Une ministre attendue
En acceptant les commandes du Patrimoine canadien après le règne contrariant de Bev Oda, la ministre québécoise Josée Verner a certes compris que tous les yeux sont tournés vers elle. Clairement établies, les attentes sont exprimées avec une impatience mal dissimulée: un canal de communication efficace avec le milieu culturel, des réformes audacieuses et de substance, et l'espoir de rehausser la culture au titre de priorité pour le gouvernement Harper.
En procédant cette semaine à son jeu de chaises, le premier ministre Stephen Harper a redonné au Québec le portefeuille de la culture, passé aux mains de l'Ontarienne Beverly Oda pendant une sombre période. En confiant le Patrimoine canadien à la députée de Louis-Saint-Laurent, le chef conservateur ne dupe personne: il prépare bel et bien le terrain politique pour une prochaine élection, et s'affaire en vue de cette majorité confortable qu'il espère.
Dans la région de Québec, où elle a obtenu un bon score lors du dernier scrutin, Mme Verner sera aux premières loges lors des festivités du 400e anniversaire. Mais l'appétit du milieu culturel pour un titulaire qui écoute, comprend et agit est tel qu'il faudra faire bien plus que couper des rubans pour espérer un bon bulletin et... des votes!
Inutile de s'étendre sur le désastreux passage de sa prédécesseure: l'unilingue et butée Bev Oda ne s'est attirée que des foudres, ou presque. En érigeant autour d'elle une impénétrable forteresse; en échouant lamentablement à la résolution de crise, comme on l'a vu tant avec le cinéma qu'avec les festivals.
Pour Josée Verner réside dans ce bilan une délicieuse nouvelle: à plusieurs égards, il est difficile de faire pire. Mais sera-t-il aisé de mieux faire?
Il y a du pain sur la planche: on a vu les promoteurs de festivals défiler cet été pour réclamer un soutien accru. Mme Verner, dont la feuille de route ne l'associe pas spontanément au milieu culturel mais assurément à celui des communications, aura sans doute ce premier dossier à délier de manière définitive à la rentrée.
Outre une politique des musées, une augmentation substantielle des budgets du Conseil des arts du Canada ou une meilleure protection des droits d'auteur, ce sont surtout des réflexions de fond et des décisions de nature politique qui sont attendues de la ministre, ce qui élève le niveau d'attentes placées à son endroit.
Le gouvernement conservateur tient en effet entre ses mains le sort de CBC/Radio-Canada, dont il entend revoir le rôle et le mandat. Mme Verner arrive aussi au moment où on doit nommer à la tête de la SRC un nouveau président-directeur général pour succéder à Robert Rabinovitch. La mutation spectaculaire de l'univers des télécommunications a donné lieu en outre à la crise du Fonds canadien de télévision, qui n'est pas entièrement résorbée.
Tous ces enjeux appelleront une oreille attentive. Une connaissance fine. Une main de fer. Une ministre du Patrimoine qui aura le courage et l'audace de défendre des dossiers qui, en apparence, ne constituent pas la priorité de ce gouvernement.
machouinard@ledevoir.com
En procédant cette semaine à son jeu de chaises, le premier ministre Stephen Harper a redonné au Québec le portefeuille de la culture, passé aux mains de l'Ontarienne Beverly Oda pendant une sombre période. En confiant le Patrimoine canadien à la députée de Louis-Saint-Laurent, le chef conservateur ne dupe personne: il prépare bel et bien le terrain politique pour une prochaine élection, et s'affaire en vue de cette majorité confortable qu'il espère.
Dans la région de Québec, où elle a obtenu un bon score lors du dernier scrutin, Mme Verner sera aux premières loges lors des festivités du 400e anniversaire. Mais l'appétit du milieu culturel pour un titulaire qui écoute, comprend et agit est tel qu'il faudra faire bien plus que couper des rubans pour espérer un bon bulletin et... des votes!
Inutile de s'étendre sur le désastreux passage de sa prédécesseure: l'unilingue et butée Bev Oda ne s'est attirée que des foudres, ou presque. En érigeant autour d'elle une impénétrable forteresse; en échouant lamentablement à la résolution de crise, comme on l'a vu tant avec le cinéma qu'avec les festivals.
Pour Josée Verner réside dans ce bilan une délicieuse nouvelle: à plusieurs égards, il est difficile de faire pire. Mais sera-t-il aisé de mieux faire?
Il y a du pain sur la planche: on a vu les promoteurs de festivals défiler cet été pour réclamer un soutien accru. Mme Verner, dont la feuille de route ne l'associe pas spontanément au milieu culturel mais assurément à celui des communications, aura sans doute ce premier dossier à délier de manière définitive à la rentrée.
Outre une politique des musées, une augmentation substantielle des budgets du Conseil des arts du Canada ou une meilleure protection des droits d'auteur, ce sont surtout des réflexions de fond et des décisions de nature politique qui sont attendues de la ministre, ce qui élève le niveau d'attentes placées à son endroit.
Le gouvernement conservateur tient en effet entre ses mains le sort de CBC/Radio-Canada, dont il entend revoir le rôle et le mandat. Mme Verner arrive aussi au moment où on doit nommer à la tête de la SRC un nouveau président-directeur général pour succéder à Robert Rabinovitch. La mutation spectaculaire de l'univers des télécommunications a donné lieu en outre à la crise du Fonds canadien de télévision, qui n'est pas entièrement résorbée.
Tous ces enjeux appelleront une oreille attentive. Une connaissance fine. Une main de fer. Une ministre du Patrimoine qui aura le courage et l'audace de défendre des dossiers qui, en apparence, ne constituent pas la priorité de ce gouvernement.
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