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Analyse - Le Bloc québécois, un phénomène

Pierre Vadeboncoeur - Essayiste  18 octobre 2007  Canada
Le Bloc québécois est une création politique tout à fait originale et sans modèle, une innovation parlementaire dont on mesure cependant assez mal la singulière utilité, surtout depuis un an ou deux.

Le Bloc est un facteur d'opposition absolument libre, libre de toute attache suspecte et de toute ambition grâce à sa position très particulière dans la vie politique. Il est entré comme par effraction au Parlement, un parlement conformiste et aliéné aux intérêts d'argent par les libéraux et les conservateurs.

Le Bloc et aussi le NPD troublent et déstabilisent une vie parlementaire plus ou moins confisquée par les deux gros partis. Ils forment une opposition véritable, la seule qui échappe à l'alternance trompeuse des partis dominants.

Le Bloc est indépendant par son origine purement québécoise et surtout par le fait qu'il ne peut pas aspirer au pouvoir... Il est libre de penser la politique sans rien devoir à personne et sans avoir à ménager des bailleurs de fonds du monde des affaires. Il est une force d'opposition précieuse et sans autre préoccupation que celle d'avoir à défendre le Québec et le bien commun. Il prévient le détournement de l'opposition.

Il n'est sans doute pas toujours à la hauteur, par exemple sur la question de l'Afghanistan, où sa faiblesse a déçu. Mais enfin, n'ayant pas d'ambition et, au surplus, n'ayant pas à se laisser tenter par les combines si fréquentes dans la politique ordinaire, il n'a au fond rien d'autre à faire que de prendre fait et cause pour des politiques conformes à ses principes et à sa mission particulière. C'est ce qui le préserve plus que tout autre parti.

Le Bloc peut à volonté déranger les calculs des conservateurs comme des libéraux par son poids électoral et par son franc-parler. Il n'attend rien du pouvoir, aucune récompense, aucun profit. Par sa situation même, par son rôle, il est largement prémuni contre les dérapages. À cause d'une conjoncture historique très spéciale, voilà donc la démocratie pourvue d'un instrument qui n'existe probablement nulle part ailleurs. C'est comme si la démocratie avait enfin trouvé le moyen d'opposer au pouvoir, institutionnellement, un contrepoids dont ce serait l'exclusive raison d'être.

C'est très particulier, tout comme les circonstances uniques qui ont amené cette nouveauté. Et on se déferait de cet outil démocratique proprement incomparable pour des considérations quelconques comme celles qu'on invoque, par exemple que le Bloc devrait disparaître après un certain temps, son rôle, paraît-il, n'ayant plus lieu de se poursuivre dans une période de relative atonie comme celle de 2007? Il est très dangereux d'en arriver à des conclusions irréfléchies comme celle-là.

Représenter le Québec

Le Bloc n'est pas compromis avec le pouvoir et ne peut pas l'être. Il représente le Québec et peut le défendre comme nul autre parti ne le ferait. L'action sur le front fédéral est son domaine exclusif. Les libéraux, les conservateurs, à l'égard du Québec, se trouvent toujours placés sur une pente qui les fait pencher vers le reste du Canada. Le Bloc est à l'épreuve d'un tel glissement. C'est pourquoi on veut absolument l'abattre.

On pourrait citer cent exemples de ses actions passées. Les plus voyantes furent celles qui ont eu trait aux commandites, et elles ont mis le Parti libéral par terre, en tout cas au Québec. Le Bloc est une force redoutable et on ne le dit pas assez. Comme les commandites visaient le Québec, son attention s'est concentrée naturellement sur cette histoire. Le scandale a éclaté grâce à ses interventions insistantes et répétées. La pertinence de cette action a été confirmée par la vérificatrice générale, qui a fini par examiner l'affaire et par reconnaître le bien-fondé des critiques lancées contre le gouvernement. Seul un parti voué aux intérêts québécois et entièrement libre pouvait, semble-t-il, réussir ce tour de force. Et voilà que nous pourrions nous passer de sa présence et de son action?

