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Le courage des uns et des autres

Manon Cornellier   21 avril 2007  Canada
L'interdiction du port du hijab lors d'une compétition de taekwondo tenue dans la région montréalaise a évidemment attiré l'attention mais a suscité très peu de commentaires. La réponse la plus frappante est venue toutefois de Farzana Hassan et Tarek Fatah. La première est présidente du Congrès musulman canadien et le second, un des fondateurs de ce groupe qui se dit progressiste et voué à lutter contre l'extrémisme. Dans un texte paru dans le Globe, ils rappellent les origines culturelles, plutôt que religieuses, du hijab et s'inquiètent de voir la version égyptienne et saoudienne de ce vêtement s'imposer, depuis quelques décennies et sous l'influence des islamistes et des musulmans orthodoxes, comme le symbole de la piété et de l'identité musulmane. Hassan et Fatah soulignent qu'on en est même venu à considérer comme moins authentiquement musulmans les foulards plus lâches utilisés traditionnellement par les femmes de l'Asie du Sud-Est et de l'Afrique.

«Ce supposé symbole de modestie a pris une saveur décidément politique et religieuse, dominant le débat sur les libertés civiles et religieuses en Occident. Toute opposition au hijab est vue comme une manifestation d'islamophobie», s'insurgent les auteurs. Ils attribuent une grande part de la controverse au fait que les promoteurs du hijab en font une obligation religieuse et, par conséquent, un objet de protection en vertu de la Charte. Les précédents historiques montrent pourtant que le Coran n'impose pas le port du hijab, insistent-ils. «Les islamistes ont transformé le hijab en pilier central de l'islam. Ils considèrent que les femmes musulmanes qui ne se couvrent pas la tête — la grande majorité — sont des pécheresses ou pas entièrement musulmanes. Ils devraient en débattre publiquement plutôt que d'utiliser des jeunes filles musulmanes comme boucliers pour la poursuite de leur programme politique», concluent-ils.

Un accord controversé

Le chef libéral Stéphane Dion n'aura pas à affronter de candidat vert dans sa circonscription et la chef des verts, Elizabeth May, n'aura pas d'adversaire libéral. L'annonce de ce pacte de non-agression, la semaine dernière, a provoqué un torrent de commentaires et de lettres au Canada anglais. Le déluge s'est poursuivi toute la semaine alors qu'au Québec un seul éditorial a été écrit sur cette affaire qui a vite disparu des écrans radar. Dans le reste du pays, l'opposition est vive parmi les éditorialistes et les chroniqueurs. Les dissidents sont rares mais, fait à noter, les lecteurs, eux, sont également partagés.

Deux camps sont apparus. Ceux qui croient, comme Rex Murphy, de la CBC, que ce pacte est symptomatique d'un parti incertain dirigé par un chef faible. «Les partis forts ne donnent pas de laissez-passer. [...] Les vrais partis n'aident pas leurs rivaux», écrit Murphy dans le Globe and Mail, où il sévit chaque semaine. Les critiques soutiennent qu'un parti national doit avoir des candidats dans toutes les circonscriptions, qu'il y a quelque chose d'antidémocratique à priver les électeurs de Central Nova de leur choix.

Le Globe and Mail pense que Dion est aveuglé par son obsession environnementale, au point d'y subordonner les intérêts de son parti. «Il ne pense certainement pas de façon stratégique ou politique.» Le National Post n'est pas plus tendre. «Donner un foulard rouge à Elizabeth May pour qu'elle l'agence avec son uniforme vert ressemble à une tentative bon marché d'acquérir une crédibilité environnementale.» Le Winnipeg Free Press demande ce qui a bien pu frapper Stéphane Dion. Le Edmonton Journal croit que le pari de Dion ne sera payant que si l'environnement demeure le premier enjeu des électeurs. Au Vancouver Sun, on parle de geste désespéré et étrange.

Dans la région atlantique, on est moins tranché. Le Halifax Chronicle-Herald pense que May est la première gagnante, même si elle n'a pratiquement aucune chance de battre le ministre conservateur Peter MacKay, alors que Dion peut seulement espérer voir l'appui de May inciter des verts à voter libéral. Le Halifax Daily News, de son côté, conclut qu'il ne s'agit pas d'un coup de génie. Le Cape Breton Post trouve au contraire la manoeuvre intéressante et révélatrice de la capacité de Dion à défier l'orthodoxie.

