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Drogue au volant: l'opposition freine Harper

19 juin 2007  Canada
Ottawa — Les trois partis d'opposition à Ottawa empêcheront aujourd'hui le gouvernement conservateur de trop serrer la vis aux conducteurs ayant le malheur de rouler alors que des drogues illicites se trouvent à bord de leur véhicule. Le Devoir a en effet appris que le Bloc québécois, le Parti libéral et le NPD se ligueraient pour amender de manière substantielle un autre projet de loi en matière de justice cher au gouvernement de Stephen Harper.

Le projet de loi C-32 vise à criminaliser la conduite avec les facultés affaiblies par la drogue en instaurant une procédure uniformisée de détection à l'usage des policiers. Le deuxième article de la loi pose toutefois problème aux yeux de plusieurs élus et observateurs. Il déclare qu'un individu commet une infraction s'il conduit un véhicule ou en a la garde ou le contrôle «tandis qu'il a sciemment et sans excuse légitime en sa possession sur lui ou en quelque partie du véhicule» de la drogue illicite.

En pratique, cela signifie qu'un conducteur pourrait écoper d'une peine maximale de cinq ans de prison ou perdre son permis de conduire parce que se trouvent dans son véhicule, par exemple, quelques grammes de marijuana, même si ceux-ci appartiennent à l'un de ses passagers. Le but du projet de loi, explique-t-on, est de «responsabiliser» le chauffeur, de la même manière qu'il est déjà responsable de toute bouteille d'alcool ouverte qui se trouverait dans sa voiture. On veut éviter qu'une fois la voiture interceptée par les policiers, les passagers abandonnent leur sachet de drogue sur le tableau de bord en prétendant ne pas savoir ce qu'il fait là...

En comité parlementaire le mois dernier, le député bloquiste Réal Ménard s'était inquiété de ce qui lui arriverait si, en allant en voiture au chalet avec des membres de sa famille, ceux-ci avaient sur eux des substances illicites. Greg Yost, fonctionnaire au ministère de la Justice, avait répondu: «On devrait être attentif à ce que les passagers sont en train de faire. Je n'aurai pas de drogue dans ma voiture.» Le ministre de la Justice, Rob Nicholson, avait approuvé les propos de son fonctionnaire en lançant à la blague à son collègue député: «Restez à la maison!»

Pour Réal Ménard, cet article du projet de loi va trop loin et n'est pas nécessaire. «Il existe déjà des dispositions dans la loi interdisant la possession de drogue, rappelle-t-il. Pourquoi ajouter cela là?» Des voix se sont d'ailleurs fait entendre (dans la page Idées du Devoir, notamment) pour condamner cette section du projet de loi, y voyant un moyen détourné de tendre un très large filet pour capturer tous les jeunes consommateurs de stupéfiants sous couvert de lutte contre la conduite dangereuse.

Selon M. Ménard, si la loi allait en ce sens, elle serait inapplicable dans un contexte social. Le Parti libéral est du même avis, pour les mêmes raisons. «Va-t-on devoir effectuer une fouille corporelle de tous nos passagers avant qu'ils ne montent dans notre véhicule?», se demande la critique en matière de Justice, Marlene Jennings. Selon elle, «cet article est trop arbitraire et pourrait engendrer des situations injustifiées». Selon le député du NPD Joe Comartin, il va à l'encontre de la «tradition légale» canadienne en supposant que le chauffeur sait ce que ses passagers transportent dans leurs poches. Au cabinet du ministre Nicholson, on rétorque qu'il reviendrait à la couronne et non à l'accusé de prouver que le conducteur savait qu'il y avait de la drogue dans sa voiture.

Un blocage de plus

Il est peu probable que les conservateurs appuient ce changement, qui sera voté ce matin en comité parlementaire. «On ne s'attend pas à ce que les membres du gouvernement appuient les amendements de l'opposition sur ce projet de loi, surtout si ceux-ci vont à l'encontre de l'intention du projet de loi», a fait savoir la directrice des communications du ministre Nicholson, Geneviève Breton. Mais les trois partis d'opposition détenant la majorité au Comité permanent de la Justice, cet amendement sera adopté et la loi, renvoyée à la Chambre des communes pour vote final, modifiée.

Il s'agira d'un cas de plus où l'opposition frustre les tentatives législatives du gouvernement conservateur en matière de justice. Cet automne, Stephen Harper avait fustigé les trois partis adverses après qu'ils eurent émasculé son projet de loi limitant le recours aux peines purgées dans la communauté (sursis). En outre, d'autres initiatives piétinent à cause des réticences de l'opposition, notamment celle facilitant la désignation comme criminels dangereux des abonnés à la délinquance.

