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L'intention derrière les mots

Manon Cornellier   3 octobre 2007  Canada
Le chef bloquiste Gilles Duceppe l'a répété à satiété hier. Il ne planifie pas sa sortie. On est obligé de le croire jusqu'à preuve du contraire, c'est-à-dire quand on aura en main plus que les commentaires de quelques sources anonymes, dont une affirmant que l'homme, âgé de 60 ans, «n'a plus trois ou quatre campagnes devant lui». Ça, on s'en doutait. Mais il y a aussi une autre réalité qu'on ne peut ignorer, à savoir qu'aucun chef ne peut laisser transparaître ses intentions en matière de retraite sans se transformer en canard boiteux.

Brian Mulroney écrit dans ses Mémoires que son intention initiale, couchée sur papier dans son journal personnel, était de passer le flambeau une fois l'accord du lac Meech adopté. Il voulait ainsi donner le temps à son successeur de s'imposer. La mort de l'entente et l'état de tension qui prévalait au pays l'ont incité à rester plus longtemps, et il est finalement passé à l'acte au début de 1993.

À part son épouse Mila, personne n'a su pendant longtemps ce qu'il avait en tête. Le premier à qui il en a glissé un mot — et ce fut assez tôt — était Don Mazankowski, un homme muet comme une tombe. Brian Mulroney écrit lui-même qu'il ne pouvait ébruiter davantage l'affaire sans risquer d'y perdre toute son autorité. Ce qui a failli se produire après qu'il en eut parlé, par courtoisie, à Michael Wilson à la fin de 1992.

Wilson lui avait promis de garder le secret, mais il s'est mis à penser à la succession et a voulu tâter le pouls. Il a joué les innocents, affirmé qu'il ne savait rien mais que c'était une probabilité que Mulroney s'en aille... Valait-il la peine alors qu'il se prépare pour une éventuelle course au leadership? Le moulin à rumeurs était déclenché, et Mulroney a dû nier ce qu'il savait vrai uniquement pour éviter de perdre complètement le contrôle.

***

Rares sont les chefs qui ont réussi sans dommage à annoncer leurs couleurs à l'avance. En général, ils ont d'abord promis dès leur entrée en fonction qu'ils ne resteraient pas plus qu'un certain temps, puis sont demeurés trop populaires pour que qui que ce soit les pousse vers la sortie. Frank McKenna, l'ancien premier ministre libéral du Nouveau-Brunswick, en est un bon exemple. Son objectif: 10 ans au pouvoir, sans plus. Il s'y est tenu, au grand chagrin de son parti.

Gilles Duceppe vit tout autre chose. Il se retrouve à la tête d'un parti qui doit se battre pour protéger le terrain qu'il occupe. Il fait face à un nouvel adversaire inattendu, le Parti conservateur, qui lui dispute le vote francophone. Les éternelles questions sur la raison d'être du Bloc se font plus persistantes que jamais, surtout à la suite de la déconfiture du Parti québécois en mars dernier et la mise en veilleuse de l'échéance référendaire.

Ce dernier élément démotive d'ailleurs certains électeurs qui ne voient plus la nécessité de soutenir un parti souverainiste à Ottawa, reconnaissait récemment le leader parlementaire du BQ, Pierre Paquette, en entrevue au Globe and Mail. Il ajoutait: «En même temps, on ne peut pas leur faire croire artificiellement que la souveraineté est à portée de main quand le PQ occupe la troisième position à l'Assemblée nationale.»

Sur le plan personnel, cela fait 17 ans que Gilles Duceppe est à Ottawa, dont 10 à la tête de son parti. Il a déjà envisagé de partir pas plus tard que le printemps dernier pour tenter sa chance à la tête du Parti québécois. Son flirt provincial a duré 24 heures, mais il a révélé qu'il était capable d'envisager son avenir ailleurs qu'au Bloc.

Si, après toutes ces années pas toujours faciles à Ottawa, il jonglait avec l'idée de faire autre chose une fois l'élection fédérale passée, personne ne lui en tiendrait rigueur. Les conditions d'exercice de son leadership ne lui permettent cependant pas de le faire à haute voix et surtout pas avec qui que ce soit d'autre que ses intimes.

