Changements climatiques - Treize chefs, treize solutions
11 août 2007
Canada
Moncton — Les treize premiers ministres des provinces et territoires n'ont finalement pas réussi à s'entendre hier sur une stratégie commune de lutte contre les changements climatiques. Il se sont résignés à s'en tenir à leurs treize plans respectifs, distincts. Ils ont toutefois accepté de tous participer à un futur registre nord-américain des émissions de gaz à effet de serre, que les plus optimistes voient comme la première étape vers l'adoption de plafonds d'émissions contraignants.
La rencontre du Conseil de la fédération, qui s'est terminée hier midi à Moncton, n'a pas débouché sur des limites fixes des émissions de gaz à effet de serre (GES) et encore moins sur un système d'échange de crédits entre les émetteurs, comme le souhaitaient le Québec, la Colombie-Britannique, l'Ontario et le Manitoba. Les premiers ministres «ont convenu de réduire les émissions de GES dans leur province ou territoire selon leurs plans respectifs», indique le communiqué de presse final. Le document de 45 pages remis à la presse, rédigé sous forme de tableau à treize colonnes, résume simplement les objectifs que se sont donnés chacune des juridictions et les moyens qu'elles préconisent pour y parvenir.
Déclaration révélatrice s'il en est une, le premier ministre albertain, Ed Stelmach, farouche opposant des limites absolues des GES, a déclaré à la conférence de presse de clôture que les deux mots qualifiant la rencontre étaient «mission accomplie». Il s'est éclipsé peu de temps après, sans attendre la fin de la conférence de presse, pour prendre son avion. Pourtant, l'hôte de la réunion, le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Shawn Graham, a aussi parlé de réussite. «Nous avons fait d'importants progrès pour la réalisation de cet objectif», a-t-il déclaré.
Il faut dire que les provinces ont toutes accepté d'adhérer à un éventuel registre des émissions nord-américain, sur lequel planchaient déjà 36 États américains en collaboration avec la Colombie-Britannique et le Manitoba. Ce registre, qui pourrait voir le jour d'ici un an selon des fonctionnaires interrogés hier, consignera les émissions de gaz perturbateurs de climat de chaque grand émetteur selon une méthode de calcul unifiée.
La chose peut paraître banale, mais un registre est absolument nécessaire pour pouvoir imposer des limites d'émissions fixes à chacun. Une fois ces limites établies, il revient à chaque émetteur de les atteindre ou de les surpasser et de vendre les droits de pollution excédentaires sur un marché qui se crée par la force des choses.
Il n'existe pas de tel registre à l'heure actuelle. En vertu du protocole de Kyoto, le gouvernement canadien avait l'obligation d'en mettre un sur pied en date du 1er janvier 2007. Il ne l'avait toujours pas fait à la fin du mois de mai dernier. En outre, les émissions de GES sont bel et bien mesurées, mais les méthodes de calcul varient. Il s'agit parfois de simples divulgations volontaires ou d'approximations. «On franchit une première étape qui pourrait nous mener vers ce que l'on appelle le "cap and trade" [un système de plafonds et d'échanges de crédits d'émissions]», s'est réjoui Jean Charest au cours de la conférence de presse de clôture.
L'optimisme était prudent du côté du groupe Équiterre, qui suivait la conférence de près cette semaine. «C'est l'annonce d'un premier pas, petit mais indispensable à l'établissement d'un marché du carbone en soi», a résumé Hugo Séguin, le porte-parole pour le dossier des changements climatiques. Les plus optimistes des premiers ministres croient toutefois que l'acceptation d'un tel registre équivaut à mettre le doigt dans l'engrenage. C'est le cas de Gordon Campbell, de la Colombie-Britannique, qui laisse entendre que ce registre uniformisé exercera une pression sur les provinces récalcitrantes comme l'Alberta. «Nous serons capables de comparer la performance de la Colombie-Britannique avec celle de l'Alberta. Nous verrons quels sont les bénéfices économiques des stratégies de la Colombie-Britannique, du Manitoba ou du Québec et comment ils se comparent aux bénéfices obtenus par les provinces qui n'ont pas adopté une stratégie de plafonds et d'échanges», a-t-il déclaré hier au terme de la rencontre.
Cette petite victoire n'a quand même pas satisfait les premiers ministres qui s'étaient présentés à Moncton avec les objectifs les plus ambitieux. Dalton McGuinty et Gordon Campbell ont d'ailleurs affiché leur déception au cours de la conférence de presse de clôture. «Nous n'avons pas été aussi loin que nous l'aurions souhaité», a dit M. McGuinty. «Nous avons fait des progrès, même s'ils ne sont pas de l'ordre du séisme», a pour sa part dit M. Campbell.
Les provinces n'ont pas pu s'entendre non plus sur l'imposition de normes plus strictes sur les rejets des voitures canadiennes. En fait, tous étaient d'accord... sauf l'Ontario, seule province hébergeant des fabricants d'automobiles. En fait, Dalton McGuinty était prêt à accepter les normes californiennes très strictes à la condition que l'Alberta accepte en retour l'imposition de limites fixes et non relatives (dites d'intensité) à ses émissions de GES. L'Alberta n'a jamais voulu.
«Nous ne sommes pas prêts à faire le travail pour l'Alberta et les autres provinces qui dépendent des revenus provenant du pétrole et du gaz», a déclaré hier matin M. McGuinty. «Nous ne sommes pas prêts à dire [au premier ministre Stephen] Harper qu'il n'est pas nécessaire de faire pression sur les autres provinces parce que l'Ontario fait tout le travail. [...] Il revient à l'Alberta de décider comment elle prendra ses responsabilités.»
