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    Rentrée parlementaire - Le Bloc jouera la carte identitaire

    « On va revenir à l'essence de notre projet, le fait que nous soyons une nation francophone en Amérique », lance Gilles Ducceppe devant ses militants

    15 octobre 2007 |Manon Cornellier | Canada
    Avec l’appui de 95,4 % des 219 délégués au conseil général du Bloc à Trois-Rivières samedi, Gilles Duceppe a pu dissiper les doutes quant à son avenir et les rumeurs de son départ prochain d’Ottawa.
    Photo: Jacques Nadeau Avec l’appui de 95,4 % des 219 délégués au conseil général du Bloc à Trois-Rivières samedi, Gilles Duceppe a pu dissiper les doutes quant à son avenir et les rumeurs de son départ prochain d’Ottawa.
    Trois-Rivières — Le Bloc québécois jouera à son tour la carte identitaire lors de la rentrée parlementaire de demain et des prochaines élections fédérales qui pourraient avoir lieu aussi tôt que cet automne. Confronté à la remontée des conservateurs au Québec, en particulier auprès des francophones nationalistes, le chef bloquiste Gilles Duceppe veut parler «des intérêts, des valeurs et de l'identité québécoise».

    «Notre mouvement, qui porte le seul véritable projet de société de la nation québécoise, est fondé sur l'identité. [...] Ce que je vous propose, c'est que le Bloc québécois [...] accentue son rôle de défenseur, non seulement des intérêts, mais aussi des valeurs et de l'identité québécoise. On va revenir à l'essence de notre projet, le fait que nous soyons une nation francophone en Amérique. À Ottawa, il y a un seul parti qui peut faire ça, c'est le nôtre», a lancé le chef bloquiste Gilles Duceppe aux quelque 250 militants réunis samedi à Trois-Rivières.

    Fort de l'appui sans équivoque de ses troupes à la veille de la présentation du discours du Trône et de la tenue d'un vote de confiance qui pourrait mener à la tenue d'élections précipitées, le chef bloquiste adapte son propos pour mieux défendre la pertinence de sa formation politique simplement présentée, par le passé, comme le premier défenseur des intérêts des Québécois.

    Cette démarche va même se poursuivre devant la commission Bouchard-Taylor qui se penche sur la question des accommodements raisonnables. Le Bloc y présentera un mémoire lors de son passage à Montréal.

    Comme la semaine dernière à Montréal et à Québec, il dit vouloir que le Québec ait l'entière responsabilité de l'intégration des immigrants et ne soit plus soumis à la politique fédérale du multiculturalisme. Il exige aussi que la Loi sur les langues officielles et le Code canadien du travail soient modifiés pour confirmer la préséance de la loi 101 dans tous les lieux de travail au Québec. Selon M. Duceppe, il s'agit de donner corps à la reconnaissance de la nation québécoise adoptée par le Parlement fédéral.

    Le vrai adversaire

    Le Bloc a toujours eu, élection après élection, à expliquer sa raison d'être. La prochaine ne fera pas exception, conviennent les députés en privé. Selon un d'entre eux, il est clair que cette nouvelle insistance sur l'«essence» du Bloc, la nation, la langue et les valeurs vise à toucher la corde sensible des nationalistes séduits par le «fédéralisme d'ouverture» de Stephen Harper.

    Un sondage Ipsos-Reid, paru en fin de semaine, confirme que le premier adversaire du Bloc au Québec est maintenant le Parti conservateur. L'enquête donnait 33 % d'appuis au Bloc comparativement à 27 % aux conservateurs, 18 % aux libéraux et 16 % au NPD. Il faut noter cependant que la marge d'erreur était de 6,6 %, ce qui a incité les bloquistes à le prendre avec circonspection, surtout que d'autres sondages affichent un écart plus important en faveur du Bloc.

