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Montebello: un certain mépris

Les trois leaders réunis à Montebello tiennent les opposants au PSB en piètre estime

22 août 2007  Canada
Le premier ministre du Canada, Stephen Harper, s’adresse à la presse sous l’ oeil attentif du président américain, George W. Bush.
Photo : Agence Reuters
Le premier ministre du Canada, Stephen Harper, s’adresse à la presse sous l’ oeil attentif du président américain, George W. Bush.
Montebello — Les trois leaders réunis jusqu'à hier à Montebello ont démontré à quel point ils n'accordaient pas d'importance aux critiques citoyennes formulées à l'endroit du Partenariat nord-américain pour la sécurité et la prospérité (PSP) qu'ils s'efforcent de bâtir, assimilant ces critiques à des «mythes sympathiques», à des «conspirations» ou encore à de «grands complots» à leurs yeux sans fondement. Ils se sont toutefois engagés à plus de transparence, promettant de faire rapport régulièrement à la population sur l'état d'avancement de leurs travaux.

Le sommet de deux jours réunissant le premier ministre Stephen Harper et ses homologues des États-Unis et du Mexique, George W. Bush et Felipe Calderón, s'est terminé hier midi, plus tôt que prévu, le président mexicain désirant retourner chez lui pour le passage de l'ouragan Dean. Les leaders se sont entendus sur un certain nombre de dossiers, quoiqu'en des termes très flous et généraux. Ils ont toutefois mis de côté les formules creuses pour manifester tout leur mépris envers les opposants du PSP.

Les critiques envers le PSP se sont multipliées au cours des dernières semaines. Elles s'articulent autour d'une crainte que le Canada (ou le Mexique ou les États-Unis, selon le pays où l'on habite) ne perde sa souveraineté en consentant à une harmonisation de sa réglementation avec ses deux autres partenaires pour faciliter le commerce transfrontalier. Certains soupçonnent le Canada de discuter en douce l'exportation d'eau canadienne en vrac avec les États assoiffés américains. D'autres croient à la construction, planifiée en secret, d'une gigantesque autoroute en partance du nord du Mexique jusqu'au Manitoba. Les leaders, loin de tenter d'apaiserles craintes, les ont tournées en ridicule.

Harper rigole

Le premier ministre Harper a d'abord rigolé au sujet de cette autoroute, «peut-être interplanétaire, je ne sais pas», pour ensuite raconter le cas du confiseur canadien Ganong. Le président, David Ganong, faisait partie du club sélect des 30 entrepreneurs invités hier matin à faire rapport aux trois leaders sur la compétitivité nord-américaine.

«Cet homme d'affaires nous a raconté que les règles pour les fèves à la gelée [jelly beans] sont différentes au Canada et aux États-Unis et qu'il devait donc garder deux inventaires séparés, a raconté M. Harper. La souveraineté du Canada est-elle compromise si nous uniformisons les fèves à la gelée? Je ne le crois pas. Peut-être [le chef libéral Stéphane] Dion le croit-il, mais je ne le crois pas. Il s'agit de discussions pragmatiques, pratiques.» Plus tard, M. Harper a tenu à répéter certains de ses commentaires en français, parlant cette fois de «grands complots envisagés par les chefs de l'opposition».

Le président mexicain, Felipe Calderón, a parlé de «mythes» à propos du PSP, qu'il trouve «sympathiques», et le président américain a ajouté qu'il «y a des gens qui veulent effrayer nos concitoyens en leur faisant croire que les discussions entre nous sont dommageables pour nos populations. Je crois qu'ils ont tort». Il a continué en condamnant ceux qui utilisent une tactique politique vieille comme la terre, «tactique consistant à bâtir une conspiration et à forcer les autres à prouver qu'elle n'existe pas».

