernement Charest doit être ferme.

***

bdescoteaux@ledevoir.com
 
 
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  • Gilles Bousquet - Inscrit
    18 octobre 2007 08 h 47
    La fermeté à genoux
    Vous écrivez : «Le gouvernement Charest doit être ferme.»

    Notre bon gouvernement "très provincial" Libéral ne peut pas se permettre d'être très ferme devant le fédéral "M. Harper ou Dion" parce que ça donnerait des munitions à la souveraineté du Québec et au PQ qui la préconise. Fait que...M. Charest est piégé à genoux devant le fédéral à cause de son option constitutionnelle très très très fédéraliste.

    Il y a quelques légères exceptions à cette règle comme la semaine dernière quand Mme Forget qui a pété une petite coche à cause de la bourse de Toronto qui voit Montréal de très haut.
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  • Jean-Pierre Aubry - Abonné
    18 octobre 2007 09 h 45
    On est loin de la coupe aux lèvres
    Il faut se réjouir du fait que le gouvernement fédéral ait l'intention de limiter son pouvoir de dépenser dans les domaines de responsabilité provinciale. Ceci implique qu'il doit limiter également son pouvoir de dépenser dans les domaines relevant des municipalités qui sont sous la responsabilité des provinces. Cependant, on est loin de la coupe aux lèvres. Je suis relativement peu optimiste sur l'ampleur des limites que le gouvernement fédéral impose à son pouvoir de dépenser dans les domaines de compétences provinciales Le gouvernement fédéral se garde, selon moi, une marge de manoeuvre énorme. Lorsque nous connaîtrons plus en détail les projets du gouvernement Harper nous verrons, si l'interprétation que je présente plus bas est trop pessimiste.



    1. Notez tout d'abord que ce qui est inclus dans le discours du Trône ressemble beaucoup à ce qui était inclus dans le Budget 2006, il y a plus d'un an et demi.

    Le discours du Trône

    "Notre gouvernement estime que les compétences constitutionnelles de chaque ordre de gouvernement doivent être respectées. À cette fin, et guidé par notre vision d'un fédéralisme d'ouverture, notre gouvernement déposera un projet de loi qui imposera des limites explicites à l'utilisation du pouvoir fédéral de dépenser pour des nouveaux programmes à frais partagés dans les compétences exclusives des provinces. Cette loi autorisera les provinces et les territoires à se retirer de ces nouveaux programmes, avec juste compensation, s'ils en offrent qui sont compatibles."


    Budget 2006, Rétablir l'équilibre fiscal, p. 58

    "Conformément à l'Entente-cadre sur l'union sociale signée en 1999 par le gouvernement fédéral et toutes les provinces, à l'exception du Québec, le gouvernement du Canada limitera le recours au pouvoir de dépenser dans les domaines de responsabilité provinciale, dans le but :

    · De faire en sorte que les nouveaux programmes à coûts partagés lancés dans le domaine de responsabilité provinciale fassent au préalable l'objet du consentement d'une majorité de provinces;

    · De reconnaître aux provinces et aux territoires un droit de retrait avec compensation des programmes fédéraux à coûts partagés, à condition que des programmes similaires comportant des structures de reddition de comptes équivalentes soient offerts."

    2. Notez dans le discours du Trône les trois qualificatifs importants sur lesquels la "game" politique se joue : "nouveaux", "exclusives" et "compatibles".

    3. Notez que l'idée d'avoir au préalable une entente avec la majorité des provinces pour les programmes à coûts partagés (qui était dans le budget de mai 2006) n'est pas incluse dans le texte du discours du Trône.

    4. Notez que les programmes à coûts non partagés ne sont pas inclus.


    5. Notez que tous les programmes que le gouvernement fédéral juge comme n'étant pas de compétences exclusives des provinces seraient exclus. Pensez au rôle que le gouvernement fédéral veut continuer à jouer dans le secteur de la santé, de l'éducation, dans les infrastructures municipales, dans la surveillance des marchés financiers, dans l'abolition des barrières commerciales entre les provinces ... et à sa façon d'agir dans ces dossiers.

    6. Notez que tous les anciens programmes fédéraux qui sont de compétences provinciales seraient également exclus (ex. les subventions pour des programmes de garderies).

    7. Notez que le gouvernement fédéral imposerait aux provinces qui veulent se retirer d'un programme avec compensation d'offrir un programme similaire. En somme, le gouvernement fédéral continuerait d'influencer fortement les priorités dans des domaines qu'il juge lui-même comme étant de compétences exclusives des provinces.

    Jean-Pierre Aubry
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  • Francois M. Taisne - Inscrit
    18 octobre 2007 10 h 11
    Pas assez
    Deux observations suivies d'une conclusion.

    Les grandes politiques sociales au Canada ont été initiées par le Gouvernement fédéral, et cela n'a rien à voir avec la capacité financière de chaque niveau de gouvernement. À part le bureau des passeports, il n'y a rien à redire sur les institutions du Gouvernement fédéral.

    Au contraire, l'output du gouvernement québécois dans ses juridictions est lamentable. Le réseau hospitalier québécois est typique d'un pays sous-développé. L'éducation: juste à écouter les propos de diplomés québécois comparés aux européens ou japonais nous force à constater le nombre de cruches qui sortent de nos institutions avec des bacs à rabais. Quant aux routes...

    Voilà pourquoi je suis tout à fait à l'opposé de votre opinion et je souhaite que le Gouvernement fédéral se mèle davantage des affaires du Québec.

    Il y a des limites à tolérer un gouvernement typique d'une république de bananes.
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  • Michel Simard - Abonné
    18 octobre 2007 12 h 42
    Un fédéralisme d'assujétion voire un état unitaire
    M. Taisne veut-il dire que nous devrions prôner un fédéralisme d'assujétion voire la suppression des provinces et la création d'un état canadian unitaire ? Est-ce à comprendre que les Québécois sont des êtres humains inférieurs, incapables de se gouverner sans la paternité de la supériorité anglo-saxonne. Durham est bien vivant.
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