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Afghanistan: pas de consensus, pas de vote

Alexandre Shields   10 septembre 2007  Canada
Soldat canadien à son poste dans la région de Kandahar. Stephen Harper recherche un consensus sur la question afghane.
Photo : Agence France-Presse
Soldat canadien à son poste dans la région de Kandahar. Stephen Harper recherche un consensus sur la question afghane.
Le premier ministre Stephen Harper a sorti une nouvelle carte de son jeu hier au sujet de la mission des militaires canadiens en Afghanistan, affirmant que la prolongation de celle-ci ne serait pas nécessairement soumise à un vote aux Communes, contrairement à ce que lui et son entourage immédiat ont laissé entendre au cours des derniers mois.

«Je pense que ce n'est pas nécessaire d'avoir un débat tout de suite, d'avoir un vote tout de suite, a-t-il soutenu lors d'un point de presse tenu à l'issue du sommet du forum de coopération économique Asie-Pacifique (APEC), en Australie. Il n'y a pas de raison d'avoir un vote, à moins que nous ayons la capacité de créer un consensus et une décision positive envers l'avenir.»

M. Harper ne veut donc pas tenir un vote sur l'Afghanistan qu'il risquerait de perdre, d'autant plus que l'opposition réclame à grands cris un retrait des troupes en février 2009, alors que lui souhaiterait qu'elle se poursuive au-delà de cette date. Pour parvenir à ses fins, il souhaite plutôt pouvoir conclure un accord avec plus d'un parti de l'opposition «qui permettrait de donner un mandat à nos Forces armées». Il n'a pas précisé la nature du mandat qu'il souhaitait leur donner.

À l'issue du point de presse, un porte-parole du gouvernement a souligné que le premier ministre souhaitait, avec ces déclarations, que le chef libéral Stéphane Dion se prononce sur le type de mission qu'il serait prêt à appuyer après février 2009. On pourrait, par exemple, mettre de côté la mission militaire afin de concentrer tous les efforts uniquement sur le volet humanitaire.

«Nous continuerons d'entraîner les forces afghanes et nous continuerons d'écouter ce que les partis d'opposition disent, et nous verrons s'il y a une possibilité d'en arriver à une sorte de consensus qui remplirait les objectifs du gouvernement et qui, je pense, remplirait les objectifs de tous de voir les troupes canadiennes quitter [l'Afghanistan]», a ajouté Stephen Harper. Selon lui, cependant, certains partis d'opposition changent d'avis sur la question «de mois en mois, et même de semaine en semaine».

Pour l'instant, a déclaré le premier ministre, «mon opinion est que nous devrions continuer le travail que nous faisons déjà, qui est de mettre l'accent sur l'entraînement des forces de sécurité afghanes pour qu'elles puissent s'occuper des problèmes de sécurité de leur propre pays». «L'objectif de la communauté internationale en Afghanistan, c'est d'établir un pays sécuritaire, un pays qui sera vraiment en développement», a-t-il dit, ajoutant qu'il souhaitait que cet objectif soit atteint «avant de partir».

Se faisant rassurant, il a néanmoins répété que «la mission va se terminer en février 2009, à moins que le Parlement prenne une autre décision. Et c'est au Parlement de décider».

Opposition déçue

Les partis d'opposition à Ottawa ont profité de la sortie de M. Harper de l'autre côté du globe hier pour dénoncer de nouveau la position des conservateurs sur la question afghane.

«Les Canadiens doivent comprendre que, s'il change d'avis continuellement, c'est parce qu'il cherche un moyen de nous maintenir dans la mission de combat à Kandahar bien au-delà de février 2009, a ainsi soutenu le chef libéral Stéphane Dion. Il le fait sans transparence, et ça, c'est très très dommageable, non seulement pour nos troupes, mais aussi pour le peuple afghan, pour notre rôle par rapport à nos alliés de l'OTAN et par rapport au gouvernement afghan. Il faut que cela cesse. Assez des doubles jeux. Nous avons besoin de clarté quant à la mission de combat à Kandahar, qui doit se terminer en février 2009. Il faut l'annoncer à nos alliés.»

