Revue de presse - Dans la mire des critiques
Ils ont applaudi à son départ appréhendé et prédit de beaux jours à Stephen Harper. Ils s'esclaffent à l'idée de son retour et pensent que ce sera encore le chef conservateur qui en profitera. Le virage à 180 degrés effectué la fin de semaine dernière par le chef bloquiste Gilles Duceppe lui a attiré son lot de sarcasmes dans les quotidiens canadiens-anglais. Certains sont allés plus loin, voyant dans le geste de Duceppe un indicateur de l'état d'âme du mouvement souverainiste.
Licia Corbella, de SunMedia, voit dans le oui de Gilles Duceppe une illustration de ce qui s'est passé au référendum de 1995. Reprenant une portion de l'explication du chef bloquiste, elle écrit ceci: «Les sécessionnistes au Québec aiment bien dire oui sans réfléchir correctement». L'Edmonton Journal, qui pense que Duceppe s'est fait hara-kiri, accueille comme une bonne nouvelle «la confusion chez les souverainistes québécois». À son avis, cela élimine le danger d'un scrutin fédéral cette année. Il ajoute que «l'ambivalence de Duceppe a révélé un chef lâche, et il va probablement subir très bientôt un sort similaire à celui d'André Boisclair».
Le Globe and Mail pense que Duceppe a simplement pensé à sa survie après s'être laissé guider par son orgueil, tout cela au prix de sa crédibilité personnelle. Le Globe prédit que l'appui pour lui et son parti va s'en ressentir. La mise en suspens de la stratégie référendaire par Pauline Marois jettera aussi un doute sur la pertinence de la présence du Bloc à Ottawa. De son côté, le Toronto Star parle du désarroi du mouvement souverainiste alors que Randy Burton, du Saskatoon Star-Phoenix, pense que Duceppe a confirmé son statut de chef de succursale en plus de montrer le manque de relève au sein du mouvement souverainiste. «Voilà une bonne nouvelle pour le Canada, car un mouvement souverainiste faible et inefficace est un remontant pour les partis fédéralistes au Québec. Le premier ministre Stephen Harper devrait envoyer une carte de remerciements à Duceppe.»
Aux gens trop pressés de se réjouir, quelques avertissements. Chantal Hébert, dans le Toronto Star, note que le mouvement souverainiste a évité plus de coups qu'il n'en a subi au cours de la dernière semaine. Duceppe, note-t-elle, a perdu la face et limité ses perspectives d'avenir, mais sa décision de mener une autre campagne fédérale représente «une occasion manquée pour les trois autres partis fédéraux». Le Bloc, dit-elle, est en meilleure posture avec un Duceppe affaibli qu'avec un chef inexpérimenté et méconnu. Et en évitant un affrontement Duceppe-Marois, le mouvement souverainiste s'est épargné des déchirements douloureux.
Susan Riley, du Ottawa Citizen, salue Duceppe pour avoir reconnu son erreur. «Avec le temps, ce surprenant retour des choses pourrait être profitable à Gilles Duceppe.» Elle croit que son retour à Ottawa a dû décevoir Harper, car le chef bloquiste reste son adversaire le plus solide au Québec. Riley recommande aussi aux fédéralistes d'éviter la suffisance. Le bon sens de Pauline Marois lui a fait abandonner non pas son rêve d'un Québec indépendant mais bien l'obsession de son parti pour la stratégie référendaire.
Obsession démocratique
Les déboires de Gilles Duceppe ont d'ailleurs été rapidement éclipsés par le tollé provoqué par les tactiques conservatrices pour museler les comités parlementaires. La paralysie du Comité des langues officielles est unanimement dénoncée. Le Globe and Mail note que le gouvernement a pris l'habitude de lancer du sable dans l'engrenage afin d'éviter de rendre des comptes alors qu'il devrait savoir que toute bonne politique est censée pouvoir résister à l'examen.
