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Irak: Ignatieff fait son mea culpa

Michael Ignatieff
Michael Ignatieff
Le député libéral Michael Ignatieff a fait hier dans les pages du New York Times Magazine un vibrant mea culpa: l'ancien candidat à la direction du Parti libéral avoue s'être complètement trompé en soutenant l'invasion américaine en Irak, qu'il qualifie aujourd'hui de «catastrophe» et de «débâcle». Une confession qui donne l'occasion à l'ancien professeur de réfléchir sur le sens de la politique. Le soutien de M. Ignatieff à l'opération américaine, énoncé dans le même magazine alors qu'il était professeur de science politique à Harvard, lui a souvent été reproché durant la campagne à la succession de Paul Martin.

S'il a pu la défendre un temps, le chaos qui règne aujourd'hui en Irak (et aussi l'apprentissage par M. Ignatieff des conséquences d'une décision politique) l'ont depuis convaincu qu'il avait fait fausse route. Ce qu'il regrette aujourd'hui.

Dans son texte intitulé Getting Iraq Wrong — qui s'avère être une longue et rare réflexion sur l'art de la politique et le sens du jugement —, M. Ignatieff adresse une sévère critique au président George W. Bush... et à lui-même. La situation en Irak «condamne le jugement politique d'un président, écrit M. Ignatieff. Mais elle condamne aussi celui de plusieurs autres personnes, dont je fais partie, qui ont soutenu l'invasion.»

Il mentionne que ceux qui avaient prévu le chaos en Irak analysaient les mêmes faits (ou non-faits) que les gens favorables à une intervention pour juger du bien-fondé de la mission. À la différence qu'«ils n'ont pas fait l'erreur de prendre leurs voeux pour la réalité», dit-il.

Par exemple, l'erreur de croire qu'un État libre allait naître facilement en Irak après 35 ans de terreur, que la région entière allait appuyer les motifs de l'intervention américaine, et que les États-Unis avaient la puissance pour remodeler le paysage politique d'un pays lointain. «J'ai fait certaines de ces erreurs, et quelques autres personnelles aussi.»

De ce faux pas, Michael Ignatieff retire la leçon de se «laisser moins influencer par les passions des gens que j'admire et par mes propres émotions». Mais surtout, il en dégage que la politique active ne permet pas les mêmes prises de position que celles, sans conséquence, d'un professeur. Les responsabilités ne sont pas les mêmes, les impacts non plus, a-t-il appris.

Le difficile art de la politique

Si l'intellectuel Ignatieff revisite aujourd'hui les raisons qui l'ont amené à soutenir l'invasion en Irak, c'est donc qu'il estime qu'il s'agit d'une bonne illustration des différences qui existent entre exprimer une opinion à titre d'universitaire, et le faire en tant que politicien élu et imputable.

Tout son texte porte en fait sur l'art du jugement politique, qui se différencie selon lui du jugement académique par une composante fondamentale: le politicien doit en toute circonstance avoir le «sens de la réalité», être capable de percevoir le monde tel qu'il est et tel qu'il pourrait être.

Cela nécessite d'être à l'écoute et de savoir s'autocritiquer, écrit M. Ignatieff en écorchant vivement le président Bush. Dans son cas, «ce n'est pas seulement que le président ne s'est pas soucié de comprendre l'Irak. Il ne s'est pas soucié non plus de se comprendre lui-même».

Qualifiant d'«entêtement» l'attitude du président, Michael Ignatieff pense que s'il avait su remettre en question sa décision, il aurait entendu les signaux d'alarme annonciateurs d'une catastrophe. «Les idées fixes de type dogmatique sont généralement l'ennemi du bon jugement», observe-t-il. Plus haut dans le texte, il indiquait aussi que «le bon jugement en politique commence par la capacité de savoir quand admettre ses erreurs».

Après 18 mois en politique, M. Ignatieff a notamment compris que si un commentateur politique, comme il l'était auparavant, peut se permettre de défendre une idée parce qu'elle est intéressante, le politicien, lui, ne peut pas. «Dans la vie académique, une idée fausse est simplement fausse. Dans la vie politique, une idée fausse peut ruiner la vie de millions de personnes», dit-il.

Et cette vie politique, Michael Ignatieff en découvre chaque jour de nouvelles composantes. On comprend entre les lignes et leurs 2500 mots que le député trouve parfois difficile l'adaptation à cette vie, où loyauté et trahison se côtoient au quotidien et où «tout ce qui importe est ce que vous avez dit, pas ce que vous vouliez dire».

