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L'OTAN accentue sa propagande en Afghanistan

Alec Castonguay   23 avril 2007  Canada
Kaboul — À la guerre comme à la guerre, y compris celle de l'information. Et l'Afghanistan ne fait pas exception. Dans le but de gagner le coeur et la tête des Afghans, l'OTAN a mis en place une stratégie secrète de propagande dite «honnête» qui couvre toutes les régions du pays, a appris Le Devoir. Cette opération, qui prend de la vitesse depuis un an, a pour but de transmettre les valeurs occidentales, d'améliorer les relations entre la population et l'OTAN et d'informer les Afghans dans une foule de domaines.

Récemment, 60 antennes de télécommunications ont été érigées dans le nord du pays. Des milliers de postes de radio ont été donnés à la population. Des brochures sont aussi distribuées et des émissions de télévision sont enregistrées, le tout dans le quartier général de l'OTAN, au coeur d'une zone fortifiée de Kaboul.

Les civils qui mettent les pieds dans le bunker de l'OTAN sont rares. Les points de contrôle sont nombreux, la surveillance est étroite et aucune photo ou enregistrement n'est permis. Si les combats se déroulent surtout dans l'est et le sud du pays, la tête de l'OTAN, son centre nerveux, est à Kaboul. À l'intérieur des hauts murs se mélangent les 37 nationalités qui composent la Force internationale d'assistance à la sécurité (FIAS) de l'OTAN. En tout, 37 000 soldats de la coalition sont dispersés en Afghanistan, dont 2500 militaires canadiens.

C'est dans cette forteresse que s'active le «PsyOp», l'abréviation du Groupe d'opération psychologique. Cette unité secrète n'est pas connue du grand public, même si 160 militaires y travaillent, dont quelques Canadiens. Il n'a pas été possible de connaître le nombre de militaires ou de civils canadiens à l'intérieur de l'unité. Le Devoir a appris que ce groupe est responsable de la propagande de l'OTAN en Afghanistan, même si, au sein de la force militaire, on refuse d'employer le mot «propagande» en raison de la connotation négative de cet instrument utilisé en temps de guerre. On parle plutôt de «communication stratégique» ou de «propagande honnête».

«On ne ment plus aux gens comme ça se faisait dans le passé. Ce n'est pas efficace à moyen ou long terme parce que ça nous revient toujours dans le visage. Ce n'est pas de la propagande au sens négatif du terme. On tente plutôt de faire passer de l'information qui peut nous aider et aider les Afghans», explique un militaire rencontré dans le quartier général de l'OTAN et qui oeuvre dans cette unité.

Le «PsyOp» est rattaché au Groupe d'action politique (Policy Action Group). Les dirigeants du PAG relèvent du commandement de l'OTAN, mais aussi directement du président Hamid Karzaï, ce qui est exceptionnel. Le PAG renferme quatre divisions: service de renseignements, opérations de sécurité, communications stratégiques et reconstruction et développement. Même si le PAG concentre actuellement ses activités dans les quatre provinces du Sud, où les combats avec les talibans sont les plus violents, la division des communications stratégiques, le «PsyOp», opère partout au pays. Officiellement, c'est le ministre afghan de l'information et des communications qui est responsable des relations avec cette division au sein du gouvernement Karzaï.

La radio en tête

Le Groupe d'opération psychologique ne ménage aucun effort pour joindre les Afghans. Le moyen principal de communication est la radio, puisque 80 % des Afghans s'informent de cette manière. La BBC britannique, qui diffuse en dari et en pashtou, les deux langues du pays, est d'ailleurs très populaire. L'OTAN a donc créé de toutes pièces la station CJPOTF, disponible sur les ondes dans les langues locales et qui élabore le contenu dans des studios au quartier général de la coalition.

Par exemple, des émissions parlent des projets de reconstruction qui sont en marche ou qui ont été menés avec succès dans les villages voisins. «C'est un pays où l'information voyage mal, car les moyens de communication sont peu nombreux. Il peut y avoir des bonnes nouvelles à 10 km du village et personne ne va le savoir. On passe donc l'information. Ça montre qu'il se fait quelque chose et ça encourage la population», explique une source de l'OTAN.

