Un discours du Trône en soirée
3 octobre 2007
Canada
Photo : Agence Reuters
Le premier ministre Stephen Harper et la gouverneure générale Michaëlle Jean, lors du discours du Trône du 4 avril 2006 prononcé en après-midi. Il aura plutôt lieu en soirée le 16 octobre.
Ottawa — La rumeur circulait depuis des semaines, mais elle est désormais confirmée: le gouvernement conservateur de Stephen Harper dévoilera son très attendu discours du Trône... en soirée. Selon ce qu'a appris Le Devoir, cet accroc à la tradition a pour objectif d'utiliser les médias, en particulier les réseaux de télévision, à l'avantage du gouvernement: l'événement sera présenté si tard que les critiques de l'opposition pourraient ne pas être toutes rapportées à temps pour les bulletins de nouvelles.
Trois sources distinctes ont confirmé hier au Devoir que le premier ministre Stephen Harper a décidé de présenter le discours du Trône à 19h, soit quatre à cinq heures plus tard qu'il ne l'est habituellement. La décision a été annoncée aux troupes lundi soir.
«Ce sont des heures de grande écoute, explique un stratège interrogé sur les raisons possibles de ce choix. Au lieu de faire cela en plein après-midi quand il n'y a pas un chat qui regarde, on fait ça à 20h, à l'heure de grande écoute le soir, et tout le monde va regarder en direct. Après cela, ils ferment la télévision, regardent les nouvelles ou écoutent le hockey.»
Le mardi 16 octobre, date choisie pour le retour des parlementaires à Ottawa et la présentation du fameux discours, les Canadiens de Montréal affronteront les Panthers de Floride dans un match diffusé à compter de 19h30. L'heure de lecture du discours sera bel et bien à 19h selon nos informations, mais le bureau du premier ministre a tout au plus fait savoir à certains stratèges parlementaires qu'il aurait lieu «en soirée».
Dans un contexte de gouvernement minoritaire, la réaction que suscitera le discours du Trône est autant, sinon plus importante que le contenu lui-même. Alors que la fièvre électorale a repris à Ottawa, tous les regards seront tournés vers le Bloc québécois et le Parti libéral, qui doivent décider s'ils s'opposent à l'ordre du jour proposé... et précipitent le pays en campagne électorale. Le NPD, qui exige qu'un retrait immédiat des troupes présentes en Afghanistan apparaisse dans le discours, est presque assuré de voter contre.
Neutraliser l'opposition
Selon nos informations, c'est pour éviter que le message gouvernemental ne se noie dans cette soupe de spéculations électorales que l'heure du discours a été repoussée si tard en soirée. «Oui, c'est sans doute la raison pour laquelle ils le font ainsi», poursuit notre source.
À titre de comparaison, le premier (et unique) discours présenté par les troupes de Stephen Harper, en avril 2006, l'a été à 15h15. Comme c'est l'habitude, c'est la gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean, qui l'avait lu dans l'enceinte du Sénat. Une vérification effectuée par Le Devoir jusqu'en 1994, date du premier discours livré par le gouvernement de Jean Chrétien, démontre que jamais un discours du Trône n'a été lu plus tard que 15h15. Il a parfois été lu plus tôt par Adrienne Clarkson, qui occupait alors le poste de chef d'État.
Les impératifs organisationnels des médias font en sorte que les réactions de l'opposition recevront moins de couverture à cause de l'horaire choisi. En effet, la plupart des réseaux de télévision préparent leur premier bulletin de nouvelles pour 21h (comme la Société Radio-Canada et son pendant anglophone, CBC). Le Devoir ne respectera sa première heure de tombée que de justesse.
La tradition veut que les partis d'opposition reçoivent quelques heures au préalable, sous embargo, une copie du discours. Les chefs peuvent ainsi préparer leurs réactions juste à temps pour la fin de la cérémonie. Mais rien n'oblige le gouvernement à le faire.