Le scénario évoqué par La Presse hier est donc plausible, mais est-ce la vraie histoire? M. Duceppe le nie catégoriquement. «Le jour où on parle de retraite, on la prend», affirme-t-il en entrevue, ajoutant qu'il n'a jamais planifié son avenir. Furieux, il ajoute même qu'il n'a jamais évoqué ce scénario avec sa femme Yolande, encore moins avec quelqu'un d'autre.

Il ajoute qu'il ne voit pas pourquoi il aurait dit à la chef péquiste Pauline Marois qu'il envisageait de partir après les élections fédérales alors qu'il a lui-même demandé, après son aller-retour éclair à Québec, la tenue d'un vote de confiance sur son leadership lors du conseil général de son parti, les 13 et 14 octobre prochains.

En fait, cette manchette en dit davantage sur le début des grenouillages au sein du Bloc, car ces murmures surviennent à un moment qui n'est pas fortuit. Le vote de confiance aura lieu dans seulement 10 jours.

En laissant courir le bruit que le chef songe à tirer sa révérence après les élections fédérales, ce qui serait une hypothèse sensée, certains espèrent peut-être semer le doute sur son leadership chez les militants.

M. Duceppe affirme ne pas s'en inquiéter, mais le risque est réel. Un résultat plus faible que prévu, espèrent de toute évidence les souffleurs de confidences, pourrait avoir l'effet d'enclencher chez le chef la réflexion qu'il nie avoir amorcée. Les anglophones appellent cela «a self-fulfilling prophecy», une prophétie fausse qui crée les conditions nécessaires à sa réalisation.

On comprend alors la fureur du chef bloquiste et son désir de dénoncer sur toutes les tribunes ces conjectures sur son avenir.

***

mcornellier@ledevoir.com
 
 
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  • roger montreal - Abonné
    3 octobre 2007 01 h 02
    À la manière de Bush
    Cela ressemble beaucoup aux coup fourré des conservateurs, nous avons vus les publicités contre M. S.DION /même s il n aura jamais mon vote c est sale/. La manière sale des républicains AMÉRICAINS comme BUSH le maitre a pensé de HAPPER et DUMONT.
    ROGER DION
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  • David Lépine - Inscrit
    3 octobre 2007 06 h 04
    difficile?
    "après toutes ces années pas toujours faciles à Ottawa,", est-ce à dire que gouverner est plus facile que s'opposer éternellement? M.Duceppe a plutôt bénificié d'un règne sans heurts majeurs et n'a rien dirigé autre qu'une cinquantaine de députés.
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  • Gilles Bousquet - Inscrit
    3 octobre 2007 08 h 19
    @ Roger Dion
    M. Roger Dion écrit : «La manière sale des républicains AMÉRICAINS comme BUSH le maitre a pensé de HAPPER et DUMONT.»

    Wow là, M. Dion, premièrement, ce n'est pas prouvé que c'est la faute à M. Harper cette histoire là au sujet de M. Duceppe et, on voit mal que M. Bush soit le modèle rêvé pour Messieurs Harper et Dumont. M. Harper, pour de motifs qui semblent économiques, tente de ne pas trop confronter M. Bush, point.

    Est-ce que vous seriez parent avec Stéphane pour le défendre ainsi vu que, même ses partisants le renient actuellement.
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  • Léonce Naud - Inscrit
    3 octobre 2007 08 h 47
    Pourquoi voter Bloc ?
    Bonjour Madame Cornellier,
    La réponse à votre question est très simple. Au fur et à mesure que les Canadiens-français se transforment en Québécois, ces derniers entendent être représentés à Ottawa par des Québécois et non par des Canadiens-français. Il s'agit là de deux espèces fort différentes. Comme l'a naguère fait remarquer un leader juif canadien aux alentours de 1976-78, si le Canadien-français peut faire penser au Juif, le Québécois est plutôt analogue à l'Israélien. Dans le premier cas, on a affaire à un groupe ethnique;dans l'autre, à une nation. Son auditoire juif a immédiatement tout compris.

