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Combattre en Afghanistan après 2009? C'est non, affirme Harper

Alec Castonguay   17 juillet 2007  Canada
Le vent tourne. Après avoir maintenu la ligne dure depuis son arrivée au pouvoir, le premier ministre Stephen Harper a adouci deux fois plutôt qu'une sa position sur la mission en Afghanistan. Il est maintenant de plus en plus clair que le Canada mettra fin en 2009 à sa mission de combat dans ce pays instable. Et le départ vers Kandahar des soldats de Valcartier n'est pas étranger au changement de direction.

Ottawa — La nouvelle est passée complètement inaperçue, puisque Stephen Harper a réservé ses commentaires à une radio locale de Calgary, dans son fief albertain. Interrogé le 10 juillet dernier sur son désir de poursuivre la mission de combat actuelle au-delà de février 2009, Stephen Harper a répondu un «non» sans équivoque. «Je pense que si on reste en Afghanistan après 2009, les Canadiens s'attendent à ce que l'on ait une nouvelle mission, a-t-il dit. Les Canadiens sont assez clairs: si on reste après 2009, il faudra avoir une certaine évolution [dans la mission].»

Le premier ministre a répété qu'il faudrait un «certain consensus» à la Chambre des communes pour poursuivre la mission et qu'un vote sera éventuellement tenu. Stephen Harper a également soutenu que l'OTAN pouvait encore faire mieux en Afghanistan. «La vérité, c'est que l'OTAN ne met toujours pas suffisamment de soldats sur le terrain pour apporter une stabilité permanente à l'Afghanistan. Les Canadiens sont assez clairs, ils veulent un partage du fardeau plus équitable», a-t-il dit sur les ondes de la radio de Calgary. Le bureau du premier ministre a refusé la demande d'entrevue du Devoir sur le sujet.

Ces propos du premier ministre représentent un sérieux changement de cap. Encore ce printemps, lors de sa visite à des soldats canadiens à Kandahar, Stephen Harper avait soutenu qu'il ne fallait pas fixer une date arbitraire de retrait des troupes. Il n'était pas non plus question d'une réorientation de la mission. «Vous savez que votre travail n'est pas achevé, avait-t-il dit aux militaires sous un soleil de plomb typique du sud afghan. Vous savez que nous ne pouvons pas simplement rendre les armes et espérer que la paix viendra par elle-même. Vous savez que nous ne pouvons pas fixer des délais rendre les armes et espérer que la paix viendra par elle-même. Vous savez que nous ne pouvons pas fixer des délais arbitraires et espérer qu'ils seront respectés.»

Or, la porte de sortie pourrait bien venir en partie de l'armée nationale afghane. En entrevue avec Le Devoir le 27 juin dernier, le chef d'état-major de la Défense, Rick Hillier, a soutenu que le Canada allait se concentrer de plus en plus sur ce rôle d'entraînement. Dans les prochains mois, le Canada triplera le nombre de soldats affectés à la formation de l'armée afghane à Kandahar, là où les troupes de l'OTAN et les militaires afghans traquent ensemble les talibans. Actuellement de 65, le nombre de soldats-instructeurs passera à plus de 200, a annoncé Rick Hillier.

«Nous allons prendre tous les moyens possibles pour que les talibans ne reprennent pas le dessus, et un de ces moyens, c'est de s'assurer que l'armée nationale afghane soit efficace, a dit le chef d'état-major. Depuis 2002, on se concentre beaucoup sur la formation de base de l'armée afghane, mais là, on passe tranquillement aux opérations concrètes sur le terrain. C'est un gros changement et il faut les aider. Ultimement, c'est l'armée afghane qui va empêcher les talibans de revenir.» Dans la province de Kandahar, Rick Hillier espère que de 3500 à 5000 soldats afghans seront pleinement opérationnels le printemps prochain. «Je pense que le gros des combats contre les talibans l'été prochain sera mené par l'armée afghane», a-t-il dit. Des propos qu'il a répétés au Toronto Star le 12 juillet dernier.

L'influence du Québec

Selon Michael Byers, professeur de géopolitique internationale à l'Université de la Colombie-Britannique, le gouvernement Harper commence à changer de discours au bon moment, puisque le départ de 2000 soldats québécois de Valcartier vers Kandahar n'augure rien de bon au point de vue politique. «L'impopularité de la mission au Québec est un gros problème pour Harper, qui veut faire des gains électoraux dans cette province. Si les morts se multiplient, ça va devenir dangereux, car sans le Québec il n'aura jamais une majorité aux Communes», dit-il.

