La loi du plus fort, ou... vivre et laisser mourir
Le dimanche 22 avril, la Coalition Québec-Vert-Kyoto a organisé une marche dont le thème était «Kyoto, pour l'espoir». Elle a invité des représentants de tous les milieux afin qu'elle soit la plus représentative possible de la société québécoise dans son appui sans faille au protocole de Kyoto. Nous étions près de 25 000.
Ce thème est né de nos rencontres avec les jeunes, car bon nombre d'entre eux nous ont exprimé leur crainte et leur désarroi devant le réchauffement de la planète. Se faire dire par des enfants de 10 ou 12 ans: «Avons-nous un avenir?», entendre des mots si graves émanant de bouches si jeunes nous ramène à un passé de guerres, de famines et de désastres. C'est parfaitement bouleversant. C'est pourquoi, malgré l'imperfection de Kyoto, malgré le fait qu'il ne constitue qu'un premier petit pas (en fait, Kyoto constitue un dixième de ce qu'il faudrait faire pour stabiliser le climat), ce protocole représente une étape essentielle aussi bien au chapitre des mesures à prendre dans la lutte contre le réchauffement climatique que d'un point de vue strictement symbolique.
Le plan vert des conservateurs
Or, dernièrement, le gouvernement conservateur a présenté son «plan vert». Ce plan a immédiatement été jugé totalement insuffisant par la très grande majorité des acteurs de la vie publique. De David Suzuki à Al Gore, des gens d'affaires (sauf des milieux du pétrole et de l'automobile nord-américains) aux représentants de nombreux pays, tous se sont entendus pour dire que ce plan était une honte pour le Canada.
Un des objectifs les plus cruciaux du protocole de Kyoto est de faire en sorte que les citoyens, les entreprises et les gouvernements du monde industrialisé se rendent compte que nous ne pouvons pas continuer à vivre avec la même intensité de production et de consommation que celle à laquelle nous sommes habitués. Il commande un changement de mentalité.
Or le plan déposé par le gouvernement nous incite presque au statu quo. Il continue à favoriser une dépendance toujours croissante envers les énergies fossiles et les modes de production énergivores. Il laisse croire que la croissance économique induit obligatoirement une croissance de la consommation énergétique, ce qui est faux: à titre d'exemple, le secteur de l'acier japonais a réussi à accroître sa production tout en diminuant sa consommation énergétique de 80 %!
Dernièrement, un rapport confidentiel dévoilé dans les médias a révélé que la grande majorité des industries canadiennes implorent le gouvernement fédéral de se conformer à Kyoto, craignant d'être pénalisées dans le cas contraire.
Or ce plan constitue le retrait officieux du Canada du protocole de Kyoto et des négociations de l'après-Kyoto, pénalisant considérablement nos entreprises en les empêchant de profiter des mécanismes prévus au protocole. De plus, les imprécisions du ministre fédéral de l'Environnement, John Baird, à propos de la participation canadienne à un marché d'échanges nord-américain ne sont ni rassurantes ni engageantes pour ces entreprises.
Pour ce qui est des pétrolières, il est proprement indécent que ces entreprises soient aussi peu sollicitées après avoir vu leurs impôts diminuer du tiers depuis dix ans et leurs profits augmenter de façon exponentielle. Par ailleurs, que pourraient-elles faire si nous augmentions leur contribution à la lutte contre le réchauffement de la planète? Délocaliser les puits de pétrole et les sables bitumineux?
Loin de l'équilibre
L'argument principal de M. Baird pour dire de son plan qu'il est «équilibré» est qu'il constitue une solution mitoyenne entre les voeux des écologistes et ceux des gens d'affaires, faisant passer Kyoto pour un plan radical. Cela est tout aussi faux. Ce n'est qu'après des années de négociations et de nombreux compromis (dont plusieurs faits à la demande du Canada) que 180 pays ont signé ce protocole, qui constitue déjà un énorme compromis en faveur du milieu économique de la part des écologistes. Nous le répétons: les objectifs du protocole de Kyoto ne feront que 10 % du travail. Dire de ce plan qu'il est trop radical est à la fois malhonnête et dénote un manque total de vision.
