vendredi 20 novembre 2009 Dernière mise à jour 21h48


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Autochtones: le Canada fait bande à part

Lisa-Marie Gervais   9 août 2007  Canada
Une femme massaï participait hier à des cérémonies en marge de la Journée internationale des populations autochtones, près de Nairobi, au Kenya.
Photo : Agence Reuters
Une femme massaï participait hier à des cérémonies en marge de la Journée internationale des populations autochtones, près de Nairobi, au Kenya.
Alors que se célèbre partout dans le monde aujourd'hui la Journée internationale des populations autochtones, le gouvernement du Canada continue de s'opposer à l'adoption de la Déclaration sur les droits des peuples autochtones, qui sera soumise à un vote final lors de l'assemblée de clôture de la 61e session des Nations unies, en septembre.

Percevant ce refus comme un affront, plusieurs groupes de défense des droits de la personne et des autochtones exhortent Ottawa à revoir sa position. «On ne comprend pas vraiment pourquoi le gouvernement s'entête à refuser l'adoption du texte. [...] À notre avis, ses arguments ne tiennent pas la route», estime Marie Léger, directrice du programme «Droits des autochtones» pour l'organisme Droits et Démocratie.

Élaboré pendant près de 20 ans, ce texte, qui affirme le droit à l'autodétermination des peuples autochtones ainsi que divers droits sur leurs territoires d'origine et sur leurs ressources naturelles, avait été adopté par le Conseil des droits de l'homme en juin 2006 par un vote de 30 voix contre 2. Le Canada et la Russie avaient ainsi été les deux seuls opposants.

Depuis, Amnesty International dénonce le lobbying du Canada auprès de certains pays pour les convaincre de renoncer à appuyer le texte, qui devrait être adopté aux Nations unies début septembre. Cette organisation de défense des droits de la personne déplore que plusieurs pays d'Afrique, qui s'étaient prononcés en faveur de la déclaration au Conseil des droits de l'homme, aient ensuite radicalement changé de position à la suite des pressions du Canada.

Le mois dernier, le Canada (appuyé par l'Australie, la Nouvelle-Zélande, la Russie, la Colombie, la Guyane et Surinam) aurait demandé au président de l'Assemblée générale des Nations unies de reprendre les négociations sur la déclaration afin de récrire au moins 16 articles. «Le gouvernement fait de la magouille. Il insiste sur des détails du texte. C'est une course à obstacles sans fin. Jamais notre organisation n'aura été aussi en colère contre le Canada», a insisté la responsable des communications, Anne Sainte-Marie. Son organisme a lancé une pétition pour que soit adoptée cette déclaration, qui a déjà récolté plus de 18 000 signatures.

Pour sa part, l'Assemblée des Premières Nations se dit consternée de voir que le Canada perd une occasion en or de donner le bon exemple. «La réputation du Canada comme étant un pays juste et équitable souffre à l'échelle mondiale», a indiqué Phil Fontaine, chef de l'Assemblée des Premières Nations, par voie de communiqué. Depuis hier et jusqu'à demain, le chef ojibway du Manitoba est en compagnie de plusieurs leaders autochtones à la réunion du Conseil de la fédération, à Moncton. Il s'y trouve pour demander aux premiers ministres de faire pression sur le gouvernement de Stephen Harper afin qu'il honore ses engagements envers les autochtones.

Changement de cap du gouvernement

Les organisations de défense des droits des autochtones et certains députés de l'opposition ont du mal à s'expliquer l'objection du gouvernement fédéral qui, historiquement, a appuyé ce projet de texte au cours des deux décennies de son élaboration. En 2006, à travers une demande d'accès à l'information, Amnesty International a appris que les ministères des Affaires indiennes, des Affaires étrangères et de la Défense nationale avaient recommandé l'adoption du texte au premier ministre Stephen Harper. Ce dernier avait balayé cet avis favorable du revers de la main.

