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Harper joue le tout pour le tout

Alec Castonguay   5 septembre 2007  Canada
Ottawa — Toujours coincé en territoire minoritaire dans les intentions de vote, le premier ministre Stephen Harper tente le tout pour le tout dans l'espoir de redonner un deuxième souffle à son gouvernement. Le chef conservateur a annoncé hier en fin de journée qu'il proroge le Parlement, ce qui a pour effet de tuer les projets de loi en suspens, de retarder la rentrée parlementaire au 16 octobre et de forcer la lecture d'un discours du Trône, qui mettra la survie de son gouvernement entre les mains des partis d'opposition.

La décision du premier ministre marque le début d'une nouvelle joute politique à haut risque dans la capitale fédérale, puisqu'il est loin d'être acquis que l'un des partis d'opposition sauvera le gouvernement conservateur, qui stagne dans les sondages depuis son élection il y a 19 mois. Le coup de force de Stephen Harper pourrait donc provoquer la tenue d'élections générales vers la fin du mois de novembre.

Une source conservatrice haut placée a confié au Devoir qu'il ne faut pas s'attendre à de nouvelles priorités fracassantes lors de ce discours du Trône. L'Afghanistan, l'environnement et la lutte contre la criminalité figureront en bonne place des nouvelles orientations du gouvernement, tout comme ce qui risque de devenir le coeur du discours du Trône: la fiscalité et l'économie.

Il faut donc s'attendre à des promesses de baisses d'impôt et de taxes dans le texte du 16 octobre prochain. «On a réglé le déséquilibre fiscal entre Ottawa et les provinces, on va maintenant régler le déséquilibre fiscal entre Ottawa et les citoyens», a mentionné un conservateur sous le couvert de l'anonymat.

Une autre source gouvernementale a soutenu au Devoir que le Parti conservateur fait des sondages quotidiens depuis le début du mois d'août, question de traquer l'humeur des Canadiens et les chances de réussite de la formation politique lors d'un éventuel scrutin automnal. «Pour l'instant, la majorité est hors de portée, mais s'il y a la moindre embellie [dans les intentions de vote], Harper va utiliser le discours du Trône pour se faire tomber et tenter sa chance», a expliqué cette source bien branchée.

Le dernier coup de sonde Strategic Counsel — The Globe and Mail, réalisé du 9 au 12 août dernier, accorde 33 % des intentions de vote aux conservateurs, à égalité avec les libéraux. Le NPD suit avec 17 %, alors que le Parti vert obtient 8 %. La marge d'erreur est de 3,1 %, 19 fois sur 20. Pour obtenir la majorité des sièges, un parti doit franchir la barre des 40 %. Si des élections avaient eu lieu avec de tels résultats, le Parlement fédéral aurait sensiblement la même composition que présentement.

Au Québec, le Bloc québécois est toujours bien en selle, récoltant 37 % des intentions de vote, suivi du PLC (24 %) et du PC (21 %). Le NPD et le Parti vert sont à égalité avec 9 %. La marge d'erreur est de 6,3 %. Par contre, lorsqu'on exclut Montréal, où les libéraux sont très forts, le portrait change quelque peu. À l'extérieur de l'île de Montréal, le Bloc caracole en tête avec 39 %, suivi des conservateurs (29 %) et des libéraux (18 %). Le NPD (8 %) et les Verts (6 %) viennent loin derrière (marge d'erreur de 4,9 %).

Quelques heures avant de s'envoler vers l'Australie pour le sommet de l'APEC, Stephen Harper a émis un bref communiqué de quatre paragraphes pour confirmer les rumeurs qui circulaient depuis la fin du mois de juin. «La première session de la 39e législature a été exceptionnellement productive, particulièrement pour un gouvernement minoritaire, a-t-il déclaré. Nous avons concrétisé les principaux engagements que nous avions pris envers les Canadiens pendant la campagne électorale de 2006. [...] Il est maintenant temps d'amorcer la deuxième étape de notre mandat.» Selon le premier ministre, les citoyens ont confié aux conservateurs un «mandat de changement», qui se poursuit. «Ce n'est qu'un début», a dit le premier ministre.

