L'étiquetage
Si les mots servent à cerner les réalités, il arrive aussi qu'ils figent ces mêmes réalités. Cela pourrait s'appeler la mécanique de la glaciation de la pensée. Au Québec se pratique non sans efficacité par ceux qui se disent de gauche un corsetage identitaire de ceux qu'ils désignent de droite. L'insulte définitive est de traiter l'adversaire de droite sans définir ce mot.
Or, en cette période politique bouillonnante partout en Occident, les notions de gauche et de droite subissent une mise à jour aussi thérapeutique que salutaire. C'est ce qu'expriment tous ces électeurs qui refusent d'être plus longtemps emprisonnés dans des corridors idéologiques. Ces électeurs ont abandonné une vision absolutiste de la politique contre un pragmatisme sans doute moins exaltant et moins euphorisant mais dont les effets n'en seront peut-être pas moins considérables à court terme. À court terme, oui, car à l'heure de la calamité de la dette publique dans de nombreux pays parmi les plus prospères, la preuve est faite que personne ne peut ou ne veut gouverner pour ceux qui nous succéderont dans cent ans. Il est légitime de s'en désoler, de le dénoncer, mais force est de constater cette brutale vérité.
En Grande-Bretagne, pays à la tradition philosophique empreinte de ce pragmatisme, Tony Blair a su aérer et régénérer la gauche. Son approche du Parti travailliste a ouvert la voie à d'autres en Europe. Ségolène Royal, par exemple, a tenté depuis le début de sa campagne à la présidence de la France de suivre l'exemple de Blair en s'éloignant des tendances sectaires au sein de son parti.
Toujours en France, Nicolas Sarkozy, contrairement à la diabolisation dans laquelle ses adversaires l'enferment, n'appartient pas à ces factions ultralibérales qui prônent l'abolition du rôle de l'État. Bien au contraire, sa vision de la politique économique se situe moins loin de celle de Ségolène Royal qu'on le laisse penser. Mais il n'est pas de bon ton d'affirmer ces choses devant ceux qui sont les conservateurs permanents des idéologies qui ont ensanglanté le XXe siècle.
Chez nous, un décret venu d'on ne sait où étiquette les opposants aux théories du parti solidaire de droitistes, comme si le tout-étatique et l'interventionnisme à outrance ne représentaient pas une vision sociale figée dans le radotage marxiste qui s'est écroulé avec le mur de Berlin.
Il faut aussi voir avec quel empressement le premier ministre Jean Charest s'est récemment cru obligé de répondre à ceux qui l'accusaient d'être de droite, comme si on l'avait taxé de racisme ou de misogynie. Or l'histoire contemporaine nous enseigne que ni la gauche ni la droite démocratique, qui font une large part aux libertés, ne peuvent servir de repoussoir aux uns et aux autres. Elle nous apprend également que la vertu ne déserte aucun des deux camps, bien que la gauche s'affiche trop souvent en porte-étendard de cette même vertu.
Allons-nous enfin sortir de cet étiquetage inspiré du crétinisme intellectuel qui range dans le camp de la droite et de la réaction ceux qui osent dire que la famille demeure un des piliers de la société? Allons-nous continuer de laisser traiter d'homophobe quiconque émet des doutes à propos de la pertinence du mariage homosexuel tout en reconnaissant le bien-fondé de l'union civile? Allons-nous essuyer l'accusation d'être de droite dès qu'il s'agit d'émettre des doutes sur des pratiques syndicales discutables dont le moins qu'on puisse dire est qu'elles s'inspirent davantage du protectionnisme des membres que de l'intérêt public? Allons-nous cesser de ranger dans le camp des exploiteurs de petits patrons de PME créateurs d'emplois et dont l'aisance matérielle du moment n'apporte pas cette sécurité psychologique et financière qu'assure une retraite de fonctionnaire ou d'enseignant?
Le manifeste Pour un Québec lucide, qui n'était somme toute qu'une manière de lancer un débat de fond et qui ne contenait aucun diktat ni aucun corps de doctrine, a été qualifié de droitiste, ce qui a eu pour conséquence de le déconsidérer avant même que plusieurs n'en prennent connaissance. Être de droite ou de gauche de nos jours est plus complexe à définir et comporte plus de nuances qu'à l'ère triomphale des idéologies. On peut avoir une vision plus à droite sur le plan économique et plus à gauche sur le plan social. La notion même de progrès est à redéfinir.
Et si être progressiste de nos jours consistait à bousculer les fausses vérités de la rectitude politique? Et si c'était refuser de cautionner les supposées avancées en matière de moeurs? Par exemple, pourquoi les clubs échangistes dont il a été question dans la presse cette semaine apparaîtraient-ils comme des lieux de libération des esprits et des corps alors qu'ils ne sont, à bien y penser, que des endroits de copulation comme il en a existé depuis la nuit des temps sans qu'on cherche à les faire passer pour des salons philosophiques ou progressistes?