«En politique, si vous prenez les attaques comme étant personnelles, vous montrez de la vulnérabilité, écrit-il. Il faut donc apprendre à avoir l'air invulnérable, sans apparaître inhumain. [...] Il n'y a rien de personnel en politique, parce que la politique est du théâtre. Ça fait partie du boulot de prétendre avoir des émotions que vous ne ressentez pas sur le moment. Ça fait partie du spectacle d'insulter un autre parlementaire en Chambre, puis d'aller prendre un verre avec lui ensuite.»

Du théâtre qui peut donc ressembler à une comédie... ou à un drame, selon le sujet.






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  • Serge Charbonneau
    Abonné
    lundi 6 août 2007 06h17
    Mea-culpa
    « Avouer ses erreurs.
    Pas facile! Encore moins pour ceux qui courtisent les électeurs.

    Il est tellement plus facile de forger la réalité (sic)!
    Mais la réalité est intangible, malgré le regard que chacun peut y poser, malgré la vision que chacun a de cette même réalité. Son apodicticité est incontournable, pourtant il y a tant de politiciens qui la nient, il y a tant de médias qui participent à cette négation!

    À mon avis, on ne peut que féliciter M. Ignatieff, pour son mea-culpa. On va lui reprocher de ne pas être sincère, on va lui reprocher de jouer une carte politique. On analysera ses propos en les retournant dans tous les sens et la réalité deviendra encore une fois secondaire.

    La réalité, c'est que M. Ignatieff, peu importe ses intentions calculées ou sincères, a raison. La guerre d'Irak, enclenchée pour des motifs mensongers (des mensonges déjà oubliés), est un désastre, une catastrophe humaine.
    La réalité, c'est que M. Ignatieff, avoue aujourd'hui que les millions de personnes qui sont descendues dans les rues pour manifester contre cette guerre, eh bien, ces millions de personnes avaient raison. Personne ne les a écoutés, la guerre a eu lieu et l'opinion de millions de personnes de ces pays démocratiques (sic) a été bafouée, pratiquement ridiculisée. Ces millions de personnes ont fait la manchette une petite journée puis furent rapidement oubliés, les médias étant trop pressés de se faire le porte-voix de ces manipulateurs d'opinions que sont ces administrations tordues qui se foutent des droits humains, qui se foutent de la souffrance, de la vérité et de l'opinion de leur population. Des administrations tordues qui se gargarisent de démocratie, mais qui ne bronchent pas devant le déferlement de millions de manifestants opposés à leurs décisions. La démocratie!

    Selon M. Ignatieff, le politicien doit "Avoir le «sens de la réalité», être capable de percevoir le monde tel qu'il est".
    Je crois que tout le monde s'entend pour dire que ce voeu est plus que pieux!
    Le propre d'un politicien est d'altérer la réalité pour parvenir à ses fins.
    C'est cependant, le devoir des médias, le devoir des journalistes de bien rapporter la réalité. C'est le devoir des journalistes de confronter les discours avec la réalité, c'est le devoir des médias d'opposer la description de la réalité avec la photo de celle-ci.

    Lorsque le président Bush dit que tout va bien en Irak, c'est le temps de mettre, dans la même ligne, le nombre de morts quotidien.
    Lorsque l'on nous annonce la générosité pour l'aide humanitaire, il est temps de sortir les budgets accordés pour les armes et la guerre.

    Comme M. Ignatieff dit: la politique c'est du théâtre. Il faudrait que les professionnels de l'information s'en rendent compte. On doit attendre le texte d'un politicien pour que les éditoriaux glissent vers la perception de la réalité.
    On nous dit que l'information est la première victime en temps de guerre, un peu comme pour se déculpabiliser de participer par la suite à la propagande qu'on nous sert.

    Des millions de personnes défilant dans les rues, se doutaient bien que les armes de destruction massive n'existaient pas. Pourtant, à ce moment, pas un quotidien ne remettait en question ce mensonge. On sautait sur les preuves que Powell présentait à l'ONU comme un chien saute sur un os et on dénigrait les propos "honnête" de Dominique De Villepin.
    On titrait que la France bloquait l'ONU et pourtant la France ne faisait qu'éclairer la réalité.