Au bout du compte, c'est Harper lui-même qui se retrouve dans la mire des critiques. Richard Gwyn écrit dans le Telegram de Saint John's que Harper demeure incapable de créer les conditions d'une majorité parce qu'il est devenu le visage de son gouvernement. Or l'homme «n'est pas sympathique»: souffrant d'un manque d'empathie, il paraît toujours froid, distant et, pire, en colère, ce qui renforce l'idée selon laquelle il aurait des desseins inavoués. Par conséquent, il n'arrive pas «à avoir le bénéfice du doute». À cela, poursuit Gwyn, il faut ajouter un manque de vision d'ensemble susceptible de mobiliser les Canadiens.
Barricades
L'autre dossier qui a fait des vagues est celui de la colère des autochtones à cause de la lenteur du gouvernement à répondre à leurs revendications et la menace, par un chef manitobain, de bloquer le transport ferroviaire dans sa région. Lorrie Goldstein, de SunMedia, rappelle que tous ont l'obligation de respecter la loi, mais il ajoute du même souffle comprendre l'impatience des autochtones. «Bien que rien ne justifie d'enfreindre la loi, il faut rappeler que tarder à rendre justice équivaut à nier la justice.»
Le plus ironique, c'est que les menaces de violence dénoncées ont réussi à provoquer ce que toutes les déclarations des chefs n'étaient jamais parvenues à faire, c'est-à-dire amener à peu près tous les quotidiens à se pencher sur leurs préoccupations et à en exiger davantage du gouvernement. Celui-ci a d'ailleurs annoncé son intention d'améliorer le système d'examen des revendications autochtones, a révélé le Globe.
Autres nouvelles en vrac
Le Québec n'aime pas le projet de nouvelle carte électorale fédérale? Il n'est pas le seul. La Colombie-Britannique et l'Ontario aussi. Ces provinces veulent davantage de sièges. Par ailleurs, Preston Manning fait un retour, mais sur les ondes de la radio de CBC. Il animera cet été l'émission This I Believe («Ce en quoi je crois»), où des Canadiens éminents parleront de leurs valeurs et de leurs croyances personnelles. Enfin, pendant que le Canada s'émeut de ce qui se passe au sein du troisième parti au Québec, personne ne porte la moindre attention aux élections provinciales qui auront lieu mardi au Manitoba. Le premier ministre sortant, le néo-démocrate Gary Doer, est donné gagnant, selon un sondage paru dans le Winnipeg Free Press jeudi.
***
mcornellier@ledevoir.com
Licia Corbella, de SunMedia, voit dans le oui de Gilles Duceppe une illustration de ce qui s'est passé au référendum de 1995. Reprenant une portion de l'explication du chef bloquiste, elle écrit ceci: «Les sécessionnistes au Québec aiment bien dire oui sans réfléchir correctement». L'Edmonton Journal, qui pense que Duceppe s'est fait hara-kiri, accueille comme une bonne nouvelle «la confusion chez les souverainistes québécois». À son avis, cela élimine le danger d'un scrutin fédéral cette année. Il ajoute que «l'ambivalence de Duceppe a révélé un chef lâche, et il va probablement subir très bientôt un sort similaire à celui d'André Boisclair».
Le Globe and Mail pense que Duceppe a simplement pensé à sa survie après s'être laissé guider par son orgueil, tout cela au prix de sa crédibilité personnelle. Le Globe prédit que l'appui pour lui et son parti va s'en ressentir. La mise en suspens de la stratégie référendaire par Pauline Marois jettera aussi un doute sur la pertinence de la présence du Bloc à Ottawa. De son côté, le Toronto Star parle du désarroi du mouvement souverainiste alors que Randy Burton, du Saskatoon Star-Phoenix, pense que Duceppe a confirmé son statut de chef de succursale en plus de montrer le manque de relève au sein du mouvement souverainiste. «Voilà une bonne nouvelle pour le Canada, car un mouvement souverainiste faible et inefficace est un remontant pour les partis fédéralistes au Québec. Le premier ministre Stephen Harper devrait envoyer une carte de remerciements à Duceppe.»
