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Le Parti conservateur triche

Ann Julie Fortier - Candidate pour le Parti conservateur en 2004 dans la circonscription de Berthier-Maskinongé  10 septembre 2007  Canada
J'ai lu avec beaucoup d'intérêt les textes publiés dans les journaux, en particulier dans Le Devoir, sur les pratiques douteuses de financement des campagnes électorales du Parti conservateur du Canada.

J'ai été jadis fortement impliquée au Parti conservateur du Canada, notamment sous le gouvernement Mulroney à titre d'adjointe de député. J'ai aussi été impliquée dans l'organisation de la campagne de Hugh Segal à la direction du parti, et finalement comme candidate du nouveau Parti conservateur dans la circonscription de Berthier-Maskinongé aux élections de 2004. Voici d'où originent, à mon avis, les déboires du parti avec Élections Canada.

L'argent, c'est le nerf de la guerre! Nous consentons, comme citoyens, à ce que nos taxes financent à hauteur de 1,75 $ chaque vote obtenu par un parti politique enregistré, et ce, chaque année. C'est une loi très généreuse. Si en plus de cela il faut tricher, il y a un problème!

Mais le Parti conservateur triche, pas seulement en transférant des sommes d'argent importantes de l'instance nationale vers les circonscriptions et inversement (système in and out, expliqué par les médias), mais aussi en ne faisant aucun effort sérieux — sauf en de rares exceptions — pour avoir de vrais exécutifs de comté. Une association de comté puissante rend des comptes au responsable de l'application de la loi sur le financement des partis politiques. Ce qui n'est souvent pas le cas avec le PC.

Le Parti conservateur triche aussi en ne prenant pas au sérieux le processus essentiel des investitures dans les circonscriptions . Ainsi, on se retrouve avec des situations dans lesquelles des militants investissent personnellement de leur temps et de leur argent pour aider l'association locale et promouvoir les idées du parti, tout en entretenant des ambitions légitimes d'être candidat (candidate) à une investiture, dans certains cas. Ensuite, ils se font évincer manu militari par des organisateurs payés qui au lieu de travailler à professionnaliser le fonctionnement des exécutifs de comté, établissent plutôt des contacts pour recruter des candidats plus rentables politiquement à leurs yeux. [...]

Ma situation

Pour mieux comprendre le stratagème du Parti conservateur qui vise à déjouer Élections Canada, je vous explique ma situation en 2004 et 2005.

Après les élections, les agents officiels des candidats disposent de quelque temps pour rendre compte à Élections Canada. Pendant cette période, des gens censés être des bénévoles nous ont présenté des factures, dont plusieurs étaient douteuses et n'avaient jamais été autorisées par mon agent officiel. Mais voyez-vous, j'avais obtenu 11,3 % des voix en 2004 et donc j'avais droit à un remboursement de 60 % de mes dépenses électorales.

On m'a alors proposé de gonfler mes dépenses de campagne afin d'en profiter. Tout ça grâce à l'argent public du remboursement! Étant une personne intègre, j'ai refusé!

On m'a menacé de parler aux médias pour salir ma réputation si je refusais d'incorporer ces factures à ma campagne électorale. Le Parti conservateur m'a menacée à son tour de se débarrasser de moi si je n'étais pas d'accord. [...]

Malgré ce problème, j'ai continué pendant toute cette période à préparer la circonscription pour les prochaines élections pensant qu'ils accepteraient ma décision! J'y ai mis beaucoup d'argent et de temps. Mon investiture a eu lieu au mois de mai 2005, j'étais enfin prête pour les élections. C'est alors que j'ai été menacée de ne plus être candidate pour les élections de 2006 si je n'acceptais pas de présenter ces dépenses à Élections Canada. C'est mon nom qui est en jeu! Voyant la tournure des événements, j'en ai parlé à un agent de la Gendarmerie Royale du Canada, qui m'a recommandé de faire une déposition à un poste de police. J'aurais dû l'écouter. Pendant tout ce temps, j'aurais eu besoin du soutien des employés du parti, mais j'ai été laissée à moi-même. Et parce que j'ai protesté, on m'a évincée comme candidate et exclue du parti. Belle démocratie participative!

Et pourtant, j'avais l'appui du président dûment élu de l'association de comté en 2005, ainsi que des autres membres de l'exécutif. Mais pour le parti, ça ne compte pas les exécutifs de comté! Le parti n'en tient pas compte, c'est le pouvoir qui prime!

J'aimerais aussi en profiter pour vous informer qu'aux Élections 2004, le parti avait fait signer des contrats à plusieurs candidats afin que le parti reçoive directement d'Élections Canada les 60 % de retour sur les dépenses électorales de campagne de ceux-ci, afin de mieux manipuler l'argent assujetti à leur campagne... Pourtant, la loi stipule que lorsque nous fermons le compte électoral du candidat, l'agent officiel doit remettre toutes les sommes d'argent qui restent à l'association de comté.

Ainsi, je demande à Élections Canada de bien vouloir modifier la loi électorale s'il existe un vide juridique, afin que les candidats et les agents officiels ne se retrouvent pas, sans même parfois s'en rendre compte, impliqués dans les manigances financières d'un parti politique!

De plus, j'aimerais dorénavant que ce soient les agents d'Élections Canada qui donnent la formation aux agents officiels des candidats et non les organisateurs politiques. Mieux vaut prévenir que guérir!

Je voudrais souligner les efforts et le courage que les anciens candidats conservateurs Jean Landry et Liberato Martelli ont déployés afin de mettre cette affaire au jour. Leurs commentaires servent la démocratie du Canada.
 
 
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