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Élections: Dion maintient le suspense

Lisa-Marie Gervais   24 septembre 2007  Canada
Alors que la perspective de la tenue d'élections fédérales cet automne semble de plus en plus réelle, le chef du Parti libéral du Canada, Stéphane Dion, maintient le suspense sur sa position. En point de presse hier à l'Université Bishop de Sherbrooke où il donnait un discours, le chef du parti libéral du Canada n'a pas fermé, lui non plus, la porte à un éventuel vote contre le discours du trône qui aura lieu le 16 octobre prochain.

Alors que le Bloc québécois et le Nouveau Parti démocratique (NPD) penchent plutôt en faveur d'un rejet du discours, tous les regards sont maintenant posés sur le parti libéral qui, de son seul appui, pourrait permettre au gouvernement de rester au pouvoir puisqu'il suffirait aux conservateurs d'être appuyés par l'un ou l'autre des trois principaux partis d'opposition pour continuer de gouverner. Mais Stéphane Dion est malgré tout demeuré très évasif quant à ses intentions.

«On va voir ce qu'il y a dans le discours du trône. Pas question pour moi de rejeter un discours avant de l'avoir vu. S'il n'y a rien sur l'économie, rien pour lutter contre la pauvreté, s'il n'y a rien pour corriger les faiblesses du plan Baird et aucune prévision sur ce que le Canada va faire en Afghanistan, vous comprendrez qu'on ne pourra pas se lever et appuyer un tel discours», a déclaré le chef du Parti libéral, qui connaît des temps difficiles en raison des mauvais résultats de ses candidats aux dernières élections partielles.

M. Dion a néanmoins laissé entendre qu'il préférerait que le Parlement fonctionne. «Nous préférerions que le Parlement fonctionne, mais pour que le Parlement fonctionne, il faut quand même une chose élémentaire, c'est que l'opposition officielle du Canada puisse se retrouver dans le discours du trône», a nuancé le chef du Parti libéral.

Pour certains observateurs, ce flou maintenu par le chef des libéraux traduit bien le caractère inconfortable de la situation dans laquelle il se trouve. «La prudence dont fait preuve M. Dion illustre l'une de ses difficultés et de ses craintes, d'être tout pour tout le monde et rien pour personne», a soutenu l'analyste politique de l'Université d'Ottawa, Christian Rouillard. «Mais en disant qu'il ne votera pas avant d'avoir vu le discours du Trône, il a une volonté de faire preuve d'un certain esprit critique et de ne pas se montrer complaisant à l'égard du gouvernement actuel. [...] La façon dont il a formulé sa déclaration montre justement que ce n'est pas une position très critique et que ce qu'on souhaite ici, c'est de se garder une marge de manoeuvre assez grande», poursuit-il.

Quant au nouveau député d'Outremont, le néo-démocrate Thomas Mulcair, il est d'avis que le chef du Parti libéral a tenté de minimiser les propos de Denis Coderre la veille, qui selon lui ouvrait la porte à un appui aux conservateurs. «M. Dion ne convainc pas dans ses propos. [...] Il reste évasif et dit qu'il préfère attendre avant de se prononcer. J'ai plutôt l'impression que M. Dion est dans une position très affaiblie mais je prends tout de même acte de ce qu'il a dit aujourd'hui», a-t-il soutenu.

Tout repose sur les libéraux

Samedi, le Bloc québécois avait lancé un véritable ultimatum au gouvernement de Stephen Harper en annonçant cinq conditions qu'il souhaitait retrouver dans le discours du Trône, faute de quoi il n'allait pas manifester son appui au gouvernement. L'incompatibilité de conditions «non-négociables» avec les visées du gouvernement conservateur laisse entendre clairement que le chef du Bloc, Gilles Duceppe, ne votera pas en faveur du discours du Trône et souhaiterait donc aller en élections. M. Duceppe s'est dit prêt à faire face à une telle éventualité, même s'il a précisé que «ce serait mentir que de dire qu'on a déjà loué l'autobus», a-t-il dit, un sourire en coin. À tous ceux qui ont remis en question la raison d'être de son parti — en particulier le ministre de la Défense Maxime Bernier qui l'a qualifié d'«inutile» —, M. Duceppe a rétorqué qu'il était habitué à ce genre de discours. «Moi, ça fait 17 ans que je suis à Ottawa, j'entends ça à tous les six mois que le Bloc va disparaître. On a gagné aux élections générales de 1993, 1997, 2000, 2004, 2006, on a bien l'intention de faire la même chose aux prochaines élections», a-t-il affirmé en déclarant que les Québécois avaient besoin du Bloc pour se faire respecter et défendre leurs intérêts.

Compte tenu des conditions imposées par le NPD en ce qui concerne la présence du Canada en Afghanistan et Kyoto — des conditions qui sont diamétralement opposées aux prétentions du gouvernement conservateur pour le moment —, une position aussi catégorique du Bloc revient ainsi à faire décider du sort du gouvernement Harper par les libéraux, croient certains analystes.

«M. Duceppe est catégorique dans sa position parce qu'il veut renvoyer la balle à M. Dion. Il sait que [celui-ci] est dans une extrême fragilité, alors aussi bien crever l'abcès», a constaté M. Rouillard. Selon lui, le fait que M. Dion n'ait pas précisé clairement ce qu'il souhaite que le gouvernement Harper fasse concernant le projet de loi C-30 sur la qualité de l'air démontre qu'il laisse la porte ouverte à un appui facile à M. Harper. «Tout ce que Dion demande, c'est un ouverture au dialogue. Et s'il l'obtient, comme dans le projet de loi C-30, cela pourrait être suffisant pour qu'il appuie finalement le discours du Trône et empêche le renversement du gouvernement», a indiqué le professeur à l'Université d'Ottawa.