Les notions de gauche et de droite dans nos démocraties départagent les gens autour du rôle plus ou moins grand de l'État dans la vie des citoyens et relèvent d'une conception différente de l'égalité et de la justice sociale. Pour avoir l'avantage énorme d'être à l'abri des extrémismes politiques et religieux qui existent chez nos voisins et en Europe, on devrait avoir la prudence et la sagesse d'éviter les étiquetages qui dénaturent et caricaturent les uns et les autres.
denbombardier@videotron.ca
Or, en cette période politique bouillonnante partout en Occident, les notions de gauche et de droite subissent une mise à jour aussi thérapeutique que salutaire. C'est ce qu'expriment tous ces électeurs qui refusent d'être plus longtemps emprisonnés dans des corridors idéologiques. Ces électeurs ont abandonné une vision absolutiste de la politique contre un pragmatisme sans doute moins exaltant et moins euphorisant mais dont les effets n'en seront peut-être pas moins considérables à court terme. À court terme, oui, car à l'heure de la calamité de la dette publique dans de nombreux pays parmi les plus prospères, la preuve est faite que personne ne peut ou ne veut gouverner pour ceux qui nous succéderont dans cent ans. Il est légitime de s'en désoler, de le dénoncer, mais force est de constater cette brutale vérité.
En Grande-Bretagne, pays à la tradition philosophique empreinte de ce pragmatisme, Tony Blair a su aérer et régénérer la gauche. Son approche du Parti travailliste a ouvert la voie à d'autres en Europe. Ségolène Royal, par exemple, a tenté depuis le début de sa campagne à la présidence de la France de suivre l'exemple de Blair en s'éloignant des tendances sectaires au sein de son parti.
Toujours en France, Nicolas Sarkozy, contrairement à la diabolisation dans laquelle ses adversaires l'enferment, n'appartient pas à ces factions ultralibérales qui prônent l'abolition du rôle de l'État. Bien au contraire, sa vision de la politique économique se situe moins loin de celle de Ségolène Royal qu'on le laisse penser. Mais il n'est pas de bon ton d'affirmer ces choses devant ceux qui sont les conservateurs permanents des idéologies qui ont ensanglanté le XXe siècle.
Chez nous, un décret venu d'on ne sait où étiquette les opposants aux théories du parti solidaire de droitistes, comme si le tout-étatique et l'interventionnisme à outrance ne représentaient pas une vision sociale figée dans le radotage marxiste qui s'est écroulé avec le mur de Berlin.
Il faut aussi voir avec quel empressement le premier ministre Jean Charest s'est récemment cru obligé de répondre à ceux qui l'accusaient d'être de droite, comme si on l'avait taxé de racisme ou de misogynie. Or l'histoire contemporaine nous enseigne que ni la gauche ni la droite démocratique, qui font une large part aux libertés, ne peuvent servir de repoussoir aux uns et aux autres. Elle nous apprend également que la vertu ne déserte aucun des deux camps, bien que la gauche s'affiche trop souvent en porte-étendard de cette même vertu.
Allons-nous enfin sortir de cet étiquetage inspiré du crétinisme intellectuel qui range dans le camp de la droite et de la réaction ceux qui osent dire que la famille demeure un des piliers de la société? Allons-nous continuer de laisser traiter d'homophobe quiconque émet des doutes à propos de la pertinence du mariage homosexuel tout en reconnaissant le bien-fondé de l'union civile? Allons-nous essuyer l'accusation d'être de droite dès qu'il s'agit d'émettre des doutes sur des pratiques syndicales discutables dont le moins qu'on puisse dire est qu'elles s'inspirent davantage du protectionnisme des membres que de l'intérêt public? Allons-nous cesser de ranger dans le camp des exploiteurs de petits patrons de PME créateurs d'emplois et dont l'aisance matérielle du moment n'apporte pas cette sécurité psychologique et financière qu'assure une retraite de fonctionnaire ou d'enseignant?
Le manifeste Pour un Québec lucide, qui n'était somme toute qu'une manière de lancer un débat de fond et qui ne contenait aucun diktat ni aucun corps de doctrine, a été qualifié de droitiste, ce qui a eu pour conséquence de le déconsidérer avant même que plusieurs n'en prennent connaissance. Être de droite ou de gauche de nos jours est plus complexe à définir et comporte plus de nuances qu'à l'ère triomphale des idéologies. On peut avoir une vision plus à droite sur le plan économique et plus à gauche sur le plan social. La notion même de progrès est à redéfinir.
Et si être progressiste de nos jours consistait à bousculer les fausses vérités de la rectitude politique? Et si c'était refuser de cautionner les supposées avancées en matière de moeurs? Par exemple, pourquoi les clubs échangistes dont il a été question dans la presse cette semaine apparaîtraient-ils comme des lieux de libération des esprits et des corps alors qu'ils ne sont, à bien y penser, que des endroits de copulation comme il en a existé depuis la nuit des temps sans qu'on cherche à les faire passer pour des salons philosophiques ou progressistes?
Les notions de gauche et de droite dans nos démocraties départagent les gens autour du rôle plus ou moins grand de l'État dans la vie des citoyens et relèvent d'une conception différente de l'égalité et de la justice sociale. Pour avoir l'avantage énorme d'être à l'abri des extrémismes politiques et religieux qui existent chez nos voisins et en Europe, on devrait avoir la prudence et la sagesse d'éviter les étiquetages qui dénaturent et caricaturent les uns et les autres.
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