Selon Michael Byers, il ne serait pas étonnant de voir moins de combats intenses dans les six à neuf prochains mois. «Si j'étais Harper, je demanderais aux militaires de mettre la pédale douce pendant que les gars du Québec sont là, question de ne pas subir trop de pertes qui vont nuire au gouvernement», dit-il.

Les derniers coups de sonde sont unanimes: entre 60 et 70 % des Québécois s'opposent au déploiement des troupes en Afghanistan, une proportion largement supérieure à celle dans le reste du pays, qui est plutôt divisé sur la mission.

Pourtant, l'incidence du déploiement de Valcartier ne s'est toujours pas fait sentir, estime Jean-Marc Léger, président de Léger Marketing. Les soldats québécois qui quittent le pays ces jours-ci (et jusqu'à la fin août) seront déployés durant six à neuf mois en terrain hostile. «Quand les noms francophones comme Tremblay, Gagnon ou Potvin vont revenir dans des cercueils, ça va faire mal», dit Jean-Marc Léger. La cote de popularité du gouvernement Harper au Québec, qui s'élevait à 56 % dans le sondage Léger Marketing-Le Devoir du 29 mai dernier, devrait chuter, selon lui.

La faible popularité de la mission au Québec pourrait également avoir des conséquences tragiques, estime l'historien militaire Jack Granatstein, qui est membre de l'Institut canadien des affaires étrangères et de la défense. «Je pense que les talibans vont délibérément cibler les gars de Valcartier, sachant que la mission au Québec est impopulaire et que l'engagement du Canada pourrait vaciller plus facilement», dit-il.

En effet, depuis deux ans, les services de renseignement en Afghanistan et les soldats canadiens à Kandahar ont eu la preuve à plusieurs reprises — notamment en trouvant des documents dans les repaires talibans et en faisant de l'écoute électronique — que les insurgés et leurs alliés d'al-Qaïda sont très au fait des débats politiques dans les différents pays de l'OTAN. Internet, en particulier, est scruté à la loupe par les talibans.

Le Québec à part

Les militaires et fonctionnaires affectés à la section de la recherche d'opinion publique au ministère de la Défense, à Ottawa, sont bien au parfum de la tendance lourde au Québec. Chaque année, la firme CROP étudie en profondeur la perception des Canadiens et des Québécois envers les Forces armées. L'enquête d'opinion de cette année a été remise en mars 2007 au ministère de la Défense. Plus de 2700 personnes ont été interrogées dans le cadre de cette recherche (la marge d'erreur est de 2 %).

Le verdict est clair, selon le président de CROP, Alain Giguère, qui pilote ce type d'étude depuis 15 ans pour les Forces armées. «Sur le plan qualitatif, la perception de l'armée est bonne d'un océan à l'autre, avec 53 % d'opinions favorables ou très favorables. Mais c'est sûr qu'au Québec le nombre de gens qui perçoivent favorablement les Forces canadiennes est plus faible qu'ailleurs. Historiquement, cela a toujours été le cas. Les Québécois savent que, dans l'armée, on te met un gun dans les mains et qu'on peut avoir à l'utiliser. Au Québec, on n'est pas prêt à ça. Risquer sa vie pour le pays, ce n'est pas notre genre», explique au Devoir Alain Giguère.

Le président de CROP estime que l'appui plus faible de la mission au Québec aura un effet politique certain dans les mois à venir. «Même chez ceux qui appuient la mission au Québec, la conviction est plus fragile qu'ailleurs au pays, soutient Alain Giguère. Je n'ai aucun doute que le soutien à la mission au Québec va dégringoler plus vite qu'ailleurs si les morts s'accumulent.»

L'enquête de CROP permet également de constater que le Québec perçoit différemment le rôle des Forces canadiennes. Dans la conclusion de sa vaste enquête, la firme de recherche écrit: «Quant au rôle qu'on favorise pour les forces, les points de vue sont fondamentalement partagés. D'une part, environ 40 % sont d'avis que la défense et la sécurité devraient constituer le rôle majeur des Forces canadiennes. Tandis qu'un autre 40 % estiment que la raison d'être des Forces devrait s'articuler autour de l'aide humanitaire en cas d'urgence ou encore au maintien de la paix.»

Ce choc entre une vocation «plus traditionnelle» et une vocation «plus humaniste» et «postmoderne» des Forces n'est pas aussi fort au Québec, affirme Alain Giguère. «Les deux blocs sont de plus en plus campés sur leurs positions, mais au Québec la majorité des gens optent pour la vocation plus humaniste. Ce n'est pas aussi divisé que dans le reste du pays», dit-il.

