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L'intérêt de M. Harper

Norman Spector   26 juillet 2007  Canada
Il y a deux semaines, j'ai écrit dans ces pages que les Canadiens seraient perçus comme ceux qui s'excusent pour aller aux toilettes au moment même où la facture arrive si le premier ministre Stephen Harper décidait d'annoncer l'abandon de notre mission à Kandahar, comme le réclame le chef du Parti libéral, Stéphane Dion. Au lieu de cela, j'ai suggéré qu'il était dans l'intérêt national que M. Harper informe nos alliés de notre volonté de continuer cette mission, à condition qu'ils fassent de même, à la mesure, bien sûr, de leurs contingents et de leur population. Aujourd'hui, je vous expliquerai pourquoi cette approche est aussi dans l'intérêt de M. Harper.

Le plus récent sondage, réalisé alors qu'on apprenait tout juste la mort de six soldats canadiens, montre que les deux tiers des Canadiens croient que nos pertes en Afghanistan sont inacceptables. Le sondeur Bruce Anderson, de la firme Decima, a expliqué que c'est le manque de progrès en Afghanistan qui a semé le doute dans l'esprit de la population. La plupart des observateurs estiment que les progrès auraient été plus grands et les pertes civiles moins importantes si l'OTAN avait déployé plus de troupes sur le territoire afghan. À ce compte, il serait périlleux pour M. Harper d'annoncer que le Canada abandonne sa mission en Afghanistan alors que la moitié des sympathisants conservateurs jugent que les sacrifices canadiens ne sont pas excessifs. S'il coupe court à la mission, il risque fort de s'aliéner leur confiance.

Aujourd'hui, le Parti libéral du Canada, celui-là même qui nous a engagés dans cette guerre et qui a pris la décision de déployer nos soldats dans la dangereuse région de Kandahar, a décidé de jouer avec l'opinion publique pour des raisons strictement partisanes. Cependant, il est tout à fait possible que son caucus se divise si M. Harper devait suivre la ligne de conduite que je propose. Ce ne serait pas la première fois. L'an dernier, la division a prévalu quand le premier ministre a proposé de prolonger de deux ans notre mission en Afghanistan.

Parmi ces députés libéraux, un certain nombre sont vraisemblablement préoccupés par de possibles violations des droits de la personne si les talibans reviennent au pouvoir. D'autres députés libéraux, qui espèrent retourner au pouvoir sous peu, cherchent présentement à mesurer l'effet d'un retrait sur notre réputation internationale et sur notre position en tant que pays membre de l'OTAN. Sans parler des incidences géostratégiques d'une possible défaite en Afghanistan.

À la différence des libéraux, les néo-démocrates ont conservé une position cohérente sur l'Afghanistan depuis 2001. Après les attentats du 11-Septembre, leur députation s'est opposée à la décision de Jean Chrétien d'envoyer nos troupes à la guerre. Ce qui n'empêche pas qu'on puisse trouver dans leurs rangs des députés qui sont sensibles aux allégations voulant qu'un retrait des troupes canadiennes se fasse au prix de l'abandon du sort des femmes afghanes aux talibans. À ce propos, vous entendrez souvent des néo-démocrates et d'autres gauchistes faire référence aux critiques formulées par la législatrice afghane Malalai Joya, même s'ils reconnaissent rarement que Mme Joya s'oppose ouvertement à un retrait des forces de l'OTAN.

Pour sa part, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, ne réclame pas un retrait immédiat de l'Afghanistan comme le fait M. Layton, cela même si le sentiment pacifiste est plus fort au Québec que partout ailleurs au Canada. À la grande différence du NPD, et même ces jours-ci des libéraux, le Bloc joue rarement la carte anti-américaine ou anti-OTAN.

Aujourd'hui, Jack Layton reçoit un appui grandissant à travers le pays et il essaiera de profiter de la montée du sentiment pacifiste pour arracher l'élection partielle d'Outremont. De l'autre côté, le candidat libéral, Jocelyn Coulon, défendra les décisions des gouvernements libéraux de Jean Chrétien et de Paul Martin. Reste à connaître la position du candidat conservateur, Gilles Duguay, nommé hier. Il aura une occasion en or de tester la cohésion des troupes libérales auprès de M. Coulon, un homme à l'intégrité intellectuelle incontestée.

