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Visite surprise de Harper en Afghanistan

Le premier ministre se préoccupe d'action humanitaire, tandis que la controverse au sujet de prisonniers afghans violentés se poursuit

23 mai 2007  Canada
Le premier ministre s’est notamment rendu dans une école en Afghanistan, un peu comme s’il voulait déplacer les projecteurs sur l’aspect humanitaire de la mission canadienne plutôt que sur l’aspect militaire, plus controversé.
Photo : Agence Reuters
Le premier ministre s’est notamment rendu dans une école en Afghanistan, un peu comme s’il voulait déplacer les projecteurs sur l’aspect humanitaire de la mission canadienne plutôt que sur l’aspect militaire, plus controversé.
Kaboul — Le premier ministre Stephen Harper a franchi plus de 10 000 kilomètres pour effectuer une visite-surprise de deux jours en Afghanistan. Celle-ci survient après des semaines de critiques et de controverse à Ottawa au sujet du traitement des détenus afghans remis aux autorités locales par les forces canadiennes stationnées en Afghanistan.

M. Harper a quitté Ottawa dimanche et est arrivé à Kaboul hier à bord d'un vol militaire. Son cabinet avait gardé le secret complet sur cette visite.

À Kaboul, M. Harper a rencontré le président afghan, Hamid Karzaï. Celui-ci, qui se tenait hier aux côtés du premier ministre canadien, a dit avoir suivi les rapports sur la question des détenus et la controverse qu'elle a suscitée au Canada et a affirmé qu'il n'y avait pas de tels cas de torture. Selon lui, il n'est même pas clair si la vingtaine de victimes de supposés mauvais traitements mentionnés par les médias canadiens étaient des prisonniers détenus par le gouvernement afghan.

M. Karzaï a ajouté que son objectif était d'éliminer les atteintes aux droits de la personne en Afghanistan et d'apporter la sécurité à ses concitoyens, qui ont souffert des exactions successives des communistes dans les années 1980, des seigneurs de la guerre dans les années 1990 et du régime des talibans jusqu'en 2001. Et il a assuré aux Canadiens que, s'il y avait de tels cas de torture, les Afghans seraient les premiers à les lui reprocher.

Les adversaires du premier ministre Harper n'ont pas seulement critiqué son gouvernement au sujet des transferts de prisonniers et des présumés sévices, qui placeraient le Canada en violation des conventions de Genève. Ils ont aussi ridiculisé les conservateurs pour leurs volte-face en série sur la façon dont le gouvernement surveille les détenus et leur traitement.

Deuxième visite

Il s'agit de la deuxième visite du premier ministre canadien dans ce pays éprouvé par la guerre. Il y avait effectué sa première visite officielle en tant que premier ministre en mars 2006, moins de deux mois après avoir été élu.

Cette fois-ci, contrairement à l'an dernier, le premier ministre met l'accent sur la contribution non militaire du Canada en Afghanistan. Son voyage a apparemment été conçu pour détourner l'attention du dossier des détenus afghans et mettre l'accent sur un message d'espoir selon lequel la situation s'améliore dans ce pays.

Il a notamment visité une école pour enfants de milieux défavorisés et passé du temps avec des diplomates canadiens et des travailleurs humanitaires à l'ambassade canadienne à Kaboul. Il a aussi remis des porte-crayons à des écoliers.

Le porte-parole libéral en matière de défense, Denis Coderre, a déclaré que personne ne croit au soudain intérêt de Stephen Harper pour l'action humanitaire menée dans le cadre de cette mission.

«Donner des crayons à des enfants afghans, cela fait de belles photos», a commenté M. Coderre dans un communiqué diffusé à Ottawa. Mais cela ne leurre personne, selon lui. Le gouvernement a dépensé «près de 1,2 milliard de dollars pour l'achat de 100 nouveaux chars d'assaut, ce qui est plus que la totalité des fonds alloués à l'effort de reconstruction. Les dépenses totales du gouvernement pour les aspects militaires de cette mission sont près de 10 fois plus élevées que les sommes consacrées au côté humanitaire», a-t-il insisté.

«Je ne suis pas ici à cause des sondages, a soutenu M. Harper quand on lui a demandé ce qu'il comptait tirer de cette visite-surprise en Afghanistan. Je suis ici parce que c'est ce qu'il faut faire.»

Pour sa part, le chef du Nouveau Parti démocratique, Jack Layton, demande que des négociations soient entreprises avec les insurgés pour mettre fin à la guerre en Afghanistan. Selon M. Layton, il n'y a aucune autre issue.

Peu de membres du gouvernement même de M. Harper étaient au courant de son voyage en terre afghane. Quant aux journalistes qui l'accompagnent, ils ont été avertis vendredi après-midi de préparer leurs bagages à destination d'un pays chaud non précisé et de se présenter dimanche à un hangar militaire. Ils ont dû s'engager formellement à ne rien dire sur cette visite avant d'être autorisés à y participer.
 
 
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