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L'étiquetage

Denise Bombardier   5 mai 2007  Canada
Si les mots servent à cerner les réalités, il arrive aussi qu'ils figent ces mêmes réalités. Cela pourrait s'appeler la mécanique de la glaciation de la pensée. Au Québec se pratique non sans efficacité par ceux qui se disent de gauche un corsetage identitaire de ceux qu'ils désignent de droite. L'insulte définitive est de traiter l'adversaire de droite sans définir ce mot.

Or, en cette période politique bouillonnante partout en Occident, les notions de gauche et de droite subissent une mise à jour aussi thérapeutique que salutaire. C'est ce qu'expriment tous ces électeurs qui refusent d'être plus longtemps emprisonnés dans des corridors idéologiques. Ces électeurs ont abandonné une vision absolutiste de la politique contre un pragmatisme sans doute moins exaltant et moins euphorisant mais dont les effets n'en seront peut-être pas moins considérables à court terme. À court terme, oui, car à l'heure de la calamité de la dette publique dans de nombreux pays parmi les plus prospères, la preuve est faite que personne ne peut ou ne veut gouverner pour ceux qui nous succéderont dans cent ans. Il est légitime de s'en désoler, de le dénoncer, mais force est de constater cette brutale vérité.

En Grande-Bretagne, pays à la tradition philosophique empreinte de ce pragmatisme, Tony Blair a su aérer et régénérer la gauche. Son approche du Parti travailliste a ouvert la voie à d'autres en Europe. Ségolène Royal, par exemple, a tenté depuis le début de sa campagne à la présidence de la France de suivre l'exemple de Blair en s'éloignant des tendances sectaires au sein de son parti.

Toujours en France, Nicolas Sarkozy, contrairement à la diabolisation dans laquelle ses adversaires l'enferment, n'appartient pas à ces factions ultralibérales qui prônent l'abolition du rôle de l'État. Bien au contraire, sa vision de la politique économique se situe moins loin de celle de Ségolène Royal qu'on le laisse penser. Mais il n'est pas de bon ton d'affirmer ces choses devant ceux qui sont les conservateurs permanents des idéologies qui ont ensanglanté le XXe siècle.

Chez nous, un décret venu d'on ne sait où étiquette les opposants aux théories du parti solidaire de droitistes, comme si le tout-étatique et l'interventionnisme à outrance ne représentaient pas une vision sociale figée dans le radotage marxiste qui s'est écroulé avec le mur de Berlin.

Il faut aussi voir avec quel empressement le premier ministre Jean Charest s'est récemment cru obligé de répondre à ceux qui l'accusaient d'être de droite, comme si on l'avait taxé de racisme ou de misogynie. Or l'histoire contemporaine nous enseigne que ni la gauche ni la droite démocratique, qui font une large part aux libertés, ne peuvent servir de repoussoir aux uns et aux autres. Elle nous apprend également que la vertu ne déserte aucun des deux camps, bien que la gauche s'affiche trop souvent en porte-étendard de cette même vertu.

Allons-nous enfin sortir de cet étiquetage inspiré du crétinisme intellectuel qui range dans le camp de la droite et de la réaction ceux qui osent dire que la famille demeure un des piliers de la société? Allons-nous continuer de laisser traiter d'homophobe quiconque émet des doutes à propos de la pertinence du mariage homosexuel tout en reconnaissant le bien-fondé de l'union civile? Allons-nous essuyer l'accusation d'être de droite dès qu'il s'agit d'émettre des doutes sur des pratiques syndicales discutables dont le moins qu'on puisse dire est qu'elles s'inspirent davantage du protectionnisme des membres que de l'intérêt public? Allons-nous cesser de ranger dans le camp des exploiteurs de petits patrons de PME créateurs d'emplois et dont l'aisance matérielle du moment n'apporte pas cette sécurité psychologique et financière qu'assure une retraite de fonctionnaire ou d'enseignant?

Le manifeste Pour un Québec lucide, qui n'était somme toute qu'une manière de lancer un débat de fond et qui ne contenait aucun diktat ni aucun corps de doctrine, a été qualifié de droitiste, ce qui a eu pour conséquence de le déconsidérer avant même que plusieurs n'en prennent connaissance. Être de droite ou de gauche de nos jours est plus complexe à définir et comporte plus de nuances qu'à l'ère triomphale des idéologies. On peut avoir une vision plus à droite sur le plan économique et plus à gauche sur le plan social. La notion même de progrès est à redéfinir.