Cette perception des Forces canadiennes au Québec, alors que le Canada ne fournit plus de Casques bleus depuis dix ans, pourrait expliquer une partie de l'opposition à la mission afghane, où le rôle canadien de pays combattant pour pacifier la région de Kandahar est bien visible et heurte la vision québécoise de l'armée, soutient le sondeur.






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  • André Chamberland
    Inscrit
    mardi 17 juillet 2007 06h36
    Voila une grande différence dans les valeurs fondamentales
    « Il y a une grande différence dans les valeurs fondamentales entre les citoyens des deux nations canadienne et québécoise.

    Au Québec, la paix, la vie, la liberté.
    Au Canada, la guerre, la mort, le pouvoir.

    Une autre raison pour un pays pour le Québec.

    André Chamberland
    Lévis QC »

  • Michel Lebel
    Inscrit
    mardi 17 juillet 2007 07h14
    Guère impressionnant!
    « En fixant une date de départ, Stephen Harper montre qu'il est ausi un petit politicien comme les Dion et Layton. Guère impressionnant tout cela. Quant à la position de bien des Québécois, à savoir l'opposition à cette mission onusienne, elle témoigne d'un traditionnel isolationisme. Guère impressionnant pour une province qui se prétend une nation ouverte sur le monde. S'ouvrir sur le monde, c'est aussi prendre ses responsabilités dans le monde réel, qui n'est pas peuplé uniquement de gens gentils et pacifiques. »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    mardi 17 juillet 2007 07h33
    UNE CERTAINE ÉVOLUTION DANS LA MISSION
    « Faut pas tirer des conclusions trop rapides avec ce genre de déclarations. M. Harper a déclaré qu'il va demander une certaine évolution dans la mission des Canadiens en Afghanistan. Tout l'affaire est dans le mot "certaine".

    En attendant, pour lui permettre d'avoir une meilleure chance aux prochaines élections, probablement en 2008, il va réduire les dangereuses sorties de nos militaires du Québec pour ne pas trop les exposer aux bombes artisanales ou professionnelles talibanes ou Ben Ladéennes "le genre qui fait des trous dans les blindages de nos chars et de leur contenu". Nos soldats, eux, doivent tenter de faire des trous dans les Talibans avant ou les envoyer à la torture aux autorités afghanes afin de leur faire avouer la vilaine chose.

    C'est l'occasion rêvée d'apprendre la culture du pavot afghan, plus payante que celle du pot québécois, pour notre économie. »

  • Eric Beaudry
    Abonné
    mardi 17 juillet 2007 08h12
    Harper écoute enfin les conseils de Stéphane DIon !
    « La fin de la mission en 2009 semble s'aligner sur la position que défend Stéphane Dion depuis longtemps. Je pense que c'est une position tout à fait honorable pour le Canada. Il faut que nos alliés prennent la relève. En 2009, le Canada aura fait largement sa part si on prend en compte nos ressources limitées.

    M. Harper a souvent insinué qu'être pour le retrait des troupes en 2009 était l'équivalent d'être contre nos troupes. J'espère que sa récente ouverture à ne pas prolonger la mission indéfiniment lui fera constater qu'il avait tort de penser ici. J'espère qu'il s'excusera auprès de tous les canadiens qui étaient pour un retrait des troupes en 2009. Rappelons-nous que M. Harper a souvent soutenu que les opposants au renouvellement de la mission canadienne en Afghanistan étaient du côté des Talibants. »

  • Conseil BPM Inc Mainguy André
    Inscrit
    mardi 17 juillet 2007 08h28
    Afghanistan
    « Lorsqu'un pays manque de médecins, comme c'est le cas du Canada, est-ce le temps opportun d'envoyer ses enfants se faire tuer ou pour revenir handicapés ?Si nous voulons aider l'Afghanistan, devrions inmiter Cuba et former plus de médecins qu'il n'en faut pour nos besoins. N'oublions pas que le pays de Fidel Castro fourni autour de 20.000 médecins à des pays des Amériques, alors que chez nous, nous risquons notre Santé dans l'attente de soins !
    André Mainguy
    Longueuil »

  • martine sylvain
    Inscrit
    mardi 17 juillet 2007 13h48
    Les talibans vont délibérément cibler les gars de Valcartier
    « Les soldats québécois de Valcartier demandent aux québécois de les appuyer dans leur mission.

