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Voile: aux politiciens d'agir

Alexandre Shields   11 septembre 2007  Canada
Les femmes portant le niqab ne seront pas les seules à pouvoir exercer leur droit de vote sans avoir à établir leur identité de façon visuelle.
Photo : Agence Reuters
Les femmes portant le niqab ne seront pas les seules à pouvoir exercer leur droit de vote sans avoir à établir leur identité de façon visuelle.
Le directeur général des élections du Canada, Marc Mayrand, a donné une leçon d'élections 101 aux partis fédéraux hier, et en particulier au premier ministre Stephen Harper. Malmené sur la place publique depuis quelques jours, le haut fonctionnaire a ainsi soutenu qu'il ne faisait qu'appliquer la loi C-31 en permettant aux femmes voilées de voter sans se découvrir le visage. Et son message est clair: il appartient aux politiciens d'y apporter les changements qu'ils jugent nécessaires.

Qui plus est, il a indiqué avoir prévenu en juillet les quatre partis concernés que la nouvelle loi électorale n'empêcherait absolument pas une femme voilée de voter ainsi. M. Mayrand a aussi rappelé que le comité sénatorial qui a étudié la nouvelle loi électorale avait averti les parlementaires dès le printemps dernier que certaines dispositions de la législation envisagée risquaient de poser des problèmes. «Le Parlement n'a pas alors jugé opportun de modifier le projet de loi», a-t-il laissé tomber hier, au cours d'un point de presse.

Dans sa nouvelle mouture, la loi électorale prévoit plusieurs façons de pouvoir exercer son droit de vote «qui ne requièrent pas l'identification visuelle de l'électeur», a ajouté le directeur général d'Élections Canada, précisant que «l'électeur a le choix de la méthode».

Ainsi, un Canadien ayant le droit de vote peut choisir d'établir son identité à l'aide d'une carte comprenant sa photo, son nom et son adresse. «Dans ce cas, on s'attendra à ce que l'électeur se découvre», a souligné Marc Mayrand. On peut aussi présenter deux pièces d'identités autorisées par le directeur général des élections, contenant notre nom et notre adresse. Dans ce cas, «la loi n'oblige pas qu'il y ait une photo, a-t-il souligné. Cette méthode ne permet donc pas au personnel de comparer le visage à une photo».

Tout électeur peut également voter en prêtant serment de son identité et en étant accompagné d'une personne qui peut confirmer son identité sous serment.

Enfin, il est possible de voter par la poste. Il n'y a alors «aucun contact entre l'électeur et le personnel électoral», a expliqué M. Mayrand. Aux dernières élections fédérales, le 23 janvier 2006, 80 000 électeurs ont voté par la poste.

Le directeur général des élections conclut donc que, en vertu des règles actuellement en vigueur, plusieurs façons de pouvoir exprimer son vote «ne requièrent pas l'identification visuelle de l'électeur».

Pour les trois scrutins complémentaires prévus le 17 septembre au Québec, le directeur général des élections en appelle donc au bon sens des citoyens pour que le vote se déroule paisiblement dans Outremont, Roberval-Lac-Saint-Jean et Saint-Hyacinthe-Bagot.

Il se réserve cependant le droit de prendre d'autres mesures si nécessaire. Son personnel a notamment reçu la consigne de demander à toute personne voilée de montrer son visage. Celles qui refuseront pourront exercer leur droit de vote si elles acceptent de signer une déclaration sous serment pour confirmer leur identité, en plus de fournir les documents appropriés.

Appel aux politiciens

Cela étant, Marc Mayrand comprend que les réactions aient été aussi vives au cours des derniers jours. Il a du même coup rappelé qu'il appartient aux politiciens d'agir pour modifier la loi s'ils le jugent nécessaire. «Je pense qu'ils sont sensibles à l'opinion publique, qui s'exprime très fortement au Québec. Dans ce sens-là, ça ne m'apparaît pas surprenant. À titre d'élu de la population, ils doivent être à l'écoute. C'est pour ça que j'invite le Parlement à rapidement rouvrir cette loi-là et à faire les corrections appropriées.»

