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Briser la glace

Marie-Andrée Chouinard   11 juillet 2007  Canada
En promettant une patrouille étendue dans le Grand Nord canadien, le premier ministre Stephen Harper a brisé quelques perceptions figées dans le temps et la banquise: l'affirmation efficace de la souveraineté canadienne en Arctique ne se traduit pas uniquement par de grands discours ou le déploiement folklorique d'unifoliés piqués dans la glace.

Bien de l'eau a coulé sous les icebergs depuis le passage illégal du pétrolier américain Manhattan, en 1969, dans le passage du Nord-Ouest, en plein Nord canadien. Cette intrusion avait sonné le début d'un différend entre les États-Unis et le Canada quant à la propriété de cette précieuse voie liant le Pacifique à l'Atlantique. Près de 40 ans plus tard, le litige américano-canadien perdure toujours.

En affirmant cette semaine son intention de défendre la souveraineté canadienne en Arctique afin de ne pas la perdre, M. Harper a dévoilé une inquiétude que partagent plusieurs experts. Faisant écho à une promesse électorale, le chef conservateur a promis que six à huit navires militaires pourraient patrouiller les eaux arctiques à compter de 2013, au coût d'environ sept milliards de dollars, construction et entretien compris.

D'un océan à l'autre, notre Grand Nord aura donc sa flotte navale pour sécuriser le territoire, et surtout, expédier un message percutant aux forces qui entourent cette zone: le Canada ne baissera pas pavillon devant les visées d'autrui. Le contexte d'aujourd'hui appelait cette décision politique indispensable.

Pourquoi? Désormais, tout converge vers le réchauffement climatique, qui grignote avidement la banquise et fait dire aux experts que d'ici 20 ou 30 ans, les eaux territoriales canadiennes seront libérées de glace plusieurs mois par année. Une inoffensive voie de fortune pourrait ainsi se transformer en autoroute maritime. Depuis toujours, le Canada se dit maître de ces eaux. Les États-Unis et l'Union européenne, entre autres juridictions, y voient plutôt un bassin international, un paradoxe qui sert d'assise au conflit.

À l'époque de la guerre froide, la menace liée à l'Arctique rimait avec missiles. Aujourd'hui, la hausse possible du trafic maritime dans cet utile trait d'union liant l'Asie à l'Europe entrebâille la porte à un autre type de conflit. En se liquéfiant, l'Arctique dévoile soudainement de bien séduisants attraits: des ressources naturelles alléchantes, du pétrole et du gaz en abondance. En s'élargissant, le passage du Nord-Ouest provoquera l'augmentation des accidents (environnementaux et autres), l'immigration clandestine, le trafic de drogue et la menace terroriste, selon quelques prédictions peut-être un brin alarmistes. Bref, la géopolitique de ce pôle est appelée à des transformations extrêmes. Le gouvernement de M. Harper l'a bien compris.

Mais dans cette vaste zone, que pourront six à huit navires patrouilleurs canadiens contre sept brise-glaces russes, dominateurs des mers arctiques, et un américain? Les premiers peuvent fendre une couche de glace d'un mètre d'épaisseur. Les seconds ne se laissent pas intimider par un tapis de... six mètres de haut, de quoi assurer leur domination sur l'eau. La promesse initiale des conservateurs laissait croire à l'ajout de trois de ces puissants brise-glaces, qui se sont soudain transformés en plus petits — mais plus nombreux — navires. L'avenir dira si le Canada sera de nouveau pointé du doigt pour des équipements militaires inadéquats. L'histoire dira si l'affirmation de cette souveraineté canadienne n'aura été qu'un falot épisode.

Pour graver sa présence dans ce Nord convoité, le gouvernement Harper a saisi qu'il devait fracasser l'indifférence des précédentes administrations, engourdies par le relatif calme diplomatique en eaux arctiques. L'expression de ses ambitions devrait toutefois dépasser le simple déploiement de forces additionnelles destiné à renforcer la sécurité.

Au fil des ans, cette souveraineté canadienne sur l'Arctique a été assurée par le peuple inuit, qu'il ne faut pas oublier. Pour asseoir sa présence sur ses terres arctiques, le Canada a jadis déplacé des familles autochtones entières, ce dont il n'a pas à s'enorgueillir. C'est ainsi que naquit Grise Fjord, aujourd'hui encore la communauté habitée la plus septentrionale en Amérique du Nord.