M. Harper aura besoin de l'appui d'au moins un parti aux Communes, ou encore d'un nombre suffisant de députés dans un vote libre, pour poursuivre l'approche que je préconise. S'il réussit, il pourra employer son statut de chef d'un gouvernement minoritaire — à l'instar des présidents américains qui utilisent le Sénat pour renforcer leur position dans les négociations internationales — pour mettre de la pression sur nos alliés afin qu'ils annoncent un engagement plus important en Afghanistan.

S'il échoue, M. Harper pourra quand même dire à nos alliés et au monde qu'il a fait de son mieux. Ce faisant, il pourra aussi espérer que la question de l'Afghanistan devienne moins importante d'ici la prochaine élection. À moins bien sûr que des abus aux droits de la personne ou des attaques terroristes ne fleurissent après le retrait canadien. Le cas échéant, M. Harper sera alors en mesure d'invoquer ces événements comme autant de raisons supplémentaires pour lui accorder un gouvernement majoritaire.

***

Norman Spector est chroniqueur politique au Globe and Mail.

nspector@globeandmail.ca
 
 
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  • Gérard Lépine - Abonné
    26 juillet 2007 06 h 29
    quebec encore
    une fois de plus les colonisateurs vont envoyer les quebecois au pilon "au nom du Canada" et quelques têtes fortes potentielles seront parties...
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  • Gérard Lépine - Abonné
    26 juillet 2007 06 h 31
    encore quebec
    une fois de plus, les colonisateurs vont envoyer des Québécois au casse-pipe et se debarasser de quelques têtes fortes! Norman : I have known you for years, but you've never understood anything about the Real Québec...
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  • Normand Ouellet - Inscrit
    26 juillet 2007 08 h 10
    L'intérêt de M. Harper
    Bonjour M. Spector,

    On voit ici une analyse très egocentrique qui motive une décision d'utiliser les jouets de guerre pour se donner bonne figure par rapport à nos petits amis. Cela ressemble à l'état d'âme d'un adolescent qui ne sait comment agir face au groupe et qui par manque de confiance agit pour plaire sans se soucier des impacts de ses actions. Je vous suggère de garder en tête l'objectif. Quel est l'objectif de cette implication? Les moyens utilisés nous aideront-ils à atteindre cet objectif? Il semble que le véritable objectif ici soit l'indice de popularité du chef en vue de se faire réélire. Quant aux afghans, ce ne sont que des accessoires! L'intérêt de M. Harper vibre t-il en harmonie avec les intérêts des canadiens?
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  • Gilles Bousquet - Inscrit
    26 juillet 2007 08 h 30
    SPECTOR A ENCORE TORT
    M. Spector semble être pleinement d'accord avec ce qu'il rapporte : «les pertes civiles seraient moins importantes si l'OTAN avait déployé plus de troupes sur le territoire afghan.»

    Vous avez encore tort M. Spector. Quand bien même que l'OTAN enverrait 100 000 soldats de plus en Afghanistan, ça serait comme en Irak avec les Américains qui n'améliore pas leurs chances avec des soldats en plus. Le peuple Afghan est comme le peuple Irakien, il est contre les soldats étrangers sur son territoire et ces 2 pays vont les sortir tôt ou tard après bien des morts si on s'obstine à vouloir leur bonheur à l'américaine.
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  • Jacques Morissette Jacques Morissette - Abonné
    26 juillet 2007 09 h 25
    Vous défendez qui, la cause de monsieur Harper ou notre intervention en Afghanistan?
    Sous le couvert de vos arguments, on sent à plein nez votre sympathie envers le gouvernement conservateur de monsieur Harper. Le titre de votre texte en dit long à ce propos: "L'intérêt de monsieur "Harper". La conclusion de votre texte aussi nous montre votre sympathie conservatrice:
    "S'il échoue, M. Harper pourra quand même dire à nos alliés et au monde qu'il a fait de son mieux. Ce faisant, il pourra aussi espérer que la question de l'Afghanistan devienne moins importante d'ici la prochaine élection. À moins bien sûr que des abus aux droits de la personne ou des attaques terroristes ne fleurissent après le retrait canadien. Le cas échéant, M. Harper sera alors en mesure d'invoquer ces événements comme autant de raisons supplémentaires pour lui accorder un gouvernement majoritaire."

    Maintenant, reste à savoir une chose : Êtes-vous vraiment en faveur de l'intervention du Canada en Afghanistan ou si vous l'êtes par ricochet pour appuyer la cause de monsieur Harper?
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  • Serge Charbonneau - Abonné
    26 juillet 2007 09 h 52
    L'intérêt de M. Spector
    Éditorial ou discours politique?
    Les plateaux de la balance montrent plus de poids informatif ou est-ce le plateau de la propagande qui l'emporte?