Il a par la même occasion répondu aux attaques du premier ministre Stephen Harper, qui l'a ouvertement sermonné dimanche. «Le rôle d'Élections Canada n'est pas de faire les lois, mais de les mettre en vigueur», a alors dit le chef conservateur, invitant l'organisme à revenir sur sa décision. «Je ne peux me substituer aux parlementaires. Il ne m'appartient pas de modifier la loi. Je n'énonce pas de normes, j'administre la loi telle que formulée», a répliqué hier le directeur général des élections du Canada.

«J'estime qu'il ne revient pas à l'administrateur du régime électoral de trancher un débat de société qui fait rage. Ce serait m'approprier un mandat qui ne m'appartient pas et surtout usurper celui de nos élus», a-t-il poursuivi.

M. Mayrand a en outre insisté pour dire qu'il n'avait pas reçu de demande formelle de qui que ce soit par rapport à la possibilité de pouvoir voter en ayant le visage voilé. «Je n'ai reçu aucune demande de la part d'électeur ou d'électrice, a-t-il souligné. Selon les informations que j'ai, il n'y aurait que quelques centaines de femmes portant le voile au Canada, et la plupart accepteraient de se dévoiler dans un contexte approprié.»

Changements à prévoir

Tout indique que les choses ne vont pas demeurer ainsi, puisque les différents partis présents aux Communes se sont entendus en fin de journée hier pour que les règles soient revues.

Le Comité de la procédure et des affaires de la Chambre a adopté à l'unanimité une motion du Bloc québécois demandant à Élections Canada de revenir sur sa décision à temps pour les élections complémentaires de la semaine prochaine. Le président du comité a promis d'envoyer une lettre à M. Mayrand dès que possible. Les parlementaires se réuniront au cours des prochains jours pour décider de la suite à donner aux événements.

Le whip en chef du Bloc québécois, Michel Guimond, a néanmoins annoncé hier que sa formation déposerait un projet de loi «qui garantira que tous les électeurs voteront à visage découvert lors des scrutins fédéraux», et ce, dès la rentrée parlementaire. Le tout, bien sûr, est conditionnel à ce que le discours du Trône soit adopté.

«Le Directeur général des élections du Canada ne doit pas avoir le pouvoir d'aller à l'encontre de la volonté du Parlement, qui a décidé que, désormais, toutes les électrices et tous les électeurs devront s'identifier lors d'un vote au niveau fédéral, a-t-il ajouté. Or, en permettant le vote de personnes au visage voilé par une burqa ou un niqab au cours des élections partielles fédérales qui se tiendront au Québec le 17 septembre prochain, c'est exactement ce que le DGE fait.»

Le chef bloquiste, Gilles Duceppe, a de nouveau insisté pour dire que le fait de permettre le vote à visage couvert pour des motifs religieux revenait à faire «intervenir des règles religieuses dans le processus civique». «Il faut éviter ça. Il y a une séparation entre la religion et l'État», a-t-il martelé.

Le chef libéral Stéphane Dion a pour sa part estimé qu'un «amendement» serait nécessaire pour modifier la loi C-31. Cela ne pourra se faire qu'après les élections partielles du 17 septembre, a-t-il précisé. Entre-temps, «nous pensons qu'il faut voter à visage découvert. Nous sommes en désaccord avec la décision d'Élections Canada, mais nous la respectons», a dit M. Dion.

Il a également jugé que les accusations portées par Stephen Harper contre Élections Canada dimanche étaient déplacées. «Nous croyons que le premier ministre [M. Harper] est allé beaucoup trop loin en attaquant Élections Canada comme il l'a fait hier, a lancé le chef libéral. En fait, je crois que le premier ministre essaie d'affaiblir la réputation d'Élections Canada au moment où le premier ministre et son parti sont eux-mêmes sous examen pour des raisons très graves. C'est une mesure de diversion du premier ministre.»

À son avis, ils tentent donc de donner une mauvaise image d'Élections Canada, «une des organisations les plus respectées à travers le monde», qui a refusé de rembourser une partie de leurs frais de campagne et qu'ils ont traînée en Cour fédérale. Le ministre conservateur Lawrence Cannon a démenti cette interprétation de la controverse.