    À défaut d'être instruits de la situation en Afghanistan, beaucoup de québécois se cachent derrière un discours pacifiste ou anti-militariste. Non ce n'est pas la guerre des américains, c'est une lutte que nous devons mener contre l'intégrisme religieux. Non il ne s'agit pas de seconder l'impérialisme américain, il s'agit de venir en aide à une population dont les libertés sont mises à mal. Non il n'y a pas que la question du pétrole, l'Afghanistan a encore une économie fragile qu'il serait honteux de laisser à elle-même ou aux mains des talibans qui seraient les premiers heureux du départ des soldats de l'Otan.

    Il s'agit de prendre la chance qui est donnée aux soldats québécois de faire preuve de courage. Les soldats québécois ne sont pas envoyés au milieu de troupes canadiennes, infériorisés par le nombre. Nous sommes une force distincte. Il s'agit de prendre la chance qui est donnée au peuple québécois de faire preuve de maturité politique dans un contexte international.

    Et dire que «les talibans vont délibérément cibler les gars de Valcartier, sachant que la mission au Québec est impopulaire et que l'engagement du Canada pourrait vaciller plus facilement».

    Sylvain Martine, Beloeil »

  • Bernard Charier
    Abonné
    mardi 17 juillet 2007 14h07
    Section de recherche d'opinion publique au ministère de la Défense
    « Je suis ébahi et inquiet d'apprendre que l'armée canadienne possède une section de recherche d'opinion publique. Je me suis déjà mal remis de la mise en vigueur de la loi des mesures de guerre en 1970 qui a envoyé l'armée en tenue de campagne au Québec. Récemment, Ottawa a fait défiler l'armée - sans ses armes, cette fois - dans les rues de Québec. Et voici que nous apprenons que cette armée se renseigne et fait faire des sondages sur l'opinion de la population. Voilà donc un troisième exemple d'utilisation de l'armée à des fins politiques. Est-ce bien là son rôle? On sait le danger que font courir à leurs citoyens les états dont les forces armées sont politisées.
    B Charier Montréal »

  • Michel Lebel
    Inscrit
    mardi 17 juillet 2007 22h02
    Un sentiment d'étrangeté
    « Ce qui me semble assez particulier, voire bizarre, dans cette intervention militaire de plusieurs États en Afghanistan, c'est le peu de conviction, d'enthousiasme, pour celle-ci. C'est comme si on n'y croyait pas et on essaye donc de se mouiller le moins possible. Très bizarre, mais peut-être est-ce parce que la lutte au terrorisme est une affaire multiforme, qui peut se passer bien loin de l'Afghanistan: New York, Londres, Madrid, Indonésie, etc.? D'où cette annonce précoce du Canada de quitter l'Afghanistan en 2009, peu importe le résultat militaire de la mission. Étrange. »

  • GERARD LAMONTAGNE
    Inscrit
    mercredi 18 juillet 2007 10h03
    N'avons pas d'affaires en Afghanistan
    « Les américains sont allée combattre en Afghanistan des gens qui les auraient attaqués le 11 septembre 2001 en détruisant les tours du World Trade Center de New York, le symbole de la domination américaine sur le monde.

    Le Canada comme bien d'autrs pays n'ont pas été attaqués parce qu'ils n'essaient pas d'imposer leur volonté dans le monde incluant dans les pays arabes.

    Lorsque nous intervenons agressivement en Afghanistan, nous justifions la domination du monde par les USA et nous subissons cette domination aussi( rappelons-nous le problème du bois d'oeuvre, de la vache folle, etc.).

    On dit que cette mission est autorisée par l'ONU. Quand cela fait l'affaire on fait autoriser les opérations par l'ONU, et quand ça ne fait pas l'affaire, on méprise l'ONU et on intervient sans autorisation, comme en Irak.

    Notre armée aurait du continuer à intervenir dans dans missions strictement de paix. Avec ce nouveau chef, Hillier, et ces activités agressives, le politique a perdu son autorité sur l'armée , et cette dernière n'hésite plus à faire reculer le Canada en arrière dans la question linguistique.

    Pour le Québec, cette société distincte française, cette opération n'a que des effets négatifs.

    Espérons que M Harper ne reviendra pas sur sa décision de ne pas reconduire l'opération après 2009, et que l'armée se retirera de l'Afghanistan et entreposera ou louera aux américains les nouveaux équipements qui ont été achetés pour des opérations musclées.
    Selon un chroniqueur bien connu, ce n'est pas pour les afghans que nos soldats meurent, c'est pour nous et rien que pour nous.
    C'est pour montrer que nous sommes des gens qui peuvent tuer, et que nous avons une armée qui peut être agressive, et que nous n'avons pas peur des conflits même s'ils sont provoqués par d'autres. »

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