La coalition fait aussi fait la promotion de ses activités en diffusant l'importance de la présence étrangère pour le développement du pays. On explique pourquoi les forces étrangères sont intervenues, pourquoi il faut appuyer l'OTAN et comment le faire. Par exemple, les animateurs expliquent qu'il ne faut pas suivre de trop près les convois militaires en voiture ou s'approcher des soldats en courant.

À Kandahar, dans le sud du pays, où les soldats canadiens combattent l'insurrection talibane, l'armée a créé Radio RANA 88,5 FM. Tout l'hiver sur les ondes, au milieu des chansons arabes à la mode, l'OTAN a mené une campagne pour améliorer l'image des troupes de la coalition et aider la population à éviter les accidents. «Grâce à ça, on commence à voir des Afghans qui nous préviennent des endroits où sont enterrées les bombes improvisées qui font sauter les chars. [...] On a aussi dit aux enfants de ne pas nous apporter les bombes quand ils les trouvaient, parce que ça nous rendait un peu nerveux!», affirme le chef d'état-major Jean Trudel, l'un des plus hauts gradés de l'armée canadienne sur la base de l'OTAN, à Kandahar.

L'armée utilise aussi les ondes pour convaincre certains villages de travailler en collaboration avec l'OTAN ou encore de ne pas faire affaire avec une personne en particulier que l'on veut éviter. On tente ainsi de réduire l'influence des seigneurs de guerre et des chefs talibans en les isolant.

Partout au pays, les émissions élaborées par des professionnels de la psychologie et des communications font aussi la promotion des «valeurs occidentales», dit-on, notamment la démocratie, la liberté, la justice, le droit de la personne et des femmes. La radio de l'OTAN diffuse aussi des messages d'intérêt public en matière de santé et d'éducation. Par exemple, une des émissions explique aux femmes comment s'occuper de leurs bébés. Une autre parle d'hygiène.

Des centaines d'antennes de télécommunications ont été érigées en Afghanistan. Le nord du pays, moins instable, a vu pousser 60 de ces antennes depuis quelques mois. Dans la capitale, Kaboul, la présence de radio et de télévision a facilité la tâche de l'OTAN.

Le Groupe d'opération psychologique élabore aussi des téléromans qui sont diffusés à la télévision. À la télévision comme à la radio, ce sont toujours des Afghans qui sont les acteurs ou les animateurs, afin de donner un visage local aux émissions et d'augmenter leur efficacité. Des brochures ont aussi été créées, mais en plus petite quantité, puisque 56,9 % des hommes et 87,4 % des femmes sont analphabètes en Afghanistan.

Cette propagande «honnête» est très efficace, puisque le peuple afghan, peu scolarisé et disposant de peu de sources d'information, est, dit-on, facile à manipuler. C'est vrai pour l'OTAN, mais aussi pour les talibans, qui ne se gênent pas pour lancer des rumeurs et mener leurs propres campagnes.

De plus, les talibans sont partout et se fondent dans la masse. Plusieurs Afghans qui voudraient aider les forces internationales ne savent pas comment ou hésitent à le faire puisqu'ils ont un voisin, un cousin, un frère ou un père taliban. «C'est dur de résister à cette pression, explique une source de l'OTAN rencontré au quartier général de la FIAS à Kaboul. La plupart des gens pensent que la communauté internationale est seulement là à court terme et qu'elle va les laisser tomber. Ils ne veulent donc pas tourner le dos aux talibans au cas où ils reviendraient prendre le pouvoir. Il faut donc les convaincre du contraire et dire qu'on va être avec eux pour longtemps. L'information sert aussi à ça.»

***

Notre journaliste séjourne en Afghanistan à l'invitation de la Défense nationale du Canada.
 
 
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  • Jean-François Couture
    Inscrit
    lundi 23 avril 2007 09h37
    Nos gouvernements comme branche propagandiste du complexe militaro-industriel ?
    The Central Intelligence Agency owns everyone of any significance in the major media." - William Colby, former CIA director

    La position de Harpeur durant le massacre au Liban a fait reculer de 50 ans la diplomatie canadienne.

    La junte Bush et les Talibans sont les deux cotés d'une même pièce guerrière et obscurantiste ...