    Aujourd'hui, Ignatieff, avoue s'être trompé. Il met en lumière le jeu politique, c'est devenu son milieu, son domaine. Il nous offre une belle occasion pour nous questionner sur "LA" réalité et l'image qu'on nous en offre. Il serait bon qu'on ne s'attarde pas trop sur le pourquoi des propos de M. Ignatieff, ce ne sont que des mots dont on peut associer toutes sortes d'intentions, mais que ces propos servent plutôt à éclairer "LA" réalité que des millions de personnes vivent présentement. Il est temps qu'on cesse de nous rapporter à pleine page les opinions de tout à chacun et qu'on nous expose, pleine page, "LA" réalité, juste des photos de la réalité. M. Ignatieff fait son mea-culpa, les médias devraient aussi en profiter pour en faire autant.

    Ce quatrième pouvoir a permis, en partie, les atrocités qui se vivent au Moyen-Orient.


    Serge Charbonneau
    Québec »

  • Jean-Guy Beaulieu
    Abonné
    lundi 6 août 2007 07h10
    Ignatieff commet bien d'autres erreurs même dans cette réflexion !
    « **Il mentionne que ceux qui avaient prévu le chaos en Irak analysaient les mêmes faits (ou non-faits) que les gens favorables à une intervention pour juger du bien-fondé de la mission. À la différence qu'«ils n'ont pas fait l'erreur de prendre leurs voeux pour la réalité», dit-il.**

    Il oublie que les conclusions auxquelles on arrive dépendent aussi des prémisses qu'on choisit.

    «Dans la vie académique, une idée fausse est simplement fausse. Dans la vie politique, une idée fausse peut ruiner la vie de millions de personnes», dit-il.

    Dans la vie académique, si l'on transmet une idée fausse, on court le risque que des milliers de personnes admettent cette idée fausse et que parmis celles-ci, il y en ait qui soient responsables de «ruiner la vie de millions de personnes».

    Pas très fort ce prof !!!

    Jean-Guy Beaulieu
    Drummondville »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    lundi 6 août 2007 07h29
    PHARISIEN ET PUBLICAIN, MAIN DANS LA MAIN
    « Voici donc que notre cher Ignatieff se base sur la conclusion de la parabole de l'évangile : le pharisien et le publicain qui est : Tout homme qui s'élève sera abaissé, mais celui qui s'abaisse sera élevé.

    M. Ignatieff, ex candidat à la chefferie Libérale fédérale, s'étant lourdement trompé en approuvant les visées militaires de W. Bush en Irak, se frappe maintenant la poitrine en demandant pardon de l'avoir fait comme le publicain en question tandis qu'il croit que W. Bush fait comme le hautain pharisien qui se croyait au moins, infaillible, en se félicitant de son action en Irak comme une bonne oeuvre malgré toutes les destructions et les morts occasionnés.

    Amen pour ce matin »

  • Charles-Antoine Bachand
    Abonné
    lundi 6 août 2007 08h43
    Ignatieff se serait-il excusé si l'invasion s'était bien déroulée?
    « Un texte fort intéressant à ce sujet :

    Even in apologizing for backing the war, Ignatieff defends "imperialism lite"

    Stephen Gowans, « Ignatieff's mea culpa », What's left, 5 août 2007.

    http://gowans.wordpress.com/2007/08/05/ignatieff%e2%80%99s-mea-culpa/ »

  • GERARD LAMONTAGNE
    Inscrit
    lundi 6 août 2007 08h44
    Le mea culpa de M. Ignatieff
    « L'élément principal qui semble avoir motivé M. Ignatieff pour sa prise de position en faveur de la guerre d'Irak fut sa visite en pays kurde en 1992.

    M Ignatieff aurait du savoir, à ce moment-là, que si les kurdes étaient dans une telle situation désastreuse, c'est que le premier président Bush les avait encouragés à se révolter contre Saddam Hussein. Après mure réflexion, M Bush a réalisé que le chute de Saddam Hussein entrainerait un vide politique dans le pays et que les américains feraient face à un chaos , tel que nous le voyons présentement. M Bush père ne voulait pas affronter ce chaos.

    Selon des reportages, en dépit de toutes les interdictions de vol imposées aux irakiens par les forces de la coalition, les américains ont permis et même favorisé les attaques de Saddam Hussein contre les kurdes en rébellion de façon à les arrêter.

