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Qu'est-ce qui cloche avec Dion?

29 septembre 2007  Canada
Ottawa — Qu'est-ce qui cloche avec Stéphane Dion au Parti libéral du Canada? La question est sur les lèvres de tous les militants libéraux québécois ces jours-ci, des militants qui déplorent l'insensibilité de leur formation envers le Québec et l'incapacité (ou le refus?) de leur chef d'y remédier.

La quasi-totalité des militants et artisans du parti interrogés au cours des derniers jours par Le Devoir ont réclamé une présence accrue des Québécois dans les hautes sphères du PLC pour que celui-ci soit imprégné de leurs préoccupations.

Robert Fragasso, président de l'aile québécoise du PLC et un des rares ayant accepté de parler ouvertement, raconte une anecdote qui résume à elle seule, selon lui, la situation. «J'étais dans Outremont le jour de l'élection partielle. Il y avait des jeunes filles qui portaient des t-shirts sur lesquels était écrit "Dion mania". Elles venaient de l'Ouest du pays et de l'Ontario. Je regrette, mais y'en a pas de "Dion manie" au Québec. On n'est pas à l'époque de Trudeau dans les années 70. Si le chef est isolé de ce qui se passe, il y a un problème.»

Robert Fragasso croit qu'il faut faire une place plus grande à ceux qui ont milité pour la reconnaissance de la nation québécoise, envers et contre la volonté de l'«establishment» du PLC. «Ça prenait une témérité absolument incroyable! Ça prenait beaucoup de courage. [...] Ce sont des gens qui devraient être entendus et considérés par la tête [du parti].»

Mais voilà, ils partent les uns après les autres. Le dernier en lice est Fabrice Rivault (et non «Riveault» comme nous l'écrivions hier), dont la candidature dans Laurier-Saint-Marie a été refusée. Un militant a toutefois précisé que M. Rivault n'était pas apprécié et avait d'ailleurs été congédié de son poste à la permanence du parti pour cause «d'insubordination». D'autres y voient une purge des éléments nationalistes du PLC sous la gouverne d'un M. Dion qui n'en est pas friand.

Un des militants ayant quitté le navire par découragement, mais qui appuie encore M. Dion, résume la chose ainsi. «M. Dion refuse de se débarrasser de son armature de la clarté.» Il aime rappeler à quel point un seul mot sur le sujet de Stephen Harper lui a valu 10 sièges au Québec. «En politique, ce n'est pas tout d'avoir raison. Il faut aussi gagner», résume ce stratège.

Cette demande d'accroître l'influence des Québécois se frappe à un mur, s'il faut en croire la réponse ironique du directeur général du parti, James Carroll, qui se demandait s'il allait devoir embaucher aussi plus de Chinois. Sa démission a été réclamée, mais M. Dion s'est porté à sa défense hier. «Un commentaire peut avoir été mal interprété, mais j'ai confiance en Jamie Carroll. Je sais que le caractère distinct du Québec, la langue française et la réalité multiculturelle du Canada lui tiennent à coeur.»

Entourage de série B... ou E

Le problème de M. Dion, ont expliqué plusieurs stratèges, est qu'il n'était le premier choix de personne. «Stéphane Dion a gagné la chefferie à cause d'un jeu d'échec et de conséquences, indique l'un d'eux. Il se retrouve avec des gens qui ne sont pas des top gun.»

«On n'a jamais vu un chef comme Dion qui n'a pas de clan naturel au sein du parti. Ce n'est ni un Trudeau, ni un Turner, ni un Martin, ni un Chrétien, ni un Pearson, ni un Saint-Laurent.» Le paradoxe, c'est que c'est en partie pour cette raison qu'il a remporté la course à la direction, incarnant le compromis recherché par un parti las des guerres intestines... Une autre renchérit: «Dion était le dernier de la course. Il a travaillé avec l'équipe E. Il y avait des gens disponibles [après sa victoire], mais on n'est pas allé les chercher.»

Là réside un autre des problèmes de Stéphane Dion, croient plusieurs militants: son entêtement et son refus d'écouter son entourage. «Il n'est pas enclin à aller chercher de l'aide, dit une personne militant depuis longtemps dans le parti. Pour lui, ses amis sont ses amis et ses ennemis sont ses ennemis. Ça, il l'a pris de Chrétien. C'est pour cela qu'il ne nommera jamais Denis Coderre lieutenant du Québec.»

Retarder l'élection

Au Parti libéral, il s'en trouve plusieurs pour croire que Stéphane Dion et ses troupes seront forcés de voter contre le discours du Trône présenté en octobre par le gouvernement de Stephen Harper, même si cela conduit à une élection. Au moins un organisateur, maintenant retourné au secteur privé, avoue que certains sont mus par le désir de se débarrasser ainsi plus vite de M. Dion. «C'est de la folie! Mais cela illustre à quel point la grogne est incroyable. Dion devra être attentif à cela.» Selon cet organisateur, M. Dion devrait décider (sans le dire ouvertement, s'entend) de ne pas aller en élection avant l'automne 2009, date prévue pour les élections à échéancier fixe. «Ça prendra tout ce temps-là. Dans son intérêt personnel et l'intérêt du parti.»