La Chambre des communes reprendra donc ses activités un mois plus tard que prévu et une semaine après les élections provinciales en Ontario, qui auront lieu le 10 octobre. La machine conservatrice fédérale pourra donc se consacrer entièrement à donner un coup de main au Parti conservateur de l'Ontario. Une victoire des bleus dans cette province pourrait donner à Stephen Harper l'élan qu'il recherche pour obtenir la majorité des sièges si des élections fédérales devaient être déclenchées à court terme.

Pour le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, la décision de Stephen Harper était inscrite dans le ciel. «La tenue d'un discours du Trône ne me surprend pas, a-t-il affirmé au Devoir. Ce gouvernement est à court d'idées. Il est en panne. On ne va nulle part depuis quelques mois.»

Réjean Pelletier, politologue à l'université Laval, abonde en ce sens. «Harper n'avait pas beaucoup le choix, dit-il. Les cinq grandes priorités promises en campagne électorale sont épuisées ou en voie de réalisation. Sur quoi aurait-il vécu maintenant? S'il peut rallier un parti avec lui, ce sera une bonne décision politique. Mais pour ça, il devra adoucir certaines positions, notamment sur l'Afghanistan.»

La tenue de ce discours du Trône entraîne également la mort de 25 projets de loi qui cheminaient dans la machine parlementaire (20 aux Communes et cinq au Sénat). Ces projets peuvent toutefois être réintroduits à la même étape si une motion est votée en ce sens à la Chambre. Plusieurs projets de loi tendant à durcir le Code criminel sont ainsi en péril, tout comme le projet de loi qui vise à modifier le mandat des sénateurs. L'ajout de 22 sièges aux Communes au profit de l'Ontario, de la Colombie-Britannique et de l'Alberta est également menacé.

Les partis prennent position

À Ottawa, les partis commencent à se positionner pour ce vote de confiance. Et une chose est limpide: le gouvernement devra aborder la question de l'Afghanistan dans son discours du Trône.

Le Bloc québécois a été le plus clair jusqu'à présent. Si le discours du Trône n'énonce pas noir sur blanc que la mission de combat des troupes canadiennes à Kandahar prendra fin en février 2009, les conservateurs devront se passer de l'appui des bloquistes. «Ça, c'est non négociable», a soutenu Gilles Duceppe.

Le Bloc veut aussi que la crise dans l'industrie forestière, l'environnement (avec les objectifs de Kyoto et la Bourse du carbone), la gestion de l'offre dans le milieu agricole et la limitation du pouvoir fédéral de dépenser soient abordés dans le discours du Trône. «On doit voir des progrès dans tous ces domaines», a affirmé Gilles Duceppe, sans toutefois en faire des conditions minimales pour la survie du gouvernement. C'est le Bloc québécois qui a permis au gouvernement Harper de survivre à ses deux budgets.

Le chef du Parti libéral du Canada, Stéphane Dion, fait lui aussi de l'Afghanistan un sujet important du discours du Trône. Stéphane Dion veut que le gouvernement «déclare sans ambiguïté que le Canada préviendra ses alliés de l'OTAN que sa mission de combat à Kandahar prendra fin en février 2009. S'il doit y avoir un vote de confiance sur cette question, le gouvernement doit formuler sa motion en termes clairs et confirmer sa position», a soutenu le chef libéral par voie de communiqué, sans toutefois dire si son parti votera contre le gouvernement si cette demande n'est pas remplie.

Les libéraux veulent également que le gouvernement «s'engage à présenter de nouveau le projet de loi C-30, qui est le meilleur moyen pour [...] lutter contre les effets du réchauffement planétaire». Ce projet de loi du gouvernement a été mis sur une tablette par les conservateurs après que les trois partis d'opposition eurent modifié le texte en profondeur pour le rendre conforme aux objectifs du protocole de Kyoto.

Le NPD n'a de son côté formulé aucune demande pour l'instant. «Les étudiants sont de retour en classe. Les travailleurs sont de retour de vacances. Pourquoi Stephen Harper met les députés en lock-out? Le premier ministre devrait avoir honte de mettre un cadenas sur les portes du Parlement», a affirmé Jack Layton.