Si elle pouvait rejaillir sur les Inuits, la proclamation souveraine en Arctique canadien prendrait un tout autre sens, soudainement accrochée à l'amélioration des conditions de vie de toute une population. Des problèmes de santé, l'absence de routes liant les communautés les unes aux autres, la vulnérabilité économique — alors que l'exploitation de ressources et un inévitable choc des cultures se profilent — sont autant de réalités qui affaiblissent les premiers occupants de ce territoire. Clamer une souveraineté territoriale en négligeant la prospérité d'un peuple laisserait de glace.

machouinard@ledevoir.com
 
 
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  • Gilles Bousquet - Inscrit
    11 juillet 2007 08 h 10
    NOTRE M. HARPER VA POUVOIR LES COULER
    Maintenant que le Canada a appris à faire le guerre, en Afghanistan, il va être tout prêt à "protéger" la souveraineté canadienne en Arctique. M.Harper n'a qu'à faire construire 5 à 6 petits navires avec de gros canons qui tirent de grosses munitions. Si les gros brise-glaces russes ou américains ne veulent pas payer leur droits de passage au Canada...POW dans les brise-glaces récalcitrants. "Avec leur grosse coque renforcée et le côté brisé, ils vont vite, à pic, couler.

    Maintenant que cette grave affaire est réglée, faudrait penser à boucher les trous dans les sous-marins achetés, "pas cher". de l'Angleterre pour que les braves marins canadiens, qui vont oser y embarquer, puissent plonger pour inspecter les épaves ainsi créées.
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  • - Abonné
    11 juillet 2007 08 h 36
    Militariser l'Arctique?
    L'annonce de Stephen Harper de faire construire 6 à 8 navires de guerre pour patrouiller l'Arctique m'a donné un terrible frisson dans le dos. Non content d'aller guerroyer en Afghanistan, le gouvernement conservateur veut maintenant militariser l'Arctique au nom de la souveraineté canadienne. Quelle folie furieuse! Pourtant l'histoire des conflits territoriaux en Antarctique nous montre une toute autre approche. En 1959, une douzaine de pays signaient le Traité sur l'Antarctique qui avait pour tout premier objectif de faire en sorte que ce continent soit employé exclusivement à des fins pacifiques et ne devienne ni le théâtre ni l'enjeu de différends internationaux. Ce traité n'a pas éliminé les revendications territoriales des pays signataires mais seules les activités pacifiques y sont permises. Ce traité n'a jamais été violé à ce jour. Les bases de ce magnifique traité de paix avaient été élaborées en 1957 lors de l'«Année géophysique internationale». Quelle ironie de la part de monsieur Harper qui annonce la militarisation de l'autre grande zone polaire de notre planète, l'Arctique, en plein milieu de l'«Année polaire internationale 2007» qui se veut la poursuite du grand effort de recherche et de pacification entrepris 50 ans plus tôt.
    Sur qui nos bateaux vont-ils tirer ? Sur les Russes ou sur les Américains ? Y-a-t-il des hordes de colons danois en train d'envahir les îlots gelés de l'océan Arctique ? Quel sera la réaction des pays limitrophes de l'Arctique comme la Russie, les Etats-Unis, le Danemark et la Norvège ? N'auront-ils pas eux aussi l'idée de construire des bateaux juste un peu plus gros pour protéger ce qu'ils croient légitimement être leur propre souveraineté ?
    Il faut que les Québécois et les Canadiens réagissent rapidement à l'ouverture de ce nouveau front qui est éminemment plus dangereux pour notre sécurité nationale que l'Afghanistan. Nous avons de toute urgence besoin d'un «Traité de démilitarisation de l'Arctique» construit sur les bases de celui de l'Antarctique pour que cet océan et ses îles glacées n'entendent jamais le bruit des canons.