C'est la troisième fois qu'Ottawa tente de faire adopter un projet de loi pour contrecarrer la drogue au volant. Les deux premières initiatives, menées par le gouvernement de Paul Martin, sont mortes au feuilleton. Un des deux projets de loi créait aussi une infraction pour la présence de drogue illicite dans un véhicule, mais il instaurait aussi une «réserve» pour la possession de marijuana. Toute quantité de 30 grammes ou moins n'était pas visée par le projet de loi. Cette réserve a disparu dans la version conservatrice.

Défense des deux bières en suspens

Le projet de loi C-32 instaure une procédure stricte pour détecter les conducteurs sous l'effet de la drogue, y compris deux séances d'observation de leurs comportements (motricité, coordination, dilatation des pupilles, etc.). Les prélèvements obligatoires ne sont exigés qu'après, lorsque les policiers ont acquis la certitude que le conducteur n'est pas sobre. Car contrairement à l'alcool, il n'existe pas de seuil d'intoxication reconnu comme affaiblissant les capacités de conduire un véhicule. En outre, les prélèvements corporels peuvent être trompeurs puisque des traces de drogues sont détectées dans le sang bien après que l'effet de celles-ci s'est dissipé.

Ce projet de loi abolit par ailleurs la défense dite «des deux bières». Elle consistait à contester la validité d'un résultat positif d'alcootest en présentant le témoignage d'amis capables de jurer que l'accusé n'avait bu que deux consommations. Les libéraux et les bloquistes tenteront ce matin de retirer cet élément de la loi. Marlene Jennings estime que les appareils de détection de l'alcool ne sont pas toujours entretenus et recalibrés et que les résultats ne sont donc pas toujours fiables. «On veut s'assurer que les moyens de défense ne soient pas exclus», dit-elle. Réal Ménard abonde dans ce sens. «Je ne suis pas sûr que ça n'aille pas trop loin.» Le NPD, dans ce cas, pourrait sauver le gouvernement en obligeant plutôt les corps policiers à prouver qu'ils entretiennent les appareils de détection.






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  • Roland Berger
    Abonné
    mardi 19 juin 2007 07h40
    Une mutation s'impose
    « Le parti conservateur devrait se transformer en une religion, qui pourrait par exemple s'appeler l'Église de l'absolu contrôle de la moralité des autres. Les saints ne manqueraient pas, saint Stockwell ouvrant la marche.
    Roland Berger
    London, Ontario »

  • Sarah Bilodeau
    Inscrite
    mardi 19 juin 2007 09h57
    Protéger ou simplement punir?
    « Le Parti Conservateur se complaît à présenter des projets de loi qui visent essentiellement à punir les contrevenants. Une façon de rappeler qui est le "boss" ici. Il est évident qu'il ne croit pas en la prévention et encore moins en la réhabilitation.

    Que Harper n'essaie pas de nous faire croire qu'il a à coeur la protection de ses citoyens alors qu'il refuse d'adapter la loi pour protéger les femmes de la misogynie. Il ne s'est d'ailleurs pas gêné pour couper dans les programmes sociaux d'aide aux femmes et aux enfants.

    Heureusement que l'opposition veille à freiner ses pulsions dominatrices et moralisatrices de chef religieux. »

  • Claude Archambault
    Inscrit
    mardi 19 juin 2007 10h26
    Pourquoi bloquer un bon projet?
    « Je trouve cette loi très raisonnable, je n'ai rien contre le pot mais pas dans un auto, et pour les autres drogues alors il faut y mettre le paquet. Pourquoi faudrait il etre plus laxe avec un encore illégale qu'avec un produit légal (L'alcool).

    Messieur les libéraux, les bloquistes et les neo-démocrates, rendez cette lois plus sévère ne démollissez pas quelque chose d'excellent même si imparfait.

    Et en ce qui est de la défence des 2 bière, faite moi rire.... que ne ferait pas un ami de la bouteille pour un autre ami? »

  • mireille boisvert
    Inscrite
    mardi 19 juin 2007 10h42
    Drogue au volant:l'opposition freine Harper
    « Un article étonnent!...Surtout lorsque personnellement j'ai fait des pressions en cour Suprême du Canada concernant la représentativité sous l'effet du cannabis (n/d:29544)c'est le monde à l'envers!
    Certe,une personne qui conduit sous l'effet d'une drogue est un danger public et il est impératif de donner les outils aux policiers pour contrer un telle fléaux mais un problème reste entier...Pourquoi une personne serais obligé de plaider seule sous l'effet de la drogue (s'il ne veut ou ne peut avoir d'avocat)...cela serait la même chose que de se représenter en étant d'ébriété!(le gouvernement de l'époque ne voulais rien savoir de mon cas)

    Et pour se qu'il s'agit d'une peine de prison de 5 ans pour la possession en voiture c'est rédicule...les personnes qui on un permis à titre de personne désignée pour le permis de cannabis risque d'avoir de sérieux problèmes.

    bref,l'intention est peut-être bonne mais la réalité est toute autre. »