    Bien à vous,

    Léonce Naud,Québec
    (Ancien "Kibboutznick")
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  • claire dufour - Abonnée
    3 octobre 2007 09 h 40
    J'appuie M.Dion
    Que rajouter de plus! C,est la façon des Conservateurs de semer la zizanie dans le camp du Bloc. Évidemment que la prise de contrôle du Québec est l'enjeu majeur. Tout est permis pour ces politiciens comme Harper, Dumont. Je suis triste pour le Québec...
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  • Fernand Trudel - Abonné
    3 octobre 2007 10 h 13
    L'Héritage de Duceppe
    Gilles Duceppe nous a habitué à des virages subit de 360 degrés en 24 heures.

    Qu'on se rappelle sa décision d'aller à la chefferie du PQ après avoir avisé son caucus et quand "Pauline la Châtelaine" annonce sa candidature quelques heures après, voici Gilles virant de cap et retirant sa candidature.

    Que ferait pas Gilles pour s'attirer les caméras...

    Car le bloc mis à part de gueuler en chambre, ils ne contrôlent rien à Ottawa. Depuis que le gouvernement Harper a fait voter par le parlement fédéral la reconnaissance de la nation québécoise et que l'on a reconnu le déséquilibre fiscal et transféré 2,3 milliards au Québec, le bloc n'a plus sa raison d'être et se cherche un nouveau cheval de bataille. Il est rendu aux ultimatums...

    Gilles a promis aux parents des victimes montréalaises de Mark Lépine que « Jamais plus de polytechnique ». Alors il réclama un registre des armes à feu qu'il obtint auprès de son ennemi juré, Jean Chrétien. Lors de la dernière campagne, il s'insurgea sur le coût astronomique du programme d'enregistrement des armes mais n'en questionna jamais la pertinence même si l'ampleur de l'opération n'a pas su stopper les assauts dans des lieux publics comme à Concordia et Dawson, ni lutter contre les gangs de rue, le crime organisé et le trafic illégal d'arme par les autochtones. Etrangement, les trois assaillants étaient munis de permis adéquats pour posséder ces armes démontrant par le fait même l'inutilité du registre. Cependant, il a fait des victimes encore plus nombreuses prisent dans un engrenage bureaucratique rendant leur hobby de moins en moins attrayant au point où la surpopulation de la faune se répand dans les zones urbanisées . Est-ce un nouveau virage vert ??? Les 500,000 chasseurs du Québec peuvent crier haro sur Gilles Duceppe, le vrai coupable de ce gaspillage fédéral et de leur écheveau bureaucratique compliqué à en perdre patience. À moins que le sombre dessin du bloc est de désarmer le peuple pour l'empêcher de se révolter contre une séparation imposée par un pourcentage serré...

    Mais Gilles Duceppe est habitué aux pirouettes émotionnelles, lui le représentant du village gay qu'il a très bien servi en pilotant l'appui au mariage entre conjoints de même sexe. La prochaine étape est le pouvoir d'inséminer légalement les lesbiennes et pour les hommes gays, adopter des enfants légalement. Soyons raisonnables et accommodons ces personnes tellement discriminées...

    En parlant de Gomery, le bloc a encore joué au héros mais a caché lors de la dernière campagne que dans l'entourage rapprochée de Gilles Duceppe, il y avait un personnage douteux qui avait été accusé et condamné de trafic d'influence avec la députée bloquiste dont il était l'attaché politique. On a appris que ce personnage criminelle responsable était l'ami d'Alphonso Galliano, son mentor pour la collecte de fonds. Nul doute que Gilles Duceppe peut jouer la vierge offensée et plaider l'ignorance. Gilles aime ca jouer au martyr...

    Le seul avenir que j'anticipe à Gilles Duceppe, c'est que doté de sa généreuse pension fédérale, il devienne bénévole en Afghanistan pour instaurer un registre des armes à feu des talibans. Il semble qu'il sera enfin utile à quelque chose à moins que le registre ne soit pas la véritable solution à cette violence. Oui, Gilles Duceppe va nous laisser un bel héritage !!!
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