    Émilien Pelletier, chercheur en régions polaires
    Rimouski
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  • Gabriel RACLE - Inscrit
    11 juillet 2007 10 h 16
    Les défis de l'Arctique
    Assurer la souveraineté et la sécurité du Canada dans l'Arctique pose des défis de taille. Il y a d'abord la complexité géographique de cette région qui, outre la partie continentale, comprend un immense archipel. D'une superficie d'environ 1 424 500 km², il regroupe 36 563 îles, formant la majeure partie du Nunavut et une partie des Territoires du Nord-Ouest. Comment surveiller un tel ensemble de dédales maritimes, ouvert vers le Nord, l'Est et l'Ouest, pour empêcher le trafic de drogue ou d'autres produits, l'immigration clandestine ou l'intrusion terroriste, si la circulation devient possible dans des voies maritimes libérées de glace?

    Et puis, il y a le célèbre passage du Nord-Ouest, ce passage maritime qui relie l'Atlantique au Pacifique en passant entre les iles arctiques. Il faudrait peut-être parler des passages du Nord-Ouest, car différents itinéraires sont éventuellement possibles.. Pour le Canada cette voie maritime relève des eaux intérieures du pays, ce que conteste les États-Unis et l'Union européenne, qui y voient des eaux internationales, comme les détroits du Bosphore ou des Dardanelles en Turquie.
    La position officielle du gouvernement du Canada est que le passage du Nord-Ouest fait historiquement partie des eaux intérieures du Canada. Cela signifie que le Canada détient une souveraineté totale sur les eaux et, par conséquent, un contrôle complet de toutes les activités qui peuvent s'y produire. L'énoncé le plus complet de cette position a été fait à la Chambre des communes le 10 septembre 1985, par Joe Clark, alors secrétaire d'État aux Affaires extérieures. « La souveraineté du Canada dans l'Arctique est indivisible. Elle porte sur le sol, la mer et la glace. Elle s'applique sans interruption jusqu'aux côtes vers le large des îles de l'Arctique. Ces îles sont réunies et non pas divisées par les eaux qui les entourent. La majeure partie de l'année, elles sont reliées entre elles par la glace. De tout temps, les Inuit du Canada ont utilisé et occupé la glace de la même façon qu'ils ont utilisé et occupé la terre ferme. »
    Un tel contrôle s'avère un élément essentiel de la circulation maritime dans les eaux arctiques, si celles-ci deviennent libres de glace du fait du réchauffement climatique, que ce soit pendant la période estivale ou, éventuellement, toute l'année. L'Arctique est une zone écologiquement sensible et le déversement de produits pétroliers y serait une catastrophe écologique. L'échouage sur un banc de sable, en 1996, du Hansentic près de Cambridge Bay incite à la prudence. Le déversement de pétrole a été faible, mais les dommages ont été suffisants pour imposer l'évacuation complète du navire et le déchargement de presque toute sa cargaison pour faciliter son renflouage. Que dire s'il s'agissait de supertankers qui ne peuvent emprunter le canal de Panama.
    Reste également la question des ressources naturelles qui peuvent se trouver dans le sous-sol arctique et que la fonte des glaces permettrait d'atteindre plus facilement : du gaz naturel, du pétrole, avec les risques de pollution qu'une telle exploitation peut entraîner, et la protection de la faune locale.
    Comment alors surveiller l'Arctique? C'est le problème que le gouvernement Harper veut relever en annonçant la construction de bâtiments militaires, six à huit, qui patrouilleraient les eaux arctiques. De toute évidence, il ne s'agit pas de gros brise-glace comme peuvent en posséder d'autres pays (Russie, Finlande. États-Unis), mais de navires plus petits. Autrement dit, le gouvernement va surveiller les eaux libres de glace ou recouverte d'une couche de glace de faible épaisseur, que pourraient emprunter des navires étrangers, avec l'accord du Canada ou à son insu. Le navire océanographique chinois qui s'était rendu à Tuktoyaktuk, en 1909, avait surpris les autorités locales, non informées, même si l'ambassade canadienne à Beijing était au courant. Des navires moins anodins pourraient tenter ce genre d'expédition.
    Il semble évident que quelques navires ne suffiront pas à assurer une surveillance complète de l'Arctique, mais ils manifesteront la présence canadienne en ces lieux et la volonté du Canada d'en conserver la souveraineté totale. Mais il sera nécessaire de renforcer l'action de ces navires par une surveillance aérienne (avions de reconnaissance ou hélicoptères, utilisation de satellites) et des radars positionnés de manière à contrôler les principaux points de passage. On le voit, assurer la souveraineté du Canada sur l'Arctique relèvera aussi d'un défi financier de taille, au cours des années à venir. Car, en plus de ces aspects techniques, il y a lieu, comme le souligne Marie-Andrée Chouinard dans son article, d'assurer la prospérité des populations qui vivent dans ces régions, un autre défi qui n'a pas encore été relevé. Mais on ne saurait le dissocier des autres défis posés par l'affirmation de la souveraineté du Canada dans cette région. Stephen Harper propose--t-il quelque chose de concret à ce sujet, en plus de ses huit bâtiments militaires?
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  • Sarah Bilodeau - Inscrite
    11 juillet 2007 11 h 20
    Kyoto et "Esquimaux" peuvent aller se rhabiller
    Les Bush et Harper ont tout intérêt à aller à contre-courant du Protocole de Kyoto et des intérêts des nations Inuit dans le Grand-Nord. En accélérant le processus du réchauffement climatique et en bâillonnant tout un peuple, ils ouvrent une autoroute à 8 voies entièrement consacrée à l'exploitation des dernières ressources de la planète.