    « Man will never be free until the last king is strangled with the entrails of the last priest.» - Thomas Jefferson

    Le manichéisme aveugle qui anime le débat engendre un niveau de tolérance envers les "conserviteurs" de Harpeur qui s'alignent à la droite de la Junte Bush, qui je vous le rappelle, est accusée de crimes de guerre et contre l'humanité.

    Un pantin américain pendu par des pantins américains
    http://www.centpapiers.com/spip.php?article1067

    John Negroponte : Trop éthique pour Cheney !
    http://www.centpapiers.com/spip.php?article1268

    Les québécois vont-ils donner un gouvernement "conserviteurs" majoritaire à cet ignoble gang d'obscurantistes guerriers et chiens de poches de la junte Bush...

    Dumont donne un score de 85% à Bush !!!!???

    Hé ho, on vaut mieux que ça !

    Merci Mindfuck Inc., nous ne pourrions pas contrôler le peuple sans votre admirable travail !

    Au coeur de l'orgie propagandiste se trouve la notion de : La Privatisation de la Guerre et des Gouvernements... http://www.centpapiers.com/spip.php?article1151

    "Of course the people don't want war. But after all, it's the leaders of the country who determine the policy, and it's always a simple matter to drag the people along whether it's a democracy, a fascist dictatorship, or a parliament, or a communist dictatorship. Voice or no voice, the people can always be brought to the bidding of the leaders. That is easy. All you have to do is tell them they are being attacked, and denounce the pacifists for lack of patriotism, and exposing the country to greater danger." -- Herman Goering at the Nuremberg trials

  • Pierre Castonguay
    Inscrit
    lundi 23 avril 2007 17h48
    Un article éclairant
    Votre article décrit le problème de la propagande en territoire Afghan sous un éclairage efficace. Il nous laisse songeur sur l'avenir du rôle de l'OTAN et de l'implication du Canada au sein de cette force. Toute guerre, il est vrai, comporte une propagande de chaque clan et des infrastructures d'information et de désinformation dans une mesure raisonnable. Cependant ici, on s'étonne à constater que la structure propagandiste nous rapproche de celle de l'Allemagne de la seconde guerre mondiale. Le Lobby de l'armement démontre qu'il est prêt à s'investir beaucoup pour gagner la vrai guerre : celle de la propagande qui sert à justifier les investissements massifs de nos gouvernements en matière militaire. Le jeu en vaut la chandelle. Pour le peuple Afghan, l'acceptation du génocide politique des Talibans tombés en disgrâce face à l'administration Bush (passés d'alliés à ennemis) est un geste contre-nature puisqu'il décime des membres au sein des même familles. Aux États-Unis, la propagande de grandes chaînes telles que Fox est tolérée puisqu'elle fait partie des moeurs politiques de l'Empire (le système fabrique des anticorps à cette approche). Cependant, lorsque l'État Major américain transpose cette infrastructure en sol étranger, via l'OTAN, le contraste noir sur blanc, diminue la marge de manoeuvre de ceux qui voudraient nuancer parce qu'ils ne peuvent pas parler du rôle traditionnel des médias pour s'en excuser en territoire ou la tradition médiatique est presque nulle. C'est ainsi que se déploie au grand jour tout le système de manipulation des masses sans paravent, sans les filets pseudo éthiques habituels.

    Comment le Canada peut-il en temps de paix, justifier la mort de nos citoyens dans un conflit dans lequel le seul intérêt est monétaire. Au seuil des grands cataclysmes environnementaux à venir dans lesquels nous aurons à secourir et re localiser des populations côtières entières, pouvons nous vraiment nous permettre de dépenser l'argent pour des chars d'assauts et des vies humaines pour des causes injustifiées qui ne servent qu'à contrôler les territoires des fournisseurs des grands cartels de la drogue à des fins non avouables.

    Pierre Castonguay
    60 Jubinville
    Laval QC
    H7G 3C7

  • Philippe Champagne
    Inscrit
    mardi 24 avril 2007 16h43
    LE LAVEMENT DE CERVEAU
    Vous ne réussirez pas à me programmer à féliciter l'OTAN pour ce qu'elle fait en Afghanistan. Tant de gens l'ont dit que durant une guerre c'est la vérité qui en prend le plus, et je ne suis pas loin de souscrire à leur jugement de valeur.

