Pas de militaires canadiens au Darfour
Ottawa ne se sent pas concerné par la mission onusienne au Soudan
2 août 2007
Canada
Photo : Agence Reuters
Le conflit au Darfour a fait plus de deux millions de déplacés.
Charlottetown — Le Canada n'a pas l'intention de déployer des militaires au Darfour, où les Nations unies ont décidé mardi d'envoyer une force internationale pour mettre fin aux exactions. Selon le ministre de la Défense nationale, l'ONU n'aurait d'ailleurs pas besoin du Canada. Les citoyens pacifistes qui disaient préférer une mission africaine de rétablissement de la paix à l'offensive plus musclée à Kandahar seront donc déçus.
«Nous n'avons pas reçu de demande», a dit hier matin le ministre Gordon O'Connor à l'occasion de la rencontre estivale du caucus conservateur. «Personne ne nous a demandé [de prendre part à la mission onusienne au Darfour]. À l'heure actuelle, l'ONU oriente davantage ses demandes de troupes vers les pays africains et asiatiques. C'est ce que j'en comprends.» Le ministre O'Connor a même poussé plus loin en prédisant qu'aucune demande de participation militaire à cette mission de l'ONU au Soudan ne sera faite.
«Mon instinct me dit, et je pourrais me tromper, mais il me dit que nous ne serons pas invités à fournir des troupes de combat ou quelque chose du genre. On nous demandera plutôt des appuis financiers et de l'équipement. Les troupes disponibles en Afrique et en Asie sont illimitées parce que [ces pays] ont d'immenses armées. [...] Ils peuvent fournir un grand nombre de soldats.» Mais le Canada, s'il le voulait, en serait-il capable? «Ça dépend de ce qu'on nous demande», s'est contenté de répondre le ministre O'Connor.
L'ONU a adopté cette semaine la résolution 1769 autorisant le déploiement d'une force conjointe ONU-Union africaine composée de 26 000 soldats et policiers. Cette résolution a été adoptée à l'unanimité. La force internationale vise à remplacer les 7000 soldats de l'Union africaine déjà en poste mais mal équipés et sous-financés.
L'an dernier, le chef d'état-major des Forces armées canadiennes, Rick Hillier, avait provoqué une commotion en affirmant que le Canada avait engagé trop de troupes en Afghanistan pour pouvoir se mobiliser aussi du côté du Soudan. «Notre capacité de faire quoi que ce soit sur le terrain avec une force terrestre est nulle. C'est aussi simple que ça, avait-il dit en décembre 2006. Nous utilisons chaque élément de notre force terrestre pour la mission en Afghanistan tout en maintenant une vigilance appropriée ici, chez nous, pour parer à toute éventualité.»
Cette sortie avait provoqué la colère des partis d'opposition à Ottawa, qui croient qu'une éventuelle mission de protection de la population soudanaise contre les groupes rebelles serait plus conforme à la tradition de maintien de la paix du Canada que les intenses combats menés en Afghanistan. Le Darfour, province de l'ouest du Soudan, est déchiré depuis 2003 par un conflit sanglant qui, selon certaines estimations, a fait 200 000 morts et 2,1 millions de déplacés. Le gouvernement soudanais, soupçonné d'avoir soutenu en sous-main les groupes rebelles, conteste ces chiffres.
Idéalisme naïf
Les partis d'opposition ont invité hier le gouvernement conservateur à saisir cette occasion offerte par l'ONU de faire du Darfour une priorité. Selon Vivian Barbot, du Bloc québécois, la sortie du ministre O'Connor prouve que l'intervention en Afghanistan a bel et bien grevé les capacités militaires canadiennes et limite ses possibilités d'intervention ailleurs dans le monde, malgré ce qu'en dit le gouvernement.
«Si le ministre nous dit que l'ONU ne demande pas notre intervention, c'est qu'ils ont déjà fait leurs tractations», a-t-elle déploré en entrevue avec Le Devoir. Du côté libéral, le critique en matière d'affaires étrangères, Ujjal Dosanjh, estime que la sortie du ministre O'Connor prouve que «l'Afrique n'apparaît pas sur l'écran radar» du gouvernement conservateur.