    Comment M. Ignatieff , un spécialiste de la politique pouvait-il ignorer cette page de l'histoire irakienne à laquelle participait activement les États-Unis?

    M Ignatieff sait-il, par exemple, qu'avant l'invasion du Koweit, Saddam Hussein avait prévenu l'ambassadrice américaine en Irak et que celle-ci lui avait répondu que cette action ne regardait pas les États Unis?

    Comprend-il que l'invasion du Koweit donnait aux États Unis l'occasion en or de détruire les forces de Saddam Hussein qui étaient devenus gênenates dans le golfe , particulièrement à cause de la vulnérabilité de l'état d'Israel?

    Monsieur Ignatieff connait-il l'existence d'un institut appelé PNAC, Project for the New American Century dont les critiques disent que cette organisation propose la domination de l'économie, de l'espace et du cyber espace par les états unis de façon à établir ou maintenir la domination américaine des affaires du monde. Plusieurs disent que l'invasion de l'Irak en 2003 était le premier pas pour arriver à cette fine.

    Les mêmes personages, Paul Wolfowitz, Richard Perle, Donald Rumsfeld, Disk Cheney, Richard Armitage, William J. Bennett, qui ont été les plus ardents instigteurs de la guerre d'Irak sont les principaux membres de cet institut.

    M Ignatieff avait-il écouté les rapports des représentants de l'ONU responsables des inspections des armes de destruction massive sur le terrain?

    N'était-il pas au courant des démarches d'un ancien inspecteur des armements d'irak, Scott Ritter, qui est allé même en Irak exhorter les irakiens à être transparents et les prévenir que les USA s'apprêtaient à envahir injustement leur pays?

    M Ignatieff ne voyait-il pas toute la comédie de Georges Bush aux Nations Unies, jusqu'à déclarer qu'elles devenaient inutiles et que les USA allaient seuls prendre les choses en mains ?

    Monsieur Ignatieff serait un bien pauvre observateur politique s'il ne voyait pas quelque chose de malhonnête dans toute cette histoire qui entoure la guerre d'Irak.

    Ou bien il a décidé de ne pas contredire le président Bush et toute sa clique pour ne pas soulever de poussière à Harvard, ou bien il manque de sens critique quand la propagande déforme les faits.

    Le peuple ordinaire, qui n'est pas expert en politiuqe comme M le professeur a compris le jeu de l'administration américaine , et s'est soulevé à travers le monde pour dénoncer cet illégal et injuste envahissement d'un pays souverain.

    C'est quand même alarmant de constater que M Ignatieff qui voulait devenir premier ministre du Canada n'a pas su comprendre les événements aussi bien que des milliers de gens ordinaires. »

  • Roland Berger
    Abonné
    lundi 6 août 2007 08h52
    Aveu étonnant
    « Ce qui étonne le plus dans l'aveu d'Ighatieff, c'est qu'il ne reconnaisse pas que son erreur est largement dû au fait d'avoir cru que le principal motif de Bush dans la guerre en (contre) l'Irak était de garantir à sa clique le contrôle des ressources pétrolifères de la région. Tout le reste n'est en effet que théâtre.
    Roland Berger
    London, Ontario »

  • Charles-Antoine Bachand
    Abonné
    lundi 6 août 2007 09h19
    Ignatieff se serait-il excusé si l'invasion s'était bien déroulée?
    « Un texte fort intéressant à ce sujet :

    Even in apologizing for backing the war, Ignatieff defends "imperialism lite"

    Stephen Gowans, « Ignatieff's mea culpa », What's left, 5 août 2007.

    http://gowans.wordpress.com/2007/08/05/ignatieff%e2%80%99s-mea-culpa/ »

  • Sebastian Desbarats
    Inscrit
    lundi 6 août 2007 09h35
    Too Late Iggy
    « ' cause it's too late...too late for love.'
    -Def Leppard »

