mardi 24 novembre 2009 Dernière mise à jour 22h54


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Les chemins fumants de Stephen Harper

Gil Courtemanche   6 octobre 2007  Canada
Les deux nouvelles tombées jeudi n'ont aucun lien entre elles, et pourtant. À Winnipeg, dans un local de l'Armée du Salut, Stephen Harper, premier ministre de tous les ministères, roitelet de tout ce qui se fait à Ottawa, a dévoilé la nouvelle politique canadienne de lutte contre la drogue. Un programme de 65 millions de dollars qui, en des temps plus démocratiques, aurait été annoncé par le ministre responsable ou dans un simple communiqué de presse.

On apprenait à peu près au même moment que deux pacifistes américaines avaient été refoulées à la frontière canadienne parce que leur nom figurait sur une liste du FBI américain, une liste qui comprend surtout des noms de mafieux et de personnes soupçonnées de terrorisme, autrement dit une liste consacrée aux criminels dangereux.

L'une d'elles s'appelle Medea Benjamin et a vraiment le profil d'une femme dangereuse pour la sécurité canadienne. Elle a mis sur pied dans la région de San Francisco une ONG qui tentait de développer le commerce équitable et organisait des voyages socioculturels dans les pays pauvres. Choquée et bouleversée par le gâchis américain en Irak, elle a quitté cette organisation pour se joindre à un groupe de femmes pacifistes, Code Pink, qui s'est installé à Washington et qu'on voit souvent manifester devant la Maison-Blanche, ce qui est interdit. Elles sont présentes à toutes les audiences du Congrès où on discute de la marche de la guerre et interrompent souvent les généraux et les responsables en leur criant de «dire la vérité». Bien sûr, elles sont alors expulsées, arrêtées et condamnées à une petite amende. Puis, elles reviennent dans leur costume rose et recommencent à hurler leur mécontentement. Disons que ces femmes sont au pire des pacifistes tonitruantes coupables de crimes d'interruption de discours menteurs.

Au début des années 70, les objecteurs de conscience étaient autrement plus violents. Pour s'opposer à la guerre au Vietnam, ils brûlaient le drapeau américain et leur carte de service militaire sur les marches du Capitole. Ils devenaient des déserteurs aux yeux de la justice militaire américaine et se réfugiaient au Canada, qui les accueillait poliment. Des milliers d'entre eux vivent aujourd'hui à Vancouver, Toronto et Montréal et sont devenus de bons citoyens canadiens. Quant à Mme Benjamin, si elle souhaite revenir au Canada, elle devra payer 200 $ pour un permis de séjour de trois jours et se soumettre à un «processus de réhabilitation» qui comprend un long interrogatoire sur son passé «criminel» et la prise de ses empreintes digitales. Bref, dans ce pays de plus en plus américain, la protestation et le pacifisme sont devenus des crimes qui interdisent l'entrée sur le territoire.

Nous avons aussi appris jeudi que Stephen Harper conservera ses vieux vinyles des Beatles même si ses enfants se questionnent sur certaines paroles qui font l'éloge de substances interdites. Voilà un bel exemple d'ouverture d'esprit chez le premier ministre, une tolérance qui se limite aux paroles de chansons. Pour les pauvres ados qui seront tentés de suivre les chemins fumants des Fab Four, ce sera tolérance zéro. Il est loin, le temps où les gouvernements Chrétien et Martin songeait à décriminaliser la possession simple de marijuana. Les temps ont changé et les policiers l'ont bien senti. En 2006, dans les principales villes du Canada, dont Montréal, les arrestations pour possession simple de cannabis ont augmenté de 20 à 50 %, selon les villes. En même temps, une étude de l'UNICEF découvrait que le Québec est le champion de la consommation de cannabis dans les pays industrialisés. Selon cette étude, 40 % des ados de 11 à 15 ans en consomment de temps à autre. Ce ne sont pas des toxicomanes mais des consommateurs occasionnels. Toutefois, sous la férule de M. Harper, ils seront considérés comme de véritables criminels. C'est presque la moitié de nos ados qui risquent de se retrouver avec un dossier criminel. M. Harper a aussi annoncé qu'on instaurera des peines minimales pour les revendeurs. L'ado qui achète cinq joints et qui en vend trois à des copains deviendra un revendeur tout comme un membre des Hell's Angels.