Mais un député croit au contraire qu'il sera forcé d'aller aux urnes cet automne. «Sinon, c'est quoi l'alternative? Attendre le budget, quand le gouvernement va avoir plein de cash et promettra plein de baisses d'impôts et, je sais pas moi, plus d'argent pour les jeunes? Ils vont nous écoeurer en campagne qu'on a voté contre cela? Non, on est mieux d'y aller tout de suite et faire face à la musique.» Ottawa a annoncé cette semaine un surplus budgétaire de 13,8 milliards de dollars, soit 50 % de plus qu'anticipé.

Resserrer les rangs

Hier, Michael Ignatieff, chef adjoint du PLC et aspirant défait à la direction, a lancé un appel à l'unité des troupes. «Nous avons l'obligation en tant que parti d'être unis, c'est dans notre intérêt et celui du pays que nous aimons», a-t-il lancé à une foule en Ontario. Si certains supposent parfois que M. Ignatieff et son entourage orchestrent le mouvement de protestation contre M. Dion, plusieurs militants, dont des partisans de M. Dion, assurent qu'il n'en est rien. «Ce n'est pas concerté. Les gens ont l'impression que le parti ne va nulle part, alors ils se fâchent et, en dernier recours, font des sorties dans les médias.»

La sortie, mercredi, de la député lavalloise Raymonde Folco, serait de cet ordre. «C'est clair que M. Dion ne passe pas, nous le savons, en particulier chez les Québécois, avait-elle déclaré. Écoutez, un homme ou une femme de son âge ne peut pas changer du jour au lendemain. Je pense qu'il va falloir amener d'autres forces dans le parti pour l'épauler et peut-être voyager à travers le Canada avec lui.»

Cette sortie en pousse certains à réclamer un geste décisif de M. Dion. «Il ne doit pas laisser aller son leadership. Une fois que Mme Folco a dit cela, est-ce qu'elle réintègre le caucus? Je me rappelle une députée [Carolyn Parrish] qui avait critiqué George W. Bush et elle avait été expulsée du caucus par Paul Martin. Et elle n'avait pas critiqué notre chef, elle avait critiqué M. Bush, qui n'était même pas notre ami!»

***

Avec La Presse canadienne






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  • Menu fretin
    Inscrit
    samedi 29 septembre 2007 06h21
    L'obstination
    « Quelle est cette obstination à s'en tenir à la loi sur la clarté?

    Tout est question du poids symbolique de celle-ci; ou de la nation, c'est selon

    En gynécologie nationale.

    Est-ce que ce n'est pas Bock-Côté qui va clarifier cela avec ses concepts de l'ère du romantisme allemand?

    Dion le sait, il en a cotoyé plein des comme lui, tous aussi ternes et abstraits d'eux (entendez une résonance avec l'article en tête d'authenticité)

    Le grand timonier »

  • Roger Lapointe
    Abonné
    samedi 29 septembre 2007 07h36
    Ce qui cloche avec Dion: c'est Dion.
    « Dion a remporté le leadership du Parti Libéral du Canada, tout à fait par défaut.Personne ne l'a vu venir.Ce fut la totale et pour les militants en général et pour l'entourage de Dion lui-même.Dion aime se prendre pour Trudeau mais il n'a ni sa stature intellectuelle ni son charisme.Il a tout du charme du robot! »

  • Jean-Guy Beaulieu
    Abonné
    samedi 29 septembre 2007 07h58
    Le problème de M. Dion
    « Le problème de M. Dion, outre ses talents personnels, c'est qu'il est le chef d'un parti national. C'est le même problème pour tous les autres chefs des partis canadiens. Il ne peut donc qu'être canadien. Trop s'entourer de Québécois, lui nuira à l'extérieur du Québec.

    Il est peut-être temps de décider enfin si la Canada est un pays unitaire national ou s'il est vraiment du type fédéral et d'apporter les correctifs constitutionnels en conséquence. Ce n'est pas le port des chandails Dion mania qui va changer la donne. Si, en plus, il faut faire la différence entre un État national, une fédération et une confédération, nous aurions parmi les fédéralistes d'Ottawa actuels, une triple allégeance. Comme clarté, on a déjà vu mieux. Ceci revient à concevoir le chef d'un parti canadien à Ottawa, comme étant formé de trois personnes en une seule. Ce qui pourrait se concevoir pour Dieu (et encore ...), c'est bien trop pour un humain ... Mais en tordant un peu la prononciation, Dieu et Dion sont peut-être très proches ...

    Jean-Guy Beaulieu
    Drummondville »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    samedi 29 septembre 2007 08h40
    Dion mania ou Dion maniaque ?
    « M. Fragasso a dit : «Je regrette, mais y'en a pas de "Dion manie" au Québec.»