  • Gabriel RACLE
    Inscrit
    lundi 6 août 2007 09h53
    Oui mais, il manque quelque chose
    « La confession de son erreur que fait maintenant le député libéral Michael Ignatieff à propos de son approbation de la guerre en Irak n'est pas dépourvue d'intérêt, bien évidemmemnt. Mais il s'étend sortout sur une comparaison entre les responsabiilités d'un professeur - d'un simple professeur, et celle d'un home politique, en fait le depute qu'il est devenu.
    Il manque toutefois une partie importante à cet aveu, qu'il eût été fort intéressant de connaître: les motifs, les raison, les bases, les analyses sur lesquelle s'est appuyée cette approbation. Il déclare dans son texte que «[l'improvisation may not stave off failure». Or, on peut se demander si sa décision d'approuver un Bush va-t-en guerre ne relève pas de l'improvisation, ne repose pas sur cette confidence d'un ami irakien en exil, dont il parle au début de son texte, qui lui a déclaré que la guerre était la seul chance pour les membres de sa génération de voir la libération du leur pays.. On sait ce que valaient nombre d'assertions d'exilés irakiens.
    À quelle analyse de la situation et des conséquences de cette guerre, l'éminent professeur de Harvard s'est-il livré? Analyse juridique, politique, religieuse, géographique? A-t-il entendu la déclaration du président d'alors de la République française parler de l'ouverture «d'une boîte de Pandore» et s'est-il demandé ce que cela voulait dire? A-t-il étudié l'histoire de l'Irak et de sa division en groupes, en tribus et en confessions religieuses opposées que maintenait la main de fer tyrannique de Saddam Hussein? Qu'allait-il se passer une fois cette main coupée? Des revanches n'allaient-elles pas se manifester?
    Et les déclarations outrancières de G.W. Bush sur les armes de destruction massive et les liens avec al-Quaïda, remises en question même aux États-Unis dès avant la guerre. ont-elles suscité de sa part quelques réflexions ou vérifications? M. Ignatieff a-t-il fait une analyse géopolitique de la situation, notamment avec la proximité de l'Iran chiite?
    Sur le plan du droit, à quelle analyse le professeur s'est-il livré? En envahissant l'Irak sous de faux prétextes, Bush se plaçait dans l'illégalité puisque cette guerre n'avait pas reçu l'approbation de l'ONU. Dans un tel cas, il s'agit d'une agression selon la définition annexée à la résolution 3314 de l'Assemblée générale des Nations Unies, en date du 14 décembre 1974, adoptée par consensus : « ... l'agression est l'emploi de la force armée par un État contre la souveraineté, l'intégrité territoriale ou l'indépendance politique d'un autre État, ou de toute autre manière incompatible avec la Charte des Nations unies... » . C'est une définition simple et évidente, qui suffitsait à montrer ce qu'il en était de l'invasion de l'Irak : une guerre illégale, comme l'a d'ailleurs déclaré le secrétaire général de l'ONU, M. Kofi Annan.

    On aurait aimé que M. Ignatieff nous explique clairement tout cela, car sa décision d'appuyer G.W. Bush ressemble plus à une réaction émotionnelle qu'à une décision rationnelle, fondée sur de solides arguments. De la part d'un professeur, c'est au minimum ce à quoi on s'attend, puisqu'un enseignant n'est pas censé professer dans le vide. Cette particularité étant réservée aux prêcheurs de tous ordres et de toute secte.

    Or, cette lacune dans la reconnaissance d'une erreur de la part du député Ignatieff pose de sérieuses questions. S'il n'a procédé à aucune des analyses brièvement mentionnées, s'il n'a pas fondé sa décision sur de solides arguments logiques et rationnels, comme aurait dû le faire un professeur universitaire, il y a là matière à s'inquiéter. Dans son texte, il passe un peu trop vite sur l'importance bien relative des décisions d'un professeur et sur ses responsabilités. C'est une excuse un peu trop facile de dire, pour justifier son erreur de jugement que : «dans la vie universitaire, une idée fausse est simplement fausse. Dans la vie politique, une idée fausse peut ruiner la vie de millions de personnes. » Ce qu'il devrait expliquer c'est pourquoi il a appuyé une idée fausse, sur quoi son jugement s'est base et comment il va éviter de retomber dans la meme ornière.
    M. Ignatieff ne nous offre rien de tel. Or, les decisions politiques qu'il est amené à prendre devrait reposer elles aussi sur des fondements solides, pour qu'ellee ne soient des idées fausses. Il ferait bien de nous expliquer comment il va avoir le «sens de la réalité» en politique, selon son expression, alors qu'il ne l'a pas eu auparavant. S'exprimait-il alors à la légère? Et s'agit-il maintenant d'une veritable conversion? On est loin d'en être certain puisque pour lui «... la politique est du théâtre». On peut alors se demander si le texte qu'il vient de publier dans le New York Times sous le titre «Getting Iraq Wrong» n'est pas simplement le scenario d'une comédie de boulevard! »

