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Rendre la social-démocratie «durable»

Antoine Robitaille   23 juin 2007  Canada
Quand il parlait du poids de la dette, dans les années 90, le militant péquiste François Rebello, longtemps militant étudiant, obtenait pour toute réponse, dans les cercles de gauche, qu'elle n'était pas un problème, «que ça avait été inventé par les capitalistes». Bref, il valait mieux ne pas en parler.

Or, pour lui, c'est précisément le type d'attitude avec lequel il faut rompre pour repenser la social-démocratie et la rendre «durable». «Il faut introduire l'idée du long terme», ce que favorise d'ailleurs l'intérêt pour les questions environnementales.

La nouvelle social-démocratie devrait s'ouvrir davantage à la notion de responsabilité. Le manifeste Blair-Schröder abordait la chose ainsi: «Trop souvent, les droits furent élevés au-dessus des obligations, mais on ne peut pas se débarrasser de ses responsabilités, envers soi-même, sa famille, son voisinage ou l'ensemble de la société, sur l'État et s'en remettre à lui seul.» Et pour les générations futures, ajoute François Rebello. Selon Blair et Schröder, il faut reconnaître que certaines valeurs sont importantes pour les citoyens, comme la «construction autonome de soi, le succès personnel, l'esprit d'entreprise», des thèmes trop souvent subordonnés, par le passé, aux «garanties sociales universelles».

Une social-démocratie «durable» (selon le terme à la mode) romprait donc aussi avec un certain angélisme qui a toujours pris beaucoup de place à gauche et induit des corporatismes. Pierre Fortin signale que dans les pays scandinaves, par exemple, les critères du «mérite», de la performance, s'ajoutent à celui de la sacro-sainte ancienneté pour déterminer les promotions. «Ici, quelqu'un qui suggérerait ça serait crucifié sur la place publique!»

D'autres principes autrefois tabous en social-démocratie pourraient la rendre plus durable et plus responsable, au dire de certains. François Rebello (qui a été candidat défait par une adéquiste dans Laprairie mais qui est toujours à l'exécutif péquiste) croit que l'instauration, comme dans l'Angleterre de Blair, des palmarès officiels des écoles pourrait avoir de bons effets à moyen terme, notamment dans les quartiers défavorisés. Ici encore, c'est l'idée de responsabilité qui changerait la donne et rendrait en quelque sorte les services publics plus imputables. «C'est peut-être une hérésie pour certains, mais il faut qu'on accepte que les citoyens doivent en avoir pour leur argent dans les services publics», dit-il.

Jean-François Lisée résume les choses ainsi: il faut rompre avec l'idée selon laquelle il faut ou bien «plus d'État», ou bien «moins d'État». Au fond, conclut-il en rappelant une phrase de l'ancien premier ministre français Lionel Jospin, il faut «mieux d'État».
 
 
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  • Roland Berger
    Abonné
    samedi 23 juin 2007 08h42
    Palmarès des écoles
    En suggérant que «des palmarès officiels des écoles pourrait avoir de bons effets à moyen terme, notamment dans les quartiers défavorisés, François Rebello verse dans l'esprit simpliste. Les écoles de quartiers défaorisés sont les premières victimes des comparaison avec des écoles de milieux aisés. De tels palmarès n'auraient de sens que si le critère premier de sélection était le nombre d'enfants en difficulté « sauvés » pas les écoles. La cote des écoles qui sélectionnent les meilleurs à l'entrée serait alors dans le fond du chaudron. Mais il ne faut pas compter sur le magazine Actualité pour comprendre ça.
    Roland Berger
    London, Ontario

  • Simon Bouchard
    Abonné
    samedi 23 juin 2007 11h27
    Appeler un chat un chat
    Ce qu'il y a d'insupportable chez des gens comme Blair et ses semblables (Rebello, Marois, etc) c'est cette volonté de vouloir faire passer leurs minables sophismes de droite pour des idées de gauche rénovées. Ces faux progressistes sont beaucoup plus dangereux et méprisables que les idéologues de droite qui avancent à visière levée.

  • Bernard Charron
    Abonné
    dimanche 24 juin 2007 21h01
    Il faut «mieux d'État»
    L'expression est de Michel Rocard, dans son discours fondateur du chantier (le 7e/12 ) sur la « Modernisation de l'État » en France au début de son mandat de Premier Ministre en 1988.

