La GRC a un nouveau patron
Stockwell Day nomme un fonctionnaire pour faire le ménage au sein de la police fédérale
Photo : Agence Reuters
Ottawa — Le gouvernement Harper a choisi William Elliott, un fonctionnaire de carrière et un conservateur sous Brian Mulroney, pour diriger la Gendarmerie royale du Canada (GRC). C'est la première fois qu'un civil prend les rênes du corps policier fédéral en 134 ans d'histoire, mettant la table pour des changements importants à venir au sein de la force de 24 000 agents.
William Elliott, 53 ans, est arrivé à Ottawa en 1988 à titre d'assistant spécial pour le vice-premier ministre conservateur Don Mazankowski. En 1992, il quitte son poste politique pour entreprendre une carrière dans la fonction publique fédérale. Avocat de formation, il gravit les échelons dans différents ministères (Affaires indiennes, Pêches et Océans, Transports, Conseil privé), avant de se retrouver conseiller en matière de sécurité nationale au bureau du premier ministre Paul Martin en 2005. L'année suivante, après l'arrivée des conservateurs au pouvoir, il est nommé sous-ministre adjoint au ministère de la Sécurité publique, dirigé par Stockwell Day. C'est ce ministère qui est responsable de la GRC.
C'est d'ailleurs à ce titre que William Elliott a aiguillé l'ancien commissaire de la GRC, Guliano Zaccardelli, lors de ses témoignages contradictoires sur l'affaire Maher Arar devant le Comité de la sécurité publique de la Chambre des communes. La confusion dans les témoignages avait achevé de ruiner la crédibilité de Zaccardelli, qui a dû démissionner en décembre. William Elliott avait ensuite refusé de témoigner devant le comité des Communes pour expliquer son rôle dans la confusion de Zaccardelli, prétextant un horaire trop chargé.
Cet écueil inquiète le Parti libéral du Canada. «Je ne suis pas certain qu'il possède l'indépendance nécessaire pour restaurer l'intégrité de la GRC, qui a été ébranlée par l'affaire Arar et le scandale du fonds de retraite», a soutenu au Devoir la députée libérale Marlène Jennings, qui a fait partie de la surveillance civile des corps policiers du Québec entre 1990 et 1997 en tant que commissaire adjointe à la déontologie policière.
Mais le ministre de la Sécurité publique, Stockwell Day, affirme avoir justement choisi un fonctionnaire, un civil, pour restaurer l'image de la GRC et entreprendre les réformes nécessaires. La surveillance plus étroite d'un organisme indépendant est d'ailleurs au menu, même si le ministre est resté avare de détails hier. «William Elliott sera en mesure d'apporter à la force policière le leadership renouvelé dont elle a tant besoin à l'heure actuelle», a notamment souligné le premier ministre Stephen Harper.
Des remous?
Cette décision risque de créer des remous à l'intérieur de l'institution. Pas plus tard que ce printemps, la commissaire intérimaire, Bev Busson, soutenait que le gouvernement devait suivre la tradition et choisir un policier pour diriger l'institution. Hier, le nouveau commissaire a affirmé que la transition représente un défi, lui qui n'a aucune expérience de travail en milieu policier.
«Il y aura des obstacles, je ne mets pas de lunettes roses, a dit William Elliott lors d'un point de presse à Ottawa. Je sais que certains membres de la GRC auraient voulu un commissaire issu de leurs rangs. Mais ce que je peux dire, c'est que je partage le même souhait que les membres de la GRC: avoir une organisation moderne, efficace et qui donne un meilleur service aux Canadiens. Je suis confiant qu'on va pouvoir travailler en équipe pour y arriver.»
Selon William Elliott, qui prendra ses fonctions le 16 juillet, «il n'y a aucun doute que l'indépendance de la GRC et de la police dans une démocratie est essentielle». Il entend d'ailleurs «préserver avec rigueur» cette indépendance envers les pouvoirs politiques qu'il connaît bien.
Cette indépendance aurait été mieux gardée avec un policier à la tête de l'institution, soutient Marlène Jennings. «Il y avait beaucoup de gens disponibles, même si on voulait prendre quelqu'un de l'extérieur pour brasser la GRC, dit-elle. Des policiers des grandes villes ou des différentes provinces auraient pu faire un bon travail.»
De son côté, le Bloc québécois «laisse la chance au coureur» et espère qu'un civil pourra remettre de l'ordre dans un corps policier affligé par les scandales depuis un an. «Il n'a pas été mêlé aux problèmes de la GRC, c'est une bonne chose. Il semble avoir les compétences pour remplir le poste», soutient Serge Ménard, critique du Bloc en matière de sécurité publique.