  • Christiane Gervais
    Abonné
    lundi 6 août 2007 10h02
    La légèreté de Michael Ignatieff
    « Je ne crois pas que les commentateurs politiques s'amusent à dire n'importe quoi et à défendre n'importe quelle idée alors que les politiciens eux défendent la vérité. Michael Ignatieff a achevé de me convaincre, par ses deux textes, que les politiciens défendent n'importe quelle idée qui pourra leur rapporter des votes et qu'ils sont prêts eux, à dire n'importe quoi pour se faire élire. Je préfère de beaucoup la réflexion des intellectuels, même quand ils la poussent très loin dans un sens qui ne me convient pas toujours, parce que je suis convaincue que leur discours nous amène à pousser plus loin notre propre réflexion et qu'ils n'engagent pas un pays, ses soldats, ses citoyens et son économie dans des guerres injustes sous prétexte de défendre un idéal démocratique qui se révèle être, dans les faits, une agression pour contrôler le monde et s'accaparer ses richesses.
    Je trouve la deuxième prise de position de monsieur Ignatieff toute aussi légère que la première, elle va, de toute évidence, dans le sens où le vent tourne... »

  • Sylvain Racine
    Abonné
    lundi 6 août 2007 11h39
    Ignatieff is a big boy now: Il peut prendre des décisions maintenant. Il était temps, à son age. Aucune pitié pour ce hasbeen
    « Ignatieff a appris qu'il y avait une différence entre prendre une décision à titre d'universitaire et une autre à titre de politicien. Vraiment, c'est un grand garçon maintenant? BIEN NON! Il ne devrait pas y avoir de différence entre les deux.

    Par exemple, je me considère social-démocrate, alors je devrais voter pour un parti qui épouse des valeurs et un programme social-démocrate comme le NPD. Mais, si je quitte le Canada, est-ce que ça veut dire que, puisque je vis à l'étranger, je peux voter pour la droite dans le but de payer moins d'impôts et ne pas devoir payer pour les autres? Je crois que non.

    La question n'est ni politique ni universitaire. Je suis un simple citoyen avec une éducation modeste et pour moi ce n'est que du gros bon sens.

    Concernant l'Irak, universitaire ou politique, malgré mon petit baccalauréat d'une province francophone (oh, ce n'est pas Harvard), il était évident que l'Irak allait se transformer en un chaos et aussi le reste du Moyen-orient.

    Ignatieff vient de se rendre compte trop tard, comme beaucoup d'autres personnes entre 1929 et 1939 en Allemagne et en Italie, qu'un état fasciste s'installait, mais cette fois-ci en Amérique du Nord, et que cet état tente d'avaler le Canada et d'autres pays en Europe. Mais je sais que l'Europe ne va pas tomber dans le piège. Heureusement, Jacques Chirac a su ne pas tomber dans le piège. Et les Espagnols et les Italiens ont réussi à s'en sortir. depuis depuis près de 2 ans.

    J'invite fortement tout le monde à lire "Goliath: The March of Fascism https://www.questia.com/PM.qst?a=o&d=61934017

    Cette perle d'histoire a été écrite en Amérique par un intellectuel italien qui a fuit l'Italie au milieu des années 1930. Déjà, en 1937, il décrivait en détail les atrocités et les régimes d'Hitler et de Mussolini.

    En lisant ce livre, vous ne pourrez vous empêcher de comparer la montée du fasciste des années 1930 et les dernières années aux États-Unis puis ses "pushovers", dont le Canada qui s'empêtre en Afghanistan et pourrait bien se retrouver avec le rôle de l'Italie de la Seconde guerre mondiale.

    En toute modestie, j'ai quitté le Canada car je suis convaincu que le pire est pour arriver.Je suis peut-être paranoïaque ou totalement dérangé, mais je crois en l'histoire et si on l'analyse de près, il est facile de ne pas recréer les mêmes erreurs. Depuis 2001, j'ai personnellement vu une montée du fasciste aussi effarante que celle des années 1930. Ce n'est pas vrai que la télé, les journaux, internet et une meilleure éducation nous mettaient à l'abri du totalitarisme. À présent, ma seule arme, c'est ici, en lisant le devoir et en partageant mon expérience de lecture du livre "Goliath, the March of Fascism", qu'il reste encore un peu d'espoir de pouvoir éviter le pire.