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  • provencher denise
    Inscrite
    mercredi 5 septembre 2007 07h21
    harper le tout pour le tout
    « moi je nais jamais aimee cet homme il est un bush miniatureet en plus il n,a pas voulu ns donner la PATA il y a 2ans il est tres egoiste cet homme la il ne pense qu,a ses poches moi je ne voterai pas pour lui merci ti-loup@neofreak.org »

  • Gabriel RACLE
    Inscrit
    mercredi 5 septembre 2007 10h12
    De la basse politique et de la vraie politique
    « En décidant de mettre fin à la session parlementaire pour en ouvrir une nouvelle à la mi-octobre avec un discours du trône, Stephen Harper s'efforce de prendre en main le contrôle de la situation politique.

    D'une part, comme l'indique cette source gouvernementale mentionnée par Le Devoir, « le Parti conservateur fait des sondages quotidiens depuis le début du mois d'août », pour tenter de saisir dans quel sens irait l'électorat canadien et s'il lui serait quelque peu favorable en cas d'élections. D'autre part, comme les partis d'opposition ont fait savoir ce qu'ils veulent trouver dans le discours du Trône pour, sinon l'approuver, du moins ne pas renverser le gouvernement, S. Harper peut, en fonction des ssondages, inclure ou non les desiderata de l'opposition. Si les sondages lui semblent favorables, il ne le fait pas obligeant l'opposition à le renverser. Si les sondages ne lui sont pas favorables, il les inclut et assaisonne le discours de promesses portant sur des rajustements fiscaux au profit des citoyens, en vue de la prochaine élection générale. C'est tout à fait le genre de stratégie de S. Harper.

    Il s'agit donc manifestement d'un coup de poker que S. Harper va jouer, mais dans quel intérêt? Le sien, celui de son parti, sans plus. Autrement dit, S. Harper nous présente un spectacle de politique politicienne du plus mauvais goût. Dire, comme le fait Réjean Pelletier, politologue à l'université Laval, que «Harper n'avait pas beaucoup le choix. Les cinq grandes priorités promises en campagne électorale sont épuisées ou en voie de réalisation. Sur quoi aurait-il vécu maintenant? », c'est entrer dans le jeu de la politique politicienne. Il y a bien d'autres choses que le gouvernement pourrait faire dans l'intérêt du Canada, dans l'intérêt des Canadiennes et des Canadiens, qui devraient primer en politique.

    Devant une telle situation, il faut peut-être rappeler quelques principes de base concernant les rôles et responsabilités des dirigeants politiques. On peut en effet se demander ce qu'il en est de l'avenir de notre pays et de ses citoyens, s'il repose sur des sondages et des calculs électoralistes et non sur de nouveaux horizons capables de dynamiser le Canada et ses ressortissants. Il serait bon de se souvenir de ce que la politique est ou doit être.

    On trouve justement chez Platon quelques éléments intéressants et toujours d'actualité. Dans «Pouvoir et Justice (République, Livre I): le politique ne doit pas gouverner selon son intérêt mais selon la justice», on peut lire cette réponse de Socrate à une question d'un certain Thrasymaque, qui pense que l'on commande toujours à son profit: ««L'art du berger a pour essence le bien des moutons; c'est par accident que s'y ajoute l'art d'en tirer profit; l'art du berger n'est pas transformé par le fait qu'il en tire profit ou pas. De même, l'art politique est par essence service pour les gouvernés, et par accident profit pour les gouvernants.» Et Platon de montrer que l'on a toujours intérêt à la justice et que le pouvoir ne peut s'exercer sans justice. Celui qui exerce le pouvoir ne le fait pas en vue de son intérêt, car il ne peut l'exercer de façon stable que s'il respecte la justice, et même s'il l'instaure.

    Il s'agit certes d'un idéal. Mais, «Faire de la politique, c'est justement défendre un idéal en l'adaptant à la réalité du monde.... L'idéal doit évidemment être actualisé, adapté aux réalités du temps mais il n'en reste pas moins essentiel et premier dans la détermination de la politique. » (Raphaël Dargent, «La politique, un réalisme de l'imaginaire», Les Cahiers, no 14) «La politique, disait Charles de Gaulle, un véritable homme d'État, quand elle est un art et un service, non point une exploitation, c'est une action pour un idéal à travers des réalités.» (Conférence de presse, 30 juin 1955).