Dans la lutte contre la drogue, dans sa lutte contre la criminalité chez les jeunes, dans son approche de la sécurité aux frontières, le gouvernement conservateur a résolument adopté l'approche américaine de la répression et des incarcérations de plus en plus longues. Aux États-Unis, cette politique n'a rien changé au taux de criminalité et a eu pour effet d'accroître de façon vertigineuse la population des prisons. Les États-Unis sont le pays qui compte par habitant la plus forte population carcérale de tous les pays industrialisés. Et, bien sûr, la majorité est constituée de membres des minorités et de pauvres qui n'ont pas les moyens de se payer des avocats compétents. Voilà dans quelle voie le gouvernement conservateur minoritaire veut mener le Canada. Et pendant ce temps, à Ottawa, l'opposition cherche désespérément un truc pour éviter les élections et permettre à Stephen Harper de poursuivre son américanisation du Canada.

***

La fin de semaine dernière, je me suis rendu dans le Bas-du-Fleuve pour faire trois lectures. À Amqui, Trois-Pistoles et Métis, j'ai été accueilli et accompagné par des animateurs culturels, des fous du livre, des bénévoles enthousiastes, qui font des miracles avec les maigres moyens que leur accordent presque de manière condescendante les bailleurs de fonds culturels. Les subventions se font rares et minces, les cachets ne sont pas mirobolants et les régions ont de plus en plus de difficulté à attirer chez elles des écrivains connus. Je voulais seulement souligner le courage et la détermination de ces gens qui tentent de faire vivre des lieux trop souvent oubliés par les pouvoirs publics.






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Michel Simard
    Abonné
    samedi 6 octobre 2007 08h15
    Vivement des élections
    « Qu'on mette ces ultraconservateurs dehors ! Voyez ce qui arrive à l'économie d'un pâys quand il est mené par des illuminés extrémistes comme ce Bush! Aux Québécois de voter en bloc pour le Bloc et laisser les Canadians élire un Dion minoritaire et faiblard.

    Et que les adéqisto-conservateurs réfléchissent bien et deux fois plutôt qu'une avant d'inscrire leur croix : c'est bel et bien pour cela qu'ils votent, une société rétrograde, intolérante, puritaine et qui recule vers le Moyen-Âge et pourquoi pas vers l'Inquisition. »

  • Jean Dussault
    Inscrit
    samedi 6 octobre 2007 08h33
    drogue, prison, maladie
    « Les prisons sont-elles un endroit où mettre les gens qui utilisent des drogues? Comment un tel milieu peut-il aider quelqu'un à s'en sortir?

    Le consommateur de simple marijuana y côtoiera le crime et la violence à un degré bien plus marqué que dans le société, et ce n'est pas là, à mon avis qu'il (re)trouvera le 'droit chemin'. On trouve en effet des drogues dans toutes nos prisons. malgré les efforts très coûteux de contrôle et de répression qui y sont déployés.

    Pire, les personnes, encore plus marginales, qui s'injectent des drogues et qui se retrouvent en prison, où ils continuent de s'en injecter, sont privés des moyens qui leur sont donnés dans la communauté pour se protéger d'infections coûteuses (et éventuellement mortelles) qui se transmettent par le sang. Les taux de VIH sont en prison, au Canada, dix fois plus élevé qu'hors prison. Or on interdit les seringues: les détenus, clandestinement, sont 15 ou 20 qui utilisent la même seringue rouillée, épointée, pour s'injecter de l'héroïne par exemple. Les virus s'y transmettent à un rythme vertigineux. Les détenus ressortent de prison avec des infections, qui se transmettent ensuite dans la communauté.

    En Suisse et dans une dizaine d'autres pays, les médecins de prison échangent aux détenus les vieilles seringues contre des neuves. Les données scientifiques d'évaluation de ces programmes, publiées depuis 15 ans, sont probantes: pas de nouvelles infections dans les prisons, ni d'augmentation d'usage de drogue, ni d'attaques à la seringue contre les gardiens.

    Si Harper et ses collègues veulent envoyer les gens en prison pour un joint, nous sommes loin du jour où ils reconnaîtront la réalité qu'il y a des drogues en prison, la réalité du problème de santé publique qui se pose si l'on ferme les yeux sur les notions sanitaires élémentaires, et la réalité des coûts en soins de santé et en perte de productivité qui en découlent.