Interrogés à ce sujet, les ministres québécois présents à la réunion du caucus hier se sont faits discrets en ce qui a trait aux pressions qu'ils exercent — ou n'exercent pas — au sein de leur parti pour qu'Ottawa se mobilise de façon significative au Soudan. Seule la ministre responsable de l'Aide internationale, Josée Verner, a cru bon de mettre en garde contre une certaine naïveté pacifiste. Rien ne garantit, a-t-elle dit, qu'une éventuelle mission soudanaise serait moins dangereuse, moins militaire et moins contestée sur le terrain que celle en Afghanistan.
«Il faut faire attention, a déclaré Mme Verner au Devoir. Il y a beaucoup de groupes armés, et il ne faut pas penser que les troupes qui vont aller là seront accueillies avec des colliers de fleurs autour du cou.» Elle a en outre rappelé que la réticence de Khartoum à accepter une intervention étrangère en dit long sur le degré de tension auquel feraient face des soldats canadiens s'ils devaient un jour s'y rendre.
Pas de contradiction à propos de l'Afghanistan
Gordon O'Connor, dont l'avenir ministériel fait l'objet de beaucoup de conjectures depuis plusieurs semaines, s'est par ailleurs défendu d'avoir contredit son chef d'état-major Rick Hillier à propos de la rapidité avec laquelle les troupes afghanes pourraient prendre la relève des troupes canadiennes sur le terrain à Kandahar.
«Le général Hillier et moi-même sommes sur la même longueur d'onde, a assuré le ministre en début de journée. En fait, les informations que je vous ai fournies m'avaient été transmises par le général Hillier lui-même!» M. O'Connor avait indiqué que les soldats afghans prendraient la relève des Canadiens après leur départ, en février 2009, mais Rick Hillier a émis de sérieux doutes dimanche quant à la plausibilité d'une échéance aussi rapprochée. Selon le ministre, ce sont les médias qui ont inventé cette contradiction apparente.
«Je n'ai jamais dit que les unités de combat seraient prêtes dans six mois, a dit le ministre hier. J'ai dit qu'au cours des six prochains mois, de quatre à cinq bataillons seraient prêts à être entraînés. Et si vous lisez mes propos, un mot à la fois, vous verrez que j'ai dit qu'éventuellement, nous serons capables d'en faire une sorte de réserve. Mais nous ne savons pas combien de temps cela prendra.»
Se refaire des forces
Cette réunion des troupes conservatrices à l'Île-du-Prince-Édouard est l'occasion de planifier leur stratégie automnale. Le gouvernement de Stephen Harper a épuisé ses fameuses cinq priorités et la session parlementaire printanière, qui l'a obligé à se commettre sur deux terrains o ù il n'avait pas prévu le faire — l'environnement et le traitement des prisonniers en Afghanistan —, lui a fait perdre de son lustre. Les derniers sondages démontrent que le parti se dégonfle dans les intentions de vote. L'enquête d'opinion menée par Strategic Counsel pour le compte du Globe and Mail à la mi-juillet conclut que les conservateurs sont désormais coude à coude avec les libéraux de Stéphane Dion, à 31 % (la marge d'erreur étant de 3,1 %). «Ce caucus estival est toujours l'occasion de se ressourcer», a dit le ministre de l'Industrie, Maxime Bernier.
Les conservateurs pourraient-ils aller jusqu'à dissoudre le Parlement et à revenir en force avec un nouveau discours du Trône? Cette idée ne plaît guère, du moins pas au député albertain et président du caucus, Rahim Jaffer. «Beaucoup de projets de loi figurent encore à l'ordre du jour [et ne sont toujours pas adoptés]», a dit M. Jaffer. «En ce qui concerne la prorogation, je ne suis pas certain que ce soit nécessaire.»
Plusieurs députés et ministres ont toutefois fait valoir la nécessité de revenir aux valeurs sûres conservatrices, notamment la lutte contre la criminalité et les baisses d'impôt. D'ailleurs, Stephen Harper y a fait abondamment référence lors de son discours en fin de soirée hier, livré devant environ 800 militants.
Cette réunion du caucus se déroule par ailleurs dans la même atmosphère de contrôle et de paranoïa, devenue la marque de commerce du gouvernement conservateur. Ainsi, non seulement le lieu de cette rencontre et sa date ont été gardés secrets jusqu'à la toute dernière minute, les journalistes ont aussi été expulsés hier matin de l'hôtel-centre de conférence où ils faisaient le pied de grue pour interroger les députés de leur choix. Les officiers de la GRC ont dit avoir reçu l'ordre du bureau du premier ministre d'agir ainsi. Selon le président du caucus, Rahim Jaffer, cette mesure vise à préserver le caractère privé de la rencontre du caucus, à laquelle étaient invitées les familles des députés et des sénateurs.
