Un chef en sursis ?
Bon nombre de ceux qui ont vu l'entrevue qu'a accordée Stéphane Dion au réseau anglais de Radio-Canada jeudi soir dernier ont trouvé qu'il avait l'air démuni. Il faut dire qu'à cette heure-là, le chef libéral avait certainement été mis au courant de l'existence d'un sondage dévastateur pour son parti en vue des élections complémentaires d'aujourd'hui.
Toujours est-il que l'entrevue n'avait rien pour réconforter les troupes libérales. Malgré ses vaillants efforts, M. Dion n'a réussi à projeter ni la maîtrise que l'on attend du principal chef de l'opposition ni l'assurance d'un aspirant premier ministre. Ce n'était pas la première fois.
Sans égard au score dans les circonscriptions fédérales d'Outremont, Roberval-Lac-Saint-Jean et Saint-Hyacinthe-Bagot ce soir, un virage s'impose si M. Dion ne veut pas devenir le premier chef libéral en plus d'un siècle à ne pas se faire élire premier ministre.
- Ranger son sabre préélectoral
Quand le chef libéral menace de précipiter la chute des conservateurs, toute la colline parlementaire sait qu'il bluffe et qu'il compte sur le Bloc québécois pour sauver sa mise. Or Gilles Duceppe va rentrer au Parlement le mois prochain avec moins de bonnes raisons de vouloir surseoir à un scrutin cet automne que Stéphane Dion.
Le temps dont le PLC a absolument besoin avant d'aller en campagne joue contre le Bloc qui perd des plumes pour chaque mois de vie supplémentaire qu'il accorde à Stephen Harper. Si la tendance se maintient, le chef libéral pourrait devoir choisir entre perdre la face au moment du Discours du trône ou perdre son poste à l'issue d'une campagne hâtive.
Encore jeudi, M. Dion a posé des conditions qui rendent impensable l'appui du PLC au discours du mois prochain, dont la résurrection d'un projet de loi réécrit par l'opposition pour rétablir les objectifs du protocole de Kyoto. C'est un ultimatum qui ne tient pas la route. S'il était impératif d'aller aux urnes sur ce sujet, le moment de le faire était le printemps dernier, lorsque le premier ministre a déposé un nouveau plan de lutte contre les changements climatiques qui confirmait l'abandon de Kyoto.
- Changer de ton
À force de vouloir gagner du terrain sur sa gauche, le PLC est en voie d'abandonner le centre à Stephen Harper. Depuis dix mois, les libéraux font de la surenchère au NPD et au Bloc sur presque tous les sujets. Mais les engagements des tiers partis ne sont pas soumis au même test de réalité, ce qui leur permet de promettre la lune à moindre risque pour leur crédibilité.
Jeudi, le chef libéral a été pris au dépourvu quand Peter Mansbridge lui a demandé pourquoi il n'avait pas pris la peine d'aller voir sur place la situation en Afghanistan. L'animateur a fait valoir que les principaux chefs d'opposition néerlandais s'étaient déplacés avant de se faire une idée définitive sur le suivi à donner au déploiement de leur pays dans la région. Au même titre que les Pays-Bas, le Canada est en droit de s'attendre à une contribution moins primaire du principal chef de l'opposition qu'un concours de dates pour mettre fin à la mission.
- Faire oublier son anglais
L'explication qui veut que la qualité de l'anglais de M. Dion soit à la source de ses difficultés à se brancher sur l'électorat canadien est en voie de devenir une excuse. S'il avait une approche plus originale (et moins négative) que de dire systématiquement blanc chaque fois que Stephen Harper dit noir, l'électorat anglophone se démêlerait avec la concordance du temps de ses verbes.
- Se réconcilier avec le Québec
Le discours québécois de Stéphane Dion ne fait pas le poids par rapport à celui de Stephen Harper. Il est déphasé par rapport à la nouvelle donne politique au Québec, ce qui rend sa contribution au débat de moins en moins pertinente. Le chef libéral aurait intérêt à sortir de la bulle dans laquelle l'isole une garde rapprochée anglophone et à faire cheminer un parti figé dans ses idées reçues sur le Québec.
- Ne pas prendre toute la place
Si les libéraux d'Outremont ont attendu à samedi pour distribuer des dépliants, c'est que ceux que leur a fait parvenir le parti ne parlaient que du chef. Or Jocelyn Coulon a appris à ses dépens que M. Dion n'est toujours pas un élément vendeur.
Les Canadiens jugent que Stephen Harper a davantage l'envergure d'un chef que son adversaire. C'est peut-être un mal pour un bien puisque le côté décisif du premier ministre inspire autant d'inquiétude que d'admiration. À la place de se livrer à un concours de testostérone, le chef libéral serait mieux avisé de mettre encore davantage les valeurs sûres de son équipe en évidence. C'est un des atouts résiduels du PLC par rapport au gouvernement actuel.
- Le cas de Michael Ignatieff
Plus performant au Parlement, l'ancien rival au leadership de Stéphane Dion n'a pas nécessairement renoncé à ses ambitions. Mais le climat de méfiance qui s'est installé entre les deux clans nuit davantage au chef qu'à son encombrant second. Dans l'état actuel des choses, Stéphane Dion a autant besoin de Michael Ignatieff que Jean Chrétien avait besoin de Paul Martin. En l'écartant, il affaiblirait encore davantage son leadership.