Stéphane Dion considère en outre que l'idée des bloquistes de déposer un projet de loi est une manoeuvre électoraliste, à l'approche de trois élections partielles.

Provinces permissives

Les règles controversées qui permettent aux électrices canadiennes de voter vêtues d'une burqa ou le visage voilé sont encore plus permissives dans d'autres provinces, dont l'Ontario, où le droit de vote est accordé même à un électeur portant un masque de gardien de but ou un sac en papier sur la tête.

Les lois électorales ontariennes ont récemment été amendées pour imposer aux huit millions d'électeurs de la province, qui sont appelés aux urnes le 10 octobre, de présenter une pièce d'identité avant de voter. Mais cette pièce n'a pas besoin de comprendre une photo, et les responsables du scrutin n'ont pas besoin de voir le visage de l'électeur.

La décision a irrité le premier ministre Stephen Harper, qui veut que de telles décisions ne soient prises que par le Parlement et qui a menacé d'intervenir si le Directeur général des élections du Canada ne changeait pas d'idée.

Des règles similaires à celles de l'Ontario sont en vigueur en Saskatchewan et à Terre-Neuve-et-Labrador, deux autres provinces où des élections générales auront lieu cet automne.

À Terre-Neuve, les électeurs doivent présenter un document qui inclut leur nom, leur date de naissance, leur adresse courante et leur signature, tandis qu'en Saskatchewan, les résidants qui sont déjà sur la liste électorale n'ont besoin d'aucune pièce d'identité.

Le Devoir

Avec la Presse Canadienne






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Vos réactions

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  • Claude Archambault
    Inscrit
    mardi 11 septembre 2007 00h51
    Une tempete dans uns verre d'eau
    « Combien de femme voilée cela concerne dans tout le Canada? Peu être 100. Nos soldats meurent pour la liberté, dans un pays ou la Burka est obligatoire, ici que fait on... la même chose à l'opposé on l'Interdit. Lequel est pire? Le Québec est à l'avant de la contestation avec le bloque québécois. Après on se plaindra que l'on nous traite d'intolérant et de raciste. Je doit admettre que l'impression laissé par l'attitude des Québecois la dessus ouvre grande la porte à cette pensée. Tout ce branle camarade pour au plus 100 femmes à la grandeur du pays. Exemple typique d'un petit peuple de république de banane. J'ai honte de nos politiciens, l'attitude du bloque québecois me dégoute et les autres partis me décoivent. Quelqu'un doit ce lever pour les droits des individus. »

  • Benoît Gagnon
    Abonné
    mardi 11 septembre 2007 04h27
    Quand un juge oublie de juger. Par Benoît Gagnon
    « Pour appliquer la loi il y a la police,pour interpréter la loi et ses conséquences il y a les juges. Dans le cas de la burka il semble évident qu`il faut l`interdire; les conséquences de son acceptation sont sans commune mesure avec le respect d`une règle d`une religion qui ne touche pas la dignité de la personne.(dans le cas de la burka c`esr même le contraire). Donc M. le juge vous avez manqué gravement de jugement. Il est trop facile de se cacher derrière une loi imparfaite.On peut appeler cela aussi un mangue de responsabilité social(pour rester poli). Vous avez dérivez M. le juge. »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    mardi 11 septembre 2007 06h21
    C'est pas moi... c'est lui
    « Le DGEC dit que c'est la faute des parlementaires et les parlementaires disent que c'est la faute au DGEC. Ça prend pas la tête à Papineau pour savoir que ceux qui permettent de voter ou d'aller à la Caisse Desjardins ou de prendre une photo pour un permis de conduire ou pour la carte soleil, le visage voilé, sont des niais.