«Il essaie de nous mettre ça sur les épaules en disant "on va voir s'il y a un consensus de la part de l'opposition". Regardez, il n'y a pas de consensus, a aussi lancé le critique libéral en matière de défense, Denis Coderre. Et nous, de toute façon, comme représentants de l'opposition officielle, que ça soit [inscrit] dans le discours du Trône ou pas, il va y avoir une journée de l'opposition et on va le demander le vote s'il le faut.»

«Il faut dire d'abord que cette mission se termine en février 2009 et, par la suite, on verra au niveau humanitaire ce que le Canada doit faire, a répété quant à lui le chef bloquiste, Gilles Duceppe, sur les ondes de RDI. Mais il doit l'inscrire dans le discours du Trône, c'est une condition non négociable, et c'est très clair qu'il y aura un vote, qu'il le veuille ou qu'il ne le veuille pas.»

Si les conservateurs n'incluent pas une position claire sur cette question dans le discours du Trône, les bloquistes ont l'intention de voter contre. «Ça augure mal pour M. Harper, parce que s'il persiste à dire qu'il n'en parlera pas, on n'appuiera pas son discours du Trône», a avertit M. Duceppe.

Le Bloc serait favorable à une présence canadienne au-delà de février 2009, mais d'un tout autre ordre. «On considérera toute proposition, mais une proposition équilibrée, et non pas une vision essentiellement militariste qu'a ce gouvernement conservateur, qui est très inspirée de la vision militariste de Bush aux États-Unis», a-t-il fait valoir. On pourrait alors, selon lui, réfléchir au «type d'aide humanitaire qu'on peut apporter» et à ce qu'il est possible de faire «au niveau de la démocratie ou de la sécurité» dans le pays.

M. Duceppe en a aussi profité pour souligner la nécessité d'organiser une «conférence internationale sur l'ensemble de la situation en Afghanistan». Une telle rencontre devrait inclure les pays de l'OTAN, mais aussi les pays de la régions.

Pour sa part, le Nouveau Parti démocratique prône le retrait immédiat des troupes canadiennes. Le chef Jack Layton a également indiqué que son parti voterait contre le discours du Trône s'il ne fait pas mention de la mission canadienne en Afghanistan.

«M. Harper doit comprendre qu'il y aura un vote sur la mission en Afghanistan, a-t-il soutenu. C'est le vote concernant le discours du Trône et il ne peut pas y avoir un discours du Trône sans discuter de la guerre.» Selon M. Layton, les néo-démocrates sont prêts à des élections si le Canada poursuit ce qu'il qualifie de «guerre inacceptable en Afghanistan qui n'accomplit pas les objectifs des Canadiens pour la poursuite de la paix».

Le Devoir

Avec la Presse canadienne






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  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    lundi 10 septembre 2007 08h15
    LE POUR ET LE CONTRE, LE BON ET LE MÉCHANT, LE NOIR ET LE BLANC
    « Les Afghans ont sorti sur la tête, 140 000 soldats russes armés jusqu'aux dents de leur pays, il n'y a pas si longtemps.

    Fait que...nos 2 500 soldats ne font pas le poids à courte et à longue échéance, avant ou après février 2009 même s'ils ont un peu d'aide d'autres pays.

    Cette guerre a maintenant duré autant que celle de 1939-45. Elle devrait avoir normalement été gagnée mais nos soldats sont perçus par les Afghans ordinaires comme des occupants à la place des libérateurs.

    La meilleure idée pour le Canada est de sortir de là au plus vite et laisser les Américains continuer d'administrer le bonheur aux Afghans avec leur grosse armée et leurs bombes intelligentes "qui peuvent reconnaïtre un civil d'un insurgé" avec un peu de torture à Guantanamo et dans d'autres prisons pour séparer les bons des mméchants "le grain de l'ivraie" comme dans l'Évangile vu qu'un Taliban et un bon Afghan sont habillés pareils et portent tous des barbes.

    Le seul problème à cette excellente idée s'appelle Bush. Il serait choqué de ce retrait et pourrait fermer sa frontière à nos exportations "sauf pour le pétrole d'Alberta" qui lui est nécessaire, ce qui donnerait une claque à notre économie québécoise.