«Nous n'avons pas reçu de demande», a dit hier matin le ministre Gordon O'Connor à l'occasion de la rencontre estivale du caucus conservateur. «Personne ne nous a demandé [de prendre part à la mission onusienne au Darfour]. À l'heure actuelle, l'ONU oriente davantage ses demandes de troupes vers les pays africains et asiatiques. C'est ce que j'en comprends.» Le ministre O'Connor a même poussé plus loin en prédisant qu'aucune demande de participation militaire à cette mission de l'ONU au Soudan ne sera faite.
«Mon instinct me dit, et je pourrais me tromper, mais il me dit que nous ne serons pas invités à fournir des troupes de combat ou quelque chose du genre. On nous demandera plutôt des appuis financiers et de l'équipement. Les troupes disponibles en Afrique et en Asie sont illimitées parce que [ces pays] ont d'immenses armées. [...] Ils peuvent fournir un grand nombre de soldats.» Mais le Canada, s'il le voulait, en serait-il capable? «Ça dépend de ce qu'on nous demande», s'est contenté de répondre le ministre O'Connor.
L'ONU a adopté cette semaine la résolution 1769 autorisant le déploiement d'une force conjointe ONU-Union africaine composée de 26 000 soldats et policiers. Cette résolution a été adoptée à l'unanimité. La force internationale vise à remplacer les 7000 soldats de l'Union africaine déjà en poste mais mal équipés et sous-financés.
L'an dernier, le chef d'état-major des Forces armées canadiennes, Rick Hillier, avait provoqué une commotion en affirmant que le Canada avait engagé trop de troupes en Afghanistan pour pouvoir se mobiliser aussi du côté du Soudan. «Notre capacité de faire quoi que ce soit sur le terrain avec une force terrestre est nulle. C'est aussi simple que ça, avait-il dit en décembre 2006. Nous utilisons chaque élément de notre force terrestre pour la mission en Afghanistan tout en maintenant une vigilance appropriée ici, chez nous, pour parer à toute éventualité.»
Cette sortie avait provoqué la colère des partis d'opposition à Ottawa, qui croient qu'une éventuelle mission de protection de la population soudanaise contre les groupes rebelles serait plus conforme à la tradition de maintien de la paix du Canada que les intenses combats menés en Afghanistan. Le Darfour, province de l'ouest du Soudan, est déchiré depuis 2003 par un conflit sanglant qui, selon certaines estimations, a fait 200 000 morts et 2,1 millions de déplacés. Le gouvernement soudanais, soupçonné d'avoir soutenu en sous-main les groupes rebelles, conteste ces chiffres.
Idéalisme naïf
Les partis d'opposition ont invité hier le gouvernement conservateur à saisir cette occasion offerte par l'ONU de faire du Darfour une priorité. Selon Vivian Barbot, du Bloc québécois, la sortie du ministre O'Connor prouve que l'intervention en Afghanistan a bel et bien grevé les capacités militaires canadiennes et limite ses possibilités d'intervention ailleurs dans le monde, malgré ce qu'en dit le gouvernement.
«Si le ministre nous dit que l'ONU ne demande pas notre intervention, c'est qu'ils ont déjà fait leurs tractations», a-t-elle déploré en entrevue avec Le Devoir. Du côté libéral, le critique en matière d'affaires étrangères, Ujjal Dosanjh, estime que la sortie du ministre O'Connor prouve que «l'Afrique n'apparaît pas sur l'écran radar» du gouvernement conservateur.
Interrogés à ce sujet, les ministres québécois présents à la réunion du caucus hier se sont faits discrets en ce qui a trait aux pressions qu'ils exercent — ou n'exercent pas — au sein de leur parti pour qu'Ottawa se mobilise de façon significative au Soudan. Seule la ministre responsable de l'Aide internationale, Josée Verner, a cru bon de mettre en garde contre une certaine naïveté pacifiste. Rien ne garantit, a-t-elle dit, qu'une éventuelle mission soudanaise serait moins dangereuse, moins militaire et moins contestée sur le terrain que celle en Afghanistan.