Notons par ailleurs que les premiers ministres se sont engagés dans leur communiqué final à inclure le sujet des changements climatiques dans les programmes scolaires.
La rencontre du Conseil de la fédération, qui s'est terminée hier midi à Moncton, n'a pas débouché sur des limites fixes des émissions de gaz à effet de serre (GES) et encore moins sur un système d'échange de crédits entre les émetteurs, comme le souhaitaient le Québec, la Colombie-Britannique, l'Ontario et le Manitoba. Les premiers ministres «ont convenu de réduire les émissions de GES dans leur province ou territoire selon leurs plans respectifs», indique le communiqué de presse final. Le document de 45 pages remis à la presse, rédigé sous forme de tableau à treize colonnes, résume simplement les objectifs que se sont donnés chacune des juridictions et les moyens qu'elles préconisent pour y parvenir.
Déclaration révélatrice s'il en est une, le premier ministre albertain, Ed Stelmach, farouche opposant des limites absolues des GES, a déclaré à la conférence de presse de clôture que les deux mots qualifiant la rencontre étaient «mission accomplie». Il s'est éclipsé peu de temps après, sans attendre la fin de la conférence de presse, pour prendre son avion. Pourtant, l'hôte de la réunion, le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Shawn Graham, a aussi parlé de réussite. «Nous avons fait d'importants progrès pour la réalisation de cet objectif», a-t-il déclaré.
Il faut dire que les provinces ont toutes accepté d'adhérer à un éventuel registre des émissions nord-américain, sur lequel planchaient déjà 36 États américains en collaboration avec la Colombie-Britannique et le Manitoba. Ce registre, qui pourrait voir le jour d'ici un an selon des fonctionnaires interrogés hier, consignera les émissions de gaz perturbateurs de climat de chaque grand émetteur selon une méthode de calcul unifiée.
La chose peut paraître banale, mais un registre est absolument nécessaire pour pouvoir imposer des limites d'émissions fixes à chacun. Une fois ces limites établies, il revient à chaque émetteur de les atteindre ou de les surpasser et de vendre les droits de pollution excédentaires sur un marché qui se crée par la force des choses.
Il n'existe pas de tel registre à l'heure actuelle. En vertu du protocole de Kyoto, le gouvernement canadien avait l'obligation d'en mettre un sur pied en date du 1er janvier 2007. Il ne l'avait toujours pas fait à la fin du mois de mai dernier. En outre, les émissions de GES sont bel et bien mesurées, mais les méthodes de calcul varient. Il s'agit parfois de simples divulgations volontaires ou d'approximations. «On franchit une première étape qui pourrait nous mener vers ce que l'on appelle le "cap and trade" [un système de plafonds et d'échanges de crédits d'émissions]», s'est réjoui Jean Charest au cours de la conférence de presse de clôture.
L'optimisme était prudent du côté du groupe Équiterre, qui suivait la conférence de près cette semaine. «C'est l'annonce d'un premier pas, petit mais indispensable à l'établissement d'un marché du carbone en soi», a résumé Hugo Séguin, le porte-parole pour le dossier des changements climatiques. Les plus optimistes des premiers ministres croient toutefois que l'acceptation d'un tel registre équivaut à mettre le doigt dans l'engrenage. C'est le cas de Gordon Campbell, de la Colombie-Britannique, qui laisse entendre que ce registre uniformisé exercera une pression sur les provinces récalcitrantes comme l'Alberta. «Nous serons capables de comparer la performance de la Colombie-Britannique avec celle de l'Alberta. Nous verrons quels sont les bénéfices économiques des stratégies de la Colombie-Britannique, du Manitoba ou du Québec et comment ils se comparent aux bénéfices obtenus par les provinces qui n'ont pas adopté une stratégie de plafonds et d'échanges», a-t-il déclaré hier au terme de la rencontre.
Cette petite victoire n'a quand même pas satisfait les premiers ministres qui s'étaient présentés à Moncton avec les objectifs les plus ambitieux. Dalton McGuinty et Gordon Campbell ont d'ailleurs affiché leur déception au cours de la conférence de presse de clôture. «Nous n'avons pas été aussi loin que nous l'aurions souhaité», a dit M. McGuinty. «Nous avons fait des progrès, même s'ils ne sont pas de l'ordre du séisme», a pour sa part dit M. Campbell.
Les provinces n'ont pas pu s'entendre non plus sur l'imposition de normes plus strictes sur les rejets des voitures canadiennes. En fait, tous étaient d'accord... sauf l'Ontario, seule province hébergeant des fabricants d'automobiles. En fait, Dalton McGuinty était prêt à accepter les normes californiennes très strictes à la condition que l'Alberta accepte en retour l'imposition de limites fixes et non relatives (dites d'intensité) à ses émissions de GES. L'Alberta n'a jamais voulu.
«Nous ne sommes pas prêts à faire le travail pour l'Alberta et les autres provinces qui dépendent des revenus provenant du pétrole et du gaz», a déclaré hier matin M. McGuinty. «Nous ne sommes pas prêts à dire [au premier ministre Stephen] Harper qu'il n'est pas nécessaire de faire pression sur les autres provinces parce que l'Ontario fait tout le travail. [...] Il revient à l'Alberta de décider comment elle prendra ses responsabilités.»
Notons par ailleurs que les premiers ministres se sont engagés dans leur communiqué final à inclure le sujet des changements climatiques dans les programmes scolaires.
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