Malgré la grogne, le PLC est moralement tenu de donner à son chef un vrai tour de piste électoral avant d'en disposer. Pour Stéphane Dion, la seule façon de régler le cas de son ex-rival serait de gagner les prochaines élections. À l'évidence, ce n'est pas pour cette année. Il aura intérêt à en prendre acte.
chebert@thestar.ca
Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.
Toujours est-il que l'entrevue n'avait rien pour réconforter les troupes libérales. Malgré ses vaillants efforts, M. Dion n'a réussi à projeter ni la maîtrise que l'on attend du principal chef de l'opposition ni l'assurance d'un aspirant premier ministre. Ce n'était pas la première fois.
Sans égard au score dans les circonscriptions fédérales d'Outremont, Roberval-Lac-Saint-Jean et Saint-Hyacinthe-Bagot ce soir, un virage s'impose si M. Dion ne veut pas devenir le premier chef libéral en plus d'un siècle à ne pas se faire élire premier ministre.
- Ranger son sabre préélectoral
Quand le chef libéral menace de précipiter la chute des conservateurs, toute la colline parlementaire sait qu'il bluffe et qu'il compte sur le Bloc québécois pour sauver sa mise. Or Gilles Duceppe va rentrer au Parlement le mois prochain avec moins de bonnes raisons de vouloir surseoir à un scrutin cet automne que Stéphane Dion.
Le temps dont le PLC a absolument besoin avant d'aller en campagne joue contre le Bloc qui perd des plumes pour chaque mois de vie supplémentaire qu'il accorde à Stephen Harper. Si la tendance se maintient, le chef libéral pourrait devoir choisir entre perdre la face au moment du Discours du trône ou perdre son poste à l'issue d'une campagne hâtive.
Encore jeudi, M. Dion a posé des conditions qui rendent impensable l'appui du PLC au discours du mois prochain, dont la résurrection d'un projet de loi réécrit par l'opposition pour rétablir les objectifs du protocole de Kyoto. C'est un ultimatum qui ne tient pas la route. S'il était impératif d'aller aux urnes sur ce sujet, le moment de le faire était le printemps dernier, lorsque le premier ministre a déposé un nouveau plan de lutte contre les changements climatiques qui confirmait l'abandon de Kyoto.
- Changer de ton
À force de vouloir gagner du terrain sur sa gauche, le PLC est en voie d'abandonner le centre à Stephen Harper. Depuis dix mois, les libéraux font de la surenchère au NPD et au Bloc sur presque tous les sujets. Mais les engagements des tiers partis ne sont pas soumis au même test de réalité, ce qui leur permet de promettre la lune à moindre risque pour leur crédibilité.
Jeudi, le chef libéral a été pris au dépourvu quand Peter Mansbridge lui a demandé pourquoi il n'avait pas pris la peine d'aller voir sur place la situation en Afghanistan. L'animateur a fait valoir que les principaux chefs d'opposition néerlandais s'étaient déplacés avant de se faire une idée définitive sur le suivi à donner au déploiement de leur pays dans la région. Au même titre que les Pays-Bas, le Canada est en droit de s'attendre à une contribution moins primaire du principal chef de l'opposition qu'un concours de dates pour mettre fin à la mission.
- Faire oublier son anglais
L'explication qui veut que la qualité de l'anglais de M. Dion soit à la source de ses difficultés à se brancher sur l'électorat canadien est en voie de devenir une excuse. S'il avait une approche plus originale (et moins négative) que de dire systématiquement blanc chaque fois que Stephen Harper dit noir, l'électorat anglophone se démêlerait avec la concordance du temps de ses verbes.
- Se réconcilier avec le Québec
Le discours québécois de Stéphane Dion ne fait pas le poids par rapport à celui de Stephen Harper. Il est déphasé par rapport à la nouvelle donne politique au Québec, ce qui rend sa contribution au débat de moins en moins pertinente. Le chef libéral aurait intérêt à sortir de la bulle dans laquelle l'isole une garde rapprochée anglophone et à faire cheminer un parti figé dans ses idées reçues sur le Québec.
- Ne pas prendre toute la place
Si les libéraux d'Outremont ont attendu à samedi pour distribuer des dépliants, c'est que ceux que leur a fait parvenir le parti ne parlaient que du chef. Or Jocelyn Coulon a appris à ses dépens que M. Dion n'est toujours pas un élément vendeur.
Les Canadiens jugent que Stephen Harper a davantage l'envergure d'un chef que son adversaire. C'est peut-être un mal pour un bien puisque le côté décisif du premier ministre inspire autant d'inquiétude que d'admiration. À la place de se livrer à un concours de testostérone, le chef libéral serait mieux avisé de mettre encore davantage les valeurs sûres de son équipe en évidence. C'est un des atouts résiduels du PLC par rapport au gouvernement actuel.
- Le cas de Michael Ignatieff
Plus performant au Parlement, l'ancien rival au leadership de Stéphane Dion n'a pas nécessairement renoncé à ses ambitions. Mais le climat de méfiance qui s'est installé entre les deux clans nuit davantage au chef qu'à son encombrant second. Dans l'état actuel des choses, Stéphane Dion a autant besoin de Michael Ignatieff que Jean Chrétien avait besoin de Paul Martin. En l'écartant, il affaiblirait encore davantage son leadership.
Malgré la grogne, le PLC est moralement tenu de donner à son chef un vrai tour de piste électoral avant d'en disposer. Pour Stéphane Dion, la seule façon de régler le cas de son ex-rival serait de gagner les prochaines élections. À l'évidence, ce n'est pas pour cette année. Il aura intérêt à en prendre acte.
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Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.
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