Aux gens trop pressés de se réjouir, quelques avertissements. Chantal Hébert, dans le Toronto Star, note que le mouvement souverainiste a évité plus de coups qu'il n'en a subi au cours de la dernière semaine. Duceppe, note-t-elle, a perdu la face et limité ses perspectives d'avenir, mais sa décision de mener une autre campagne fédérale représente «une occasion manquée pour les trois autres partis fédéraux». Le Bloc, dit-elle, est en meilleure posture avec un Duceppe affaibli qu'avec un chef inexpérimenté et méconnu. Et en évitant un affrontement Duceppe-Marois, le mouvement souverainiste s'est épargné des déchirements douloureux.
Susan Riley, du Ottawa Citizen, salue Duceppe pour avoir reconnu son erreur. «Avec le temps, ce surprenant retour des choses pourrait être profitable à Gilles Duceppe.» Elle croit que son retour à Ottawa a dû décevoir Harper, car le chef bloquiste reste son adversaire le plus solide au Québec. Riley recommande aussi aux fédéralistes d'éviter la suffisance. Le bon sens de Pauline Marois lui a fait abandonner non pas son rêve d'un Québec indépendant mais bien l'obsession de son parti pour la stratégie référendaire.
Obsession démocratique
Les déboires de Gilles Duceppe ont d'ailleurs été rapidement éclipsés par le tollé provoqué par les tactiques conservatrices pour museler les comités parlementaires. La paralysie du Comité des langues officielles est unanimement dénoncée. Le Globe and Mail note que le gouvernement a pris l'habitude de lancer du sable dans l'engrenage afin d'éviter de rendre des comptes alors qu'il devrait savoir que toute bonne politique est censée pouvoir résister à l'examen.
Au bout du compte, c'est Harper lui-même qui se retrouve dans la mire des critiques. Richard Gwyn écrit dans le Telegram de Saint John's que Harper demeure incapable de créer les conditions d'une majorité parce qu'il est devenu le visage de son gouvernement. Or l'homme «n'est pas sympathique»: souffrant d'un manque d'empathie, il paraît toujours froid, distant et, pire, en colère, ce qui renforce l'idée selon laquelle il aurait des desseins inavoués. Par conséquent, il n'arrive pas «à avoir le bénéfice du doute». À cela, poursuit Gwyn, il faut ajouter un manque de vision d'ensemble susceptible de mobiliser les Canadiens.
Barricades
L'autre dossier qui a fait des vagues est celui de la colère des autochtones à cause de la lenteur du gouvernement à répondre à leurs revendications et la menace, par un chef manitobain, de bloquer le transport ferroviaire dans sa région. Lorrie Goldstein, de SunMedia, rappelle que tous ont l'obligation de respecter la loi, mais il ajoute du même souffle comprendre l'impatience des autochtones. «Bien que rien ne justifie d'enfreindre la loi, il faut rappeler que tarder à rendre justice équivaut à nier la justice.»
Le plus ironique, c'est que les menaces de violence dénoncées ont réussi à provoquer ce que toutes les déclarations des chefs n'étaient jamais parvenues à faire, c'est-à-dire amener à peu près tous les quotidiens à se pencher sur leurs préoccupations et à en exiger davantage du gouvernement. Celui-ci a d'ailleurs annoncé son intention d'améliorer le système d'examen des revendications autochtones, a révélé le Globe.
Autres nouvelles en vrac
Le Québec n'aime pas le projet de nouvelle carte électorale fédérale? Il n'est pas le seul. La Colombie-Britannique et l'Ontario aussi. Ces provinces veulent davantage de sièges. Par ailleurs, Preston Manning fait un retour, mais sur les ondes de la radio de CBC. Il animera cet été l'émission This I Believe («Ce en quoi je crois»), où des Canadiens éminents parleront de leurs valeurs et de leurs croyances personnelles. Enfin, pendant que le Canada s'émeut de ce qui se passe au sein du troisième parti au Québec, personne ne porte la moindre attention aux élections provinciales qui auront lieu mardi au Manitoba. Le premier ministre sortant, le néo-démocrate Gary Doer, est donné gagnant, selon un sondage paru dans le Winnipeg Free Press jeudi.
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