Authentiquement correct
Photo : Agence France-Presse
En visite officielle en France, en juin dernier, le premier ministre canadien Stephen Harper a eu la surprise de se voir inviter par le président français, Nicolas Sarkozy, à l’accompagner pour une authentique petite balade.
La scène avait tout pour déconcerter... à commencer par le premier ministre Stephen Harper, de passage à Paris en juin dernier pour une visite officielle éclair. Au terme de son tête-à-tête avec le nouveau président, Nicolas Sarkozy, le chef des conservateurs s'est en effet vu offrir par son homologue, au départ de l'Élysée, une ballade à pied «improvisée», comme ça, en toute simplicité, dans les rues de la capitale française.
Accompagnée de tapes amicales sur le bras et d'un Sarkozy décontracté interpellant, devant une boucherie typique, les badauds pour leur présenter «le premier ministre canadien», la promenade, avec gardes du corps, certes, mais sans la lourdeur du protocole de la République, tranchait certainement avec les images de rencontres officielles qu'il a été permis de voir jusqu'à maintenant.
Exit les limousines noires avec drapeaux de circonstance. Exit le faste des gardes républicains avec leurs chevaux. Sarkozy a finalement réservé à Harper, ce jour-là, le même traitement qu'il aurait pu servir à son beau-frère, à son ami d'université ou encore à feu l'animateur de télé Jacques Martin, l'ex de sa femme Cécilia... En toute intimité et surtout en toute authenticité.
«C'est son intelligence politique, résume le philosophe français, Jean-Marc Ferry. Jusqu'à maintenant, à chaque intervention politique, il a cartonné. Pourquoi? Parce qu'il a compris qu'aujourd'hui, en politique, il faut jouer franc-jeu, ne pas mentir, être soi-même. C'est une option de courage, car ça peut coûter cher, mais c'est aussi payant.» Payant, mais également dans l'air du temps.
La langue de bois et les apparats du pouvoir auraient désormais fait leur temps. «Il y a une véritable réclamation et une aversion du manque de communication véritable de la classe politique, poursuit le professeur de théorie politique à l'Université libre de Bruxelles, en Belgique. Les gens ne veulent plus être mystifiés. Ils en ont marre des mascarades. Il y a des problèmes importants qui se posent et ils considèrent qu'ils ne paient pas les hommes politiques pour faire le cirque.»
Hegel l'avait compris en expliquant que l'agir le plus franc était sans doute le plus rusé. Et l'analyse pourrait donc annoncer l'arrivée prochaine d'une nouvelle vague de politiciens prêts à délaisser les discours consensuels et propagandistes, qui satisfont visiblement moins, pour exprimer leur vraie nature. Et du même coup «contrarier les attentes iconiques liées au pouvoir, dit M. Ferry, car la marge de tolérance est devenue désormais plus élastique.»
Ce chemin, le chef du parti libéral du Canada, Stéphane Dion, aimerait bien l'emprunter, d'ailleurs, comme il l'a expliqué la semaine dernière lors d'une entrevue accordée au Téléjournal de Radio-Canada. Prenant le blâme de la défaite libérale dans les élections partielles d'Outremont, l'homme a expliqué vouloir désormais se montrer tel qu'il est afin d'enrayer l'image négative et caricaturale qui lui colle à la peau. Et qu'il a, par un certain mutisme, de l'arrogance et des faux-pas, largement contribué à alimenter.
Cet appel à l'authentique n'étonne guère le publicitaire Patrick Beauduin, de chez Cossette Communications, qui reconnaît qu'un certain «voyeurisme de la réalité des politiciens» s'est installé dans la société depuis quelques années. «On le voit pendant l'été, dit-il. Le chef d'État doit aussi être un vrai vacancier, et cela donne des images que l'on ne voyait pas avant.»
Et ce n'est qu'un début. «Les politiciens qui vont essayer de se montrer vrais vont être nombreux, lance M. Ferry. Ceux qui vont réussir le seront moins.»
