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Élections aujourd'hui dans trois circonscriptions québécoises - Le résultat des complémentaires donnera le ton à Ottawa cet automne

17 septembre 2007  Canada
Ottawa — La tenue d'un scrutin général au Canada cet automne pourrait bien dépendre de moins de 200 000 électeurs québécois qui élisent aujourd'hui leur député fédéral. L'issue du vote est difficile à prévoir, mais les observateurs s'entendent pour dire qu'elle donnera le ton aux mois qui viennent à Ottawa.

«Ces trois élections-là sont un test», soutient Christian Dufour, de l'École nationale d'administration publique (ENAP), qui souligne que les trois circonscriptions sont très différentes et pourraient en quelque sorte servir de baromètre politique.

Sis en plein coeur de Montréal, Outremont est urbain et multiculturel tandis que Saint-Hyacinthe-Bagot est situé aux frontières du «450» qui a massivement appuyé l'Action démocratique aux dernières élections provinciales.

La circonscription de Rober-val-Lac-Saint-Jean constitue quant à elle le coeur d'une région dont l'économie repose sur l'exploitation des ressources naturelles et qui a été très durement touchée par la crise du secteur forestier.

«Pour Stephen Harper, il s'agit d'un coup de sonde pour voir si sa main tendue au Québec et tout ce qui est arrivé depuis la dernière élection, ça rapporte», croit Christian Dufour. «Donc, peut-être qu'il va être tenté de jeter les dés s'il a l'impression qu'au Québec, il est en train de se passer quelque chose», fait-il valoir.

D'après les derniers sondages, les conservateurs n'ont aucune chance dans Outremont, où libéraux et néo-démocrates sont à égalité. Ils pourraient toutefois ravir Roberval au Bloc québécois, qui détenait la circonscription depuis 1993. Ils semblent aussi dans la course dans Saint-Hyacinthe-Bagot, où le conseiller municipal Bernard Barré, qui porte leurs couleurs, affronte Ève-Mary Thaï Thi Lac, une souverainiste convaincue qui a longtemps été l'adjointe du député sortant Yvan Loubier.

S'ils font un bon score, les conservateurs pourraient être tentés de provoquer la chute de leur gouvernement en prononçant un discours du Trône aux allures de programme électoral le 16 octobre.

Le politologue Luc Juillet, de l'Université d'Ottawa, croit lui aussi qu'une victoire «retentissante» pourrait ranimer les espoirs des conservateurs et accélérer le déclenchement d'une élection générale.

«À l'inverse, si le Bloc québécois s'en tirait très bien, ça pourrait ralentir les ardeurs du parti de M. Harper», estime-t-il.

Le cas d'Outremont

Il y a fort à parier que Stephen Harper gardera les yeux rivés sur Outremont, ce soir, même si son parti n'y arrive qu'en queue de peloton. Il voudra en effet voir comment s'en tirent ses adversaires libéraux dans leur lutte contre l'ex-ministre québécois Thomas Mulcair, qui représente le NPD.

La circonscription est considérée comme un bastion «rouge», et Stéphane Dion s'est réservé le droit d'y désigner lui-même son candidat. Son choix s'est arrêté sur l'ancien journaliste et spécialiste des relations internationales Jocelyn Coulon.

Les sondages indiquent que les deux hommes sont à égalité, ce qui inquiète beaucoup les troupes libérales. Une dirigeante du parti, Denise Brunsdon, a d'ailleurs envoyé un courriel aux militants pour les inviter à apporter leur contribution.

Tous les observateurs s'entendent pour dire que l'enjeu est important. «Si les libéraux perdaient dans Outremont, cela signalerait assez clairement que M. Dion et le parti en général ont beaucoup de difficulté à se rétablir au Québec. Je pense que ça pourrait être un coup très dur pour le leadership de M. Dion», souligne Luc Juillet.

Christian Dufour rappelle qu'il faudra aussi surveiller le pourcentage du vote libéral dans les autres circonscriptions. «Les libéraux sont au plancher au Québec depuis le scandale des commandites, et on se demande jusqu'à quel point Stéphane Dion est capable de changer la situation ou jusqu'à quel point il reste un repoussoir pour beaucoup de Québécois francophones», a-t-il noté.

Les politologues mentionnent cependant qu'il convient toujours de prendre les choses avec circonspection dans le cas d'élections complémentaires puisque les gens ont tendance à voter «plus librement» et à s'exprimer de façon «moins stratégique» quand ils savent qu'ils auront peu ou pas d'influence sur la composition du gouvernement.

Le NPD s'annonce déjà comme le grand gagnant de la soirée, que Thomas Mulcair emporte un siège ou non. Mais M. Juillet lui recommande déjà de tempérer son enthousiasme. «Un candidat, même élu dans une partielle, ne fait pas un parti et ne fait pas une équipe nécessairement très forte, fait-il remarquer. Est-ce qu'à la prochaine élection générale les gens se tourneraient plus vers le NPD? Moi, j'en doute beaucoup.»
 
 
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