vendredi 10 février 2012 Dernière mise à jour 18h11
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Afghanistan - Nouvelle volte-face d'Ottawa

Le personnel canadien aurait toujours eu accès aux prisonniers

Le Devoir   27 avril 2007  Canada
Ottawa — Soumis aux tirs nourris des trois partis d'opposition, le gouvernement Harper a fait une nouvelle fois volte-face hier au sujet des prisonniers transférés par les troupes canadiennes aux autorités afghanes. Moins de 24 heures après avoir annoncé la conclusion d'un accord «verbal» avec le gouverneur de la province de Kandahar leur garantissant enfin l'accès aux prisonniers, les conservateurs ont laissé entendre hier qu'une telle entente n'était probablement pas nécessaire. Le ministre de la Sécurité publique, Stockwell Day, a en effet déclaré à la Chambre des communes que le personnel des services correctionnels canadiens avait toujours pu visiter les geôles du sud de l'Afghanistan.

Le ministre de la Sécurité publique, Stockwell Day, a en effet déclaré à la Chambre des communes que le personnel des services correctionnels canadiens avait toujours pu visiter les geôles du sud de l'Afghanistan.

Le droit des soldats canadiens de visiter les prisons en Afghanistan avait d'ailleurs été confirmé aux députés le 11 décembre dernier, devant le Comité parlementaire de la défense nationale. «Rien dans l'entente conclue avec les autorités afghanes n'empêche le Canada et les membres des forces canadiennes de demander aux autorités afghanes la permission de rendre visite aux détenus», avait soutenu en décembre Vincent Rigby, le sous-ministre adjoint par intérim à la Défense nationale.

«Il y a certainement eu des membres des forces canadiennes qui se sont rendus dans les centres de détention pour rendre visite aux détenus que nous avions transférés», avait poursuivi M. Rigby. Sans en révéler le nombre, il avait qualifié ces visites de «sporadiques» tout en précisant que le Canada cherchait à rendre celles-ci plus «régulières» et qu'il songeait à aborder cette question avec Kaboul.

Hier, M. Day a confié qu'il avait récemment parlé à une agente du service, qui avait elle-même effectué une quinzaine de visites. Selon lui, «les choses s'améliorent. C'est difficile. Ça bouge, mais c'est difficile», a-t-il affirmé.

Cette révélation a été froidement accueillie par l'opposition, qui reproche au gouvernement d'entretenir volontairement la confusion au sujet du traitement réservé aux prisonniers. Pour le chef du Nouveau Parti démocratique, Jack Layton, les conservateurs improvisent leur politique au sujet des prisonniers et tissent «une courte-pointe d'inventions et de fabrications».

C'est aussi l'avis de son homologue libéral, Stéphane Dion, qui croit que le gouvernement Harper est en train de se couvrir de ridicule dans cette affaire. «Je pense que le gouvernement descend de plus en plus bas dans la manipulation, la désinformation, et que cette fois-ci il s'y prend tellement mal que c'est évident pour tout le monde», a-t-il déclaré à l'issue de la période des questions.

Néo-démocrates, libéraux et bloquistes sont de nouveau revenus à la charge pour exiger la démission du ministre de la Défense, Gordon O'Connor. Même s'il était présent à la Chambre des communes, l'ancien militaire n'a pas soufflé mot hier.

M. Day, le premier ministre Stephen Harper et la secrétaire parlementaire aux Affaires étrangères se sont relayés pour répondre aux salves de l'opposition. M. Harper et son ministre de la Sécurité publique ont accusé leurs adversaires politiques de colporter des rumeurs sans fondement au sujet du traitement des prisonniers remis aux autorités afghanes.

Le gouvernement a une nouvelle fois tenté de minimiser les allégations d'une trentaine de détenus qui ont raconté au quotidien The Globe and Mail avoir été torturés, battus, électrocutés, laissés dehors dans le froid et privés de sommeil, entre autres.

«Le vrai problème, c'est la propension du Parti libéral et de ses collègues à croire, à répéter et à exagérer n'importe quelle accusation contre l'armée canadienne, qui combat ces tueurs fanatiques que sont les talibans. C'est une honte», a martelé M. Harper. Selon Stockwell Day, les talibans ont été entraînés à mentir et à dire qu'ils avaient été torturés, même si ce n'est pas le cas.

Le Canada a par ailleurs nommé hier un nouvel ambassadeur pour l'Afghanistan, Arif Lalani, ancien ambassadeur en Jordanie et en Irak. Il remplacera David Sproule.

La Haye

Les arguments du gouvernement, qui prétend mieux surveiller les prisonniers faits par l'armée canadienne, ne rassurent en rien les organismes de défense des droits de la personne. Même si les visites des prisons sont plus fréquentes que par le passé, rien n'empêche les geôliers de torturer les détenus quand ils sont seuls avec eux, a fait valoir le porte-parole d'Amnistie internationale, John Tackaberry.

Pour l'organisation non gouvernementale Human Rights Watch, c'est tout le système qu'il faut revoir. Le responsable pour l'Asie, Sam Zarifi, croit que les pays de la coalition, qui incluent le Canada, les Pays-Bas et la Grande-Bretagne, devraient s'entendre pour se doter d'un centre de détention commun en Afghanistan.