    Fait que...à bien y penser, continuons à chasser le Taliban en Afghanistan penant un autre 6 ans en nous exposant à la vengance des méchants. »

  • Gabriel RACLE
    Inscrit
    lundi 10 septembre 2007 09h28
    Champion toute catégorie
    « On s'en doutait, même si jusqu'à présent il ne nous avait fait que des démonstrations partielles, Stephen Harper est un redoutable patineur (de vitesse, artistique, de fantaisie?), capable de tenter les figures les plus périlleuses à la Surya Bonaly, cette virevoltante patineuse franco-américaine. Avec ses nouvelles prises de positions sur l'Afghanistan. S. Harper nous dévoile ses talents dans ce genre : il tente de prendre de vitesse ses adversaires, l'opposition, il effectue un saut périlleux inversé qui se termine par une vrille du genre vis sans fin, qui fait que l'on ne sait plus dans quelle direction il va s'engager. Le sait-il lui-même? On peut se le demander.

    Non seulement tout cela n'est pas très sérieux, mais c'est un manque de respect et de considération envers la population canadienne, éprouvée par cette guerre qui lui coûte des vies humaines et des milliards de dollars. Des milliards de dollars qui, au lieu d'être majoritairement consacrés à la reconstruction de l'Afghanistan, le sont plutôt à des dépenses militaires, de l'ordre de 1 milliard pour la reconstruction contre 5 pour les opérations militaires.

    Est-ce que par ces dernières virevoltes, S. Harper tente de temporiser en espérant quelques succès aux élections partielles du Québec? Est-ce qu'il tente de neutraliser l'opposition en la divisant, afin qu'elle ne lui offre pas un front commun qui le mettrait en péril? Rien n'est clair. Mais S. Harper semble prendre un malin plaisir à faire du patinage de haute voltige pour rendre la situation si floue qu'il devient difficile de connaître réellement la direction qu'il entend prendre. Et pourtant, il se doit de la faire connaître et rapidement, tant sur le plan national, que sur le plan international, pour que les autres nations sachent à quoi s'en tenir et ne comptent plus sur le Canada pour entreprendre dans le sud de l'Afghanistan des opérations dangereuses, dont on peut se demander sur quoi elles débouchent. »

  • Michel Lebel
    Inscrit
    lundi 10 septembre 2007 10h48
    Boileau s.v.p.!
    « Que de paroles, de positionnements, de part et d'autre. Faudrait-il rappeler aux parlementaires ce mot de Boileau: " Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement". Mais je doute fort que Stephen Harper connaisse l'existence de ce Boileau... »

  • Pierre Allard
    Inscrit
    lundi 10 septembre 2007 14h10
    insupportatable hypocrisie
    « l'hypocrise de ce gouvernment est insupportable. À preuve cette histoire de voter avec la burqa. Qui gagne à cette affaire? Ceux qui veulent montrer les musulmans "différents", haissables... alors qu'ils n'ont rien demandé. C'est une opération de propagande à la Goebbels, pour rendre plus acceptable que nos soldats aillent se battre contre les "Musulmans" en Afghanistan. Vous croyez que j'exagere ? C'est ÇA la propagande, telle qu'inventée par l'Américain Barnays. Allez voir sur Internet ce que ça implique... Il y a 44 000 employés au NSA, aux USA qui ne pensent qu'à ça, du matin au soir. Nous sommes MANIPULÉS.

    C'est TOUT DE SUITE qu'il faut sortir d'Afghanistan.


    Pierre JC Allard http://nouvellesociete.org/5167.html »

  • Luc Falardeau
    Abonné
    lundi 10 septembre 2007 21h14
    Voulez vous jouer aux échecs avec Harper ?
    « Harper joue une partie d'échec avec les partis d'opposition et la population. A ce jeu, l'une des parties doit nécessairement perdre...

    Un politicien devrait plutôt s'organiser pour que les relations entre la population et le gouvernement soient gagnant-gagnant et non-gagnant-perdant. »

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