Les libéraux ont Mulcair dans les pattes
Photo : Jacques Nadeau
Le candidat libéral Jocelyn Coulon (au centre) et son chef, Stéphane Dion, en campagne dans la rue, hier.
Lundi prochain, les électeurs de Saint-Hyacinthe-Bagot, d'Outremont et de Roberval-Lac-Saint-Jean seront appelés aux urnes pour choisir un nouveau député fédéral. Dans une série de trois textes commencée hier, Le Devoir rend compte des batailles qui font rage entre les candidats dans ces trois circonscriptions fort différentes.
Le tableau a tout des Nations unies. Un groupe de danse folklorique du Québec «swingue la bacaisse dans l'fond d'la boîte à bois» alors que, tout autour, des enfants courent et s'amusent dans une autre langue d'un autre terroir. Il y a les curieux qui flânent et qui affichent cette diversité propre à Côte-des-Neiges. Et puis, il y a les politiciens qui profitent de l'occasion pour serrer des mains.
Le candidat néo-démocrate Thomas Mulcair plonge parmi les badauds avec aisance et chaleur. Thomas Mulcair a visiblement l'assurance tranquille de celui qui a déjà une longue feuille de route en politique puisque jusqu'à l'année dernière, il était ministre dans le gouvernement de Jean Charest.
Depuis juin, avant même que les élections partielles soient déclenchées, Thomas Mulcair sillonne la circonscription d'Outremont sous sa nouvelle bannière du Nouveau Parti démocratique (NPD). Derrière sa bonhomie, on sent la volonté acérée du politicien qui croit pouvoir écorcher le traditionnel vote libéral dans ce comté montréalais.
«Dans les communautés culturelles, les gens sont tannés d'être pris pour acquis par le Parti libéral du Canada. C'est une élection partielle, alors ils savent que c'est le temps d'envoyer un message», explique M. Mulcair.
Ses principaux adversaires reconnaissent que sa présence a changé la donne. Les libéraux doivent vraisemblablement surveiller leurs arrières. Quant au Bloc québécois, il n'a plus le pied sur l'accélérateur comme lors des deux derniers scrutins généraux avec un discours ambitieux et des candidats qui avaient déjà une certaine stature politique.
De plus, les 12 candidats qui s'affrontent dans cette course, dont cinq indépendants et François Yo Gourd du Néorhino, sont confrontés à des réalités fort différentes. Outremont n'est pas une circonscription homogène. Ce serait même plutôt la dualité des extrêmes.
À l'est, se trouve le quartier Mile-End où habitent beaucoup de jeunes professionnels branchés, voisin de l'arrondissement Outremont avec ses demeures bourgeoises et sa population bien nantie. À l'ouest, c'est Côte-des-Neiges où une personne sur deux est immigrante et où les préoccupations riment avec intégration, logement et pauvreté.
Le candidat du Parti libéral du Canada, Jocelyn Coulon se sent d'attaque. S'il n'affiche pas la bonhomie de son adversaire néo-démocrate, il table sur sa vaste expérience en affaires internationales pour convaincre les électeurs. Longtemps journaliste au Devoir, M. Coulon a dirigé par la suite le Centre Pearson pour le maintien de la paix avant de devenir professeur invité au CERIUM de l'Université de Montréal.
«Chez les francophones, ma réputation me précède. Les gens me parlent de l'Afghanistan et de la dérive pro-Bush du gouvernement Harper. Ils savent qu'avec moi ils ont une voix indépendante sur la politique étrangère», affirme Jocelyn Coulon.
Auprès des personnes issues de l'immigration, le candidat libéral se sert également de son expérience en relations internationales. «C'est comme la clef pour entrer en contact avec les gens. J'ai visité 45 pays. Je suis capable de dire un mot sur leur pays d'origine, sur sa vitalité démocratique, sur leur histoire aussi», raconte-t-il, faisant valoir qu'il représente «une voix indépendante sur la politique étrangère».
Pendant ce temps, le candidat du Bloc québécois, Jean-Paul Gilson, qui présidait jusque-là l'association de comté d'Outremont, entend poursuivre son travail de psychanalyste sur le terrain politique. «Camille Laurin a dit qu'il faut mettre le Québec sur le divan. Ce n'est pas imaginable, mais quand je vais voir les gens et que je les force à parler, nous faisons notre analyse collective. On ne sait plus qui est le psychanalyste: la personne qui me parle ou moi qui parle à cette personne. Ou si c'est le Québec qui est en train de faire une sorte de psychanalyse collective en se donnant l'occasion de dire des choses qui, autrement, ne sont jamais dites», expose-t-il.