    Sous le masque de l'éducation de masse, ce qu'y font les États-uniens, somme toute, c'est du lavage de cerveau à grande échelle.

    Ils sont passés maîtres depuis Goebbels dans l'art de la propagande, d'autant plus que le néo-conservatisme chez eux a pris place dans des universités issues de la pensée nazie d'époque.

    Ils sont en train de se fabriquer des afghans consommateurs de leurs biens, et le seul intérêt qu'ils exercent dans le coin est de nuire à l'influence de la Fédération de Russie dans le transbordement de leur pétrole via le pipeline qui traverse le territoire.

    Comment l'Organisation du Traité d'Atlantique Nord va préparer sa stratégie, sachant que le frère d'Hamid Karzaï, président de l'état, est l'entrepreneur de la collecte de 60% de l'opium en circulation dans le pays?

    Comment installeront-ils dans le pays le même pouvoir en communications qu'est la
    CENSURE?

    Les États-unis aiment se penser pacifistes, mais ne le sont nullement. Non seulement belliqueux, ils sont souvent irresponsables.

    Ainsi, durant la guerre du Vietnam, leurs bombes défoliantes ont handicapé des nourrissons au pays.

    Il y a un lien incontestable à faire entre Hollywood et le Pentagone.

    Après la défaite au Vietnam, Hollywood a abandonné le cinéma guerrier.

    Un seul film, durant les années suivantes, a parlé guerre en faveur de la défense américaine: Les bérets verts...subventionnés par le Pentagone.

    Le film de Francis Ford Coppola: Apocalypse now!... a été inspiré en 1979, avant l'avènement de Mikaël Gorbatchev, par la chasse à la sorcière communiste.

    Après le Vietnam, le Pentagone s'est mis à censurer les scénarii portés à son attention par les producteurs hollywoodiens; la première guerre du golfe vit la censure de l'information.

    Exemple: "Windtalkers" soumis à Philip Strub, en page 51, nous faisait voir un dentiste en train d'arracher les dents en or d'un prisonnier. Même si l'expérience avait été tirée de faits vécus par des marines dans la guerre du Pacifique, l'image a été censurée par le Pentagone.

    C'est ainsi que l'armée américaine a toujours été partie prenante à la culture du mensonge.

    Si les producteurs ne veulent pas amender un film, ils sont punis et doivent se rendre ailleurs pour avoir des avions par exemple, de guerre. Le Pentagone les soumet à un odieux chantage.

    Or, le premier amendement de la constitution stipule les libertés de presse et de parole. La Défense a ainsi perverti le sens de la propriété, alors que les contribuables sont les vrais propriétaires du matériel militaire.

    Comment réussiront-ils à faire avaler cela aux afghans pachtous et talibans?

    C'est vrai que plus le mensonge est gros, plus il est facile à avaler.

  • andré michaud
    Inscrit
    mardi 22 mai 2007 13h28
    Informations essentielles
    Non seulement les citoyens afghans doivent connaitre les réalisations de l'Otan dans leur pays, mais nous aussi les canadiens devont en être informés. Les média sont plus pressé à montrer les bavures que les nombreuse réalisations.
    Nos soldats risquent leur vie pour aider ces gens à sortir de
    leurs ornières passéistes ou femmes et enfants n'ont aucun droit, écrasés sous la religion et les traditions arrièrées.Nos soldats ont une tâche essentielle pour éliminer les nazis talibans qui n'hésitent pas à couper les bras des enfants jouant au ballon...et qui ne connaissent que la voie des armes.Aucune reconstruction possible avec les talibans dans le décor, ne rêvons pas en couleur.
    Si l'Otan et l'Onu réussissent à moderniser et démocratiser l'Afghanistan, nous apprendrons comment aider dautres pays par la suite. Le temps des voeux pieux et de l'angélisme communiste comme solution est terminé.L'anti-américanisme primaire ne doit pas nous convaincre d'abandonner les afghans dans les mains des talibans, ce serait bien lâche.

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