Pour la défense de toutes les Zakia Zaki
Je veux réagir aux propos de Gil Courtemanche qui, dans Le Devoir de la fin de semaine des 23 et 24 juin, dans un texte intitulé «Pour Zakia Zaki», nous propose de réfléchir aux tenants et aboutissants de notre présence militaire en Afghanistan avant de prendre position.
En conclusion de sa chronique, il nous invite à lire, sous le titre «Hommage à Zakia Zaki», l'article de la journaliste indépendante Françoise Causse, paru dans Le Devoir de la veille, qui évoquait à grands traits la vie et finalement l'assassinat de cette exceptionnelle femme afghane, enseignante, journaliste et mère de famille, qui menait avec brio, enthousiasme et passion son combat pour la liberté. M. Courtemanche nous incite à nous demander si, advenant le retrait d'Afghanistan de tous les militaires extérieurs, il y aurait plus ou moins de drames comme celui de cette femme exemplaire.
J'ai lu le texte de Françoise Causse et j'en ai été ému et troublé. Auparavant, j'avais également fait une lecture attentive de la lettre de l'officier Catherine Déri, «Réponse à mon frère qui s'oppose à mon déploiement en Afghanistan», et m'étais senti intimement atteint par les accents d'engagement personnel de cette personne malgré un désaccord de fond.
L'unique scénario possible?
Quand je contemple l'ardeur et la détermination de nos jeunes soldats en instance de départ pour l'Afghanistan, je suis profondément heureux d'observer qu'il y a encore, dans notre société hédoniste, matérialiste et consommatrice, des gens prêts à mourir pour des valeurs, des principes, et pour leurs soeurs et frères de la famille humaine.
Le Che écrivait à son père: «On me dit aventurier. Mais je suis un aventurier d'un type spécial. Je suis de ceux qui savent risquer leur peau pour défendre leurs vérités.» Quand je vois nos jeunes, envoyés en Afghanistan par le gouvernement canadien, avoir l'air de se comporter comme des aventuriers d'un type spécial tout comme le Che, je suis fier d'eux e me dis que notre société produit encore du beau monde.
Toutefois, compte tenu de tout ce qui précède, comment être sûr que les mitraillettes, les tanks et la fumée des bombes constituent l'unique scénario possible pour défendre l'Afghanistan et toutes les Zakia Zaki, leurs enfants et leurs hommes?
C'est évident que lorsqu'on nous parle des milliers d'écoles qui peuvent rester ouvertes, de petites filles qui peuvent s'instruire, de femmes qui peuvent se déployer en toute liberté, de routes, de ponts et d'infrastructures qui peuvent être construits parce que nos soldats sont là pour empêcher le mal taliban de tout détruire et de tuer en série d'autres femmes comme Zakia Zaki, bien sûr, si tout cela est vrai, la réaction logique semble être un oui catégorique à notre présence militaire là-bas. Cependant, quand on regarde d'autres exemples d'intervention par la force, notamment l'Irak et la Palestine, comment croire sincèrement que l'arsenal militaire peut être semeur de liberté, de droits de la personne, de fraternité et de cohésion au sein de la population afghane?
Gorbatchev a eu l'intelligence de retirer ses troupes
À la fin des années 1970, l'Armée rouge soviétique est débarquée en Afghanistan pour y défendre un régime ami. Nous avons tous sans doute alors éprouvé un frisson de sympathie pour les moudjahidines et Massoud, qui résistaient à cette présence. En 1988, Gorbatchev a eu l'intelligence de retirer ses troupes. Pourquoi persistons-nous maintenant à notre tour à penser que les armes constituent la seule politique internationale possible pour manifester notre solidarité avec les pays de la planète qui en ont besoin?
J'ai passé plusieurs années comme coopérant au Pérou alors que sévissait dans ce pays la guerre populaire prolongée du Sentier lumineux. Le peuple péruvien a lui-même extirpé ce chancre grâce, entre autres, à l'intervention des femmes. Si notre volonté est vraiment d'aider le peuple afghan, qui nous appelle apparemment à son secours, j'ai la conviction têtue qu'il serait possible de trouver d'autres scénarios diplomatiques et de coopération qui pourraient également comprendre l'exercice de rapports de force appropriés et aussi la mobilisation de personnes, jeunes et moins jeunes, prêtes à aller risquer leur peau, autrement, dans des projets de coopération.
Nous contribuons à élever le degré de violence
Tout ce que je dis est opinion subjective de citoyen ordinaire et sans doute facile à balayer pour le premier analyste stratégique venu. Cependant, ce que je crois noter comme conséquence la plus observable de notre présence militaire en Afghanistan, c'est l'élévation du degré de violence dans ce pays, cette même violence qui a emporté Zakia Zaki le 6 juin. Mais peut-être que dans notre monde tourmenté et traversé par le mal et la haine, cette violence et de tels martyrs, tout comme ceux de nos jeunes soldats, sont-ils le prix inévitable, les «perdants nécessaires» du progrès humain et de la «sagesse ici-bas», pour le dire comme Raymond Lévesque.