    Notre DGEC manque de flexibilité et d'intelligence. Il devrait, pour ça, être remplacé immédiatement. »

  • Gabriel RACLE
    Inscrit
    mardi 11 septembre 2007 08h31
    S. Harper a raison
    « Le directeur général des élections, en prenant son invraisemblable décision permettant le vote de personnes voilés, a oublié le but réel de la Loi électorale: assurer la rectitude du vote et respecter le droit des candidats et donc des élus.
    La rectitude du scrutin est assurée par l'obligation faite aux électeurs de s'identifier pour vérifier s'ils sont admissibles à voter. À ce propos, le directeur général a commis, dans ses explications, une faute de français à laquelle on ne s'attend pas de la part d'un haut fonctionnaire et d'un fonctionnaire qui oeuvre dans le domaine électoral, qui demande une grande précision terminologique. Il a parlé de «l'éligibilité» des électeurs. L'éligibilité concerne les personnes éligibles à un poste et non les électeurs admis à voter. Pour assurer leur admissibilité, il est nécessaire de les voir. Une personne voilée peut présenter des pièces d'identité, avec ou sans photo, qui ne sont pas les siennes. Ce peut être un homme, comme on l'a vu dans d'autres circonstances en Irak, en Afghanistan, en Palestine. Pour identifier une personne, il faut la voir, même lorsqu'elle prête serment. On ne peut monter à bord d'un avion en étant voilé. Il faut montrer son visage à la personne, homme ou femme, chargée du contrôle.
    La Loi électorale qui exige de s'identifier vert éviter la fraude et, la simple logique, pour ne pas dire le bon sens, demande que la personne montre son visage. C'est de toute évidence implicite dans la loi, puisqu'il me peut en être autrement. Cela saute aux yeux, c'est le cas de le dire.
    L'autre point, c'est le droit des candidats éligibles. Le directeur général nous a rabattus les oreilles avec le droit des électeurs, mais il a oublié que la loi vise aussi à protéger le droit des personnes qui se présentent à une élection, d'être élues en toute rectitude. Ce qui implique donc que les personnes admissibles à voter soient les bonnes. On critique assez les votes trafiqués de certains pays. Les candidats à une élection ont des droits et la réaction des partis politiques contre la décision du directeur général des élections est normale. Sa décision va à l'encontre du droit de leurs membres à se faire élire en toute rectitude.
    Lorsque Stephen Harper a dit que la décision du dicteur général ne respecte pas l'esprit de la Loi, il a parfaitement raison, et le directeur des élections doit revoir d'urgence sa copie ou se trouver un autre emploi. Son interprétation littérale et casuistique n'est pas de mise pour un sujet aussi grave. »

  • Christian Montmarquette
    Inscrit
    mardi 11 septembre 2007 08h40
    Accommodements raisonnables ou lutte identitaire ?
    « Je suis un « indépendantiste de gauche » une « race » assez rare sans doute. Et je considère fort malheureusement que tous ces débats secondaires consistent en une habile manoeuvre de diversion de la droite afin d'éjecter de la société les véritables enjeux fondamentaux qui « eux » demanderaient de faire de véritables efforts à nos gouvernements et apporteraient substantiellement quelque chose au peuple comme : l'éradication de la pauvreté, l'indépendance du Québec ou la protection de l'environnement, plutôt qu'une bataille ultra technique sur la manière de voter.

    Je ne dis pas qu'il ne faut pas en parler, mais qu'il faut savoir à qui ça sert. Regardez par qui le débat a été lancé et vous aurez votre réponse.


    Accommodements raisonnables ou lutte identitaire ?

    Par : Christian Montmarquette

    Montréal, le mardi 11 septembre 2007.


    Il me semble parfaitement naturel que les gens préfèrent se rassembler sur une base affinitaire plutôt que différentielle. Ce n'est pas politique, c'est relationnel, psychologique, affectif, social et tout ce que l'on voudra, en plus d'être simplement plus pratique. De toutes façons, si ce n'était pas le cas, nous ne parlerions pas constamment de l'importance de l'intégration. Même lorsqu'il y a de fortes affinités des conflits sont toujours possibles. Pas difficile alors de comprendre qu'il y ait plus de potentiels de conflits avec plus de différences. Il n'y a pas tellement d'équivoque, qu'on se le dise, l'immigration dans son état actuel, commence généralement par un mariage de raison.