Outre remettre la GRC sur les rails et restaurer sa crédibilité, Serge Ménard estime que l'une des grandes priorités du nouveau commissaire doit être l'efficacité. «Un des problèmes de la GRC, c'est la lenteur de ses enquêtes. On l'a vu avec Air India. Dans les milieux policiers, on dit souvent que la GRC est à cheval pendant que les autres sont en voiture!», dit cet ancien ministre de la Sécurité publique du Québec.
William Elliott, 53 ans, est arrivé à Ottawa en 1988 à titre d'assistant spécial pour le vice-premier ministre conservateur Don Mazankowski. En 1992, il quitte son poste politique pour entreprendre une carrière dans la fonction publique fédérale. Avocat de formation, il gravit les échelons dans différents ministères (Affaires indiennes, Pêches et Océans, Transports, Conseil privé), avant de se retrouver conseiller en matière de sécurité nationale au bureau du premier ministre Paul Martin en 2005. L'année suivante, après l'arrivée des conservateurs au pouvoir, il est nommé sous-ministre adjoint au ministère de la Sécurité publique, dirigé par Stockwell Day. C'est ce ministère qui est responsable de la GRC.
C'est d'ailleurs à ce titre que William Elliott a aiguillé l'ancien commissaire de la GRC, Guliano Zaccardelli, lors de ses témoignages contradictoires sur l'affaire Maher Arar devant le Comité de la sécurité publique de la Chambre des communes. La confusion dans les témoignages avait achevé de ruiner la crédibilité de Zaccardelli, qui a dû démissionner en décembre. William Elliott avait ensuite refusé de témoigner devant le comité des Communes pour expliquer son rôle dans la confusion de Zaccardelli, prétextant un horaire trop chargé.
Cet écueil inquiète le Parti libéral du Canada. «Je ne suis pas certain qu'il possède l'indépendance nécessaire pour restaurer l'intégrité de la GRC, qui a été ébranlée par l'affaire Arar et le scandale du fonds de retraite», a soutenu au Devoir la députée libérale Marlène Jennings, qui a fait partie de la surveillance civile des corps policiers du Québec entre 1990 et 1997 en tant que commissaire adjointe à la déontologie policière.
Mais le ministre de la Sécurité publique, Stockwell Day, affirme avoir justement choisi un fonctionnaire, un civil, pour restaurer l'image de la GRC et entreprendre les réformes nécessaires. La surveillance plus étroite d'un organisme indépendant est d'ailleurs au menu, même si le ministre est resté avare de détails hier. «William Elliott sera en mesure d'apporter à la force policière le leadership renouvelé dont elle a tant besoin à l'heure actuelle», a notamment souligné le premier ministre Stephen Harper.
Des remous?
Cette décision risque de créer des remous à l'intérieur de l'institution. Pas plus tard que ce printemps, la commissaire intérimaire, Bev Busson, soutenait que le gouvernement devait suivre la tradition et choisir un policier pour diriger l'institution. Hier, le nouveau commissaire a affirmé que la transition représente un défi, lui qui n'a aucune expérience de travail en milieu policier.
«Il y aura des obstacles, je ne mets pas de lunettes roses, a dit William Elliott lors d'un point de presse à Ottawa. Je sais que certains membres de la GRC auraient voulu un commissaire issu de leurs rangs. Mais ce que je peux dire, c'est que je partage le même souhait que les membres de la GRC: avoir une organisation moderne, efficace et qui donne un meilleur service aux Canadiens. Je suis confiant qu'on va pouvoir travailler en équipe pour y arriver.»
Selon William Elliott, qui prendra ses fonctions le 16 juillet, «il n'y a aucun doute que l'indépendance de la GRC et de la police dans une démocratie est essentielle». Il entend d'ailleurs «préserver avec rigueur» cette indépendance envers les pouvoirs politiques qu'il connaît bien.
Cette indépendance aurait été mieux gardée avec un policier à la tête de l'institution, soutient Marlène Jennings. «Il y avait beaucoup de gens disponibles, même si on voulait prendre quelqu'un de l'extérieur pour brasser la GRC, dit-elle. Des policiers des grandes villes ou des différentes provinces auraient pu faire un bon travail.»
De son côté, le Bloc québécois «laisse la chance au coureur» et espère qu'un civil pourra remettre de l'ordre dans un corps policier affligé par les scandales depuis un an. «Il n'a pas été mêlé aux problèmes de la GRC, c'est une bonne chose. Il semble avoir les compétences pour remplir le poste», soutient Serge Ménard, critique du Bloc en matière de sécurité publique.
Outre remettre la GRC sur les rails et restaurer sa crédibilité, Serge Ménard estime que l'une des grandes priorités du nouveau commissaire doit être l'efficacité. «Un des problèmes de la GRC, c'est la lenteur de ses enquêtes. On l'a vu avec Air India. Dans les milieux policiers, on dit souvent que la GRC est à cheval pendant que les autres sont en voiture!», dit cet ancien ministre de la Sécurité publique du Québec.
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