Et si être progressiste de nos jours consistait à bousculer les fausses vérités de la rectitude politique? Et si c'était refuser de cautionner les supposées avancées en matière de moeurs? Par exemple, pourquoi les clubs échangistes dont il a été question dans la presse cette semaine apparaîtraient-ils comme des lieux de libération des esprits et des corps alors qu'ils ne sont, à bien y penser, que des endroits de copulation comme il en a existé depuis la nuit des temps sans qu'on cherche à les faire passer pour des salons philosophiques ou progressistes?

Les notions de gauche et de droite dans nos démocraties départagent les gens autour du rôle plus ou moins grand de l'État dans la vie des citoyens et relèvent d'une conception différente de l'égalité et de la justice sociale. Pour avoir l'avantage énorme d'être à l'abri des extrémismes politiques et religieux qui existent chez nos voisins et en Europe, on devrait avoir la prudence et la sagesse d'éviter les étiquetages qui dénaturent et caricaturent les uns et les autres.

denbombardier@videotron.ca
 
 
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  • jean claude pomerleau - Inscrit
    5 mai 2007 07 h 55
    Ni luicde ni solidaire, mais lucidaire.
    Dans les pays scandinaves la logiques des catégories, gauche et la droite, cède la place au concept qui fait consensus, celui de la "sociale économie": L État prend les moyens pour relever le défi de la productivité (politique et économique)pour mieux assumer sa mission sociale. À cet égard la Suède qui a réaliser une réforme majeur en réduiant le nombre de ses fonctionnaires d un tiers à réaliser un gain de productivité de 4 % qui lui permet d' assurer la pérennité de ses politiques sociales qui font l'envie de monde entier.
    Il'y a pas de raisons pourquoi le pays du Québec, avec tous ses leviers de développement en main, ne paurait pas obtenir les mëmes résultats.
    Donc ni lucide ni solidaire mais lucidaire.
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  • Fernand Lavigne - Abonné
    5 mai 2007 10 h 26
    Mille fois Bravo!
    Rien d'autre à ajouter que: mille fois bravo!
    Enfin un texte qui remet les pendules à l'heure.

    Fernand Lavugne
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  • Gilles Beaudet Maison Marie-Victorin - Abonné
    5 mai 2007 11 h 26
    Etiquetage et bon sens
    Voilà une analyse saine des étiquettes de gauche et de droit. Elle risque, malheureusement, de ne trouver insuffisamment d'écho dans la pensée médiatique. Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée, disait Descartes. Mais cela ne paraît pas vraiment sur une large échelle. C'est le lot de la majorité silencieuse, tandis que les tapageurs des camps subversifs sont sur toutes les tribunes, souvent aux frais mêmes des finances publiques auxquelles nous contribuons, de gré ou de force, par la taxation.
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  • Louison Ross - Abonné
    5 mai 2007 11 h 49
    bravo
    Denise B sait nous étonner par la fraicheur et l'aà propos de ses idées.
    Comme disait un de mes amis. La gauche et la droite, c'est comme un mare à poisons; à moin d'être soi même dans la mare on n'y voit rien.

    Louison Ross, terrebomme
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  • Robert Roby - Abonné
    5 mai 2007 12 h 55
    L'étiquetage
    Bravo.

    erty@sympatico.ca
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  • Lacroix Yannick - Inscrit
    5 mai 2007 15 h 26
    liberté 55
    Je me souviens avoir demandé à plusieurs reprises à Mme Bombardier de prendre sa retraite, sans qu'elle ait l'amabilité de faire suite à ma demande. Mais je crois que si nous nous y mettons à plusieurs, nos efforts pourraient porter fruit. Unissons-nous!