Rapport annuel à l'horizon

Quoi qu'en disent les leaders, toutefois, ils ont consenti hier à rendre leurs travaux un peu plus transparents en promettant des rapports d'étape. Les trois politiciens ont donné leur accord à un «cadre de coopération en matière de réglementation», qui vise à poursuivre l'uniformisation entre les trois pays, en particulier dans les domaines des produits chimiques, de l'automobile, des transports et des technologies de l'information et des communications.

Un des objectifs du PSP est en effet d'harmoniser le plus possible la réglementation nord-américaine afin de faciliter l'échange de biens. Cette harmonisation a déjà débuté, non pas en confiserie, mais dans le domaine des pesticides, le Canada et les États-Unis s'étant par exemple entendus pour graduellement standardiser les niveaux tolérés de résidus de pesticides sur les fruits et légumes mis en vente. Cette décision n'a jamais fait l'objet d'un projet de loi à la Chambre des communes, d'où les critiques.

C'est en réponse à ces critiques que le «cadre de coopération» prévoit la mise en place d'un «comité» qui «suivra les progrès accomplis et présentera des rapports aux dirigeants, aux ministres et à la population». Ce comité sera composé de fonctionnaires provenant des ministères discutant des changements et des agences réglementaires. «Le comité fera rapport sur une base annuelle», explique la directrice des communications du premier ministre, Sandra Buckler. «Cela augmentera la transparence et la responsabilité du processus.»

Dion insatisfait

Stéphane Dion, qui réclamait la semaine dernière de tels rapports d'étape, s'en dit aujourd'hui insatisfait. «Il faut que ce soit les institutions démocratiques qui soient saisies» de ces rapports, explique-t-il, sans quoi leur divulgation reste soumise au bon vouloir du premier ministre. «Cela doit être systématique.» Il a de manière générale critiqué le premier ministre pour ne pas avoir abordé certains sujets qui lui tenaient à coeur, notamment le sort d'Omar Khadr, ce Canadien emprisonné à Guantánamo depuis cinq ans et que les États-Unis n'ont toujours pas jugé.

Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, réagira aujourd'hui aux conclusions du sommet. Le NPD a quant à lui reproché à M. Harper son manque de respect envers les opposants au PSP. «Le premier ministre a déshonoré son poste et insulté l'ensemble des Canadiens, a dit la députée Libby Davies. Il devrait s'excuser auprès des manifestants pacifistes qui ont assisté aux manifestations au sommet [...]. Les Canadiens qui expriment leurs inquiétudes n'ont pas à être abaissés ni mis de côté.»

Influenza et autres pandémies

Les trois chefs d'État et de gouvernement se sont aussi entendus pour se doter d'un plan d'action commun contre la grippe aviaire ou une pandémie de grippe. Ils ont demandé à leurs ministres de «supprimer tout obstacle qui pourrait empêcher le déploiement rapide d'équipement, de fournitures et de personnel essentiels n'importe où en Amérique du Nord en cas de besoin».

Ils ont aussi demandé à leurs ministres respectifs d'harmoniser les normes d'efficacité énergétique, notamment pour les voitures. Les leaders ont accouché d'une stratégie pour la protection de la propriété intellectuelle, qui se résume à la mise en commun de pratiques exemplaires pour dissuader et sensibiliser la population. Enfin, faisant écho aux nombreux cas de produits chinois contaminés, les dirigeants entendent poursuivre les discussions sur les moyens de resserrer la sécurité des produits importés.
 
 
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  • Georges Allaire
    Inscrit
    mercredi 22 août 2007 02h15
    À Montebello, la mouche et le coche
    Les gens qui font peu ou rien se font un nom en s'attaquant aux gens qui font beaucoup, et ils jouissent de la complicité de ceux qui font la chronique des chiens écrasés. Il n'y a pas de proportion entre les cris et les tambours des assiégeants et le labeur des assiégés. Pourtant, les médias sont plus émus par les tamtams que par les responsabilités ou, comme on dit, par des arbres qui tombent que par la forêt qui pousse.

    Les moqueries des chefs d'état remettent les faits divers à leur place: elles offrent une récréation après le travail.