  • Michel Chayer
    Inscrit
    mardi 19 juin 2007 11h24
    L'imbécillité au pouvoir
    « À la lumière de ces projets de lois insignifiants, force est de constater que c'est le Parti conservateur qui gouverne avec les facultés affaiblies par...l'imbécillité. »

  • Claude Archambault
    Inscrit
    mardi 19 juin 2007 11h55
    Sarah, qu'y a t il de mauvais à punir?
    « Pourquoi y voyons nous du mal à punir, il y a des lois il faut y obéir sinon il y a des conséquences, et les conséquences en se moment son risible. Un abuseur d'enfant première offense devrait être 26 ans minimum sans espérance de sortir. Deuxième fois, la vie sans espérance de sortir. Un vol avec une arme quel qu'elle soit et quelque soit le montrant du vol, 15 ans sans espérance de sorti à la première offense. Quand les gens auront peur de la prison ils ne commettrons pas de crime et ceux qui tente de s'en tirer alors laissons la police régler leur cas, une balle bien placer arête toutes personne qui tente de se sauver des conséquence de son geste. »

  • Claude Archambault
    Inscrit
    mardi 19 juin 2007 11h56
    À Roland......... ce projet ne parle pas de moral mais de légalité
    « Ou dans ce projet parle t on de moral, la drogue est illégal, conduire sous l'influence est dangereux, il faut sévir. Me laisseriez vous conduire saoul comme une botte sans être puni sévèrement? Alors qu'y a t il de différent pour un drogué???

    Allez soyez logique je ne suis pas un fan de Harper mais quand quelque chose est bon il faut le reconnaître. »

  • Maurice Monette
    Abonné
    mardi 19 juin 2007 12h15
    La MATURITÉ de chacune et de chacun là-dedans..., ELLE est où ?
    « Bien sûr que de vouloir éviter le plu$ d'accident$ po$$ible$ sur nos routes, c'est idéalement souhaitable mais, la VIE INCARNÉE, c'est justement l'occasion de venir acquérir une MATURITÉ d'esprit/âme. Alors, doit-on prémunir les gens contre le LAXISME de leur "LIBRE-ARBITRE" qui les pousserait à "conduire" avec des facultés affaiblies ou, les laisser risquer de causer des hécatombes pour leurs permettre d'apprendre à ne pas utiliser de telles substances débilitantes lorsque celles/ceux-ci ont la RESPONSABILITÉ d'autres gens sous leur CONTRÔLE...?

    Répondre à cette QUESTION permettrait de comprendre que, l'ALCOOL ou les DROGUES au volant ne devraient pas être utilisés(es) pour acquérir plus de MATURITÉ de CONSOMMATION. C'est évident que seule une "BONNE LEÇON de la VIE" telle un GRAVE accident causé par des FACULTÉS AFFAIBLIES, permettrait à la personne fautive d'acquérir plus de MATURITÉ. Mais, entraîner de GRAVES TRAUMATISMES ou même la MORT chez d'autres, ÇA devient un "PENSEZ-Y BIEN !" car, c'est d'hypothéquée la vie des autres pour avoir la LEÇON de ne pas boire d'acool lorsqu'on prend le volant.

    Donc, je crois qu'on est entrain de créer un énorme "cul-de-sac", tout simplement parce qu'on ne veut pas prendre ses RESPONSABILITÉS pour ne pas se mettre à dos les électeurs(es) potentiels(les).

    Par contre, aller jusqu'à ne pas pouvoir transporter ces substances illicites qui devraient être utilisées sur un lieu de réjouissances, il y a quand une limite à ne pas franchir dans ses EXAGÉRATIONS de SOBRIÉTÉ...!

    Tout est dans la MATURITÉ de faire face à cette SITUATION ! »

  • Sarah Bilodeau
    Inscrite
    mardi 19 juin 2007 14h47
    @ M. Archambault
    « Je ne vois pas en quoi sévir contre la possession de marijuana dans un coffre à gants ou les poches de jeans de l'ami d'un ami qu'on conduit au travail permettra de réduire les crimes à caractère sexuel commis sur les enfants...

    Ce projet de loi ne protège personne, mais punit la possession de stupéfiants, loi qui existe déjà... »

  • Michel Chayer
    Inscrit
    mercredi 20 juin 2007 12h19
    Le supplice de la roue
    « Monsieur Claude Archambault,

    Selon vous, est-ce que la réintroduction du supplice de la roue sur la place du marché aurait un effet dissuasif ? »

  • Jean-Claude Vézeau
    Abonné
    lundi 9 juillet 2007 20h37
    de la petite politique
    « Il est tout à fait légitime de désirer que nos concitoyens ne prennent point le volant sous l'influence de drogues. Cependant, la punition simple n'apporte jamais les résultats escomptés. Il faut renforcer les comportements que l'on désir voir dans la société en éduquant. Ce projet de loi C-32 ne fera qu'augmenter les erreurs judiciaires sans pour autant atteindre le but visé de la législation »

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