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Lettre du chef des Premières Nations aux Québécois - Le statu quo, la pire des solutions

29 juin 2007  Canada
Chers Québécois, nous pouvons comprendre que vous soyez exaspérés d'entendre parler des «revendications autochtones». Nous, nous sommes surtout fatigués d'en parler, sans que cela donne le moindre résultat!

Ce que nous partageons et ce qui est le plus frustrant dans cette situation, c'est que ni vous ni moi n'avons les moyens de changer les choses dans la mesure où les gouvernements se contentent de pelleter en avant des problèmes qui persistent depuis 1763. En effet, combien de Québécois savent que leurs gouvernements successifs ont totalement ignoré la protection de nos droits territoriaux, inscrits dans la Proclamation royale de 1763?

Remettre à plus tard les décisions difficiles à prendre, c'est hypothéquer encore davantage l'avenir de nos cultures, de nos enfants et de leurs enfants. Dans le cas des questions environnementales, la sensibilisation et la mobilisation populaires ont eu pour effet de faire changer l'attitude des politiciens. Aujourd'hui, l'environnement est la plus haute priorité des Québécois. Pour plusieurs, les Premières Nations vivent dans des conditions inacceptables, dans des communautés qui ont été trop longtemps privées d'accès à des ressources pour favoriser leur développement économique, alors que la Proclamation royale devait protéger leurs droits d'accès à de telles ressources. Ne serait-il pas grand temps de redéfinir un partage plus équitable des ressources?

En cette «Journée nationale d'action» (29 juin), la circulation sur certaines routes du Québec sera temporairement ralentie par des Premières Nations qui souhaitent sensibiliser la population canadienne et québécoise à propos de l'urgence d'agir. J'entends déjà les nombreux commentaires négatifs qui seront émis un peu partout dans les régions du Québec. Ce n'est pas la première fois que nous tentons de rendre publiques certaines de nos préoccupations. Je constate qu'il est souvent très difficile de faire passer notre message, même si celui-ci est positif. Aujourd'hui, nous tentons de créer ou de renforcer des liens avec nos voisins québécois.

Par ailleurs, je comprends la réaction de certaines personnes qui ne saisissent pas pourquoi les Premières Nations semblent toujours être en revendication de droits, voire de privilèges. Les questions qui nous concernent ne sont pas simples et ne sont pas faciles à expliquer, d'autant plus que les médias québécois ont plutôt tendance à rapporter les éléments négatifs et à traiter la nouvelle de façon superficielle.

Soyons clairs: les Premières Nations souhaitent établir de véritables alliances avec les Québécois, du même type que celles conclues il y a 400 ans entre nos ancêtres et les colons français. Pour ce faire, il faut nécessairement qu'on mette fin au régime colonial qui continue d'exister; il faut que les gouvernements cessent de remettre à plus tard les questions difficiles liées à nos droits ancestraux ainsi qu'à notre droit à l'autonomie gouvernementale.

L'élément le plus litigieux et le plus important à régler est sans contredit la question territoriale. Plusieurs craignent que les Premières Nations revendiquent tout le territoire québécois. La réalité, c'est qu'effectivement, les Premières Nations ont des droits sur d'immenses territoires, tels que reconnus par la loi, mais qu'il est temps de négocier tout simplement un meilleur partage qui permettra à nos deux réalités de coexister sur ce territoire.

Ainsi, depuis maintenant 400 ans, Québécois et Premières Nations partagent ce territoire sans qu'aucun traité ait été conclu et sans une véritable cohabitation respectueuse des droits de chacun. Cette situation ne favorise pas l'établissement de relations harmonieuses entre les Premières Nations et le Québec. Il est donc urgent que les gouvernements et les Premières Nations abordent cette question de fond. Si nous ne le faisons pas maintenant, nous risquons de voir les relations se détériorer sans cesse.

Jusqu'à maintenant, devant le peu de progrès réalisé au cours des dernières années, les leaders des Premières Nations vivent une énorme frustration et demandent des changements profonds à court terme. Cette frustration s'exprime notamment par les actions d'aujourd'hui. Mais cette frustration n'est pas dirigée contre la population québécoise. Je le répète, les Premières Nations souhaitent plutôt développer une alliance et une collaboration sincères avec leurs voisins québécois, car l'avenir des Premières Nations et de leurs relations avec l'État n'est pas que l'affaire des gouvernements mais bien de toute la société. Tout le Québec gagnerait à voir les Premières Nations s'épanouir.

On m'accusera peut-être de faire de la politique pendant que les conditions socioéconomiques de nos peuples ne s'améliorent que très peu. Cette accusation est malvenue puisqu'il y a un lieu direct entre l'autonomie gouvernementale et l'avenir socioéconomique de nos peuples, tout comme il y a un lien étroit entre nos conditions de vie et l'accès aux terres et aux ressources. Le récent Forum socioéconomique tenu à Mashteuiatsh en 2006 en compagnie de représentants des gouvernements du Québec, du Canada et de la société civile québécoise a bien démontré la nécessité d'aborder ces questions politiques. La véritable solution réside dans l'autonomie gouvernementale. Nous connaissons les enjeux, nous connaissons les défis et nous connaissons les solutions. Les Premières Nations demandent aujourd'hui la reconnaissance de leur statut et la possibilité d'avoir accès aux ressources nécessaires pour relever les défis qui les concernent. Pour réaliser cet important objectif, les Premières Nations font appel à l'ensemble de la population québécoise.

Dans la paix et l'amitié.






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