    Cette idée de base a été justement reprise et développée dans un livre qui ne peut qu'intéresser toute la classe politique: Désir d'humanité, Le droit de rêver, de Riccardo Petrella (Éditions Écosociété). Il ne saurait être question ici de résumer tout ce livre très dense. Mais R. Petrella donne l'aperçu suivant de son exposé: «Le rêve aujourd'hui joue un rôle extrêmement important sur le plan du comportement politique individuel et collectif... Le rêve exprime une capacité d'imaginer un autre monde... et on l'imagine parce qu'on peut le faire. En fait il y a toujours trois éléments dans le rêve: il y a l'imaginaire, quand par exemple on imagine que tout le monde a le droit à la vie, à la paix, etc. Puis il y a le désir qui en découle, comme le désir de paix. Enfin, il y a la possibilité effective de se procurer cette paix ou ce droit à la vie. Le rêve est une force politique extraordinaire. Les gens pensent que c'est de plus en plus possible. Et cela donne force au rêve de paix, au rêve de droit, au rêve de la vie pour tous, au rêve de démocratie, etc.» (À bâbord, octobre-novembre 2004, Débats politiques) Autrement dit, le rêve suscite le désir qui se transforme en force en vue de sa réalisation.

    «Il est important de considérer le rôle du politique comme un dépositaire du devenir d'un peuple. Lourde responsabilité... », indique Irma Ly Tang dans ses «Réflexions sur le rôle de la politique». Ce qui veut dire que le politique a la responsabilité de proposer une vision, un rêve réalisable parce qu'il suscite dans la population le désir de le voir se réaliser. Dans son rapport «Un vote qui compte », la Commission du droit du Canada souligne le déclin de la participation électorale. Celle de l'élection générale fédérale de 2004 était la plus faible de l'histoire du Canada. Ce faible taux de participation, notamment parmi les jeunes, traduit «un manque d'intérêt, de la désillusion, un manque de confiance ». Que le mode de scrutin y soit pour quelque chose, certes. Mais on peut se demander également, comme le suggère indirectement le rapport mentionné, si la classe politique a su ou sait offrir un idéal, une vision pour le Canada. Elle aurait pourtant matière à nous faire rêver avec réalisme, en nous proposant diverses composantes d'un idéal canadien. Et même si à l'élection fédérale du 23 janvier 2006, le taux de participation électorale s'est chiffré à 65 %, démontrant une légère remontée par rapport à 2004 avec un taux de 60,9 %, on peut se poser des questions sut ce que serait la participation à des élections déclenchées dans un but purement partisan.

    Car un grand principe pédagogique consiste à ne jamais sous-estimer les personnes auxquelles on s'adresse. Ce principe vaut aussi en pédagogie politique. Il ne faut pas sous-estimer la maturité de la société canadienne et sa capacité de se rénover et de se moderniser, si on lui offre une véritable possibilité, ou de démontrer son « ras le bol» devant des manoeuvres purement politicienne. Mais qui nous sortira des ornières de la politique politicienne dans laquelle s'engage le gouvernement Harper? Il nous faudrait un vrai leader politique ayant la stature d'un chef d'État. « Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir? » »

  • Pierre-S Lefebvre
    Inscrit
    mercredi 5 septembre 2007 20h11
    La touche finale
    « Monsieur Harper se doit de protéger les intérêts des retraités. Il semble laisser la porte ouverte pour Dion et ses libéraux de se réclamer d`une solution favorable aux retraités, malmenés par son Ministre des fiances Jim Flaherty. Monsieur Harper doit se préoccuper du vote d`environ 1 million d`électeurs frustrés par une décision prise à leur dépend. Autrement, il ne pourra pas avoir la base électorale pour mener vers un gouvernement majoritaire. Ses appuis au Québec peuvent compenser pour les pertes à Terre-Neuve, en Nouvelle-Ecosse et Saskatchewan. Mais la majorité des sièges en Ontario dépendra de ces retraités frustrés dans leur portefeuille. Flaherty doit partir et cela sans délai. Sinon Dion lui en fera payer la note malgré lui. »

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