Revue de presse: Vivement les vacances!
La péréquation a continué de faire jaser cette semaine, mais je vous épargne la question car le ton et les arguments ont peu changé. Il y a eu aussi toutes ces analyses disséquant la dernière session parlementaire et supputant sur les plans futurs de Stephen Harper. En un mot, le premier ministre n'aura pas trop de l'été pour concocter une stratégie de relance de son gouvernement et pour lui donner un visage plus avenant. Un petit sourire ne ferait pas de tort après une session dominée, selon Lawrence Martin, du Globe and Mail, par le «syndrome de l'homme en colère» que personnifie Harper.
L'opération a cependant bizarrement démarré avec la décision du Parti conservateur de commanditer une voiture Nascar cet été, une première pour un parti politique canadien. L'affaire a valu aux conservateurs des caricatures assassines et des commentaires ironiques. Greg Weston, de SunMedia, cite le directeur du parti qui dit cibler son «genre de monde [...], des familles qui travaillent dur. Des contribuables qui respectent les règles». À quoi Weston réplique qu'il est vrai aussi que beaucoup de ce «genre de monde» ira aux courses cet été «dans l'espoir de voir ce gros logo conservateur se mêler à une carcasse tordue de caoutchouc et de métal». Le chroniqueur fait écho aux critiques qui trouvent que commanditer une voiture gloutonne en essence offre une métaphore parfaite de la performance conservatrice en matière d'environnement. Il estime par ailleurs que les Canadiens sont en droit de s'interroger sur le coût de l'aventure, toujours inconnu, puisqu'ils subventionnent maintenant les partis politiques. Weston, qui n'est pas un fan de ce système, a toujours maintenu que les partis devraient rendre des comptes sur la façon dont ils utilisent les fonds publics s'ils veulent en bénéficier.
Tant pis pour les autres
Susan Delacourt, du Toronto Star, note combien les symboles privilégiés par les conservateurs ont une saveur machiste et ne sont pas de nature à attirer le vote féminin. Hockey, armée, course de voitures s'ajoutent à un style de gouvernement agressif et très discipliné. En quoi cela peut-il aider le PC à se gagner des votes? «Ce n'est vraiment pas une stratégie de croissance. C'est même à l'opposé», confie le sondeur Nik Nanos, de SES Research, et cela pourrait expliquer le fait que les conservateurs font du surplace dans les sondages. Delacourt relève que les conservateurs ne semblent pas toujours se rendre compte qu'ils envoient des messages contradictoires. De plus, leur style de leadership axé sur la centralisation du pouvoir et la poigne de fer a tout pour rebuter les femmes. Lors d'un événement récent réunissant surtout des femmes intéressées par la politique, la plupart se plaignaient de l'association de plus en plus étroite entre le hockey, les militaires et le gouvernement Harper, raconte Delacourt. (Au Canada anglais, CBC présente encore Hockey Night in Canada. Le premier ministre y a fait une apparition, tout comme le chef d'état-major Rick Hillier. Et il y a le commentateur «favori des Québécois», Don Cherry, qui manifeste régulièrement son appui aux troupes.)
Susan Riley, du Ottawa Citizen, va dans le même sens que Delacourt, mais sur un ton plus cinglant. Les conservateurs peuvent épargner leurs dollars, dit-elle, parce que nous avons déjà compris le message. «Nous savons que vous ne vous souciez pas que les femmes votent pour vous. Nous avons déjà compris que vous n'êtes pas sérieux quand il est question de contrer les changements climatiques.» Selon elle, toute la stratégie de communication conservatrice est claire, que ce soit les apparitions de Harper entouré de militaires, ses références fréquentes au hockey, sa désinvolture à l'endroit des critiques de la guerre en Afghanistan ou les premiers ministres qui lui tiennent tête, le mépris de son gouvernement envers la culture ou le contrôle des armes à feu. Mais Riley avertit que la manie des conservateurs de catégoriser les gens et de cibler seulement certains groupes alimente la division et n'ouvre pas la voie vers une majorité.
Mauvais décollage
Les conservateurs ne se sont pas fait davantage d'amis cette semaine avec l'entrée en vigueur de leur liste noire des voyageurs interdits de vol. Margaret Wente, du Globe and Mail, est la plus caustique. Elle avoue d'entrée de jeu être heureuse de ne pas s'appeler Mahmoud Mohammad Issa Mohammad ou encore Patrick Martin, le nom de son patron, qui semble avoir un homonyme sur la liste noire américaine. Comme Ted Kennedy ou John Williams, le député conservateur. Mais on nous assure que la liste canadienne est établie avec soin avec des noms fournis avant tout par la GRC, la plus fiable des forces de police, écrit-elle avec ironie. Quant à la sécurité, elle sera grandement améliorée puisqu'on pourra intercepter les terroristes qui auront oublié de se munir d'une fausse identité. Les libertés civiles en prendront pour leur rhume? C'est possible, dit-elle (l'équipe éditoriale du Globe en est persuadée), mais la majorité des voyageurs s'en contrefichent. Ce qui les embête, ce sont les tracas qui viendront avec cette liste alors que les contrôles de sécurité tournent déjà à l'absurde dans les aéroports, dit-elle. Sans compter qu'il faut acheter son goûter parce qu'on ne sert plus à manger dans les avions et sortir son passeport sans arrêt. Il y a de quoi être à cran, poursuit-elle, surtout si vous devez aussi vous soumettre à une fouille corporelle parce que vous avez le malheur d'avoir une hanche en acier. Qu'est-ce que ce sera quand tous les baby-boomers auront des pièces de remplacement, demande-t-elle? «Je me demande souvent si prendre l'avion en vaut le coup à la lumière de tous ces embêtements. Peut-être que je devrais commencer à sauver l'environnement et simplement rester à la maison.»
