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Libre opinion: Nous nous souviendrons, M. Harper

Lettre au premier ministre Stephen Harper

Pierre Vaillancourt - Enseignant à l'école alternative Le Baluchon, à Sainte-Anne-des-Lacs  5 septembre 2007  Canada
S'il fallait considérer les émissions de gaz à effet de serre (GES) en fonction du nombre d'habitants de chacun des pays du monde et non pas en chiffres absolus, comme vient tout juste de le proposer la chancelière allemande, Angela Merkel, le Canada serait alors le deuxième émetteur de gaz à effet de serre de la planète. Si on refaisait ces mêmes calculs en excluant le Québec du Canada, votre beau et grand pays, M. Harper, deviendrait alors le plus grand émetteur de GES de toute la planète, bien avant les États-Unis.

Est-il encore nécessaire de vous rappeler, M. le premier ministre, que le Canada a officiellement signé le protocole de Kyoto et qu'il a pris devant la communauté internationale des engagements formels et quantifiés que vous refusez d'honorer? Je me permets aussi de vous rappeler que le Canada est considéré par les autres signataires du protocole de Kyoto comme le cheval de Troie de cette entente internationale, car il est connu de tous que le Canada travaille sournoisement et hypocritement à ralentir ou à faire avorter les différents travaux des signataires de cette entente.

J'enseigne au primaire à de jeunes citoyens qui seront dans la vingtaine lorsque, dans 15 ans, il sera trop tard pour contrer l'emballement du réchauffement climatique si nous ne prenons pas dès maintenant des mesures draconiennes pour diminuer de manière très significative les émissions mondiales de GES. À titre d'enseignant, je refuse de mentir à mes élèves et je refuse de les garder dans l'ignorance de ce qui compte vraiment.

Je tiens donc à vous informer, M. Harper, que j'expliquerai cette année à mes élèves en quoi vous êtes un premier ministre dont il faudra honnir à tout jamais la mémoire. Jamais nous ne devrons oublier que vous avez refusé d'honorer un engagement formel de notre pays, qu'environ 175 pays signataires du protocole de Kyoto ont jugé votre action totalement hypocrite et que les grands groupes écologistes, présents ces jours-ci à la conférence internationale de Vienne sur les changements climatiques, ont ouvertement accusé votre gouvernement de militer en faveur de «l'apocalypse».

Cette année dans ma classe, nous ferons nos premiers pas en philosophie pour enfants, et j'en profiterai pour discuter avec mes élèves des différences entre la légalité, dont vous vous drapez pompeusement, M. Harper, et la légitimité, qui appartient à mon avis aux personnes qui ont choisi ou qui apprendront sous peu à choisir, dans certains dossiers, l'action terroriste socialement acceptable.

Je tenterai aussi de permettre à mes élèves de réfléchir au concept de l'imputabilité, car je crois que des hommes comme vous, M. Harper, doivent être totalement imputables de leurs actes devant l'histoire. Dans 15 ans, si le réchauffement planétaire s'est effectivement emballé, il faudra qu'on sache qui amener devant le Tribunal pénal international pour crime contre l'humanité, pour avoir refusé d'écouter les cris d'alarme répétés et unanimes de la communauté scientifique internationale. Je vous rappelle, même si vous ne voulez pas l'entendre, que le GIEC (Groupe intergouvernemental d'experts sur le climat) vient de publier un tout nouveau rapport unanime qui, encore une fois, est plus alarmant que le précédent. [...]

La colère s'éveille, le temps va nous manquer, votre mépris de la planète n'aura qu'un temps, M. Harper. J'invite mes collègues enseignants à prendre position eux aussi dans ce débat et à se permettre d'agir en individus libres, selon leur conscience. C'est bien beau, les programmes, les pourcentages et les moyennes de groupe, mais encore faut-il d'abord aider nos jeunes à pouvoir croire en l'avenir, ce qui ne signifie surtout pas leur apprendre à se cacher la tête dans le sable...

Comme peuple, nous nous souviendrons de vous, M. Harper.
 
 
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