Un professeur canadien et un défenseur des droits de la personne irlandais ont de leur côté demandé à la Cour pénale internationale de La Haye, aux Pays-Bas, d'enquêter sur de «possibles crimes de guerre» qui auraient été commis en Afghanistan par les plus hauts responsables du ministère de la Défense nationale.

The Globe and Mail rapporte ainsi que le Pr Michael Byers, de l'Université de Colombie-Britannique, et le directeur du Centre irlandais pour les droits humains, William Schabas, ont écrit à l'enquêteur principal de la cour afin qu'il étudie le comportement et les décisions du ministre canadien Gordon O'Connor et du chef d'état-major Rick Hillier. Leur lettre allègue que les grands patrons des Forces armées canadiennes ont accepté de confier des prisonniers aux autorités afghanes malgré les risques de sévices.

Le Globe avance qu'il est cependant peu probable que la Cour pénale internationale ouvre une enquête formelle. Elle a reçu au moins 1700 requêtes depuis sa création, en 2002, et a déterminé que la plupart n'étaient pas du domaine de ses compétences.

Interrogé sur cette affaire de présumées tortures, le dirigeant du commandement sud de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN), le major-général Ton van Loon, a affirmé hier que ce serait une erreur de retirer aux forces de sécurité afghanes la garde des prisonniers talibans.

Le Devoir

D'après la Presse canadienne
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Gilles Bousquet
    Inscrit
    vendredi 27 avril 2007 07h29
    TORTURER UN TALIBAN TATOUÉ ?
    Comment le soldat canadien qui croit avoir arrêté un Taliban peut s'assurer que ce n'est pas simplement un Afghan-non-taliban "que l'on désire aider" avant de le livrer à la torture du gouvernement ?

    Est-ce que le Taliban est déjà tatoué pour le différencier ? Les Allemands d'Hitler se fiaient au fait que les juifs étaient circoncis pour les circonscrire mais comment faire pour un Taliban qui est aussi Afghan ? Est-ce qu'on commence à le torturer pour le faire avouer ? Comment nos vaillants soldats bien entrainés s'y prennent-ils ? Mystère de guerre !

  • Gabriel RACLE
    Inscrit
    vendredi 27 avril 2007 09h54
    Crédibilité zéro
    S'il ne s'agissait d'un sujet aussi sérieux, on ne pourrait que rire devant la débandade du gouvernement face aux accusations concernant le transfert de prisonniers afghans aux autorités afghanes. Mais le sujet est sérieux, puisqu'il s'agit de la vie d'êtres humains, n'en déplaise à M. Harper, qui a l'air de considérer les prisonniers afghans selon le point de vue de G.W. Bush, des sous-hommes dont le sort n'a guère d'intérêt et dont la parole ne vaut pas un clou.
    Pourtant, l'expérience a montré que bien des prisonniers de Guantanamo n'avaient rien à se reprocher, sinon de s'être trouvés au mauvais endroit au mailais moment, et une fois renvoyés dans leur pays d'origine, ils ont été libérés sans plus. Qui nous dit que parmi les Afghans capturés par les soldats canadiens, il n'y a que des « terroristes »? De quels critères disposent nos soldats pour évaluer la qualité de leurs prises? Quelle certitude a-t-on que d'innocents civils ne sont pas remis aux autorités afghanes et torturés ensuite pour leur faire avouer n'importe quoi. La réputation afghane en ce domaine n'est pas bonne, pas plus que celle des autorités irakiennes ou même des troupes étatsuniennes en Irak, si l'on en juge par les scandales des prisons tenues par les États-Unis dans ce pays.
    Or, non seulement le gouvernement canadien n'a pris aucune mesure pour s'assurer qu'il ne remet aux autorités afghanes que des « terroristes » avérés, mais il n'a pris aucune mesure réelle et efficace pour s'assurer de leur sort. En témoigne le déluge d'informations contradictoires qu'il livre à la suite de l'article du Globe and Mail. La liste est impressionnante des erreurs ou des faux renseignements donnés, depuis l'intervention de la Croix-Rouge, démentie par celle-ci, aux déclarations de Stockwell Day sur des visites régulières du Service correctionnel du Canada.
    Si cette dernière information est exacte, pourquoi ne pas l'avoir fait connaître dès le début, au lieu de mettre en scène la Croix-Rouge? La pagaille règne-t-elle au sein du gouvernement ou chaque autorité responsable cherche-t-elle à refiler à une autre la patate chaude? Jolie cuisine. Le gouvernement a perdu toute crédibilité avec ce tissu d'informations aussi erronées les unes que les autres, qui montrent bien que rien ne s'est jamais fait et que le sort des Afghans remis aux autorités afghanes n'a jamais fait partie des préoccupations du ministère de la Défense. Qui croire désormais? Et qu'en est-il de la réputation internationale du Canada devant ces invraisemblables bévues? On se gausse de nous à l'étranger et l'on comprend pourquoi.

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
2 réactions
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012