En conclusion de sa chronique, il nous invite à lire, sous le titre «Hommage à Zakia Zaki», l'article de la journaliste indépendante Françoise Causse, paru dans Le Devoir de la veille, qui évoquait à grands traits la vie et finalement l'assassinat de cette exceptionnelle femme afghane, enseignante, journaliste et mère de famille, qui menait avec brio, enthousiasme et passion son combat pour la liberté. M. Courtemanche nous incite à nous demander si, advenant le retrait d'Afghanistan de tous les militaires extérieurs, il y aurait plus ou moins de drames comme celui de cette femme exemplaire.
J'ai lu le texte de Françoise Causse et j'en ai été ému et troublé. Auparavant, j'avais également fait une lecture attentive de la lettre de l'officier Catherine Déri, «Réponse à mon frère qui s'oppose à mon déploiement en Afghanistan», et m'étais senti intimement atteint par les accents d'engagement personnel de cette personne malgré un désaccord de fond.
L'unique scénario possible?
Quand je contemple l'ardeur et la détermination de nos jeunes soldats en instance de départ pour l'Afghanistan, je suis profondément heureux d'observer qu'il y a encore, dans notre société hédoniste, matérialiste et consommatrice, des gens prêts à mourir pour des valeurs, des principes, et pour leurs soeurs et frères de la famille humaine.
Le Che écrivait à son père: «On me dit aventurier. Mais je suis un aventurier d'un type spécial. Je suis de ceux qui savent risquer leur peau pour défendre leurs vérités.» Quand je vois nos jeunes, envoyés en Afghanistan par le gouvernement canadien, avoir l'air de se comporter comme des aventuriers d'un type spécial tout comme le Che, je suis fier d'eux e me dis que notre société produit encore du beau monde.
Toutefois, compte tenu de tout ce qui précède, comment être sûr que les mitraillettes, les tanks et la fumée des bombes constituent l'unique scénario possible pour défendre l'Afghanistan et toutes les Zakia Zaki, leurs enfants et leurs hommes?
C'est évident que lorsqu'on nous parle des milliers d'écoles qui peuvent rester ouvertes, de petites filles qui peuvent s'instruire, de femmes qui peuvent se déployer en toute liberté, de routes, de ponts et d'infrastructures qui peuvent être construits parce que nos soldats sont là pour empêcher le mal taliban de tout détruire et de tuer en série d'autres femmes comme Zakia Zaki, bien sûr, si tout cela est vrai, la réaction logique semble être un oui catégorique à notre présence militaire là-bas. Cependant, quand on regarde d'autres exemples d'intervention par la force, notamment l'Irak et la Palestine, comment croire sincèrement que l'arsenal militaire peut être semeur de liberté, de droits de la personne, de fraternité et de cohésion au sein de la population afghane?
Gorbatchev a eu l'intelligence de retirer ses troupes
À la fin des années 1970, l'Armée rouge soviétique est débarquée en Afghanistan pour y défendre un régime ami. Nous avons tous sans doute alors éprouvé un frisson de sympathie pour les moudjahidines et Massoud, qui résistaient à cette présence. En 1988, Gorbatchev a eu l'intelligence de retirer ses troupes. Pourquoi persistons-nous maintenant à notre tour à penser que les armes constituent la seule politique internationale possible pour manifester notre solidarité avec les pays de la planète qui en ont besoin?
J'ai passé plusieurs années comme coopérant au Pérou alors que sévissait dans ce pays la guerre populaire prolongée du Sentier lumineux. Le peuple péruvien a lui-même extirpé ce chancre grâce, entre autres, à l'intervention des femmes. Si notre volonté est vraiment d'aider le peuple afghan, qui nous appelle apparemment à son secours, j'ai la conviction têtue qu'il serait possible de trouver d'autres scénarios diplomatiques et de coopération qui pourraient également comprendre l'exercice de rapports de force appropriés et aussi la mobilisation de personnes, jeunes et moins jeunes, prêtes à aller risquer leur peau, autrement, dans des projets de coopération.
Nous contribuons à élever le degré de violence
Tout ce que je dis est opinion subjective de citoyen ordinaire et sans doute facile à balayer pour le premier analyste stratégique venu. Cependant, ce que je crois noter comme conséquence la plus observable de notre présence militaire en Afghanistan, c'est l'élévation du degré de violence dans ce pays, cette même violence qui a emporté Zakia Zaki le 6 juin. Mais peut-être que dans notre monde tourmenté et traversé par le mal et la haine, cette violence et de tels martyrs, tout comme ceux de nos jeunes soldats, sont-ils le prix inévitable, les «perdants nécessaires» du progrès humain et de la «sagesse ici-bas», pour le dire comme Raymond Lévesque.
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