    Y.Lacroix
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  • Roland Berger - Abonné
    5 mai 2007 17 h 33
    Au centre, tout!
    La force actuelle de la droite est de tout ramener au centre. Ce que les Français comme les Américains appellent le vote utile, ou stratégique, consiste à rogner les différences idéologiques pour qu'enfin triomphent les «belles» idées, le sens dit commun. Dans ce dernier texte, madame Bombardier pratique l'auto-récupération avec un art plus ou moins réussi. Son argumentaire classe Françoise David parmi les hurluburlus qui s'obstinent à promouvoir une gouvernance qui prendrait en compte tous les non-Denise-Bombardier du Québec, et Sarkovy parmi les messies qui rameneront le respect aveugle de l'autorité sacrée, ou de la sacrée autorité, selon... Ce dernier fera éclater la France mais ce sera la faute de la gauche, assurément. Merde!
    Roland Berger
    London, Ontario
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  • Pierre Castonguay - Inscrit
    5 mai 2007 20 h 15
    Au gré du péristaltisme intestinal
    Je l'avoue, j'ai étiqueté Madame Bombardier de «Rainette» récemment, une expression lancée sans savoir que secrètement je souffrais de glaciation de la pensée. C'est ce printemps qui tarde à s'établir et ma facture non payée à Ultramar qui me taraude en silence par le froid.

    Cela a commencé par mes membres inférieurs : cette sensation de froid de la mort qui nous passe par l'échine en provenance du gros orteil. Cela nous monte au genou, nous prend d'assaut à la cuisse, nous glace le bassin tout en tentant un dernier réflexe de survie en se réfugiant au centre à l'approche du nombril.

    La seule façon de résoudre cette tension psychologique insoutenable entre la gauche et la droite, le yin et le yang, le sommeil et l'état de veille c'est la pratique du mantra : mon nombril est le centre de l'univers, tout se résout au creux de ce dernier. Mon nombril est le point culminant d'un cadran solaire autour duquel se déploient toutes les constellations du ciel zodiacal. Plus la position d'un politicien ou d'un parti politique s'éloigne du plexus ombilical moins il est nuancé.

    Alors on se retrouve avec tous les petits débris qui se ramassent au creux du nombril : la mousse de son chandail et du sable si l'on revient de la plage.

    Alors il faut se lancer dans l'industrie alimentaire du poulet frit avec comme ingrédient secret, le réemploi des résidus ombilicaux. On découvre ainsi le secret du colonel et l'on peut se dire que la guerre d'Afghanistan est un engagement de plein gré dont la poursuite prouve notre sens des responsabilités et de l'engagement, que la politique de Sarkozy est un pragmatisme paradigmatique, que Tony Blair est un homme de progrès et que la position de Harper dixit Bush n'est pas si terrible que cela lorsqu'on l'observe la tête en bas. Et comme le dit Madame : pour avoir l'avantage énorme d'être à l'abri des extrémismes politiques et religieux qui existent chez nos voisins et en Europe, on devrait avoir la prudence et la sagesse d'éviter les étiquetages qui dénaturent et caricaturent les uns et les autres et qui sont des prises de position extra ombilicales sans grands lendemains pour qui observe son ventre faire des bonds au gré du péristaltisme intestinal.

    Pierre Castonguay
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  • Jacques Gagnon - Abonné
    5 mai 2007 21 h 16
    Oui monsieur Lacroix, sus au prêchi-prêcha !
    Je me joins à vous pour réclamer au Devoir qu'il nous libère de ce prêche en forme de chronique que signe madame Bombardier.

    Ses papiers témoignent d'une telle paresse intellectuelle. Ils sont indignes d'un journal comme le Devoir.

    Gauche, droite, gauche, droite, gauche ! C'est comme ça dans l'armée. Fabriquez-vous des caricatures de chaque côté et tournez-les en dérision. Voilà qui est lâche. Au dernier recensement, ils étaient combien madame dans vos catégories grotesques.

    Gauche, droite, gauche, droite, gauche ! Ils ont tous des armées. Ce n'est pas juste facho d'être au pas, c'est aussi marxiste, demandez à ceux qui ont vu le goulag.

    Laissez chapelles, dogmes et doctrines s'échiner sur le papier du Devoir et ailleurs. On dira et pensera bien ce que l'on veut, en tout respect mère supérieure.

    Quand il s'agit de l'intérêt publique, on ne se demande pas avant d'agir si on les trahit, ces principes.

