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Valcartier mis à l'épreuve

Isabelle Porter   23 août 2007  Canada
Québec — Avec trois morts en ses rangs en moins d'une semaine, la collectivité de Valcartier devra désormais penser aussi à batailler pour maintenir la confiance et l'enthousiasme qu'elle affiche depuis le début de la mission.

Hier, l'annonce de la mort de deux autres soldats du Royal 22e Régiment est survenue presque au même moment où retentissaient les premières notes du Festival international de musiques militaires de Québec en présence de 800 musiciens de l'armée.

La pompeuse cérémonie qui se déroulait à proximité de l'Assemblée nationale s'est toutefois passée sans fausse note, a expliqué par la suite l'adjudant-chef Réjean Blais, le coordonnateur artistique du festival. «Le général a demandé une minute de silence pour Simon Longtin, mais il n'y a eu aucune autre mention qui a été faite parce qu'il n'y avait pas encore eu d'annonce officielle.»

Quelques heures avant la funeste annonce, la responsable du Centre famille Valcartier, Marie-Claude Michaud, nous disait à quel point étaient braves les familles des soldats. «Il n'y a pas eu tant d'appels que ça à la suite du décès de Simon Longtin, soulignait-elle. Ça montre à quel point les familles sont bien préparées.»

Bien préparées, disciplinées, les familles que nous avons rencontrées dans les environs de la base avaient le moral au beau fixe dans les jours précédant le premier décès. «Tout le monde est assez positif, résumait Janine Landry, une employée du supermarché local dont le mari avait quitté pour l'Afghanistan le 31 juillet. Pour moi, ce n'est pas trop inquiétant. Mon mari ne sort pas de la base et j'ai beaucoup de contacts avec lui».

Habitués des déplacements, des déménagements et des absences prolongées, les proches disent qu'ils ont «l'habitude», mais la peur les habite toujours.

Au magasin Canex où s'approvisionnent les familles de la base, l'une des vendeuses, Éliette Bernier, nous a brièvement parlé de son expérience de femme et de mère de soldat. «Moi, mon fils est là depuis deux semaines. À tous les jours, il m'envoie un petit courriel, avant de concéder que les missions effectuées à l'époque par son mari étaient bien différentes. Du temps où mon mari était militaire, c'était Chypre, l'Égypte, des missions de paix. Là, c'est la guerre.»

Rares furent les personnes à afficher ouvertement leurs inquiétudes par rapport à la mission. «J'ai un employé dont le frère est parti et il trouve ça très difficile, nous a dit, l'air grave, le sergent Diane Dubé, croisée à la boutique de cadeaux. Vous savez, en naissant, on sait qu'on va mourir un jour. C'est la seule chose dont on peut être certain.»

Un père en colère

Encore plus rares, certains proches de militaires osent critiquer la mission, non sans malaise.

«Je ne veux pas blesser mon fils alors je peux vous parler, mais je ne veux pas que mon nom apparaisse, nous confiait un citoyen en colère contre les décisions du gouvernement Harper. L'Afghanistan est au fond un faire-valoir pour les États-Unis.»

À son garçon, il n'a pas fait part de ses opinions. «C'est son choix, dit-il avant d'ajouter qu'au moins, son fils ne court pas un grave danger. Pour lui, c'est moins dangereux, il n'est pas dans les armes mais dans les services. Il va rester au quartier général.»

Il compte voter pour le NPD aux prochaines élections parce que le parti a clairement pris position contre la mission. En attendant, il se désole et pense au Darfour. «Les Nations unies discutent depuis trois ans du fait qu'au Darfour, les gens meurent et meurent. Pourquoi ? Parce qu'il y a du pétrole, des enjeux économiques, alors que l'Afghanistan est un faire-valoir pour permettre à Bush et compagnie de se rendre en Irak.»

Les médias, déplore-t-il, sont trop complaisants. Pour lui, les politiciens qui soutiennent qu'on peut être contre la mission mais qu'il faut honorer ceux qui la mènent, font tout simplement dans la propagande. «Il n'y en a pas beaucoup qui pensent comme moi, je crois. C'est difficile à dire, c'est difficile à accepter.»
 