L'année dernière, sir Nicholas Stern, ancien chef économiste de la Banque mondiale, révélait que les coûts économiques de l'inaction devant le réchauffement de la planète dépasseront de beaucoup les coûts de véritables mesures concrètes. De plus, le Groupe intergouvernemental d'experts sur le climat (GIEC) a dévoilé le dernier pan de son rapport chiffrant le coût des investissements pour lutter contre les changements climatiques et, contrairement à l'étude bidon dévoilée par M. Baird, ce rapport a démontré que le coût est tout à fait abordable et applicable dès maintenant. Mais le ministre fédéral de l'Environnement, en réponse à ce rapport, a affirmé que son plan allait encore plus loin... Autre mensonge de sa part, car il omet de dire que l'année de base considérée par son plan est 2006 et non 1990, ce qui élimine 35 % des émissions sur papier!
Kyoto et les droits de la personne
L'aspect le plus important et probablement le plus négligé du débat sur la lutte contre le réchauffement de la planète est celui des droits de la personne. Nous savons maintenant que ce réchauffement va considérablement modifier le mode de vie, l'habitat et la vie même de dizaines de millions de personnes sur la planète. Sécheresses en Afrique, inondations en Asie, fonte du pergélisol en Arctique: des millions d'êtres humains vont devoir déménager de force et devenir des réfugiés climatiques.
Et le processus est déjà commencé. On estime qu'un milliard de personnes risquent de subir ce sort d'ici 2050. Cela représente trois fois la population du Canada et des États-Unis réunis!
Un fonctionnaire fédéral a récemment été arrêté pour avoir divulgué le plan vert. «Illégal», a affirmé le ministre Baird. Pourtant, celui-ci passe sous silence le côté tout aussi illégal de son désengagement envers Kyoto, qui a force de loi à l'échelle internationale. Et que dire de l'aspect fort peu éthique des manoeuvres de l'ex-ministre fédérale de l'Environnement, Rona Ambrose, qui tentait de faire déraper les négociations de l'après-Kyoto à Bonn? Pourrions-nous, dans le cas de ce fonctionnaire, qualifier son geste de désobéissance civile nécessaire?
Nous ne sommes plus en 1950 mais au XXIe siècle. Le mode de vie de l'après-guerre basé sur la consommation à outrance doit cesser. Pourtant, le gouvernement conservateur, par sa volonté de protéger certains intérêts particuliers comme ceux du secteur pétrolier, nous ramène 50 ans en arrière.
La loi du plus fort, en fonction de laquelle les défavorisés seront naturellement éliminés, semble être le leitmotiv de ce gouvernement. Cette idéologie favorisant un monde où les plus forts triomphent et où tous ceux qui doivent en souffrir et en périr disparaîtront (comme si cela relevait de l'ordre divin) nous ramène à une époque d'avant l'essor de la démocratie et des droits de la personne.
Il est dès lors facile de comprendre que ce gouvernement, au plus grand mépris de cette démocratie, fasse tout en son pouvoir pour que le Sénat ne puisse pas voter le projet de loi C-288 qui l'obligerait à respecter Kyoto ou tue même au feuilleton le projet de loi C-30 qui va dans le même sens. C'est pourquoi deux groupes écologistes, Les Amis de la Terre et le Sierra Legal Defence Fund, poursuivent le gouvernement pour non-respect de ses obligations... et de la loi.
Nous tenons par la présente à souligner notre appui à ces projets de loi et à l'action de ces deux groupes.
De plus, nous exigeons la démission du ministre de l'Environnement, John Baird, car respecter Kyoto, c'est respecter notre parole envers le reste du monde, non seulement envers les citoyens et le pays mais aussi et surtout envers les générations futures.
Et ce triste sire ne respecte ni Kyoto, ni les citoyens de ce pays, ni les générations futures.
***
Ont signé ce texte: Daniel Breton, Coalition Québec-Vert-Kyoto; Pablo Rodriguez, député libéral et parrain du projet de loi C-288; Bernard Bigras, député du Bloc québécois; Thomas Mulcair, Nouveau Parti démocratique; Elizabeth May, leader du Parti vert du Canada; Ghislain Picard, grand chef, APNQL; Suzanne Méthot, environnementaliste; Henri Massé, FTQ; Réjean Parent, CSQ; Claudette Carbonneau, CSN; André Bélisle, AQLPA; Martin Leclerc, Les Amis de la Terre Québec; Gérald Larose, président, Caisse d'économie solidaire Desjardins; Louise Vandelac, Institut des sciences de l'environnement de l'UQAM; Scott McKay, leader du Parti vert du Québec; Françoise David et Amir Khadir, co-leaders de Québec solidaire; Joëlle Morin, actrice; Annie Roy et Pierre Allard, ATSA, de même que vingt autres noms qu'on retrouve au www.quebec-vert-kyoto.org.
