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Dion se dit prêt à livrer bataille

Le chef du PLC reconnaît toutefois que les Canadiens ne veulent pas d'élections

Alec Castonguay   10 octobre 2007  Canada
Ottawa — La guerre de mots que se livrent le premier ministre Stephen Harper et l'opposition s'est poursuivie hier, à moins d'une semaine du décisif discours du Trône. Le chef libéral, Stéphane Dion, a soutenu être «prêt à livrer bataille» si «l'intransigeance» des conservateurs force la tenue d'un scrutin cet automne. M. Dion a toutefois reconnu que ce n'était pas son premier choix, ajoutant que «la grande majorité des Canadiens ne veut pas d'élections».

Le leader du Parti libéral du Canada a utilisé comme prétexte une conférence de presse à Ottawa concernant des changements mineurs à son équipe de porte-parole — Bob Rae devient critique en matière d'affaires étrangères — pour répondre à l'ultimatum lancé la semaine dernière par le premier ministre Stephen Harper. Ce dernier avait soutenu qu'il interpréterait l'adoption du discours du Trône comme un «mandat clair» pour gouverner, affirmant même que les priorités énoncées seraient considérées comme des votes de confiance une fois le tout traduit en projets de loi.

Stéphane Dion a rejeté du revers de la main les menaces de Stephen Harper hier. «Un discours du Trône ne peut pas mettre entre parenthèses le Parlement, a-t-il dit. Il faut évaluer chaque projet de loi à son mérite. Dire qu'il faut appuyer tous les projets de loi qui suivent le discours du Trône n'a pas de sens. Ça ne fonctionne pas comme ça.» Cette façon de vouloir diriger le pays comme si le premier ministre était à la tête d'un gouvernement majoritaire est «irrespectueux de la volonté des Canadiens», a affirmé Stéphane Dion. «Il veut prendre le Parlement en otage en le soumettant à des crises de confiance montées de toutes pièces.»

Si, dans son discours du Trône, le premier ministre manifeste le désir d'empêcher le Parlement de jouer son rôle démocratique, il sera alors «responsable» de défaire le gouvernement et de provoquer des élections, a dit M. Dion. Mais Stephen Harper en portera l'odieux, a-t-il ajouté.

Stéphane Dion a soutenu que «toutes les options restent ouvertes» en vue du discours du Trône. «Tout comme les Canadiens, nous ne voulons pas d'élections. Mais si Harper nous y force, nous serons prêts. Si les conservateurs, par leur intransigeance, poussent le Canada en élections, nous, les libéraux, leur ferons regretter d'avoir engagé la bataille», a-t-il lancé.

Mais le chef libéral, secoué par une crise interne depuis trois semaines, a affirmé à plusieurs reprises qu'il est «conscient» que les Canadiens ne veulent pas d'élections. «Aujourd'hui, comme chef de l'opposition, je sais que la grande majorité des Canadiens ne veulent pas d'élections fédérales tout de suite. Elles seraient les troisièmes élections fédérales en quatre ans, en plus des élections provinciales imminentes et récentes. Je le sais et je veux que le Parlement actuel fonctionne et fasse oeuvre utile», a-t-il dit.

Selon Stéphane Dion, les libéraux n'ont jamais fait d'obstruction systématique au Parlement depuis 20 mois et n'ont pas l'intention d'en faire, a-t-il dit pour répondre aux attaques de Stephen Harper sur le sujet. M. Dion a rappelé que c'est Stephen Harper qui a fait distribuer un livre à ses députés le printemps dernier sur l'art de bloquer les travaux des comités parlementaires.

Malgré cette volonté clairement affichée de faire fonctionner le Parlement, Stéphane Dion a refusé de préciser ses intentions. S'il veut voir les dossiers de l'Afghanistan, de l'environnement, de la pauvreté et de la productivité inscrits dans le discours du Trône, il n'a pas voulu étoffer ses demandes. «Quand on aura pris connaissance du discours du Trône, on jugera avec attention ce qui est proposé et comment nous devons agir en tant qu'opposition.»

