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Des élections tôt ou tard

Bernard Descôteaux   4 octobre 2007  Canada
Tour à tour, au cours des dernières semaines, les partis d'opposition ont posé au gouvernement de Stephen Harper une série de conditions pour lui accorder leur appui lors du vote de confiance au lendemain du discours du Trône du 16 octobre. Le premier ministre leur a donné sa réponse hier: il est prêt à aller aux urnes tôt ou tard, et tout indique qu'il souhaite que ce soit plus tôt que tard.

Depuis qu'il est premier ministre, Stephen Harper s'est révélé comme un habile stratège politique. On l'a vu à plusieurs reprises tendre des pièges dans lesquels sont tombés l'un ou l'autre des chefs des partis d'opposition. On se souviendra de la façon dont il avait manoeuvré pour isoler le chef bloquiste, Gilles Duceppe, en ce qui a trait à la motion reconnaissant le Québec comme nation tout en forçant les dinosaures de son parti à se ranger derrière ce concept. Cette fois-ci, le piège qu'il tend à ses trois adversaires vise à les forcer à le défaire et à leur faire ainsi porter la responsabilité du déclenchement d'élections.

L'objet de la manoeuvre est limpide. Aux yeux du premier ministre, plusieurs conditions gagnantes sont réunies qui le laissent espérer remporter les prochaines élections. Les sondages lui donnent toujours une légère avance, qui pourrait se consolider en campagne électorale compte tenu de l'état de faiblesse actuel du leadership de Stéphane Dion à la tête du Parti libéral. Au surplus, les récentes élections partielles au Québec ont montré que les conservateurs pourraient pousser plus loin la percée réalisée en janvier 2006.

Pour profiter de ces conditions gagnantes, le gouvernement doit être défait. Ne pouvant se défaire lui-même, il lui faut faire en sorte que l'opposition n'ait d'autre choix que de rejeter le discours du Trône. La solution de rechange devant laquelle Stephen Harper a placé ses adversaires hier est simple: ou bien ils défont le gouvernement, ou bien ils le laissent gouverner. Si le gouvernement remporte le vote de confiance sur le discours du Trône, il estimera avoir le feu vert pour faire adopter toutes les mesures contenues à son programme législatif. Si l'une d'elles était défaite, il jugerait ne plus avoir la confiance de la Chambre. Les indications données hier par le premier ministre à propos de ce programme législatif laissent croire que cela se produirait rapidement puisqu'il présentera de nouveau ses projets controversés en matière de lutte contre le crime, qui ont déjà été défaits par l'opposition.

Personne ne doit être dupe de la stratégie de M. Harper. Celui-ci étire la sauce le plus possible. Les votes de confiance ne portent traditionnellement que sur le discours du Trône et les mesures budgétaires. Autrement, un gouvernement peut faire de l'adoption d'un projet de loi précis une question de confiance, mais cela relève généralement de l'exception. Au cours des 19 derniers mois, M. Harper ne l'a jamais fait, ni Paul Martin avant lui. Annoncer d'avance que tous les votes seront des votes de confiance est inédit.

Cette stratégie vise tout particulièrement les libéraux. Bloquistes et néo-démocrates ont clairement indiqué qu'ils chercheraient à défaire le gouvernement. Stéphane Dion, qui avait aussi juré de voter contre le discours du Trône, pense désormais autrement. Une partie de ses députés pourrait s'abstenir de voter ou s'absenter, ce qui lui éviterait de se retrouver en élections au pire moment pour lui. Désormais, il sait ne pas pouvoir échapper à un tel rendez-vous.

Pour désolant qu'il soit, ce jeu partisan montre bien qu'après 19 mois de gouvernement minoritaire, la période des accommodements entre les quatre partis présents aux Communes est révolue. Le peu de volonté à travailler ensemble qui s'est manifestée au lendemain des dernières élections s'est dissipée. Il n'y a plus grand-chose à attendre de ce parlement. Dans les circonstances, il vaut sans doute mieux demander aux Canadiens de trancher. Rien n'assure toutefois qu'ils ne renverront pas à Ottawa un troisième gouvernement minoritaire de suite. Si cela arrivait, les partis devraient tirer les leçons qui s'imposent.
 
 
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