    Faux, si on se fie au dictionnaire Le petit Larousse grand format qui décrit : MANIE :Habitude, goût bizarre ou ridicule qui provoque la moquerie ou l'irritation, idée fixe, état d'excitation pathologique maniaco-dépressive et accélération désordonnée de la pensée.

    Considérant ce qui précède, les jeunes ontariennes avaient raison de porter leurs gilets DION MANIA dans le comté d'Outremont. Il n'y a plus maniaque que M. Dion envers les séparatisssssss et les nationalisssssss québécois. Nos excellents caricaturistes se sont très bien occupé de l'aspect moquerie du personnage plus que tout autre au pays.

    Il est quand même surprenant de constater que personne ne le voulait comme chef du PLC mais plus de 50 % des Libéraux fédéraux ont quand même voté pour lui. Allô les Libéraux fédéraux, fait beau sous le chapeau ? ! »

  • Marc Gendron
    Abonné
    samedi 29 septembre 2007 08h41
    Anybody but Ignatieff
    « C'était déjà la déroute au PLC, pour cause ce commandites, quand la campagne au leadership a commencé. Mais c'est davantage la nation québécoise qui a montré aux Québécois le parti libéral fédéral tel qu'il est: aveugle, méprisant et inféodé au ROC depuis Pierre Trudeau.

    Pour les trudeauistes orthodoxes, nation égal nationalisme, égal barbarie, égal fascisme, égal séparatisme. Il fallait donc bloquer Ignatieff et ses acolytes qui ont tourné le dos à tout ce que chérit «la vieille garde». La chefferie a donc échu à Stéphane Dion, faute de mieux, en attendant qu'il reprenne la «job-de-bras» comme ses dignes prédécesseurs.

    M. Dion travaille à la manière du Pape. Benoît XVI a beau constater que les églises se vident, que les fidèles désertent en masse et que même les plus pieux contestent ses décisions, il fait le ménage, c'est sa mission. Vaut mieux une Église rachitique qu'une secte grouillante et pensante. »

  • Pierre-S Lefebvre
    Inscrit
    samedi 29 septembre 2007 12h54
    Patriotisme et nationalisme
    « Les patriotes ont eu le Québec comme nation et défendus ses intérêts les plus essentiels. Les nationalistes ont élus des crétins des familles libérale et conservatrice comme les Sir George-Etienne Cartier, Sir Wilfrid Laurier, Louis Saint-Laurent, Pierre-Elliot Trudeau et Jean Chrétien à Ottawa. Le peuple a finalement compris que les nationalistes comme ceux-là et Dion n`ont aucun engagement envers les francophones du Québec. Ils préfèrent les trahir et obtenir des titres ou faire fortune à titre de grands Canadiens intelligents. »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    samedi 29 septembre 2007 13h29
    Ding, donc, la cloche d'Ottawa
    « C'est écrit plus haut : «Qu'est-ce qui cloche avec Stéphane Dion au Parti libéral du Canada ?»

    Il aurait été préférable d'écrire : Stéphane Dion, quelle cloche au Parti libéral du Canada ! »

  • Roland Berger
    Abonné
    samedi 29 septembre 2007 16h25
    L'héritage des Trudeau et Chrétien
    « Dion était trop heureux d'accepter l'héritage des Trudeau et Chrétien. Heureux parce qu'il n'a rien compris à l'effet de ces politiciens qui ont tant méprisé le Québec. Et malgré les conseils de son entourage, Dion s'obstine à perpétuer un mépris qu'il prend pour de l'objectivité. Comme d'autres l'ont dit, ce n'est pas quelques apparitions à des shows de variété ou à Tout le monde ne parle qui changeront la perception des Québécois.
    Roland Berger
    London, Ontario »

  • Labrecque Denis
    Inscrit
    samedi 29 septembre 2007 16h58
    Le sot en politique
    « Un jour, Stéphane Dion a décidé de faire le sot en politique. Il a atteint son but de façon spectaculaire. »

  • Labrecque Denis
    Inscrit
    samedi 29 septembre 2007 17h05
    Le sot en politique
    « Un jour, Stéphane Dion a décidé de faire le sot en politique. Il a atteint son but de façon spectaculaire. »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    samedi 29 septembre 2007 18h02
    @Pierre Lefebvre
    « Pierre Lefebvre écrit : «Les nationalistes ont élus des crétins des familles libérale et conservatrice comme les Sir George-Etienne Cartier, Sir Wilfrid Laurier, Louis Saint-Laurent, Pierre-Elliot Trudeau et Jean Chrétien à Ottawa»

    Les nationalistes n'avaient pas de meilleurs choix M. Lefebvre. Ces P.M. étaient des nationalistes canadiens "originaires du Québec" qui tentaient, plus ou moins bien, de protéger la langue française tout en faisant très attention de ne pas soulever l'ire des anglos sur qui ils devaient compter pour se faire élire "coast to coast" pour conserver le pouvoir. Ils étaient durs avec les Canadiens-Français et les Québécois, ambitieux et opportunistes mais loin d'être crétins. »

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