    Merci monsieur Lacroix
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  • Gilles Bousquet - Inscrit
    6 mai 2007 07 h 43
    Oui, soyons lucidaires !
    Trouvons le juste milieu en politique et tentons de l'atteindre. Le Québec s'en va vers l'autonomiste qui se situe entre le fédéralisme et le séparatisme. Pourquoi ne pas être lucidaires aussi, ce qui serait probablement acceptable à 90 % des Québécois de souche ou non.

    Vive les lucidaires autonomes du Québec ! et merci à M. Claude Pomerleau pour le concept du juste milieu.
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  • henri gabrysz - Inscrit
    6 mai 2007 08 h 04
    le coeur et la raison
    si à vingt ans on n'est pas de gauche, on n'a pas de coeur.

    Mais à quarante et encore plus, si on est encore à gauche, on n'a pas de tête.
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  • Stéphan Gauvin - Abonné
    6 mai 2007 12 h 03
    Quand celà va t-il changer?
    Je crois que les choses vont se replacer lors de l'enterrement d'une certaine génération qui à rejeté beaucoup de son héritage. Ils ont dit avoir changé le monde et améliorer l'humanité. C'est les générations futures qui vont juger si c'est vrai. En attendant gardons espoir. Il y a toujours quelqu'un quelque part qui a une tête sur les épaules pour aider à comprendre ce qui se passe. Merci Mme Bombardier de votre courage.
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  • Georges Langis - Abonné
    6 mai 2007 12 h 44
    L'ignorance qui ose insulter l'intelligence!
    Mme Bombardier,

    La sagesse en analyses historiques ou sociologiques de la société québécoise de certaines de vos chroniques passées ne laissait en rien présager de la témérité avec laquelle vous vous êtes cette fois aventurée sur le terrain de la philosophie politique. Sans doute inspirée du contexte politique des élections françaises actuelles, votre chronique, L'étiquetage est une insulte à l'intelligence politique des Français et, à l'évidence, s'inspire d'une ignorance profonde du politique.

    Alors qu'autant de gens et d'auteurs utilisent les termes «gauche/droite» pour discuter et réfléchir sur le politique, votre prétention est sans borne si vous pensez avoir raison de dire qu'il ne s'agit que d'étiquettes. Ainsi vous insultez l'intelligence en y opposant votre propre ignorance. Oui il y a des abus dans la langage populaire ... ne vous y joignez pas. Car en philosophie politique - c'est bien de cela qu'il s'agit - le libéralisme politique n'est pas la droite mais la gauche, le communisme n'est pas mort avec la chute du mur de Berlin (pensez à Hugo Chavez) car une idéologie n'est pas un mur et vous accusez la gauche d'avoir versé le sang humain du vingtième siècle alors que la gauche politique canadienne nous a donné notre système de soins de santé. Manifestement, si vous n'y voyez que des étiquettes, c'est que n'y comprenez rien au sens. Pensez-vous vraiment que les Français, après leur Révolution de 1789, qui n'avait rien de «tranquille» soit dit en passant, et leur histoire politique singulière et extrêmement riche des deux derniers siècles puissent en revenir à s'exprimer politiquement en termes de simples étiquettes?

    À votre décharge, partiellement seulement, votre culture politique est peut-être à la hauteur de celle de la société qui vous entour, mais votre prétention la dépasse nettement.

    georges langis
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  • David Leclerc - Abonné
    6 mai 2007 16 h 10
    Virer Mme. Bombardier? Les nerfs les jeunes...
    Voyez-vous, ce qui me fatigue est l'attitude de certains qui ont pris l'habitude de commenter le Devoir article par article et qui se permettent de dire à peu près n'importe quoi dans la section réactions comme si nous étions tous dans leur salon. Ainsi en est-il de messieurs Lacroix et Gagnon qui demandent la démission de Mme Bombardier - ce qui est, on pourrait le penser, un assaut plutôt sauvage sur la liberté d'expression - sous prétexte qu'ils n'aiment pas beaucoup ce qu'elle écrit.

    Je n'ai pas trop le goût de citer Voltaire aujourd'hui, alors je vous suggérerai simplement, messieurs, de vous trouver un hobby plus constructifs que d'étaler vos états d'âmes sur le site du Devoir...
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  • Frédéric Tyrek - Inscrit
    10 mai 2007 12 h 01
    Troisième bravo
    C'est de France que je vous dis bravo Madame Bombardier pour ce texte plein de bon sens et si bien écrit.
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