mcornellier@ledevoir.com
L'opération a cependant bizarrement démarré avec la décision du Parti conservateur de commanditer une voiture Nascar cet été, une première pour un parti politique canadien. L'affaire a valu aux conservateurs des caricatures assassines et des commentaires ironiques. Greg Weston, de SunMedia, cite le directeur du parti qui dit cibler son «genre de monde [...], des familles qui travaillent dur. Des contribuables qui respectent les règles». À quoi Weston réplique qu'il est vrai aussi que beaucoup de ce «genre de monde» ira aux courses cet été «dans l'espoir de voir ce gros logo conservateur se mêler à une carcasse tordue de caoutchouc et de métal». Le chroniqueur fait écho aux critiques qui trouvent que commanditer une voiture gloutonne en essence offre une métaphore parfaite de la performance conservatrice en matière d'environnement. Il estime par ailleurs que les Canadiens sont en droit de s'interroger sur le coût de l'aventure, toujours inconnu, puisqu'ils subventionnent maintenant les partis politiques. Weston, qui n'est pas un fan de ce système, a toujours maintenu que les partis devraient rendre des comptes sur la façon dont ils utilisent les fonds publics s'ils veulent en bénéficier.
Tant pis pour les autres
Susan Delacourt, du Toronto Star, note combien les symboles privilégiés par les conservateurs ont une saveur machiste et ne sont pas de nature à attirer le vote féminin. Hockey, armée, course de voitures s'ajoutent à un style de gouvernement agressif et très discipliné. En quoi cela peut-il aider le PC à se gagner des votes? «Ce n'est vraiment pas une stratégie de croissance. C'est même à l'opposé», confie le sondeur Nik Nanos, de SES Research, et cela pourrait expliquer le fait que les conservateurs font du surplace dans les sondages. Delacourt relève que les conservateurs ne semblent pas toujours se rendre compte qu'ils envoient des messages contradictoires. De plus, leur style de leadership axé sur la centralisation du pouvoir et la poigne de fer a tout pour rebuter les femmes. Lors d'un événement récent réunissant surtout des femmes intéressées par la politique, la plupart se plaignaient de l'association de plus en plus étroite entre le hockey, les militaires et le gouvernement Harper, raconte Delacourt. (Au Canada anglais, CBC présente encore Hockey Night in Canada. Le premier ministre y a fait une apparition, tout comme le chef d'état-major Rick Hillier. Et il y a le commentateur «favori des Québécois», Don Cherry, qui manifeste régulièrement son appui aux troupes.)
Susan Riley, du Ottawa Citizen, va dans le même sens que Delacourt, mais sur un ton plus cinglant. Les conservateurs peuvent épargner leurs dollars, dit-elle, parce que nous avons déjà compris le message. «Nous savons que vous ne vous souciez pas que les femmes votent pour vous. Nous avons déjà compris que vous n'êtes pas sérieux quand il est question de contrer les changements climatiques.» Selon elle, toute la stratégie de communication conservatrice est claire, que ce soit les apparitions de Harper entouré de militaires, ses références fréquentes au hockey, sa désinvolture à l'endroit des critiques de la guerre en Afghanistan ou les premiers ministres qui lui tiennent tête, le mépris de son gouvernement envers la culture ou le contrôle des armes à feu. Mais Riley avertit que la manie des conservateurs de catégoriser les gens et de cibler seulement certains groupes alimente la division et n'ouvre pas la voie vers une majorité.
Mauvais décollage
Les conservateurs ne se sont pas fait davantage d'amis cette semaine avec l'entrée en vigueur de leur liste noire des voyageurs interdits de vol. Margaret Wente, du Globe and Mail, est la plus caustique. Elle avoue d'entrée de jeu être heureuse de ne pas s'appeler Mahmoud Mohammad Issa Mohammad ou encore Patrick Martin, le nom de son patron, qui semble avoir un homonyme sur la liste noire américaine. Comme Ted Kennedy ou John Williams, le député conservateur. Mais on nous assure que la liste canadienne est établie avec soin avec des noms fournis avant tout par la GRC, la plus fiable des forces de police, écrit-elle avec ironie. Quant à la sécurité, elle sera grandement améliorée puisqu'on pourra intercepter les terroristes qui auront oublié de se munir d'une fausse identité. Les libertés civiles en prendront pour leur rhume? C'est possible, dit-elle (l'équipe éditoriale du Globe en est persuadée), mais la majorité des voyageurs s'en contrefichent. Ce qui les embête, ce sont les tracas qui viendront avec cette liste alors que les contrôles de sécurité tournent déjà à l'absurde dans les aéroports, dit-elle. Sans compter qu'il faut acheter son goûter parce qu'on ne sert plus à manger dans les avions et sortir son passeport sans arrêt. Il y a de quoi être à cran, poursuit-elle, surtout si vous devez aussi vous soumettre à une fouille corporelle parce que vous avez le malheur d'avoir une hanche en acier. Qu'est-ce que ce sera quand tous les baby-boomers auront des pièces de remplacement, demande-t-elle? «Je me demande souvent si prendre l'avion en vaut le coup à la lumière de tous ces embêtements. Peut-être que je devrais commencer à sauver l'environnement et simplement rester à la maison.»
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