La critique du NPD en matière d'affaires autochtones, Jean Crowder, se désole de ce changement de cap du gouvernement conservateur, qu'elle qualifie d'«irrespectueux». Alors qu'à ses tout débuts, le gouvernement Harper semblait démontrer une certaine ouverture, il y a eu un changement radical de position en 2006, «un manque de volonté soudain du gouvernement de régler des cas de discrimination visant les autochtones», note-t-elle. «Il [le gouvernement] ne veut plus inviter les Premières Nations à sa table», croit Mme Crowder. Selon elle, cette nouvelle ligne de pensée s'explique par des changements à l'échelon international et par le peu d'argent neuf investi dans les affaires indiennes lors du dernier budget. «J'espère que la pression du public fera son oeuvre pour que le gouvernement finisse par avoir honte.»

Au cabinet du ministre des Affaires indiennes, on confirme que la position du gouvernement demeure la même. «Nous avons toujours dit que nous appuierions une telle déclaration, mais présentement, le texte tel qu'il est ne pourrait être appuyé par aucun gouvernement responsable», soutient Deirdra McCracken, attachée de presse du ministre Jim Prentice. «Quoi qu'en disent M. [Stéphane] Dion ou l'ancien premier ministre Paul Martin, aucun gouvernement n'a jamais appuyé le document dans sa forme actuelle», poursuit-elle. Selon Mme McCracken, le libellé de la déclaration n'est pas conforme à la Charte canadienne des droits et libertés, à la Charte constitutionnelle, à certaines décisions de la Cour suprême et aux politiques dans le cadre desquelles certains traités ont été négociés. Un point de vue aussitôt réfuté par des sympathisants dans la défense des droits des autochtones.

«Je ne connais aucun argument juridique qui soutienne ce point de vue. Aucun professeur ni expert en droit au pays n'a relevé une telle contradiction. Je pense plutôt, et j'espère que ce n'est pas le cas, que le gouvernement croit que les droits des peuples autochtones ne méritent pas d'être pleinement satisfaits», a fait savoir David MacDonald, ancien ministre conservateur et interlocuteur pour les métis et les non-autochtones à la fin des années 80. «Je ne vois pas comment on peut d'une part vouloir réparer les dommages causés par l'enfermement des autochtones dans les pensionnats et d'autre part refuser de vouloir appuyer une déclaration universelle qui reconnaît leurs droits», poursuit-il.

Une lettre signée notamment par l'Assemblée des Premières Nations, l'Association des femmes autochtones du Canada, Amnesty International et Droits et démocratie sera remise à M. Harper aujourd'hui. «Le Canada a une immense responsabilité historique. S'il revenait sur sa position, cela ferait une énorme différence», croit Marie Léger, de Droits et Démocratie.






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Michel Seymour
    Abonné
    jeudi 9 août 2007 06h41
    La paille et la poutre
    « Les nouvelles télévisuelles de Radio-Canada faisaient état hier des initiatives de «Canadiens» en faveur d'un Tibet libre et de leur dénonciation de la violation des droits de la personne en Chine. Mais on n'entend pas des «Canadiens» dénoncer l'attitude du gouvernement canadien face à la Déclaration sur les droits des peuples autochtones. On n'entend pas des «Canadiens» parler de l'intransigeance de l'État canadien face au peuple acadien ou face au peuple québécois. Comme quoi les nouvelles à Radio-Canada sont de plus en plus d'inspiration nationaliste, tout comme les «Canadiens» eux-mêmes d'ailleurs. Michel Seymour »

