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Sarkozy déroule le tapis rouge pour Harper

Christian Rioux   6 juin 2007  Canada
Le premier ministre Stephen Harper et le nouveau président français Nicolas Sarkozy quittant à pied le palais de l’Élysée pour aller dîner. Les deux hommes ont mis en veilleuse leurs divergences sur Kyoto et l’Afghanistan à l’occasion de leu
Photo : Agence Reuters
Le premier ministre Stephen Harper et le nouveau président français Nicolas Sarkozy quittant à pied le palais de l’Élysée pour aller dîner. Les deux hommes ont mis en veilleuse leurs divergences sur Kyoto et l’Afghanistan à l’occasion de leu
À quelques heures de l'ouverture du Sommet du G8 aujourd'hui en Allemagne, le Canada et la France ont choisi de ne pas afficher leurs divergences sur le protocole de Kyoto et le retrait éventuel des troupes françaises d'Afghanistan. C'est donc dans la plus parfaite décontraction que le premier ministre Stephen Harper était reçu hier par le nouveau président français, Nicolas Sarkozy, et son premier ministre, François Fillon, lors d'une visite éclair dans la capitale française.

Sitôt arrivé à l'Élysée, le premier ministre canadien s'est élancé avec son hôte pour une promenade de quelques centaines de mètres sous le soleil printanier. Délaissant le palais présidentiel, Stephen Harper était exceptionnellement convié à dîner dans l'ancienne résidence du marquis de Lafayette, qui abrite aujourd'hui une galerie-restaurant. Les deux hommes ont échangé en marchant pendant une quinzaine de minutes dans une avenue presque vide et quadrillée par les policiers et les journalistes. Toujours en campagne pour les élections législatives, Nicolas Sarkozy a serré quelques mains et présenté son invité aux rares passants.

Stephen Harper et Nicolas Sarkozy sont «tombés d'accord pour avoir les objectifs les plus ambitieux possibles» au sommet du G8 afin de combattre le réchauffement climatique, a déclaré le porte-parole de la présidence française David Martinon. Plus tard dans l'après-midi, le premier ministre François Fillon a néanmoins rappelé que la France juge essentiel «que tous les pays respectent les engagements qui ont été pris à Kyoto» — ce qui n'est pas le cas du Canada. Sans qu'on sache sur quoi exactement, les rencontres avec Stephen Harper auraient permis, dit-il, de «rapprocher les points de vue de la France et du Canada sur ce sujet».

Par ailleurs, la France n'envisage pas de taxer les produits canadiens même si le Canada ne respecte pas les objectifs du traité de Kyoto, a déclaré le premier ministre français. En campagne électorale, le candidat Nicolas Sarkozy avait en effet promis d'imposer les produits des pays qui ne respectaient pas le protocole. Mais la mesure ne serait «pas prioritairement tournée contre le Canada», a précisé François Fillon.

Cela n'empêche pas le premier ministre français d'affirmer qu'«on ne peut pas demander aux industriels européens de produire avec des contraintes que n'auraient pas d'autres pays». Et il ajoute aussitôt: «Encore une fois, je ne crois pas que ce soit le Canada qui soit le plus concerné par cette question.»

Visiblement satisfait des précisions de son homologue, Stephen Harper a affirmé qu'il s'attendait à ce que la France respecte ses engagements en matière de libre-échange. Selon lui, «le Canada et la France ont la même détermination d'avoir un protocole international qui inclue tous les pays émetteurs [de dioxyde de carbone].»

À l'Élysée, on rappelait que les Européens souhaitent toujours convaincre les membres du G8 de réduire de 50 % leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) d'ici à 2050. «Il n'y a aucune raison, du côté français, de revoir nos exigences à la baisse», a affirmé le porte-parole.

Dans la journée, le ministre canadien de l'Environnement, John Baird, a rencontré son nouvel homologue français, l'ancien premier ministre Alain Juppé, aujourd'hui à la tête d'un superministère de l'Écologie et du Développement durable.

Le premier ministre Stephen Harper s'est de plus félicité de la décision française de ne pas retirer ses troupes d'Afghanistan dans l'immédiat. «La France maintiendra son dispositif en Afghanistan, a déclaré François Fillon. Il n'y a aucun projet de désengagement de la France en Afghanistan.»

La veille, dans une interview au New York Times, Nicolas Sarkozy avait néanmoins réaffirmé le désir de la France de retirer ses troupes tout en soulignant qu'un retrait n'était pas imminent. Pendant la campagne présidentielle, le candidat avait affirmé que la présence à long terme des troupes françaises en Afghanistan n'était pas souhaitable. Le projet de retrait, justifié par la présence massive de troupes françaises au Liban, est d'ailleurs dans les cartons du ministère de la Défense depuis des mois.

Dans les milieux diplomatiques canadiens, on s'estimait très satisfait de ce premier contact entre le premier ministre canadien et le nouveau président français. Stephen Harper a d'ailleurs rappelé qu'il en était à sa troisième visite en France en moins d'un an et qu'il avait tenu à «envoyer un signal fort» en rencontrant Nicolas Sarkozy moins d'un mois après son élection. Les relations entre le premier ministre canadien et l'ancien président Jacques Chirac n'avaient pas toujours été au beau fixe. Ce dernier ne manquait jamais une occasion de rappeler le Canada à ses engagements concernant le protocole de Kyoto. Stephen Harper s'était aussi retrouvé isolé et en porte-à-faux avec la France à propos du Liban lors du dernier Sommet de la Francophonie tenu à Bucarest.

Interrogé sur les déclarations du président russe Vladimir Poutine, qui a menacé cette semaine de pointer des missiles vers l'Europe si celle-ci collaborait au bouclier antimissile américain, Stephen Harper a défendu l'action de l'OTAN. «Nous sommes convaincus que les intentions de l'OTAN sont tout à fait claires, a-t-il déclaré. Il n'y a pas de raison d'interpréter ces actions comme une menace contre la Russie.»

Stephen Harper a quitté ses hôtes français en invitant Nicolas Sarkozy à venir au Canada. Selon un proche du premier ministre canadien, on discute d'une date rapprochée. Il serait donc possible que le président français se rende au Canada avant le Sommet de la Francophonie, lequel aura lieu en octobre 2008 à Québec, à l'occasion du 400e anniversaire de la ville.

***

Correspondant du Devoir à Paris






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Vos réactions

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  • Roland Berger
    Abonné
    mercredi 6 juin 2007 15h47
    Bush le chanceux !
    « Qu'il est chanceux ce « moron » de Bush. Il peut compter sur Harper pour livrer dans un français à peu près compréhensible pour bloquer tout alignement sur le protocole de Kyoto. Le chien de Stéphane Dion doit en aboyer de rage.
    Roland Berger
    London, Ontario »

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