    Oui, l'incarcération est un bon moyen de marginaliser encore davantage les marginaux, et d'apauvrir les pauvres, tout en stimulant le moral des troupes policières et des bâtisseurs de barreaux. »

  • Jean-Claude Lessard
    Inscrit
    samedi 6 octobre 2007 09h39
    Le cannabis au Québec
    « Si les experts vous disent que le Québec est le champion des fumeurs de cannabis, en temps que jourlalisme ce n'est pas votre devoir d'encourager la situation.

    Vous devriez plutôt essayer comme Harper de trouver des solutions à cette déplorable situation dont la promotion est faite par des gens qui comme vous cherchent la sensation.

    Assez de cette merde au Québec »

  • Pierre Rousseau
    Inscrit
    samedi 6 octobre 2007 11h51
    Instinct primaire
    « Effectivement vous avez parfaitement raison. J'ai été procureur de la couronne pendant plus de 20 ans et c'étaient toujours les mêmes qui étaient condamnés à des peines d'emprisonnement. Plus ils étaient incarcérés, plus ils avaient tendance à revenir devant le tribunal accusés de crimes de plus en plus sérieux. Certains retournaient dans leur communautés après leur première incarcération et avaient maintenant un nouveau statut de dur à cuire et ils s'en vantaient. De plus les pays qui tendent à incarcérer le moins ont aussi les taux de criminalité les plus bas alors que ceux qui incarcèrent le plus (la Russie et les États-Unis) ont les taux de criminalité les plus hauts. Il semble que l'incarcération répons tout simplement à l'instinct primaire qui se traduisait autrefois par « oeil pour oeil, dent pour dent »; on (la société) punit le criminel non pas pour éviter qu'il ou elle ne commette d'autres crimes mais plutôt pour assouvir notre désir de vengeance même si on sait, dans notre for intérieur, que ce n'est pas efficace.

    Les Conservateurs sont effectivement (même comme gouvernement minoritaire) en train « d'américaniser » le Canada et le prix à payer pour nous tous sera fort probablement un taux de criminalité beaucoup plus élevé que ce que nous avons connu pendant les dernières années... C'est çà le progrès? »

  • Christian Bédard
    Inscrit
    samedi 6 octobre 2007 12h47
    Mr Harper, un potentat colonial
    « Encore un peu de temps et ce pays, le Canada, sera complètement imbuvable pour les Québécois. Les Québécois devront faire des choix sérieux prochainement et comme le Parti libéral n'est pas une alternative, les Bloc et le NPD devraient récolter nos appuis en grand nombre. Chaque jour Mr Harper enlève une pierre à l'édifice de la spécificité canadienne en Amérique du nord et dans le monde pour mieux se fusionner à l'ami américain. Ce roitelet minoritaire agit comme un potentat de colonie.
    C. Bédard, Montréal »

  • Roger Dion
    Abonné
    samedi 6 octobre 2007 14h45
    Le sujet de Bush
    « Quand nous disons, que HAPPER est le sujet de BUSH, vous commencez a nous donner raison . Si BUSH le fait HAPPER le copie presque en tout ,/la guerre, la répression des petits, le pétrole /de ses amis ALBERTINS/,ETC.
    IL est minoritaire ,IL ne veut pas négosier avec
    l oposition / imaginer s il serait majoritaire ,/
    ROGER MONTREAL »

  • Richard Larouche
    Inscrit
    lundi 8 octobre 2007 18h49
    Le chien de poche de Bush
    « Votre article me fait penser à la répression qui a eu lieu lors de la manifestation au sommet de Montebello qui, n'eut été la magouille policière, se serait déroulée de façon tout à fait pacifique...

    Il ne se passe pas une semaine sans qu'un nouveau scandale impliquant la GRC n'éclate...

    Je suis profondément dégoûté par se gouvernement ignoble qui n'a aucune vision, se contentant de répondre au diapason de l'incompétence d'un certain président américain...

    Hélas, je ne peux même pas affirmer "Vivement les élections" car il y a encore les 2/3 des canadiens qui persistent à appuyer soit les libéraux ou, pire encore, les conservateurs.

    Drapeau canadien en berne!

    Les gens ne font malheureusement pas grand cas de cette histoire. Pourtant, si Star Épidémie ou Poche Story étaient retirés des ondes, il y aurait des milliers de gens qui protesteraient. Triste réalité... »

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
7 réactions
0 votes
 
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009