    Mais l'intégration demande efforts et ressources et il normal et sain que nous sentions le besoin de faire le point sur nos choix et orientations de société. Mais je réfute fortement l'expédiant endossé même par Jean-Pierre Charbonneau, que nous soyons tous un peu des « immigrants », car nous avons désormais une culture et une identité qui nous est propre et pour laquelle nous avons très durement lutté depuis 400 ans. Ou alors, tant qu'à ça, aussi bien dire qu'on est tous des descendants d'Adam et Ève... De toutes manières, il ne s'agit pas de « logique » mais de «politique» ; l'important est de se faire une idée et de se battre pour obtenir ce qu'on veut.

    Mais au Québec, on veut le beurre et l'argent du beurre et ménager chèvre et chou et avons une prédisposition à apprécier en trouillards d'être assis entre deux chaises. Nous sommes passés maîtres dans l'art de prendre des décisions mitoyennes et en ce sens bels et bien faits à l'image des politiciens auxquels nous reprochons de faire de même. Nous ne voulons pas de «l'indépendance» mais la «souveraineté-association». Puis, et pourquoi pas seulement «l'autonomie» ? C'est le genre de trucs que font les enfants, quand ils veulent aller dans les bras de papa en braillant de quitter les bras de maman. Finalement, nous voudrions avoir tous les privilèges d'un état souverain sans en prendre le risque et les responsabilités. Nous voudrions protéger notre identité que l'on sent tous les jours un peu plus s'éroder sur le mur rêche du fédéralisme canadien, sans avoir le cran de faire notre réelle indépendance.

    Nous voudrions pouvoir nous réfugier sous la jupe de notre maman canadienne, tout en renforçant nos acquis culturels, alors qu'il s'agit d'intérêts carrément opposés. La preuve la plus évidente étant qu'il fût (et qu'il est encore) un coriace combat pour simplement parvenir à protéger notre langue. J'espère donc que le dilemme posé par accommodements raisonnables contribuera au moins à nous mettre les yeux vis-à-vis des trous. Car il nous serait sans doute bien plus facile se nous sentir plus accommodants si nous ne nous sentions pas nous-mêmes les premiers menacés.

    Peut-être certains propos peuvent-ils paraître réactionnaires, mais à mon avis, ils sont fortement contextuels. Car tenons-nous le pour dit, le débat fondamental identitaire actuellement déporté sur les accommodements raisonnables, recèle celui de notre propre survie nationale, puisque les forces politiques fédéralistes ont tout intérêt à noyer l'identité Québécoise dans la mer du solvant du multiculturalisme canadien sous le couvert d'un moralisme d'ouverture libéral.

    Je ne suis pas xénophobe et je ne pense pas que les nouveaux arrivants sont des méchants voleurs de jobs ou être trop atteint d'autres formes de préjugés. Mais j'ai beaucoup moins de sympathie en ce qui concerne leur option constitutionnelle et commence à les considérer au même titre que les anglais ; c'est-à-dire, comme des adversaires de la souveraineté et conséquemment des adversaires politiques. Bien sûr, qu'ils nous apportent leur culture, mais privés de notre indépendance, ils risquent fort de contribuer à l'extinction de la nôtre.

    Pour m'adresser directement à cet illustre fédéraliste qu'est notre premier ministre Jean Charest, je lui dirais que je serais encore bien plus ouvert à l'immigration, si on ne s'en servait pas délibérément pour lutter contre le Québec. Car nombreux sont ceux et celles qui viennent se réfugier ici pour se libérer de l'oppression, alors que nous sommes nous même encore un peuple opprimé. Opprimé par ces grands fédéralistes canadiens qui ont combattu l'identité culturelle Québécoise jusqu' à la moelle et qui viennent aujourd'hui nous faire la leçon sur l'ouverture à la culture des autres. «L'information est la base de la démocratie» affirmait René Lévesque, et je ne suis pas sûr que les nouveaux arrivants en soient très bien informés.