  • Michel Seymour
    Abonné
    jeudi 9 août 2007 06h41
    La paille et la poutre
    « Les nouvelles télévisuelles de Radio-Canada faisaient état hier des initiatives de «Canadiens» en faveur d'un Tibet libre et de leur dénonciation de la violation des droits de la personne en Chine. Mais on n'entend pas des «Canadiens» dénoncer l'attitude du gouvernement canadien face à la Déclaration sur les droits des peuples autochtones. On n'entend pas des «Canadiens» parler de l'intransigeance de l'État canadien face au peuple acadien ou face au peuple québécois. Comme quoi les nouvelles à Radio-Canada sont de plus en plus d'inspiration nationaliste, tout comme les «Canadiens» eux-mêmes d'ailleurs. Michel Seymour »

  • Michel Seymour
    Abonné
    jeudi 9 août 2007 06h47
    La paille et la poutre
    « Les nouvelles télévisuelles de Radio-Canada faisaient état hier des initiatives de «Canadiens» en faveur d'un Tibet libre et de leur dénonciation de la violation des droits de la personne en Chine. Mais on n'entend moins des «Canadiens» dénoncer l'attitude du gouvernement canadien face à la Déclaration sur les droits des peuples autochtones. On n'entend moins des «Canadiens» parler de l'intransigeance de l'État canadien face au peuple acadien ou face au peuple québécois. Comme quoi les nouvelles à Radio-Canada sont de plus en plus d'inspiration nationaliste, tout comme les «Canadiens» eux-mêmes d'ailleurs. Michel Seymour »

  • Louis Trottier
    Inscrit
    jeudi 9 août 2007 09h13
    La négation de soi ou des autres
    « L'empire britanique s'est servi de la violence militaire pour fonder le canada dans une logique de vainqueur. Peut-être est-il difficile de réinterpréter ses origines sans se nier soi-même? »

  • Zach Gebello
    Inscrit
    jeudi 9 août 2007 09h40
    Le peuple Québécois autochtone
    « Lorsque les milliers de soldats britanniques prirent le Canada et Québec (1760) par la force des armes et du colonialisme sauvage, il étaient avec leurs familles près de 1,600,000 Anglais par leur immigration massive. Au même temps, les Amérindiens étaient 600,000. Le peuple Québécois qui se nommait alors Canadien, était 75,000 individus non pas d'une immigration colonialiste mais à 98% de naissance au Québec, en alliance et vivant avec, parmis, en harmonie avec les Amérindiens du Québec (exception des Iroquois Mohawks originaires du Vermont et New York et alliés des britanniques).

    Contrairement à la propagande nationaliste d'Ottawa, les "français" depuis Champlain, le père de la nation Canadienne devenue Québécoise par la conquête, n'ont jamais pratiqué le colonialisme.

    Le peuple Québécois est né de son établissement par cordial et mutuel respect et entente avec les nations amérindiennes autochtones qui y étaient, de la même façon que ceux-ci se sont aussi joints et partager le territoire. En 1760, les Canadiens étaient 75,000, tous autochtones (nés au pays)parmis 600,000 Amérindiens et par leur acceptations mutuelles ont même produit un troisième peuple autochtone, les Métis. Il n'y a pas colonialisme ici, mais naissances de peuples.

    Je souhaite donc, en ce 9 août 2007, une heureuse Journée International des Peuples Autochtones à tous les Québécois autochtones et ainsi qu'à tous les autres peuples autochtones du Québec et de tous les continents! »