Ce thème est né de nos rencontres avec les jeunes, car bon nombre d'entre eux nous ont exprimé leur crainte et leur désarroi devant le réchauffement de la planète. Se faire dire par des enfants de 10 ou 12 ans: «Avons-nous un avenir?», entendre des mots si graves émanant de bouches si jeunes nous ramène à un passé de guerres, de famines et de désastres. C'est parfaitement bouleversant. C'est pourquoi, malgré l'imperfection de Kyoto, malgré le fait qu'il ne constitue qu'un premier petit pas (en fait, Kyoto constitue un dixième de ce qu'il faudrait faire pour stabiliser le climat), ce protocole représente une étape essentielle aussi bien au chapitre des mesures à prendre dans la lutte contre le réchauffement climatique que d'un point de vue strictement symbolique.
Le plan vert des conservateurs
Or, dernièrement, le gouvernement conservateur a présenté son «plan vert». Ce plan a immédiatement été jugé totalement insuffisant par la très grande majorité des acteurs de la vie publique. De David Suzuki à Al Gore, des gens d'affaires (sauf des milieux du pétrole et de l'automobile nord-américains) aux représentants de nombreux pays, tous se sont entendus pour dire que ce plan était une honte pour le Canada.
Un des objectifs les plus cruciaux du protocole de Kyoto est de faire en sorte que les citoyens, les entreprises et les gouvernements du monde industrialisé se rendent compte que nous ne pouvons pas continuer à vivre avec la même intensité de production et de consommation que celle à laquelle nous sommes habitués. Il commande un changement de mentalité.
Or le plan déposé par le gouvernement nous incite presque au statu quo. Il continue à favoriser une dépendance toujours croissante envers les énergies fossiles et les modes de production énergivores. Il laisse croire que la croissance économique induit obligatoirement une croissance de la consommation énergétique, ce qui est faux: à titre d'exemple, le secteur de l'acier japonais a réussi à accroître sa production tout en diminuant sa consommation énergétique de 80 %!
Dernièrement, un rapport confidentiel dévoilé dans les médias a révélé que la grande majorité des industries canadiennes implorent le gouvernement fédéral de se conformer à Kyoto, craignant d'être pénalisées dans le cas contraire.
Or ce plan constitue le retrait officieux du Canada du protocole de Kyoto et des négociations de l'après-Kyoto, pénalisant considérablement nos entreprises en les empêchant de profiter des mécanismes prévus au protocole. De plus, les imprécisions du ministre fédéral de l'Environnement, John Baird, à propos de la participation canadienne à un marché d'échanges nord-américain ne sont ni rassurantes ni engageantes pour ces entreprises.
Pour ce qui est des pétrolières, il est proprement indécent que ces entreprises soient aussi peu sollicitées après avoir vu leurs impôts diminuer du tiers depuis dix ans et leurs profits augmenter de façon exponentielle. Par ailleurs, que pourraient-elles faire si nous augmentions leur contribution à la lutte contre le réchauffement de la planète? Délocaliser les puits de pétrole et les sables bitumineux?
Loin de l'équilibre
L'argument principal de M. Baird pour dire de son plan qu'il est «équilibré» est qu'il constitue une solution mitoyenne entre les voeux des écologistes et ceux des gens d'affaires, faisant passer Kyoto pour un plan radical. Cela est tout aussi faux. Ce n'est qu'après des années de négociations et de nombreux compromis (dont plusieurs faits à la demande du Canada) que 180 pays ont signé ce protocole, qui constitue déjà un énorme compromis en faveur du milieu économique de la part des écologistes. Nous le répétons: les objectifs du protocole de Kyoto ne feront que 10 % du travail. Dire de ce plan qu'il est trop radical est à la fois malhonnête et dénote un manque total de vision.
L'année dernière, sir Nicholas Stern, ancien chef économiste de la Banque mondiale, révélait que les coûts économiques de l'inaction devant le réchauffement de la planète dépasseront de beaucoup les coûts de véritables mesures concrètes. De plus, le Groupe intergouvernemental d'experts sur le climat (GIEC) a dévoilé le dernier pan de son rapport chiffrant le coût des investissements pour lutter contre les changements climatiques et, contrairement à l'étude bidon dévoilée par M. Baird, ce rapport a démontré que le coût est tout à fait abordable et applicable dès maintenant. Mais le ministre fédéral de l'Environnement, en réponse à ce rapport, a affirmé que son plan allait encore plus loin... Autre mensonge de sa part, car il omet de dire que l'année de base considérée par son plan est 2006 et non 1990, ce qui élimine 35 % des émissions sur papier!