    Soyez sans craintes, je n'oublie pas que les premiers coupables dans cette histoire sont les Québécois eux-mêmes qui n'ont pas su voter massivement pour leur propre pays. Mais, je ne perd pas de vu non plus, que nous nous sommes fait «voler» notre indépendance en 1995 par l'injection illégale de dizaines de millions d'Ottawa et la naturalisation à toute vapeur de dizaines de milliers de nouveaux arrivants qui n'auraient normalement pas eu le droit de voter.

    On accuse facilement les nationalistes d'être xénophobes, alors que ce sont les Juifs, les Grecs et les Italiens qui ont appelé au vote ethnique en 1995. À croire que ce sont eux qui ne nous aiment pas et non l'inverse. Dans ce pays dont la devise est « Je me souviens » nous assistons encore à une amnésie collective, comme si tout un pan de notre histoire avec les Anglais se répétait avec un autre genre de minorité. Car nous ne sommes plus dans le domaine du préjugé, mais dans celui du simple constat pragmatique. Car il est en effet consternant de constater à quel point leur allégeance au fédéralisme constitue un vote aussi monolithique.


    « Question nationale et immigration »

    «Tant que la question nationale ne sera pas réglée, le problème de l'immigration demeurera tordu et biaisé. La nation québécoise sera constamment déchirée entre son désir d'accueil et la crainte de sa disparition et les immigrants risqueront à tout moment d'être perçus comme une menace à l'identité nationale.

    Le fait que le Québec n'ait pas encore accédé à son indépendance génère un climat malsain et favorise la xénophobie. Jean Charest par sa déclaration à l'emporte pièce sur l'ouverture, confirme toutefois cette présomption que les nouveaux arrivants sont majoritairement les alliés du fédéralisme.

    Est-ce à dire de ceux qui s'en inquiètent sont pour autant des racistes ? Assurément pas. Il s'agit d'une réaction d'auto défense dans un Québec dont l'identité est constamment menacée».

    Combattre la xénophobie deviendra-t-il un jour un argument de plus pour défendre l'indépendance ? Je l'espère. Car il me semble bien difficile d'accueillir les autres quand on n'est pas chez soi.




    ___________________

    Christian Montmarquette
    Militant pour l'éradication de la pauvreté
    et l'indépendance du Québec


    « Le Canada est trop petit pour le Québec, loin d'être un repli sur soi, l'indépendance est une ouverture sur le monde » - Pierre Bourgault

    « Quand on me demande qu'est-ce qu'un Québécois ? Je répond, un Québécois, c'est quelqu'un qui veut l'être...» - Pierre Bourgault »

  • Roland Berger
    Abonné
    mardi 11 septembre 2007 10h20
    Religion et politique
    « Il ne s'agit pas d'une tempête dans un verre d'eau, comme veut le penser Claude Archambault. Les immigrantes qui portent le voile partiel ou intégral proviennent de pays où la distinction entre religion et politique n'existe pas, la première dictant les règles d'application de la seconde, des pays où les femmes sont généralement considérées comme des êtres inférieurs devant totale obéissance à leurs époux. Quel que soit leur nombre, quelques-unes ou des milliers, leur permettre d'imposer ici cette culture constitue un dangereux précédent.
    Roland Berger
    London, Ontario »

  • jean-marie francoeur
    Inscrit
    mardi 11 septembre 2007 12h00
    Don Quichotte
    « Non mais, pour qui se prend-il le DGE d'Ottawa? Il a été nommé pour appliquer la loi, non pour l'interpréter. On ne lui a pas donné carte blanche. On reconnaît là un vrai "libéral". »

  • Richard Labbé
    Inscrit
    mardi 11 septembre 2007 12h49
    À quand les puces électroniques sous-cutanées?
    « Ça réglerait la question. En plus ça vous permettrait de transporter votre dossier médical avec vous en tout temps. »

  • Bruno Déry
    Inscrit
    mardi 11 septembre 2007 22h03
    La constipation, ça se soigne!
    « La constipation, ça se soigne!