    Un "JE" gros comme le bras: JE suggère, JE préconise.
    Ça ressemble nettement plus à un discours politique partisan qu'à un éditorial "journalistique".

    M. Spector tarde à se lancer candidat conservateur.
    Il sait pertinemment que le pouvoir de sa plume est bien supérieur à tous les discours des politiciens officiels.

    Il parle de tuerie avec détachement, "la moitié des sympathisants conservateurs jugent que les sacrifices canadiens ne sont pas excessifs"! Si son fils faisait parti des "sacrifices canadiens non excessifs", aurait-il le même détachement.

    Tuerie, guerre, voilà ce qui se passe en Afghanistan.
    Armes, beaucoup d'armes et de bombes, voilà ce qui rapporte chez nous.
    Droits humains! Ils sont bien utiles pour justifier cette occupation juste.
    Condition de la femme, oui nous les aimons les femmes afghanes!

    Et la position stratégique contre la Russie de Poutine contre l'Iran anti-impérial, et l'oléoduc de la compagnie UNOCAL, et le gaz, et le pétrole... est-ce que ces considérations existent?

    Applaudissons lorsque l'on nous annonce la mort de 100 Talibans. Ce ne sont pas des humains, ce ne sont que des Talibans, ce sont tous des Talibans, ce sont tous des terroristes, ce sont tous des fanatiques religieux.
    Nous sommes les bons, ils sont les méchants. Il faut continuer de tuer, il n'y a pas d'autres moyens, il faut tous les tuer. Encore des milliers de morts s'il le faut.

    Mais tuera-t-on la haine que nous semons?

    Si les propositions de M. Spector sont entendues, il semble que les investissements dans les usines de Burkas et de bombes, demeurent encore bons pour plusieurs années.
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  •  
  • André Chamberland - Inscrit
    26 juillet 2007 11 h 47
    NON monsieur Spector
    Si on suit votre idée, le Canada sera pris dans un tourbillon qui l'entraîne déjà dans une guerre3 après une autre. Les États-Unis sèment la guerre et la destruction dans tous les pays, les uns après les autres, et compte ensuite sur les autres alliés, dont le Canada, pour réparer les pots cassés et rétablir la paix, telle que la conçoit les étatsuniens.

    Un jour, les États-Unis envahiront aussi le Canada. Arrêtons tout de suite ce jeu dangereux.

    André Chamberland
    Lévis QC
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  • André Loiseau - Abonné
    26 juillet 2007 13 h 41
    Les Talibans héroïques
    Il n'y aurait pas de problême pour quitter, ou à la suite de "notre" départ et aucun coût inutile si "nous" n'y étions jamais allé.

    Il n'y avait aucune urgence d'occupation quand les mêmes Talibans, lorsqu'ils se battaient contre l'occupant russe et dont le Ben Laden était reçu à Washington, furent cités en exemple tel des héros dans tous les magasines de la planète. On les voyait grimper, héroïques chèvres, mitraillette à l'épaule, les flancs de leurs montagnes pour débusquer l'envahisseur communiste.
    C'était avant que l'on mente à tous vents pour désinformer.

    Est-il bien que "nos" soldats aillent donner leur vie sans poser de questions pour sauver la face du président d'un autre pays, d'un Busch qui vampirise le pétrole pour l'offrir aux pétro-voleuses qui encrassent et tueront encore des millions de gens par leurs attaques contre la nature?
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  •  
  • Simon Garneau - Abonné
    26 juillet 2007 21 h 14
    JUSTIFICATION À GÉOMÉTRIE VARIABLE
    Depuis un certain temps, on peut observer une évolution dans la justification de l'intervention militaire en Afghanistan. Après la guerre au terroriste, ce fut la reconstruction du pays, et présentement ce serait le prix à payer pour défendre nos valeurs et prétendre pouvoir jouer un rôle majeur sur l'échiquier mondial
    C'est le même genre d'argument qui fut utilisé dans le passé, par les pays européens pour justifier la colonisation. Ils devaient, prétendaient-ils, envahir militairement les régions d'Afrique d'Asie et d'Amérique pour imposer la civilisation chrétienne à ces pauvres peuples ignorants. Ces peuples en subissent encore les séquelles aujourd'hui.

    Il est de plus en plus évident que cette intervention militaire se transforme en guerre coloniale classique dont on ne peut espérer voir la fin.

    Après on s'étonne du manque d'appuis de la population à une telle aventure.
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