    Ces chiffres n'ont pas refroidi les ardeurs du chef à la veille du discours du Trône et de possibles élections précipitées. Le Bloc a fixé cinq conditions pour appuyer le plan conservateur et, du même coup, éviter un scrutin. Il n'en démord pas. «J'ai dit que c'était cinq conditions, c'est cinq conditions», a martelé M. Duceppe hier.

    Il demande la fin du pouvoir fédéral de dépenser dans les domaines de juridiction provinciale, le maintien de la gestion de l'offre, une aide pour les secteurs forestier et manufacturier, la fin de la mission de combat en Afghanistan dès février 2009 et le respect du protocole de Kyoto.

    Mais les conservateurs représentent une menace réelle si on se fie aux attaques incessantes que Gilles Duceppe leur réserve. «Au-delà du marketing, les conservateurs ne sont pas en phase avec le Québec, ni sur la politique étrangère, ni sur l'environnement, les questions sociales ou économiques», a-t-il martelé samedi, avant de se lancer dans une énumération des politiques qu'il désapprouve.

    Cadeau de Chrétien

    Quant aux libéraux, ils ne préoccupent pas beaucoup les bloquistes qui ont même eu droit à de nouvelles munitions pour s'attaquer à leur chef Stéphane Dion, gracieuseté de Jean Chrétien. Dans ses mémoires, qui doivent être en librairie aujourd'hui mais qui ont fait l'objet d'une fuite samedi, M. Chrétien répète qu'une mince victoire souverainiste à partir de la question «tordue» de 1995 «n'aurait pu être interprétée comme la preuve irréfutable que la majorité des Québécois voulaient rompre leurs liens historiques avec le Canada». Bref, ça n'aurait pu représenter un «mandat de sécession», selon lui.

    Ces propos ont choqué des députés bloquistes, bien que peu aient été surpris, se rappelant les déclarations similaires de M. Chrétien par le passé. Le chef bloquiste a conclu que M. Chrétien avait donc menti à la population à la veille du référendum en déclarant qu'un vote pour le OUI était un choix sans retour. «De la part du premier ministre canadien, ce n'est pas tellement responsable d'agir ainsi», a-t-il dit en conférence de presse de clôture hier.

    Le leader parlementaire, Pierre Paquette, a vite fait de faire le lien avec Stéphane Dion. «C'est tout à fait dans la logique de M. Chrétien et de la Loi sur la clarté. M. Dion a d'ailleurs des problèmes au Québec actuellement à cause de cette loi.»

    Pari électoral

    Les militants bloquistes ont passé la fin de semaine à parler organisation électorale, mobilisation et finances. Le Bloc n'a plus de dettes et affirme avoir 2,5 millions de dollars dans les coffres de ses associations locales. La moitié des candidats ont été choisis.

    Selon l'organisateur en chef, le député Mario Laframboise, qui a fait la tournée de toutes les circonscriptions, les organisateurs locaux sont tous en poste et le parti «a tous les moyens financiers pour faire face à des élections».

    Les députés se sont réunis à leur tour hier pour préparer la rentrée parlementaire et d'éventuelles élections. Mais certains avouent qu'ils ne sont plus aussi sûrs qu'il y aura un scrutin cet automne, étant donné l'état de santé des libéraux. «Je ne serais pas porté à aller en élection si j'étais libéral», a avoué le président du caucus, Louis Plamondon.

    Le conseil général a aussi profité de l'occasion pour renouveler sa confiance en son chef, un vote tenu à sa demande après sa courte incursion en politique provinciale, le printemps dernier. Avec l'appui de 95,4 % des 219 délégués, Gilles Duceppe a pu dissiper les doutes quant à son avenir et les rumeurs de son départ prochain d'Ottawa.

    Un nouveau vote de confiance aura lieu lors du congrès du parti à l'automne 2008, et M. Duceppe promet d'y être, à moins de perdre d'ici là ses élections.

    Collaboratrice du Devoir
     
     
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