Y aura-t-il élections?

Bien que les principaux chefs des partis d'opposition ont dit attendre de voir le discours du trône avant de se prononcer définitivement, la perspective d'avoir des élections dès cet automne semble de plus en plus imminente. Au gouvernement conservateur, on ne souhaite évidemment pas d'en arriver à cette ultime issue. «Le gouvernement ne veut pas d'élections», a déclaré Dimitri Soudas, attaché de presse de Stephen Harper. «Il y a une chose qui est certaine en ce qui concerne les déclarations des différents politiciens, je pense que les Québécois ont envoyé un message très clair au Bloc et au Parti libéral aux dernières élections partielles et j'espère que ces deux partis ont bien compris qu'ils ne veulent pas avoir une autre élection.» Il a ajouté qu'il espérait que les partis attendent d'avoir lu le discours du Trône avant de se prononcer et s'est dit satisfait d'apprendre que M. Dion allait faire de même, lui «qui, la dernière fois, avait voté contre le budget sans même l'avoir lu.» Le gouvernement conservateur n'a pas voulu dire s'il allait inclure certaines conditions formulées par les chefs des partis d'opposition dans le discours. «Il faut attendre le dépôt. Tout y sera indiqué noir sur blanc», a dit le porte-parole du premier ministre.

Pour sa part, le NPD, qui a le vent dans les voiles depuis la récente élection de Thomas Mulcair lors des partielles d'Outremont, a réitéré sa position de voter contre le discours du Trône à moins que le gouvernement conservateur ne consente à se retirer immédiatement de l'Afghanistan et à respecter le protocole de Kyoto, même s'il croit que «ce n'est pas demain la veille qu'on va voir le gouvernement conservateur appuyer nos revendications», a indiqué Thomas Mulcair, qui se faisait le porte-parole de son chef, Jack Layton. «J'ai dit à mes gens, le sourire en coin, qu'il faudrait peut-être remiser nos pancartes électorales au sous-sol pour un mois pour les réutiliser... Je n'élimine pas la possibilité que personne ne soutienne le gouvernement, mais j'ai l'impression que le Bloc ou les libéraux vont le faire», a-t-il conclu.






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  • Pierre-S Lefebvre
    Inscrit
    lundi 24 septembre 2007 08h12
    L`opinion Dion
    « Il a beau dire ce qu`il veut et on s`en fout car Dion a perdu toute crédibilité. »

  • Pierre-S Lefebvre
    Inscrit
    lundi 24 septembre 2007 12h05
    Question de crédibilité
    « Les 3 partielles du Québec ont permis de donner une lecon de sagesse à Stéphane Dion. Sa crédibilité a souffert du résultat et de son Méa Culpa à la SRC. Il va rencontrer son Waterloo très bientôt car trop a été dit pour que la caricature de Chapleau ne réflète pas la vérité. Waterloo monsieur Dion sera votre prochain rendez-vous face à la sagesse du peuple. Autrement il vous faudra résigner et céder la place à plus sage leader. »

  • Gabriel RACLE
    Inscrit
    lundi 24 septembre 2007 17h33
    Que de questions
    « La question intéressante est de savoir pourquoi Gilles Duceppe annonce aussi tôt qu'il se prononcera contre le gouvernement lors du discours du Trône. Est-ce dans l'intérêt du Canada et des Canadiennes et des Canadiens en général - puisqu'il oeuvre au niveau fédéral ses décisions affectent l'ensemble du Canada - et du Québec et de ses citoyens en particulier? On peut en douter. Il semble plutôt que G. Duceppe veuille déclencher des élections à l'automne avec deux objectifs en perspective : limiter les dégâts au Qu.bec et profiter de la faiblesse du chef libéral.
    Il n'y a pas que le ministre de la Défense Maxime Bernier qui remette en question l'utilité du Bloc. On a pu lire un article analytique très détaillée sous la plume d'un chroniquer politique, avec cet en-tête : « Le Bloc québécois a-t-il encore une raison d'être à Ottawa? »
    Dans ces circonstances, rien de tel que de relancer et rassembler des forces contre un « ennemi ». La junte militaire d'Argentine a utilisé cette stratégie en déclenchant la guerre des Malouines, pour pallier le mécontentement populaire suscité par des difficultés économiques. Ici, bien entendu, il ne s'agit que d'une guette politique, mais qui pourrait mobiliser des combattants.
    Stéphane Dion, qui pour l'instant semble hésiter sur la conduite à tenir - mais c'est peut-être une tactique - ou qui veut se ménager du temps, pourrait utiliser la même stratégie : pour combattre les adversaires, il faut resserre les rangs. Ce n'est pas le moment de se diviser sur des questions de chef. C'est un peu un jeu de quitte ou double.
    Et Stephen Harper détient de son côté les cartes du jeu. Puisqu'il sait ce que veulent les partis d'opposition, il peut ou non inclure dans son discours du Trône des éléments qui répondent aux exigences de l'un ou l'autre, du parti libéral en particulier, moins exigeant semblet-il sur ses conditions.
    Mais tout cela ressemble à de la politique partisane qui ne prend guère en compte les intérêts des citoyens et de leur pays. Faut-il reprendre des propos que je citais il n'y a pas si longtemps (le 5 septembre) «La politique, disait Charles de Gaulle, un véritable homme d'État, quand elle est un art et un service, non point une exploitation, c'est une action pour un idéal à travers des réalités.» (Conférence de presse, 30 juin 1955). Ou ceux0ci : «Il est important de considérer le rôle du politique comme un dépositaire du devenir d'un peuple. Lourde responsabilité... » (Irma Ly Tang, «Réflexions sur le rôle de la politique». Il semble que oui. »

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