Il faut rester unis, dit Dion

Concernant la crise qui secoue son parti, Stéphane Dion affirme retenir une leçon: «Les libéraux doivent toujours rester unis. C'est la seule façon de gagner l'appui des Canadiens», a-t-il dit, ajoutant qu'«un Canada uni a besoin d'un Parti libéral uni».

Stéphane Dion a refusé d'entrer dans les détails de ce qu'il a lui-même nommé «l'affaire Carroll», puisque les avocats sont maintenant chargés du dossier (Jamie Carroll menace de poursuivre le PLC pour congédiement abusif). Il a toutefois reconnu que M. Carroll est toujours le directeur général du PLC. Ce dernier a suscité la grogne au Québec avec ses commentaires sur l'ajout inutile de Québécois dans l'entourage du chef.

Stéphane Dion a qualifié les déclarations de M. Carroll de «triste événement». «J'espère que tout sera réglé [sur le sort de M. Carroll] dans les prochains jours, voire les prochaines heures», a-t-il dit.

Un sondage mené par la firme Décima pour le compte de La Presse canadienne révèle que les difficultés internes du PLC commencent pour la première fois à affecter les intentions de vote du parti. Ainsi, les libéraux ne récoltent plus que 28 % d'appuis à l'échelle nationale, alors que les conservateurs en obtiennent 35 %. Depuis des mois, les deux partis étaient pourtant au coude à coude. Ce sondage mené auprès de 1000 personnes a une marge d'erreur de 3,1 %, 19 fois sur 20. Au Québec, malgré une marge d'erreur plus grande, ce sondage attribue 35 % des intentions de vote au Bloc québécois, 26 % aux conservateurs, à peine 14 % aux libéraux, 12 % aux verts et 11 % au NPD.

Stéphane Dion ne s'est pas montré surpris de ces chiffres. «Il aurait été surprenant que trois semaines de difficulté ne changent rien à notre popularité. [...] On était à 30 % au Québec au début de l'année. Là, on a perdu des plumes, mais ça peut revenir.»
 
 
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  • Etienne Merven
    Inscrit
    mercredi 10 octobre 2007 07h12
    Pauvre M. Dion (et pauvres autres chefs de partis de l'opposition)
    Et ne voilà-t-il pas que M. Dion n'hésitera pas à faire tomber le gouvernement actuel si le discours du Trône ne contient rien de bon selon lui... Pauvre de lui, ne se rend-il pas compte qu'il jouera alors le jeu du premier ministre Harper?
    Avez-vous vu les dernières apparitions et photos de M. Harper? Il est radieux et a l'air convaincu (comme bon nombre d'entre nous, d'ailleurs) que, si le gouvernement tombe, il sera réélu avec une grande majorité et sera alors en mesure de régner sans partage... En fait, je me demande s'il ne souhaite pas même que l'opposition fasse tomber son gouvernement. Il joue donc sur du velours.
    Et vous savez quoi? L'opposition risque de faire tomber le gouvernement au nom de principes... qu'elle ne pourra jamais mettre en pratique, car elle ne sera pas au pouvoir avant longtemps, si toutefois cela se faisait. Car, qui va remplacer le gouvernement actuel? Le PLC est en pleine déconfiture et ressemble de plus en plus au Parti conservateur mené aux élections par Kim Campbell. Le NPD n'a pas assez d'appui et semble peiner. Quant au Bloc québécois, il ne sera jamais qu'un parti provincial, qui ne peut faire aucune différence et dont les députés attendent patiemment d'accumuler des années de service pour prendre leur retraite avec une grasse pension du fédéral, tout en jetant de la poudre aux yeux des Québécois...
    Or donc, mes amis, nous sommes pour ainsi dire coinçés. Nous devons nous faire une raison : le Parti conservateur est là pour encore un bout de temps au fédéral, que cela nous plaise ou non!

  • Gilles Bousquet
    Inscrit
    mercredi 10 octobre 2007 08h17
    Don Quichotte Dion
    Bien là, notre Don Quichotte Dion de la manchette bien assis sur sa rossinante Libérale fédérale, s'en va à la guerre, confiant de détruire les moulins à vent qui se dresseront sur son chemin.

    Les amis Libéraux fédéraux doivent bien être sur le gros nerf après les derniers sondages et doivent se dire individuellement : Si j'avais su je l'aurais pas élu.

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