«Il faut faire attention, a déclaré Mme Verner au Devoir. Il y a beaucoup de groupes armés, et il ne faut pas penser que les troupes qui vont aller là seront accueillies avec des colliers de fleurs autour du cou.» Elle a en outre rappelé que la réticence de Khartoum à accepter une intervention étrangère en dit long sur le degré de tension auquel feraient face des soldats canadiens s'ils devaient un jour s'y rendre.
Pas de contradiction à propos de l'Afghanistan
Gordon O'Connor, dont l'avenir ministériel fait l'objet de beaucoup de conjectures depuis plusieurs semaines, s'est par ailleurs défendu d'avoir contredit son chef d'état-major Rick Hillier à propos de la rapidité avec laquelle les troupes afghanes pourraient prendre la relève des troupes canadiennes sur le terrain à Kandahar.
«Le général Hillier et moi-même sommes sur la même longueur d'onde, a assuré le ministre en début de journée. En fait, les informations que je vous ai fournies m'avaient été transmises par le général Hillier lui-même!» M. O'Connor avait indiqué que les soldats afghans prendraient la relève des Canadiens après leur départ, en février 2009, mais Rick Hillier a émis de sérieux doutes dimanche quant à la plausibilité d'une échéance aussi rapprochée. Selon le ministre, ce sont les médias qui ont inventé cette contradiction apparente.
«Je n'ai jamais dit que les unités de combat seraient prêtes dans six mois, a dit le ministre hier. J'ai dit qu'au cours des six prochains mois, de quatre à cinq bataillons seraient prêts à être entraînés. Et si vous lisez mes propos, un mot à la fois, vous verrez que j'ai dit qu'éventuellement, nous serons capables d'en faire une sorte de réserve. Mais nous ne savons pas combien de temps cela prendra.»
Se refaire des forces
Cette réunion des troupes conservatrices à l'Île-du-Prince-Édouard est l'occasion de planifier leur stratégie automnale. Le gouvernement de Stephen Harper a épuisé ses fameuses cinq priorités et la session parlementaire printanière, qui l'a obligé à se commettre sur deux terrains o ù il n'avait pas prévu le faire — l'environnement et le traitement des prisonniers en Afghanistan —, lui a fait perdre de son lustre. Les derniers sondages démontrent que le parti se dégonfle dans les intentions de vote. L'enquête d'opinion menée par Strategic Counsel pour le compte du Globe and Mail à la mi-juillet conclut que les conservateurs sont désormais coude à coude avec les libéraux de Stéphane Dion, à 31 % (la marge d'erreur étant de 3,1 %). «Ce caucus estival est toujours l'occasion de se ressourcer», a dit le ministre de l'Industrie, Maxime Bernier.
Les conservateurs pourraient-ils aller jusqu'à dissoudre le Parlement et à revenir en force avec un nouveau discours du Trône? Cette idée ne plaît guère, du moins pas au député albertain et président du caucus, Rahim Jaffer. «Beaucoup de projets de loi figurent encore à l'ordre du jour [et ne sont toujours pas adoptés]», a dit M. Jaffer. «En ce qui concerne la prorogation, je ne suis pas certain que ce soit nécessaire.»
Plusieurs députés et ministres ont toutefois fait valoir la nécessité de revenir aux valeurs sûres conservatrices, notamment la lutte contre la criminalité et les baisses d'impôt. D'ailleurs, Stephen Harper y a fait abondamment référence lors de son discours en fin de soirée hier, livré devant environ 800 militants.
Cette réunion du caucus se déroule par ailleurs dans la même atmosphère de contrôle et de paranoïa, devenue la marque de commerce du gouvernement conservateur. Ainsi, non seulement le lieu de cette rencontre et sa date ont été gardés secrets jusqu'à la toute dernière minute, les journalistes ont aussi été expulsés hier matin de l'hôtel-centre de conférence où ils faisaient le pied de grue pour interroger les députés de leur choix. Les officiers de la GRC ont dit avoir reçu l'ordre du bureau du premier ministre d'agir ainsi. Selon le président du caucus, Rahim Jaffer, cette mesure vise à préserver le caractère privé de la rencontre du caucus, à laquelle étaient invitées les familles des députés et des sénateurs.
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