Comme il le fait pour ses patients, M. Gilson croit pouvoir défaire les noeuds qui empêcheraient les Québécois de réaliser leurs désirs. «Il faut qu'il y ait un gros travail collectif de dénouement, de libération. [...] Il y a quelque chose d'intimement lié entre la souveraineté du Québec et la psychanalyse. Et c'est ce que je veux poursuivre», soutient M. Gilson, qui se dit fier de tenir un discours politique différent de celui de ses adversaires.
Sur un mode plus conventionnel, le candidat conservateur, Gille Duguay, égratigne chacun de ses vis-à-vis. Le Parti libéral est particulièrement dans sa mire. «Les forteresses vieillissent. Les pierres tombent, surtout si elles ne sont pas cimentées par de bonnes politiques ou des leaders crédibles. Je pense que la forteresse est en train de s'effondrer», affirme-t-il lors d'une brève rencontre forcée par Le Devoir, qui ne réussissait pas à obtenir un rendez-vous.
Gilles Duguay n'a pas multiplié les apparitions publiques ni les entrevues médiatiques au cours de la période électorale. ll dit vouloir faire «une campagne au ras du sol». «J'ai fait du trottoir, du porte-à-porte au maximum pour bien sentir le pouls de la population et les besoins. Je suis particulièrement sensible à l'immigration. C'est la porte de l'avenir. C'est par là qu'il faut s'engouffrer et permettre à tous ces gens d'avoir un rôle à jouer dans la société québécoise. C'est ma priorité numéro un», explique M. Duguay
Cet ancien diplomate canadien s'indigne des critiques des uns et des autres sur la présence du Canada en Afghanistan, mais surtout de la position du NPD favorable à un retrait immédiat des troupes canadiennes. Selon lui, le Canada doit se comporter de «façon honorable» et songer aux conséquences d'un départ hâtif.
«Nous avons hérité d'un mandat du Conseil de sécurité, nous le défendons. Pensons que, si on décroche de l'Afghanistan, nous mettons 15 millions de femmes à la merci des talibans», estime M. Duguay, accompagné pour l'occasion du sénateur Pierre Claude Nolin.
À quelques jours du vote, Outremont a vu défiler les chefs des différents partis, sauf Stephen Harper. Hier matin, le libéral Stéphane Dion serrait des mains à la sortie du métro Outremont et Gilles Duceppe rencontrait la presse pour prêter main-forte à son collègue. Quelques jours auparavant, Jack Layton du NPD faisait campagne avec Thomas Mulcair. Et Elizabeth May du Parti vert était aux côtés de son candidat, François Pilon, lundi.
Le tableau a tout des Nations unies. Un groupe de danse folklorique du Québec «swingue la bacaisse dans l'fond d'la boîte à bois» alors que, tout autour, des enfants courent et s'amusent dans une autre langue d'un autre terroir. Il y a les curieux qui flânent et qui affichent cette diversité propre à Côte-des-Neiges. Et puis, il y a les politiciens qui profitent de l'occasion pour serrer des mains.
Le candidat néo-démocrate Thomas Mulcair plonge parmi les badauds avec aisance et chaleur. Thomas Mulcair a visiblement l'assurance tranquille de celui qui a déjà une longue feuille de route en politique puisque jusqu'à l'année dernière, il était ministre dans le gouvernement de Jean Charest.
Depuis juin, avant même que les élections partielles soient déclenchées, Thomas Mulcair sillonne la circonscription d'Outremont sous sa nouvelle bannière du Nouveau Parti démocratique (NPD). Derrière sa bonhomie, on sent la volonté acérée du politicien qui croit pouvoir écorcher le traditionnel vote libéral dans ce comté montréalais.
«Dans les communautés culturelles, les gens sont tannés d'être pris pour acquis par le Parti libéral du Canada. C'est une élection partielle, alors ils savent que c'est le temps d'envoyer un message», explique M. Mulcair.
Ses principaux adversaires reconnaissent que sa présence a changé la donne. Les libéraux doivent vraisemblablement surveiller leurs arrières. Quant au Bloc québécois, il n'a plus le pied sur l'accélérateur comme lors des deux derniers scrutins généraux avec un discours ambitieux et des candidats qui avaient déjà une certaine stature politique.
De plus, les 12 candidats qui s'affrontent dans cette course, dont cinq indépendants et François Yo Gourd du Néorhino, sont confrontés à des réalités fort différentes. Outremont n'est pas une circonscription homogène. Ce serait même plutôt la dualité des extrêmes.
À l'est, se trouve le quartier Mile-End où habitent beaucoup de jeunes professionnels branchés, voisin de l'arrondissement Outremont avec ses demeures bourgeoises et sa population bien nantie. À l'ouest, c'est Côte-des-Neiges où une personne sur deux est immigrante et où les préoccupations riment avec intégration, logement et pauvreté.