En novembre dernier, par exemple, alors que le Bloc québécois tentait de faire adopter une motion à la Chambre des communes reconnaissant la nation québécoise, le bureau de Stephen Harper avait fait parvenir quelque temps auparavant la réponse que ferait le premier ministre à cette demande. Tout y était... sauf le passage où M. Harper proposait sa propre formule pour reconnaître la nation «au sein d'un Canada uni». Cela avait conduit le Bloc québécois à penser que le premier ministre s'opposerait à sa requête et à préparer sa fronde en conséquence. Le Bloc québécois avait pendant quelques jours cafouillé sur la réponse à donner à l'offre conservatrice.
Trois sources distinctes ont confirmé hier au Devoir que le premier ministre Stephen Harper a décidé de présenter le discours du Trône à 19h, soit quatre à cinq heures plus tard qu'il ne l'est habituellement. La décision a été annoncée aux troupes lundi soir.
«Ce sont des heures de grande écoute, explique un stratège interrogé sur les raisons possibles de ce choix. Au lieu de faire cela en plein après-midi quand il n'y a pas un chat qui regarde, on fait ça à 20h, à l'heure de grande écoute le soir, et tout le monde va regarder en direct. Après cela, ils ferment la télévision, regardent les nouvelles ou écoutent le hockey.»
Le mardi 16 octobre, date choisie pour le retour des parlementaires à Ottawa et la présentation du fameux discours, les Canadiens de Montréal affronteront les Panthers de Floride dans un match diffusé à compter de 19h30. L'heure de lecture du discours sera bel et bien à 19h selon nos informations, mais le bureau du premier ministre a tout au plus fait savoir à certains stratèges parlementaires qu'il aurait lieu «en soirée».
Dans un contexte de gouvernement minoritaire, la réaction que suscitera le discours du Trône est autant, sinon plus importante que le contenu lui-même. Alors que la fièvre électorale a repris à Ottawa, tous les regards seront tournés vers le Bloc québécois et le Parti libéral, qui doivent décider s'ils s'opposent à l'ordre du jour proposé... et précipitent le pays en campagne électorale. Le NPD, qui exige qu'un retrait immédiat des troupes présentes en Afghanistan apparaisse dans le discours, est presque assuré de voter contre.
Neutraliser l'opposition
Selon nos informations, c'est pour éviter que le message gouvernemental ne se noie dans cette soupe de spéculations électorales que l'heure du discours a été repoussée si tard en soirée. «Oui, c'est sans doute la raison pour laquelle ils le font ainsi», poursuit notre source.
À titre de comparaison, le premier (et unique) discours présenté par les troupes de Stephen Harper, en avril 2006, l'a été à 15h15. Comme c'est l'habitude, c'est la gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean, qui l'avait lu dans l'enceinte du Sénat. Une vérification effectuée par Le Devoir jusqu'en 1994, date du premier discours livré par le gouvernement de Jean Chrétien, démontre que jamais un discours du Trône n'a été lu plus tard que 15h15. Il a parfois été lu plus tôt par Adrienne Clarkson, qui occupait alors le poste de chef d'État.
Les impératifs organisationnels des médias font en sorte que les réactions de l'opposition recevront moins de couverture à cause de l'horaire choisi. En effet, la plupart des réseaux de télévision préparent leur premier bulletin de nouvelles pour 21h (comme la Société Radio-Canada et son pendant anglophone, CBC). Le Devoir ne respectera sa première heure de tombée que de justesse.
La tradition veut que les partis d'opposition reçoivent quelques heures au préalable, sous embargo, une copie du discours. Les chefs peuvent ainsi préparer leurs réactions juste à temps pour la fin de la cérémonie. Mais rien n'oblige le gouvernement à le faire.
En novembre dernier, par exemple, alors que le Bloc québécois tentait de faire adopter une motion à la Chambre des communes reconnaissant la nation québécoise, le bureau de Stephen Harper avait fait parvenir quelque temps auparavant la réponse que ferait le premier ministre à cette demande. Tout y était... sauf le passage où M. Harper proposait sa propre formule pour reconnaître la nation «au sein d'un Canada uni». Cela avait conduit le Bloc québécois à penser que le premier ministre s'opposerait à sa requête et à préparer sa fronde en conséquence. Le Bloc québécois avait pendant quelques jours cafouillé sur la réponse à donner à l'offre conservatrice.
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