dimanche 27 mai 2012 Dernière mise à jour 01h01
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Congrès international de la Latin American Studies Association - «Je suis de toutes les Amériques»

Michaëlle Jean en appelle à la solidarité

Michaëlle Jean - Gouverneure générale du Canada  6 septembre 2007  Canada
Ce discours a été prononcé hier soir à Montréal lors de l'inauguration du Congrès de la LASA. - Je suis de toutes les Amériques. L'histoire de ce continent coule dans mes veines. Elle s'inscrit dans ma mémoire, marque mon corps de son empreinte et façonne mon regard.

Mes ancêtres venus d'Afrique ont été dépossédés et transportés de force de ce côté-ci de l'Atlantique pour y être réduits à l'état d'esclavage, comme l'ont été aussi par milliers les premiers peuples de cette partie du monde, et sur leurs propres terres.

Je suis née en Haïti, le pays le plus pauvre des Amériques, l'un des plus pauvres de la planète. Un pays que j'ai connu à feu et à sang, sous la férule de dictatures sans merci, comme l'ont été tant d'autres pays de ce continent. Mes parents, comme beaucoup d'autres, ont été persécutés, et nous avons dû fuir un régime où sévissaient l'oppression et la tyrannie. Et ils ont choisi le Canada, un pays que je représente avec fierté, 40 ans plus tard, à titre de gouverneure générale.

C'est d'ailleurs à Montréal, la plus grande ville francophone après Paris, une ville à la croisée de toutes les cultures, que j'ai abordé ce vaste pays de tous les contrastes.

Le Québec, creuset de la francophonie en Amérique, est devenu pour moi le lieu de l'enracinement, de l'attachement à cette terre généreuse. L'an prochain, nous célébrerons 400 ans de présence francophone sur ce continent, et le Québec sera à l'avant-scène de ces grandes festivités.

Je dirais que de l'enfant qui a vu ses parents, sa famille, ses amis, aux prises avec les horreurs d'un régime totalitaire, jusqu'à la femme que je suis devenue, c'est tout un apprentissage de la liberté qui a vu le jour.

Brésil: une économie et un pays en émergence

J'ai appris à faire de cet élan vital de liberté un irrépressible élan d'espoir et d'enthousiasme qui motive chacun de mes choix. Je reconnais cette même détermination dans la vague de fond qui traverse actuellement l'Amérique latine, notamment le Brésil, où j'ai récemment effectué une visite d'État.

J'y ai vu comment la volonté du président Lula de combiner stabilité économique et politique d'inclusion sociale donne des résultats prometteurs. Depuis 2004 et pour la première fois de son histoire, le Brésil est parvenu à faire baisser les niveaux de pauvreté et d'inégalité. Ce n'est pas rien dans une région où la misère est le lot du plus grand nombre et côtoie l'opulence.

Treizième puissance économique mondiale et premier partenaire commercial du Canada dans la région, ce pays de bois rouge est maintenant considéré comme le moteur de l'économie sud-américaine.

Cela dit, ce progrès économique ne doit pas occulter les défis considérables auxquels le Brésil est confronté. Et surtout, il doit s'accompagner de l'engagement de la société civile. L'espérance a tracé un sillon dans le coeur des Brésiliens, et ces derniers sont plus que jamais déterminés à améliorer leur sort et celui de leurs semblables.

Une Amérique qui s'ouvre au monde

Blaise Cendrars, écrivain du voyage et de l'aventure qui tomba sous le charme du Brésil, aurait-il vu juste lorsqu'il a affirmé que le XXIe siècle serait celui de l'Amérique latine? «C'est dans ces régions aujourd'hui encore aux trois quarts vierges, écrit-il, que vont se jouer nos prochaines destinées.»

Un mouvement de démocratisation et d'ouverture au monde est en train de s'opérer à l'échelle de l'Amérique latine. À des rythmes divers, certes, mais de façon continue. Certains signes nous permettent en effet d'espérer que l'époque des régimes tyranniques et des insurrections est derrière nous.

On ne compte pas moins d'une douzaine d'élections présidentielles entre novembre 2005 et décembre 2006. De plus en plus, l'expression populaire passe par les urnes plutôt que par les armes.

Par ailleurs, en dépit des intérêts nationaux et des disparités qui persistent entre les régions, les dirigeants latino-américains que j'ai rencontrés cherchent à élaborer des positions communes et à créer une chaîne de solidarité à l'échelle continentale. Voilà qui est aussi de bon augure. [...]

La somme de nos solidarités

Le temps est venu de miser sur la somme de nos solidarités et de renforcer les liens qui nous unissent et qui vont bien au-delà du commerce et des échanges formels. Je pense notamment à la nécessité de mettre en commun nos histoires respectives.

Les Amériques sont des terres de métissage. Elles sont nées de la rencontre — disons-le franchement — le plus souvent brutale de peuples aux traditions immémoriales et d'aventuriers européens, auxquels des gens des quatre coins de la planète ont emboîté le pas.

Plus récemment, des vagues successives de migration continentale ont redéfini la nature de nos liens et les ont enrichis de perspectives nouvelles. Amériques du Nord, du Sud, du centre et Caraïbes, tous ces mondes se croisent de plus en plus, accentuant les convergences et multipliant les occasions de fraterniser.

Je crois fermement que la coopération entre pays des Amériques doit s'inscrire et se pratiquer dans un cadre éthique, respectueux du sort des populations, de leur enracinement et de leur culture. À l'ère des grands ensembles économiques, les Amériques doivent s'engager ensemble à créer les possibilités pour leurs citoyens de s'ouvrir au monde. Et ceci doit s'accomplir dans la réciprocité. [...]

La mondialisation appelle une redéfinition de nos liens à l'échelle du continent. Créer des synergies, des regroupements, jeter des ponts dans l'intérêt du bien commun est désormais incontournable. Nous avons reçu en partage un continent. Faisons en sorte qu'il soit une terre de liberté. Faisons en sorte qu'il soit pour notre jeunesse un espace de créativité, de rêve et de plein épanouissement.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Pour en savoir plus
Articles
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012