Kyoto et les droits de la personne
L'aspect le plus important et probablement le plus négligé du débat sur la lutte contre le réchauffement de la planète est celui des droits de la personne. Nous savons maintenant que ce réchauffement va considérablement modifier le mode de vie, l'habitat et la vie même de dizaines de millions de personnes sur la planète. Sécheresses en Afrique, inondations en Asie, fonte du pergélisol en Arctique: des millions d'êtres humains vont devoir déménager de force et devenir des réfugiés climatiques.
Et le processus est déjà commencé. On estime qu'un milliard de personnes risquent de subir ce sort d'ici 2050. Cela représente trois fois la population du Canada et des États-Unis réunis!
Un fonctionnaire fédéral a récemment été arrêté pour avoir divulgué le plan vert. «Illégal», a affirmé le ministre Baird. Pourtant, celui-ci passe sous silence le côté tout aussi illégal de son désengagement envers Kyoto, qui a force de loi à l'échelle internationale. Et que dire de l'aspect fort peu éthique des manoeuvres de l'ex-ministre fédérale de l'Environnement, Rona Ambrose, qui tentait de faire déraper les négociations de l'après-Kyoto à Bonn? Pourrions-nous, dans le cas de ce fonctionnaire, qualifier son geste de désobéissance civile nécessaire?
Nous ne sommes plus en 1950 mais au XXIe siècle. Le mode de vie de l'après-guerre basé sur la consommation à outrance doit cesser. Pourtant, le gouvernement conservateur, par sa volonté de protéger certains intérêts particuliers comme ceux du secteur pétrolier, nous ramène 50 ans en arrière.
La loi du plus fort, en fonction de laquelle les défavorisés seront naturellement éliminés, semble être le leitmotiv de ce gouvernement. Cette idéologie favorisant un monde où les plus forts triomphent et où tous ceux qui doivent en souffrir et en périr disparaîtront (comme si cela relevait de l'ordre divin) nous ramène à une époque d'avant l'essor de la démocratie et des droits de la personne.
Il est dès lors facile de comprendre que ce gouvernement, au plus grand mépris de cette démocratie, fasse tout en son pouvoir pour que le Sénat ne puisse pas voter le projet de loi C-288 qui l'obligerait à respecter Kyoto ou tue même au feuilleton le projet de loi C-30 qui va dans le même sens. C'est pourquoi deux groupes écologistes, Les Amis de la Terre et le Sierra Legal Defence Fund, poursuivent le gouvernement pour non-respect de ses obligations... et de la loi.
Nous tenons par la présente à souligner notre appui à ces projets de loi et à l'action de ces deux groupes.
De plus, nous exigeons la démission du ministre de l'Environnement, John Baird, car respecter Kyoto, c'est respecter notre parole envers le reste du monde, non seulement envers les citoyens et le pays mais aussi et surtout envers les générations futures.
Et ce triste sire ne respecte ni Kyoto, ni les citoyens de ce pays, ni les générations futures.
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Ont signé ce texte: Daniel Breton, Coalition Québec-Vert-Kyoto; Pablo Rodriguez, député libéral et parrain du projet de loi C-288; Bernard Bigras, député du Bloc québécois; Thomas Mulcair, Nouveau Parti démocratique; Elizabeth May, leader du Parti vert du Canada; Ghislain Picard, grand chef, APNQL; Suzanne Méthot, environnementaliste; Henri Massé, FTQ; Réjean Parent, CSQ; Claudette Carbonneau, CSN; André Bélisle, AQLPA; Martin Leclerc, Les Amis de la Terre Québec; Gérald Larose, président, Caisse d'économie solidaire Desjardins; Louise Vandelac, Institut des sciences de l'environnement de l'UQAM; Scott McKay, leader du Parti vert du Québec; Françoise David et Amir Khadir, co-leaders de Québec solidaire; Joëlle Morin, actrice; Annie Roy et Pierre Allard, ATSA, de même que vingt autres noms qu'on retrouve au www.quebec-vert-kyoto.org.
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