    On peut certes préconiser des politiques différentes de celles des dirigeants politiques... mais ceci demande des démarches de fond autrement différentes que des pancartes et de la braille.

  • Roland Berger
    Abonné
    mercredi 22 août 2007 05h58
    Être pratique
    Selon harper, les opposants aux discussions au PSP manquent tout simplement d'esprit pratique. Des pelleteux de nuages, disait-on autrefois. Harper déteste la démocratie. Plus il se découvre, plus il sent la dictature.
    Roland Berger
    London, Ontario

  • Jacques Morissette
    Abonné
    mercredi 22 août 2007 06h32
    Face aux commentaires de certains, une distance critique est de mise.
    Messieurs Bush et Harper, permettez-nous d'écouter vos propos d'une certaine distance. Nous avons trop peur que l'étroitesse de vos commentaires, en édulcorant les faits, fassent que vos haleines endorment notre vigilance.

  • Joseph Pilon
    Abonné
    mercredi 22 août 2007 07h57
    Propriété Intellectuelle
    Ca concerne beaucoup les médicaments et l'agroalimentaire, la propriété intellectuelle. Qu'est-ce que ca veut dire : "pratiques exemplaires pour dissuader la population" ?

  • 93Licar
    Abonnée
    mercredi 22 août 2007 08h55
    L'harmonisation?
    Il y a fort à parier que si les États-Unis, le Mexique et le Canada produisent un même bien, c'est le bien qui coûte le moins cher à produire et qui est produit en plus grande quantité qui sera la norme, même si les produits des deux autres pays sont de plus grande qualité, plus respectueux de l'environnement et de la santé humaine ou animale. Croyons-nous vraiment qu'avec nos règles et réglementations, mêmes minimales, de protection du consommateur que ce sont les produits canadiens qui seront la norme?

  • Fernand Trudel
    Abonné
    mercredi 22 août 2007 09h26
    Quand les opposants veulent diriger
    Les trois chefs d'état ont été élus pour décider et tenter de négocier des accommodements de bon voisinage. Mais voilà que des anarchistes veulent décider à leur place et mettent les partis de l'opposition dans le jeu. On clame qu'on manque de transparence...

    Si on avait voulu que ces opposants aient une voie au chapitre on aurait aménagé une place à la table. Mais des casseurs et des anarchistes sont des professionnels qui se promènent d'un sommet à l'autre sur les 5 continents. On y dénombre des habitués des manifestations qui sont rétribués et dont les frais de déplacement soint remboursés. J'ai vu des gens de Greenpeace dans ces gens masqués. On y voyait aussi les markistes lélinistes et des marginaux et extrémistes de tout acabit.

    Les chefs d'état n'ont pas à se faire dicter leur conduite par ces gens qui ne cherchent que la chicane. C'est ainsi que 60% des gens interrogés on répondu oui au sondage demandant s'il fallait taire l'endroit des prochaines rencontres.

    Quand les chialeux patentés veulent diriger le pays, ils n'ont qu'un moyen : se faire élire...

  • Marcel (Fafouin) Blais
    Inscrit
    mercredi 22 août 2007 09h45
    Montebello, sommet de base estime... ?
    Salutations d'entraide québécoise honorable,

    Il demeure toujours étonnant de constater que les "grands-de-ce-Monde" méprisent, parfois ou toujours, toutes ces ressources et personnes qui, les soutenant ou non, constituent une base électorale à ne pas négliger.

    Qu'il leur faut les écouter de temps en temps ce qu'elles ont à dire, à témoigner solidairement et socialement.

    Le Monde politique est-il le seul à penser ou à faire des choses en ce bas-monde ? Ou demeure-t-il le seul à faire secrètement des sommets de base estime ?

    Osons espérer que la population, citoyenne de renom, puisse y contrbuer également !