Le Bloc dérange. Il fausse le jeu bien orchestré des partis traditionnels. C'est un corps étranger dans une machine aussi harmonieuse que trompeuse. Il n'est pas assimilable. On ne peut pas le transformer en allié du pouvoir ni l'introduire dans le cercle complaisant de ceux qui gravitent autour de celui-ci. Dans l'histoire démocratique, il est parfaitement atypique.

Le Québec n'a pas de meilleur atout politique que ce parti qui, un jour, s'est introduit dans le parlementarisme canadien et a altéré la dynamique des partis fédéralistes et du fédéralisme lui-même. L'adversaire est dans la place! On ne saurait le corrompre, car il n'attend pas de récompense, fût-ce même sous la forme d'un pouvoir partagé avec ceux qui dominent la scène mais qui, à cause de lui, ne la dominent pas totalement.

La formule du parti indépendant, son statut d'exception, une trouvaille, et son confinement à l'opposition s'opposent, par leur nature même, aux louvoiements politiciens.

Le Bloc, comme tous les groupements humains, est exposé aux influences délétères de l'intérêt purement individuel, mais, dans son cas, il y a un cran d'arrêt: ses buts mêmes et sa drôle de situation sur l'échiquier politique interdisent au militant de se laisser séduire ailleurs, à moins qu'il ne décroche, s'en aille et renie carrément son passé. Comme Lapierre. Comme Garon par rapport au PQ. Ce n'est pas glorieux.

Le Bloc est un authentique produit de la démocratie, le plus direct qu'on puisse imaginer. La fonction d'opposition, inhérente au système démocratique, est assurée par lui d'une manière certes imprévue, et il est ainsi posté qu'il ne peut pas s'y soustraire. Le Bloc est un développement institutionnel inattendu. Il ne faut pas laisser se perdre cet avantage, qui inquiète toute la machine. Le Bloc occupe une position stratégique unique. Il serait insensé de délaisser un tel créneau, de brader un tel pouvoir.
 
 
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  • Paule Savignac
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    jeudi 24 mars 2011 09h46
    le Bloc québécois (BQ)
    Lors de la fondation du BQ, le contexte était le suivant: on venait d'adopter la nouvelle constitution du Canada sans l'accord du Qc, qui l'exprimait avec une résolution unanime de rejet de la dite constitution par le parlement du Qc, comprenant donc tous les partis politiques et toute l'opinion québécoise, du moins celle concernée par la politique.
    Les députés fédéraux du Qc se sont tous fermé la trappe : 74 sur les 75 députés du Québec étaient libéraux, une aberration en soi --il n'y avait pas de parti conservateur au Qc, mais tout de même un député. Les députés au parlement fédéral ont tous votés du côté du gouvernement libéral fédéral de l'époque. Tous, unanimement de tout le Canada, à l'exception de l’unique député conservateur québécois: le père de Laurence Cannon ministre actuel des affaires étrangères!
    Lucien Bouchard, dans la foulée de ce coup de force et après un court «arrêt» au parti conservateur qui a pris le pouvoir à Ottawa grâce au Québec, a alors fondé le BQ (le parti conservateur s'étant montré totalement inapte à tenir compte du Québec malgré ses 64 députés sur les 75 députés du Québec! –après les 74 sur 75 députés libéraux du Québec du gouvernement fédéral précédent, honni partout au Qc sauf par les anglos...), pour que la chose ne se reproduise plus jamais, que tout «coup d'état» de même nature ne se fasse pas sans que le Qc ait une voix, et fasse un bruit considérable, empêche si possible, en tout cas nuise de façon importante au fonctionnement du parlement fédéral le cas échéant. On l'a vu encore dans l'affaire de la loi sur la «clarté référendaire», dernier avatar du même coup de force contre le Québec (encore un gouvernement libéral, dirigé par Jean Chrétien, encore lui, qui complétait la sale besogne). Le BQ a pu faire entendre la position du Québec, les autres se sont tus.
    La raison d'être même du BQ? Donner une voix au Qc, nous représenter. Un p

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