    Par le passé, aucun citoyen n'avait à présenter de cartes d'identité pour voter. Pour éviter la fraude, la loi a été changée pour demander une meilleure identification des électeurs. Pour assurer aux "bons p'tits Canadiens" et aux "Québécois pure laine" de voter selon leur tradition de ne pas apporter de cartes d'identité, une identification par un pair a été jugée acceptable, accommodante, par un large consensus comme moyen d'identification. Souvenez-vous-en... c'est la devise du Québec.

    Maintenant, cette façon de faire serait inacceptable; jugée inacceptable entre autres par des politiciens qui ont eux-mêmes changé cette loi pour permettre l'identification par un pair? Ne nous prenez pas pour des idiots! Si la loi est maintenant inacceptable en matière d'identification, c'est avant tout pour une question de hargne, de jalousie, de frustrations, d'égalitarisme dogmatique, de conformisme obscurantiste envers ceux qui ne veulent pas se conformer à la pression sociale; une pression sociale largement instrumentalisée par les politiciens, les journalistes, les autres biens pensants et faiseurs d'idées "fast-food" qui veulent notre bien et qui l'auront. Personnes ne peut faire l'économie d'examiner ses motivations profondes lorsqu'elle veut le respect de son opinion. Pouvez-vous prétendre avoir la conscience en paix en imposant vos grandes vérités aux autres?

    Ce n'est pas parce qu'une majorité de gens sont constipés que tout le monde est obligé de marcher le cul serré!

    Doit-on, encore et encore, s'obliger à marche le cul serré pour obliger les autres à se conformer à une identité commune réconfortante, identité commune à défaut d'avoir soi-même une identité? Je n'exige pas aux autres de ce conformer à ma façon de voir, et il est hors de question que je marche le cul serré pour me conformer aux frustrations, à la jalousie, à la hargne, aux dogmes égalitaristes ou à l'obscurantisme conformiste des autres.

    En matière d'élection, comment peut-on parler d'un processus démocratique et libre lorsque tous les politiciens, les journalistes et les autres bien pensants, insistent sur le conformisme, le conformisme à leurs dogmes, sur le maintient de leur façon de voir et ultimement au maintient de leur pouvoir, alors que le pouvoir devrait être entièrement dans les mains de tous les citoyens, citoyens libres, lors d'une élection? D'ailleurs, s'il manque quelque chose dans le processus électoral actuel, c'est bien le droit de cocher la case "Aucune de ces personnes" sur SON bulletin de vote...

    Certaines personnes exigent que tous votent à visière levée. Sans doute que ceux-ci devraient s'exprimer à visière baissée, de peur que l'on puisse facilement les identifier comme faisant partie des constipés chroniques, frustrés, et imbus de leurs dogmes qu'ils veulent imposer à tous. C'est irrespectueux? Doit-on respecter la dignité de quelqu'un lorsque celui-ci n'a aucun respect de la dignité des autres? N'est-ce pas la meilleure leçon que de subir ce qu'on impose aux autres?

    Stephen Harper peut voter avec son chapeau de cowboy, Gilles Duceppe avec son bonnet d'usine, et Stéphane Dion avec une tarte à la crème dans la face. Si je veux voter en habit de gorille, de Zoro, de Bonhomme Carnaval ou de Patof le clown, c'est bien mon affaire parce que moi je ne vous oblige pas aux autres à s'habiller comme je l'ai décidé. Je n'obligerai personne à s'habiller en "drabe" pour me faire plaisir, pour me rassurer dans mon identité ou pour soulager mon manque de confiance. La constipation, ça se soigne! Moi, je soigne la mienne. Et vous?

    Je m'habillerai bien en clown si je veux exprimer que ça prend un clown pour voter pour un clown. Si vous avez peur que le processus démocratique soit ridiculisé, je peux bien exprimer le ridicule du système actuel. Beaucoup de gens demandent la liberté de tous critiquer, y compris toutes les religions, selon leur bon vouloir; alors pourquoi ne pourrais-je pas ridiculiser les dogmes des autres selon mon bon vouloir?

    Non, je ne retournerai pas dans mon pays d'origine. Seuls les Amérindiens peuvent me dire cela, à moi, un "p'tit Québécois pure laine", mais tricoté desserré, tricoté déconstipé.