 
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  • Marc A. Vallée
    Abonné
    jeudi 23 août 2007 06h41
    Pourquoi la mort du soldat Longtin
    Avec le retour du corps de Simon Longtin au Québec et l'annonce du décès d'autres militaires du Royal 22e Régiment, je pense qu'il est bon pour la famille et pour les amis de Simon Longtin de savoir le pourquoi de sa mort. Simon Longtin est mort pour la sécurité de notre civilisation. Avant de continuer plus loin dans le déluge des pacifistes, revenons sur de la relation des Québécois avec la guerre. Les Québécois ont un passé guerrier. Il suffit de rappeler les noms de Pierre Lemoyne D'Iberville ou de Salaberry pour évoquer les vaillants défenseurs du territoire fondé par Champlain en 1608. Mais, l'empire français a été vaincu aux Plaines D'Abraham. Les autres Canadiens se cherchent une victoire pour unir la nation avec la bataille de la crête de Vimy, mais tout Québécois a un jour à affronter la bataille perdue. La cohabitation avec les autres Canadiens ne fut pas facile, mais au cours des guerres du XXième siècle, les Québécois montrèrent leur bravoure et leur ardeur à la guerre, quand il y avait une bonne cause. Trois noms: Joseph Kaeble, Jean Brillant et Paul Triquet. Il y eu la guerre de Corée, où un tiers du contingent canadien était formé du Royal 22e Régiment. Il y eu la guerre froide, puis le Rwanda, où le général Dallaire assista impuissant aux massacres. Puis, il y eu le 11 septembre 2001. A partir de ce jour, la machine militaire américaine était en guerre pour protéger le continent nord-américain. On commenca par l'Afghanistan, puis l'Iraq. Il faut distinguer les deux pays. L'effort en Afghanistan fut coordonné par les Nations-Unis, puis par l'OTAN. L'effort en Iraq fut à l'initiative seulement des États-Unis et de ses alliés. Pourquoi aller en Afghanistan? C'est parce que c'était là où la présence canadienne pouvait être la plus pertinente. Est-ce que l'effort en Afghanistan est bien dirigé? Les derniers rapports disent que il y a un grave problème avec les troubles colatéraux, par exemple des bombardements au dessus de zones civiles. Il faut bien comprendre les Américains: quand leur sécurité est en jeu, ils sont prêts à tous les moyens et l'ont montré à Hiroshima. Aussi, le Canada, en même temps qu'il doit se faire respecter, a un nouveau rôle à jouer dans ce XXIième siècle où notre voisin est devenu une super-puissance mondiale à tendance belliqueuse. Ce n'est pas en jouant à l'autruche que l'on rêglera le problème. Si on laisse les talibans prendre le contrôle de l'Afghanistan, leur cible suivante sera le Pakistan qui possède l'arme nucléaire.

    Simon Longtin est d'abord mort pour le Québec. Il est mort pour le Royal 22e Régiment, qui garde le Gibraltar d'Amérique. Simon Longtin est mort pour la paix. Il est mort pour l'Afghanistan qui se construit. Simon Longtin est aussi mort pour l'ouverture entre les civilisations, en aidant à construire un Afghanistan islamique. Que ceux qui l'ont connu se rappellent des meilleurs moments qu'ils ont vécus avec lui et ce qu'il leur a apporté.

  • Michel Leclaire
    Abonné
    jeudi 23 août 2007 06h59
    Les gladiateurs
    Que l'on enferme au centre Bell les politiciens des deux camps avec chacun une arme. Celui qui en sort vivant gagne la guerre.

  • Michel Leclaire
    Abonné
    jeudi 23 août 2007 10h51
    Et les citoyens?
    Radio-Canada est définitivement un instrument de propagande grossière au service du gouvernement. On interroge les politiciens et les militaires, qui évidemment versent des larmes de crocodile. Pourquoi ne pas demander aux gens ordinaires ce qu'ils pensent de tout cela?

  • Gilles Dussault
    Abonné
    jeudi 23 août 2007 11h31
    Liberté
    "Aucun homme n'est vraiement libre tant que nous ne le somme pas tous." , disait Ghandi. La LIBERTÉ est aussi un enjeux de cette mission. Je trouve qu'on simplifie beaucoup quand on parle de "faire-valoir américain" comme s'il n'y avait que cela. Que savons-nous de l'idéologie des Talibans que nous combatons là-bas? Que nous en dit-on? Souhaitons-nous mieux comprendre?

    Si nous avons finalement accepté les sacrifices de la 2em guerre montialle (39-45), c'est que de nombreuses images des camps nazi ont circulées, nous avons fini par comprendre les enjeux sur nos libertés.

    L'idéologie des Talibans ne nous est pas très compréhensible.
    L'image d'une femme voilée qui s'évertue à nous convaincre qu'elle l'est par choix n'est pas très accrocheuse.

    Informez-nous des embuscades et des morts oui, mais ne négligez pas de nous informer aussi sur l'ennemi: l'intégrisme, obscurantisme, l'esclavage moral, social et mental.

    A mon avis la défense de la LIBERTÉ de penser, de douter, de questionner, de critiquer, d'agîr, d'être différent , est tout autant en cause que lors de la 2em guerre mondialle.
    Il ne suffit pas d'être anti-guerre, il faut aussi être pro-paix pro-liberté.

    "Aucun homme n'est vraiement libre tant que nous ne le somme pas tous."

  • Florence Bédard
    Abonné
    jeudi 23 août 2007 12h36
    valcartier mis a l'epreuve
    très consciente du danger de tous,je réflechi sérieusement
    au sérieux de la politique,est-ce l'argent ou la Paix que
    chacun de nous,en tant que cytoyen de la terre,nous cherchons?
    Florence
    Quebec ste Foy

  • Guy Gagné
    Abonné
    jeudi 23 août 2007 12h57
    Un père en colère et il a raison!
    Je veux féliciter ce «père en colère»qui fait la vraie distinction à saisir dans cette mission de nos soldats du 22ème et les autres en Afghanistan. C'est vraiment Mr. Harper comme «faire-valoir» de Mr. Bush et de ses acolytes que nous appuyons dans leurs efforts pour accaparer le plus possible les ressources pétrolifères de la planète. La mission humanitaire est un beau couvert pour faire accepter cela à la population et surtout aux pauvres gens qui approuvent leurs proches de s'enrôler dans l'armée. Dommage que la campagne de l'armée canadienne pour rechercher d'autres recrues soit trop bien commencée pour faire comprendre aux jeunes de 18 à 24 ans que c'est un leurre que cet appel aux armes intempestif.Cela prend toujours une assez longue période de temps pour renverser le mouvement d'une propagande quelque peu ambiguê.

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