Le candidat du Parti libéral du Canada, Jocelyn Coulon se sent d'attaque. S'il n'affiche pas la bonhomie de son adversaire néo-démocrate, il table sur sa vaste expérience en affaires internationales pour convaincre les électeurs. Longtemps journaliste au Devoir, M. Coulon a dirigé par la suite le Centre Pearson pour le maintien de la paix avant de devenir professeur invité au CERIUM de l'Université de Montréal.
«Chez les francophones, ma réputation me précède. Les gens me parlent de l'Afghanistan et de la dérive pro-Bush du gouvernement Harper. Ils savent qu'avec moi ils ont une voix indépendante sur la politique étrangère», affirme Jocelyn Coulon.
Auprès des personnes issues de l'immigration, le candidat libéral se sert également de son expérience en relations internationales. «C'est comme la clef pour entrer en contact avec les gens. J'ai visité 45 pays. Je suis capable de dire un mot sur leur pays d'origine, sur sa vitalité démocratique, sur leur histoire aussi», raconte-t-il, faisant valoir qu'il représente «une voix indépendante sur la politique étrangère».
Pendant ce temps, le candidat du Bloc québécois, Jean-Paul Gilson, qui présidait jusque-là l'association de comté d'Outremont, entend poursuivre son travail de psychanalyste sur le terrain politique. «Camille Laurin a dit qu'il faut mettre le Québec sur le divan. Ce n'est pas imaginable, mais quand je vais voir les gens et que je les force à parler, nous faisons notre analyse collective. On ne sait plus qui est le psychanalyste: la personne qui me parle ou moi qui parle à cette personne. Ou si c'est le Québec qui est en train de faire une sorte de psychanalyse collective en se donnant l'occasion de dire des choses qui, autrement, ne sont jamais dites», expose-t-il.
Comme il le fait pour ses patients, M. Gilson croit pouvoir défaire les noeuds qui empêcheraient les Québécois de réaliser leurs désirs. «Il faut qu'il y ait un gros travail collectif de dénouement, de libération. [...] Il y a quelque chose d'intimement lié entre la souveraineté du Québec et la psychanalyse. Et c'est ce que je veux poursuivre», soutient M. Gilson, qui se dit fier de tenir un discours politique différent de celui de ses adversaires.
Sur un mode plus conventionnel, le candidat conservateur, Gille Duguay, égratigne chacun de ses vis-à-vis. Le Parti libéral est particulièrement dans sa mire. «Les forteresses vieillissent. Les pierres tombent, surtout si elles ne sont pas cimentées par de bonnes politiques ou des leaders crédibles. Je pense que la forteresse est en train de s'effondrer», affirme-t-il lors d'une brève rencontre forcée par Le Devoir, qui ne réussissait pas à obtenir un rendez-vous.
Gilles Duguay n'a pas multiplié les apparitions publiques ni les entrevues médiatiques au cours de la période électorale. ll dit vouloir faire «une campagne au ras du sol». «J'ai fait du trottoir, du porte-à-porte au maximum pour bien sentir le pouls de la population et les besoins. Je suis particulièrement sensible à l'immigration. C'est la porte de l'avenir. C'est par là qu'il faut s'engouffrer et permettre à tous ces gens d'avoir un rôle à jouer dans la société québécoise. C'est ma priorité numéro un», explique M. Duguay
Cet ancien diplomate canadien s'indigne des critiques des uns et des autres sur la présence du Canada en Afghanistan, mais surtout de la position du NPD favorable à un retrait immédiat des troupes canadiennes. Selon lui, le Canada doit se comporter de «façon honorable» et songer aux conséquences d'un départ hâtif.
«Nous avons hérité d'un mandat du Conseil de sécurité, nous le défendons. Pensons que, si on décroche de l'Afghanistan, nous mettons 15 millions de femmes à la merci des talibans», estime M. Duguay, accompagné pour l'occasion du sénateur Pierre Claude Nolin.
À quelques jours du vote, Outremont a vu défiler les chefs des différents partis, sauf Stephen Harper. Hier matin, le libéral Stéphane Dion serrait des mains à la sortie du métro Outremont et Gilles Duceppe rencontrait la presse pour prêter main-forte à son collègue. Quelques jours auparavant, Jack Layton du NPD faisait campagne avec Thomas Mulcair. Et Elizabeth May du Parti vert était aux côtés de son candidat, François Pilon, lundi.
- » Québec (province),
- Canada (Pays),
- libéraux,
- Thomas Mulcair,
- élection,
- parti politique,
- Nouveau parti démocratique (NPD)
Haut de la page

