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Scabs: Blackburn préfère le statu quo

30 juin 2007  Canada
Jean-Pierre Blackburn
Photo : Jacques Nadeau
Jean-Pierre Blackburn
Ottawa — Le contexte de gouvernement minoritaire ne se prête pas à rouvrir la délicate question des travailleurs de remplacement et celle des services essentiels, croit le ministre fédéral du Travail, Jean-Pierre Blackburn. C'est une des raisons, selon le ministre conservateur, qui militent en faveur du statu quo, qui permet le recours aux briseurs de grève lors de conflits de travail.

Avec un été bien entamé, l'heure était aux bilans pour le ministre Blackburn. Son ministère du Travail est moins connu que celui du Développement économique, et c'est une bonne chose, selon lui. «Nous sommes à l'avant-scène quand il y a des conflits de travail», a-t-il lancé lors d'un entretien téléphonique avec Le Devoir vendredi dernier. Il se dit très satisfait de son bilan, ce qui comprend la décision de son gouvernement de ne pas appuyer un projet de loi privé qui aurait enfin interdit, après plus de dix ans de tentatives infructueuses, le recours aux travailleurs de remplacement lors de grèves ou de lock-out.

M. Blackburn insiste encore pour dire que le fait d'empêcher l'utilisation de tels travailleurs dans le secteur bancaire, le transport aérien et ferroviaire ou encore les télécommunications pourrait «paralyser l'économie». Mais alors, pourquoi ne pas avoir ajouté à la loi qui était proposée (par le Bloc québécois) un article prévoyant le maintien de services dits essentiels? Parce que cela n'aurait eu aucun effet, croit-il.

«Un service essentiel, dans la partie I du Code canadien du travail, c'est quand la santé du public est en danger. La santé de l'économie canadienne n'est pas vue comme un service essentiel», rappelle le ministre. Alors, pourquoi ne pas modifier la définition d'un service essentiel?

«C'est un travail colossal. Il faut entendre les employeurs, les employés, les syndicats. C'est un processus beaucoup plus long. Dans le contexte d'un gouvernement minoritaire, c'est quelque chose qui est moins évident à ce stade-ci.»

En outre, M. Blackburn fait remarquer que l'obligation de fournir des services essentiels lors de conflits de travail a aussi de mauvais côtés. «Si 80 % des employés doivent rester en fonction pour fournir des services essentiels, le pouvoir du syndicat est beaucoup moins grand.» D'ailleurs, la proposition de Mario Dumont d'ajouter les transports en commun à la liste des services essentiels, à la suite de la grève à Montréal, avait soulevé la colère du syndicat pour cette même raison.

Les libéraux de Stéphane Dion, après avoir contribué à la défaite du projet de loi bloquiste, en ont déposé un nouveau qui prévoit la prestation de services essentiels. Il est très rare que les projets de loi déposés par l'opposition se rendent à un vote final, ce que celui du Bloc avait réussi.

Le ministre Blackburn se félicite par ailleurs de la résolution plutôt rapide de conflits de travail qui l'ont mobilisé, dont ceux au CN et au CP. «On a une équipe au service de médiation qui est compétente et sans pareille pour l'atteinte de résultats.»

Il y a une autre décision dont le ministre se dit fier: la fermeture des fumoirs dans les édifices de bureaux fédéraux. Il raconte que des gens s'étaient plaints de fuites de fumée. Le ministre a demandé à inspecter 23 fumoirs choisis au hasard: un seul laissait échapper quelques volutes. Le problème était ailleurs.

«Dans les 23 fumoirs, on a constaté qu'avant même 8h le matin — donc la ventilation avait fonctionné toute la nuit —, la concentration de particules fines dans le fumoir était 27 fois plus élevée que dans la pièce d'à côté. À l'heure de la pause, cela atteignait 245 fois plus. [...] Je ne pouvais pas tolérer cela», conclut le ministre, qui reconnaît avoir déjà appartenu à l'impopulaire club des fumeurs. «Je suis pour la liberté des gens [...], mais à partir du moment où tu apprends pareille chose, tu n'as pas le droit de fermer les yeux.»






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