    M. Jospin était alors ministre de l'Éducation, de la Jeunesse et des Sports.

  • l poisson
    Inscrite
    dimanche 24 juin 2007 22h46
    Sociale-démocratie québécoise: entre les bons sentiments et le slogan
    Reconnaissant tardivement des erreurs ayant faussé légèrement l'Indice des prix à la consommation (IPC), Statistiques-Canada refuse de corriger l'erreur à cause de l'ampleur de la tâche mais demande que l'on continue ( ? ) de lui faire confiance.
    Faute avouée est à moitié pardonnée, mais comment pardonner (même à moitié) quand ce n'est que la portion visible de la faute qui est tardivement avouée, dans un processus de relations publiques maintenant bien connu.
    A quelques exceptions près, les sociaux-démocrates de chez-nous ne connaissent pas grand chose de ce concept qui est, (ou était jusqu'à tout récemment ? ) plutôt un slogan rassembleur et électoralement payant. Et plutôt que d'admettre les erreurs de la dernière course à la cheffetie, facile de se prononcer pour une " nouvelle sociale-démocratie durable" en attendant la " nouvelle souveraineté durable"... et sans cholestérol tant qu'à jouer à Mario
    Dans son propre parti, Mme Marois a démontré à cet égard dans le dossier des CPE une tenacité et une persévérance dont M.Rebello semble déjà manquer.
    Par exemple, réalise-t-il que les palmarès d'écoles peuvent facilement nous conduire à des programmes de primes pour les enseignants ( comme dans certains états américains) et à une gratuité encore plus factice ( les frais afférants: effrayant)

    Quoiqu'il en soit, la sociale-démocratie est abordée dans l'édition du 23 juin de "Libération". Voici un extrait de l'entrevue avec l'intello Pierre Rosanvallon. (Et quel meilleur sujet estival pour badigeonner les colonnes de nos journaux que ces thèmes aussi larges qu'imprécis permettant à nos personnalités d'opiner au gré des vents):

    "La rénovation est souvent présentée comme une «modernisation».

    Il est tout aussi illusoire de penser qu'il suffirait de procéder à un aggiornamento, de se replier vers un point de vue plus modéré, de dire adieu à la radicalité au nom du réalisme, à un moment où les voix du Modem en font rêver plus d'un. L'extrême gauche a certes pesé négativement sur le Parti socialiste, mais son problème me semble surtout consister dans sa préférence permanente pour une posture rhétorique au détriment d'une critique sociale effective. C'est par ailleurs encore faire fausse route que d'ériger l'idée sociale-démocrate en alpha et oméga d'une refondation. La social-démocratie, il ne faut pas l'oublier, se présente aujourd'hui en Europe comme la trace résiduelle d'une histoire glorieuse mais achevée. La social-démocratie était une idée neuve dans les années 60, elle ne l'est plus. A l'époque, elle constituait la bonne réponse organisée à un moment précis du capitalisme industriel, qui nécessitait la mise en place de grandes institutions de protection collective, et où patronat et syndicats étaient en mesure de conclure des compromis globaux sur les liens du capital et du travail. Le capitalisme d'aujourd'hui pose d'autres questions et appelle d'autres moyens. Nous sommes passés de ce que j'appelle un «capitalisme de la généralité» à un «capitalisme de la singularité» qui est en train de restructurer sur un mode inédit les sociétés contemporaines. Il n'y aura pas de refondation pensable du socialisme si on ne part pas de là.

    Tony Blair constitue-t-il une référence, dans cette perspective ?

    Le point fort du blairisme est d'avoir eu l'intuition de la nature de cette mutation. Son point faible est d'avoir manqué d'imagination en termes de réponse et de s'être limité à apporter des solutions libérales et moralisantes.

    Quelles sont les vraies pistes ?

    La gauche doit passer d'un «socialisme du statut», fondé sur des collectifs protecteurs, à un socialisme du soutien aux trajectoires individuelles, donnant aux individus les moyens de sécuriser leur histoire. La société n'est plus constituée de groupes stables et cohérents. Il ne s'agit pas de dire par là que nous sommes passés d'une société de classes à une société d'individus. Il y a évidemment toujours du social, mais c'est la façon de «faire société» qui a changé. On «fait société» en partageant des épreuves, des situations ou bien en étant confrontés à des mêmes problèmes. Lorsqu'une entreprise ferme, il y a une communauté d'épreuves qui se constitue sur un mode classique ; mais lorsque des individus vivent une même expérience de déclassement, ils ne forment pas une communauté de déclassés : il n'y a pas une identité du déclassement, mais des histoires et des situations de déclassements. C'est précisément cette transformation de la société qui appelle un rôle accru de la démocratie. La démocratie, c'est produire du commun, de la lisibilité. «Faire société» ne consiste plus simplement à agréger des groupes, mais prend la forme d'une opération de connaissance de la société sur elle-même et de l'élaboration d'un processus de discussion et de délibération pour dégager les normes adéquates de protection et de solidarité. Le dernier point est que la redéfinition du lien social ne peut se limiter à un seul pays et qu'il devient vital de formuler un nouvel universalisme. Le socialisme a toujours accompagné son projet de l'idée d'un progrès de l'humanité. Redéfinir l'universalisme, ce n'est pas simplement constater l'existence d'un registre supérieur des problèmes (l'écologie, le développement, la paix) qui planerait au-dessus des autres problèmes ; c'est chercher la voie pour faire partout de ces problèmes généraux des questions concrètes et immédiates pour tous. Ce n'est pas un universalisme des bons sentiments, mais un «universalisme de terrain», immergé dans les difficultés que vivent les différentes sociétés. "

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