Pour cause: «On ne peut pas tricher avec l'authenticité car elle fait appel à des codes subtils que l'on ne maîtrise pas. On ne peut pas non plus l'utiliser de façon stratégique sans qu'elle ne se retourne conte elle-même, poursuit-il. Sans être populiste, je dirais même que le peuple est plus doué que les intellectuels pour déceler les fautes dans l'authenticité». Des fautes qui ne pardonnent pas et qui prouvent aussi qu'avec ou sans franchise, la politique restera toujours un sport dangereux.
Accompagnée de tapes amicales sur le bras et d'un Sarkozy décontracté interpellant, devant une boucherie typique, les badauds pour leur présenter «le premier ministre canadien», la promenade, avec gardes du corps, certes, mais sans la lourdeur du protocole de la République, tranchait certainement avec les images de rencontres officielles qu'il a été permis de voir jusqu'à maintenant.
Exit les limousines noires avec drapeaux de circonstance. Exit le faste des gardes républicains avec leurs chevaux. Sarkozy a finalement réservé à Harper, ce jour-là, le même traitement qu'il aurait pu servir à son beau-frère, à son ami d'université ou encore à feu l'animateur de télé Jacques Martin, l'ex de sa femme Cécilia... En toute intimité et surtout en toute authenticité.
«C'est son intelligence politique, résume le philosophe français, Jean-Marc Ferry. Jusqu'à maintenant, à chaque intervention politique, il a cartonné. Pourquoi? Parce qu'il a compris qu'aujourd'hui, en politique, il faut jouer franc-jeu, ne pas mentir, être soi-même. C'est une option de courage, car ça peut coûter cher, mais c'est aussi payant.» Payant, mais également dans l'air du temps.
La langue de bois et les apparats du pouvoir auraient désormais fait leur temps. «Il y a une véritable réclamation et une aversion du manque de communication véritable de la classe politique, poursuit le professeur de théorie politique à l'Université libre de Bruxelles, en Belgique. Les gens ne veulent plus être mystifiés. Ils en ont marre des mascarades. Il y a des problèmes importants qui se posent et ils considèrent qu'ils ne paient pas les hommes politiques pour faire le cirque.»
Hegel l'avait compris en expliquant que l'agir le plus franc était sans doute le plus rusé. Et l'analyse pourrait donc annoncer l'arrivée prochaine d'une nouvelle vague de politiciens prêts à délaisser les discours consensuels et propagandistes, qui satisfont visiblement moins, pour exprimer leur vraie nature. Et du même coup «contrarier les attentes iconiques liées au pouvoir, dit M. Ferry, car la marge de tolérance est devenue désormais plus élastique.»
Ce chemin, le chef du parti libéral du Canada, Stéphane Dion, aimerait bien l'emprunter, d'ailleurs, comme il l'a expliqué la semaine dernière lors d'une entrevue accordée au Téléjournal de Radio-Canada. Prenant le blâme de la défaite libérale dans les élections partielles d'Outremont, l'homme a expliqué vouloir désormais se montrer tel qu'il est afin d'enrayer l'image négative et caricaturale qui lui colle à la peau. Et qu'il a, par un certain mutisme, de l'arrogance et des faux-pas, largement contribué à alimenter.
Cet appel à l'authentique n'étonne guère le publicitaire Patrick Beauduin, de chez Cossette Communications, qui reconnaît qu'un certain «voyeurisme de la réalité des politiciens» s'est installé dans la société depuis quelques années. «On le voit pendant l'été, dit-il. Le chef d'État doit aussi être un vrai vacancier, et cela donne des images que l'on ne voyait pas avant.»
Et ce n'est qu'un début. «Les politiciens qui vont essayer de se montrer vrais vont être nombreux, lance M. Ferry. Ceux qui vont réussir le seront moins.»
Pour cause: «On ne peut pas tricher avec l'authenticité car elle fait appel à des codes subtils que l'on ne maîtrise pas. On ne peut pas non plus l'utiliser de façon stratégique sans qu'elle ne se retourne conte elle-même, poursuit-il. Sans être populiste, je dirais même que le peuple est plus doué que les intellectuels pour déceler les fautes dans l'authenticité». Des fautes qui ne pardonnent pas et qui prouvent aussi qu'avec ou sans franchise, la politique restera toujours un sport dangereux.
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