À l'inverse

May et Dion ont leurs supporteurs au sein des équipes éditoriales du Star-Phoenix, de Saskatoon, et du Times Colonist, de Victoria. Au Globe, Lawrence Martin affirme que «Stéphane Dion veut montrer qu'il est un leader politique nouveau genre». En prenant ce risque, Dion prouve qu'il ne frime pas en promettant un style de leadership intègre. «Voilà ce qui effraie les conservateurs, poursuit-il, car leur propre chef, M. Harper, bien que talentueux, est de la vieille école politique, c'est-à-dire prêt à aller aussi bas que nécessaire pour marquer des points contre ses opposants.»

Apôtre de la coopération en politique, Susan Riley, du Ottawa Citizen, compare les critiques à un «culte à l'agonie». «Ce sont les éternels gardiens de la politique traditionnelle: stupidement partisans, pathologiquement craintifs face à l'innovation, mesquins et intéressés. Devant un geste audacieux, surtout s'il est motivé par l'idéalisme, ils sont naturellement effrayés et confus. Pour un moment, car ils retombent vite dans le cynisme qui nourrit leur petit club de plus en plus fatigué et fermé.»

Même s'il est loin d'approuver l'accord, Andrew Coyne, du National Post, est persuadé que la vraie cible de cette stratégie n'est pas MacKay mais le NPD, qui a déjà perdu des appuis aux mains des verts. Selon lui, le pacte de non-agression force les néo-démocrates à envisager un front commun, bâti autour de l'environnement, pour stopper Harper. De l'avis de Coyne, Dion, comme Harper, est un audacieux et il démontre encore une fois «qu'il a du nerf».

mcornellier@ledevoir.com
 
 
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  • Roland Berger - Abonné
    20 avril 2007 22 h 38
    Accommodements raisonnables et correction politique
    On peut s'attendre à ce que le débat sur les accommodements raisonnables perde de plus en plus de vigueur, car il sera de plus en plus politiquement incorrect de se prononcer sur le fond de la question. Dommage car le prosélytisme religieux que véhicule les signes d'appartenance à l'islam risque d'envenimer les relations entre les « Québécois des régions » et les métropolitains.
    Roland Berger
    London, Ontario
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  • Claude Stordeur - Abonné
    20 avril 2007 23 h 41
    Pauvre de nous
    Le québécois n'aime pas la controverse, il vas souvent se taire au lieu d'avancer sa version, il a une peur bleue de ne pas plaire, d'être incorrect surtout envers un invité et les fanatiques religieux, qui sont des fins psychologues profitent de cette bonté pour essayer de convertir les gens à leurs idées de la liberté.
    Nous devons prendre position entre nos idées de la liberté qui est latine, nous supportons même les couples gaies ou les camps naturistes et ils veulent nous remettrent des dimensions religieuses restrictives dans le portrait, non merci.
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  • claude dulac - Inscrit
    21 avril 2007 11 h 01
    L'État par définition est laïc...
    Lorsqu'un État laïc s'est donné une constitution et une Charte des droits et libertés clairs. les règles du jeu sont claires.
    La religion est du domaine privé, à caractère privé. Celle-ci à toute la latitude de s'exprimer dans les lieux qui appartiennent à ces religions (synagogue, mosquée, églises, centre ufoilien...) qui devraient être sujet à un impôt foncier .Car l'État n'a pas à subventionner aucune religion mais celle au discours le plus sectaire qui en fait un élément d'une culture (à tort). Lorsqu'on a la foi on la transmet à ses enfants et on la pratique en famille le fait d'être dans une faction religieuse ne justifie pas de l'imposer aux autres ou de se faire subventionner à même les fonds publics.

    Les lois et les règlements qui s'y rattachent sont universels. Il n'y a pas de courage à les faire appliquer...
    La constitution de la France et d'autres pays européens peuvent nous inspirer pour élaborer une constitution propre au Québec.
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  • Gérard Lépine - Abonné
    21 avril 2007 11 h 41
    politique... ancienne
    il fut un temps où les partis laissaient passer par acclamation certains "adversaires" choisis : voir les annales parlementaires de 1845 à environ 1930. Surtout bien évidemment du temps où les ministres choisis devaient se représenter devant leurs électeurs pour être confirmés, mais pas seulement.
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