  • Eric Oliver
    Inscrit
    mercredi 22 août 2007 11h10
    Complot et rigueur
    Il est étonnant qu'un article rapportant ce qui doit être un fait fasse preuve d'autant de partialité. Ainsi en lisant le titre de l'article, on peut déjà comprendre que Le Devoir condamne les chefs d'états qui ont choisi de délaisser la langue de bois pour souligner que les opposants ne font qu'échaffauder des complots en demandant au gouvernment de les démentir...Lorsqu'on aura apporté un commencement de preuve que les discussions de Montebello avaient pour but de court-circuité les processus parlementaire, on pourra parler de mépris.

    En attendant, on devrait plutôt souligner que des décisions administratives telles que l'uniformisation des règles de conformités entre trois partenaires commerciaux relèvent de ceux que le peuple a élu, i.e. le gouvernment. Ce qui est par ailleurs en total conformité avec le principe de séparation des pouvoirs enchâssé dans notre constitution.

    Quant au mépris, ne vient-ils pas de tous ces opposants qui se prétendent bien aux faits des évènements et se permettent d'avancer toute sortes de complots sans jamais avoir à rendre des comptes ? Il est ironique de constater que ce n'est pas le cas de Stephen Harper, qui lui siège au Parlement et doit répondre aux questions de l'opposition !

    Franchement, je serais bien curieux de connaître la profondeur de la réflexion du NPD sur une question aussi complexe que les normes régissant les pesticides. En quoi devrait-on considéré l'avis de Jack Layton sur cette question plutôt que des experts de l'industrie et du gouvernement ? Chacun son métier !

  • Jacques Morissette
    Abonné
    mercredi 22 août 2007 14h56
    Monsieur Trudel, puis-je vous féliciter en bon soldat des Bush et Harper que vous êtes?
    Si vous patientez un peu, monsieur Trudel, les Bush et Harper de ce monde vous attribueront peut-être une belle médaille. Mais permettez-moi un petit conseil : attention au cadeau empoisonné.

    Quant aux manifestants, comment pouvez-vous qualifier certains d'entre eux d'anarchistes? Pour moi, au contraire, un anarchiste ce serait quelqu'un qui se fou de tout. À la rigueur, même s'ils étaient comme vous dites des gens qui sont payés pour casser la baraque, encore là ce ne serait pas des anarchistes puisqu'ils seraient payés (donc organisés!) pour le faire. Finalement, il ne faut pas confondre, on n'est pas anarchiste parce que l'on participe à une manifestation mal organisée.

    C'est tout simplement mal organisé parce qu'il y a plusieurs groupes qui participent à cette manifestation et pas tous pour les mêmes raisons. Donc, si je vous suis bien, car je réfléchis en me relisant, c'est l'anarchie, selon vous, parce que ces manifestants ne pensent pas tous pareils et qu'ils ne suivent pas tous le même sentier quant aux valeurs auxquelles ils s'identifient. J'ai malheureusement le regret de vous dire, en guise de conclusion, que je ne suis pas d'accord avec vous.

  • Roland Berger
    Abonné
    mercredi 22 août 2007 17h35
    Manif contre Fernand Trudel
    Monsieur Trudel écrit qu'il a « vu des gens de Greenpeace dans ces gens masqués [...] aussi des markistes (sic) lélinistes et des marginaux et extrémistes de tout acabit. » C'est à se demander s'il a accès aux fichiers secrets des services fédéraux. Je crois plutôt qu'il invente pour défendre sa cause. Les gens comme lui digèrent mal la démocratie.
    Roland Berger
    London, Ontario

  • Raymon Lutz
    Inscrit
    mercredi 22 août 2007 22h01
    Simulacre de démocratie
    Je rappelle qu'un canadien sur six a voté pour Harper. Cet homme est un imposteur, pas notre dirigeant politique, M. Allaire.

    Je suis curieux de constater qu'on ne mentionne pas ici l'infiltration des manifestants par des agents provocateurs de la SQ... cherchez "spp provocateurs" sur youtube. Je me réjouis de les voir ainsi démasqués mais en même temps je suis dégouté par cette dérive fasciste.

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