  • Louise Gagnon
    Abonnée
    jeudi 9 août 2007 09h53
    Déraciner les préjugés
    « Je suis d'accord avec M Seymour.
    Et je crois aussi que nos préjugés ne pourront disparaitre que si une majorité d'entre nous s'organise pour connaitre personnellement et concrètement une de leur communauté. Il faut le vivre pour le croire. On a beau expliquer à quelqu'un que tel fruit est délicieux, il n'en aura aucune idée à moins qu'il ne croque dedans. Il doutera toujours et se fera des idées noires. Il se fera peur à lui-même.
    Ayant loué un terrain en "terres de la Couronne" sur la réserve indienne de Mashteuiatsh (bail signé avec Sa Majesté la Reine d'Angleterre!!!) et acheter le petit chalet qui s'y trouve, j'ai commencé de participer aux activités communautaires. Celles-ci sont gratuites, sans alcool, inter générationnelles et ouvertes à tous. Une pléiade d'activités de toutes sortes est organisée: culturelles, culinaires, artistisques, musicales, sorties en forets pour apprentissage des herbes médicinales, films réalisés par des jeunes autochtones de la province, etc. L'atmosphère est des plus sympatique.
    J'ai l'occasion de découvrir une communauté avec un coeur fort, sain, organisé, qui s'efforce d'éduquer ses jeunes et de développer leur potentiel selon les valeurs privilégiées par leurs ancêtes. Ce sont des valeurs essentielles à notre survie à tous.
    Les préjugés génèrent le mépris et l'odeur du mépris peut faire beaucoup de peine. »

  • Roland Berger
    Abonné
    jeudi 9 août 2007 10h46
    Esprit d'ouverture de Steven Harper
    « L'esprit d'ouverture affiché par Steven Harper paraît sous son vrai jour : une stratégie politique pour briser des résistances, pour faire taire des dissidences, pour étouffer des réticences. À l'instar de magnifiques plantes carnivores, il s'ouvre pour mieux attraper et assimiler ses proies.
    Roland Berger
    London, Ontario »

  • Claude L'Heureux
    Abonné
    jeudi 9 août 2007 16h31
    Et le Bloc et le PQ ?
    « Il est curieux de voir l'apsence du Bloc dans ce compte-rendu de madame Gervais. Il en est de même de madame Marois qui rate une belle occasion de se faire des alliés. Je constate, comme monsieur Seymour, le silence de Radio-Canada sur ce dossier. Je partage l'opinion de ceux qui se plaise à rappeler les bonnes relations de notre peuple avec les autochtones (l'existence des coureurs des bois en est une preuve) mais je déplore le raciste qui se fait entendre au sein du Bloc et du PQ.

    Claude L'Heureux, Québec »

  • Francois Deshaies
    Inscrit
    jeudi 9 août 2007 16h49
    je crois qu'il faut
    « se mettre à l'évidence »

  • Michel Thibault
    Abonné
    mercredi 22 août 2007 08h35
    C'est le milieu des affaires qui tire les pions
    « Ce ne sont pas les politiciens et politiciennes qui décident de l'avenir politique du pays. Le milieu d'affaires exerce son influence pour s'assurer que ses intérêts de court terme soient bien gardés. Le cas des Autochtones pourrait en être une preuve.

    Le gouvernement tergiverse maintenant sur des virgules après que celui-ci ait presque donné son accord pour l'adoption d'un texte sur les droits fondamentaux de ces derniers. Il va même jusqu'à travailler contre eux au plan international, ce qui est plutôt odieux.

    Une autre preuve de l'omniprésence de l'industrie à l'avant-scène de la société du Québec, se manifeste dans nos Institutions. Par exemple, le rejet systématique d'une expertise unique en informatique, malgré son coté innovateur, et malgré que l'industrie forestière ait un urgent besoin de solutions pour l'aider à sortir de la pire crise de son histoire.

    Le ministère des Ressources Naturelles et de la Faune et l'Ordre des Ingénieurs Forestiers du Québec se refusent à diffuser, à l'intention des autres ingénieurs forestiers, un article, à propos d'un travail de recherche, qui a été présenté à plusieurs occasions devant des pairs et reconnu comme prioritaire par tous les intervenants du milieu.

    Ce travail aurait au moins le mérite d'alimenter un débat de fond sur le sujet des nouvelles technologies appliquées à l'aménagement forestier, titre d'une conférence internationale tenue en Californie en décembre dernier.

    Nous croyons que le refus du fédéral vis-à-vis des autochtones relève de la même logique affairiste et de court terme. »

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
10 réactions
0 votes
 
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009