    Je ne marcherai pas le cul serré parce que les autres ne veulent pas soigner leur constipation, fussent-ils majoritaires.

    La constipation, ça se soigne! »

  • Olivier Robichaud
    Abonné
    mercredi 12 septembre 2007 01h35
    De l'ignorance,de l'intolérence, de la confusion
    « Voilà ce que je vois partout dans les commentaires concernant cet article.

    De l'ignorance quant à l'Islam et aux cultures des pays qui le pratique (puisqu'ils sont loin d'être tous pareil, pas plus que la Pologne ne ressemble aux États-Unis). Certes, le port du burqa était obligatoire en Afghanistan sous le régime Taliban. Cela ne veut pas dire que l'Islam le veut ainsi, au contraire, le Koran incite les femmes à se couvrir VOLONTAIREMENT pour ainsi se faire apprécier pour leur intelligence et leur esprit plutôt que pour leur beauté physique. Que certains fondamentalistes l'interprètent comme une obligation ne fait pas de toutes les musulmanes des femmes soumises, même celles qui portent le voile. L'Église catholique a elle aussi utilisée des passages de la Bible à tort: les femmes furent jadis considérées comme inférieures parce que Ève avait forcé Adam à manger la pomme. Il y a aussi de très grandes différences entre les pays à majorité musulmane quant aux roles des sexes. Si les Talibans étaient très restrictifs envers les femmes, l'Algérie connaît l'égalité des sexes et un État complètement laïc!

    De l'intolérence quant aux moeurs et pratiques des nouveaux arrivants. Au Québec, la religion est individuelle. L'État est certainement laïc, mais le port de symbols religieux n'est pas interdit, même lors d'exercices de nature publique comme le vote. Je grince les dents chaque fois que la laïcité est évoquée face aux pratiques musulmanes, puisqu'on ne dit rien d'un Chrétien qui porte un crucifix autour du cou lorsqu'il se présente au bureau de vote. Cet argument relève d'un racisme encouragé et nourri par les politiciens de droite, plutôt que d'un réel soucis de la séparation de l'Église et de l'État.

    De la confusion entre les dossiers d'actualité et entre les compétences de nos institutions politiques. J'ai lu des commentaires concernant les accomodements raisonnables: il n'en est point du tout question dans cette affaire! Il n'y a eu ni accomodement, ni interprétation, raisonnable ou pas, favorisant une minorité quelconque. Nous avons un DGEC qui applique la loi telle que votée par les parlementaires et indiquée noir sur blanc dans les tables de lois. Et qu'il utilise le mot « éligibilité » au lieu « d'admissibilité » ne fait absolument aucune différence quant à la lecture du texte: les électeurs ADMISSIBLES ont bel et bien le droit de présenter des documents sans photo ou de prêter serment sans aucune documentation. L'argument de l'identification est donc nul.

    Toute cette affaire est, comme l'a si bien dit M. Archambault, une tempête dans un verre d'eau. Je n'ai en effet jamais auparavant entendu tant de gens critiquer quelqu'un pour avoir simplement appliqué la loi! Lorsqu'on demande au DGEC d'agir dans « l'esprit de la loi », ce n'est pas lui qui fait de l'interprétation, mais bien Stephen Harper et tous ceux qui sont d'accord avec lui!

    Point que je tiens à souligner, puisque les gens qui écrivent ces commentaires semblent si enclins à attribuer des étiquettes: je ne suis ni musulman, ni immigrant, ni en faveur des accomodements raisonnables (dont il n'est point ici question). Je suis un Québécois, francophone, indépendentiste et je favorise l'intégration des nouveaux arrivants. Je suis simplement découragé de voir que les gens soient incapables de distinguer entre le soucis de l'intégration et le racisme pur et simple.

    Si vous avez des commentaires à mon égard, je vous invite à m'écrire à l'adresse affichée. Ce débat a largement dépassé la barre du ridicule et nous avons besoin d'une arène de discussion plus appropriée que les commentaires du site web d'un quotidien. J'invite tout commentaire, toute opinion, toute idée. »

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