    Si l'Arctique fond, ce sont tous les continents qui en subiront les foudres; mais ça, nos dirigeants s'en lavent les mains.
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  • Maurice Monette - Abonné
    11 juillet 2007 12 h 04
    Mais, toute cette glace qui fond...?
    Madame CHOUINARD, je veux bien que Vous ayez certaines craintes quant à la juridiction du CANADA et sa souveraineté sur l'ARTIQUE. Mais, puisque NOUS TRANSCENDONS une période de réchauffement climatique, amplifiée par la disparition de la couche d'ozone, ce qui est causée par les GAZ à EFFETS de SERRE produits par l'ACTIVITÉ INDUSTRIELLE HUMAINE alors, ne croyez-Vous pas que l'EAU LIBÉRÉE par la FONTE de ces GLACES POLAIRES finira de toutes façons par SUBMERGER de GRANDES SURFACES des CONTINENTS qui se disputeraient la SUPRÉMATIE sur ces TERRITOIRES...?

    Alors, c'est en pure perte d'ÉNERGIE qu'on négocieraient des ententes car, il est fort possible que les gouvernements aient beaucoup d'autres PROBLÈMES plus URGENTS à essayer de RÉSOUDRE. Parmi CEUX-CI, protéger le plus possible les populations qui vivent dans les VALLÉES ou voir à les DÉPLACER. Rétablir des liens de communications à l'intérieur d'un même pays puis, entre pays limitrophes ou encore entre continents qui ne seront plus ce qu'ils sont actuellement...

    Alors, voyez-Vous qu'il y aura beaucoup d'INTÉRÊTS divers à négocier. D'où, devraient-on s'inquiéter des problèmes diplomatiques qui seront engendrés par la FONTE des GLACES POLAIRES ou, ne devraient-on pas plutôt NOUS OCCUPER des INONDATIONS PERMANENTES que CELLE-CI causera...?
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  • Gabriel RACLE - Inscrit
    12 juillet 2007 07 h 44
    Précisions
    Si les glaces de mer flottent, elles déplacent un volume d'eau de mer dont le poids est égal au poids de la glace (principe d'Archimède,) . Par conséquent, lorsque la glace marine fond, l'eau de fonte occupe exactement le volume d'eau de mer que la glace occupait, sans modifier le niveau marin. Il en va différemment de la fonte de la glace continentale. Les scientifiques calculent que si tous les glaciers continentaux fondaient (Antarctique en particulier) «les 30 millions de kilomètre-cubes de glaces élèveraient le niveau de la mer de 30/357 = 0,084 kilomètre, soit 84 mètres ». Ces mêmes scientifiques estiment le volume total des glaces continentales à un peu plus de 30 millions de kilomètres-cubes, occupant surtout l'Antarctique avec 29 millions de km3, Le Groenland supporterait 2,5 millions de km3 et les autres glaciers représenteraient 0,2 million de km3 de glace.
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