    Autrement, quand l'on se rend compte que même un universitaire de renom qu'est Ignatieff et, en plus historien s'est fait lui-même prendre par une propagande évidente même pour des élèves du secondaire un peu curieux, c'est à se demander si l'être humain civilisé de l'occident peut vraiment se targuer d'être intelligent.

    En conclusion, vous avez sûrement vu la manchette d'hier dans un autre quotidien à savoir que supposément 60% de l'héroine dans les rues du Canada provient de l'Afghanistan? Qui veut gager sa prochaine paie que les Conservateurs vont jouer à dire des trucs du genre: "Oh, Canadiens et Canadiennes, nous devons lutter en Afghanistan pour empêcher l'héroine de venir tuer nos enfants, drogue qui finance le terrorisme."

    Et le pauvre petit peuple pas beaucoup plus intelligent que des singes vont l'avaler bien rond avec l'aide de la Presse, du Journal de Montréal et de Radio-Canada. Une chance qu'il reste le devoir. Mais, mon estime du genre humain est bien bas et je ne prédit rien de bon pour les prochaines années.

    Bonne chance »

  • Dominique Boivin
    Abonné
    lundi 6 août 2007 12h30
    A+
    « Monsieur Ignatieff apprend vite... très vite le métier du politicien et l'art théatrale. La politique est un art difficile a apprendre, c'est en autre l'art de parler en ne disant rien, d'écouter tout en faisant a sa tête ou encore de prômettre et d'accuser ses adversaires pour ne pas avoir livré la marchandise... C'est aussi et surtout l'art de dire les mots que l'on veut entendre même si on y croit pas ! Le jeu de la politique est et sera encore pour longtemps la conciliation entre les préoccupations du moment et les intérêts de la nation et d'une pléiades de groupes d'intérêts. Actuellement la mode concernant l'Irak est d'admettre que l'invasion américaine est une erreur, plutôt que de s'entêter de croire que cela est une bonne chose pour la démocratie. A preuve il s'agit de voir aller Hillary Clinton en ce moment pour s'en convaincre. De plus la mode très populaire s'il faut s'en dire est d'admettre que l'on a fait une erreur de jugement comme quoi l'erreur est humaine, comme quoi un politicien est aussi un humain avec toute la sincérité et la conviction nécessaire. Décidémment M. Ignatieff apprend l'art de la politique rapidement... »

  • Jean-François Couture
    Inscrit
    lundi 6 août 2007 12h30
    Pissant le mofo !
    « Ce grand insignifiant voit finalement la lumière après près d'un million de victimes civiles et des générations d'enfants rongés par les munitions à l'uranium...

    http://informationclearinghouse.info/article15266.htm

    et

    http://www.ledevoir.com/2007/08/03/commentaires/0708031139900.html

    Écoutez-donc Seymour Hersh à la place de cette pauvre excuse d'intello poseur !

    Faut dire que le parterre politique serait décimé ;)

    A Constitutional Duty (Seymour Hersh)
    http://www.youtube.com/watch?v=ty9HP_SWNw4

    "If the Nuremberg laws were applied, then every post-war American president would have been hanged" - Noam Chomsky

    "Not as tyrants have we come, but as liberators" - Adolf Hitler

    "We are watching a poorly staged rendition of Wag the Dog, interpreted for the morbidly stupid and performed by the criminally insane." - Jules Carlysle »

  • Marie Danielle Bourdages
    Inscrite
    mardi 7 août 2007 20h49
    Un mot pour les auteurs et les acteurs de la pièce : Remboursez !
    « Si un politicien ne sait pas encore que la politique est (encore plus aujourd'hui) un jeu de pouvoirs parmi lesquels des intérêts nationaux et/ou privés se mêlent aux intérêts dits internationaux, qu'en conclure ? Deux choix se présentent (mais s'il s'en trouve d'autres, que l'on me les fasse connaître, je vous prie) : soit on est très naïf, soit on prend la population pour des naïfs. Dans les deux cas, ça ne ravale pas joliment une façade.

    Si la politique est du théâtre, M. Ignatieff se montre ici mauvais acteur, dans un navet de pièce. Qu'il ne soit pas le seul n'a rien ni de consolant, ni de réconfortant.

    ( http://dadaettatou.wordpress.com/ ) »

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